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Full text of "Bulletin de la Société et d'histoire du diocèse de Liége"

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SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE 



DU 



DIOCESE DE LIEGE 



1 



BULLETIN 




DE LA 



SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE 



DU 



DIOCÈSE DE LIEGE 



TOlvIIE I 



LIÈGE 

L. GKANDMONT-DONDERS-, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

rue Vinâve-cFIle, M 



1881 



THE HEV YO*K 

PUBLIC LIBRARY 

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T1LDEN fOUN DATIONS 
r 1928 L 



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ART. i cr . — Il est fondé, à Liège, une Société d'Art et d'Histoire 
du diocèse de Liège. 

ART. 2. — Cette Socie'té a pour but d aider à la conservation et 
de propager la connaissance de tout ce qui peut intéresser l'histoire 
et l'art religieux du diocèse de Liège. 

\ ART. 3. — Elle comprend des membres d'honneur, des membres 

actifs, des membres correspondants, et des membres associés. 

ART. 4. — Les membres d'honneur sont ceux auquels ce titre a 
été décerné en reconnaissance de leur haut patronage ou d'éminents 
services. 

ART. 5. — Les membres actifs sont .ceux qui s'engagent à ap- 
porter un concours régulier à l'œuvre de la Société ; ils seront au 
nombre de 3 1 au plus, élus par leurs collègues et auront seuls voix 
délibéra tive dans les réunions. 

ART. 6. — Les membres correspondants sont choisis parmi les 
personnes qui auront rendu, ou se montreraient disposées à rendre 
des services particuliers à la Société. Ils peuvent assister à ses réu- 
nions avec voix consultative. C'est parmi eux que seront, de préfé- 
rence, choisis les membres actifs. 

ART. 7. — Les membres associés collaborent à l'œuvre par le 
paiement de leur cotisation ; ils reçoivent toutes les publications de 
la Société, des facilités d'accès à ses collections, et le droit d'obtenir 
les renseignements qui pourraient les intéresser sur les objets dont 
s'occupe l'Association. 



ART. 8. — En entrant dans la Société tous les membres s'en- 
gagent à observer ses Statuts et à payer une cotisation annuelle, de 
1 5 francs pour les membres actifs ; de iq francs pour les correspon- 
dants et les associés. 

ART. 9. — La Société se divise en deux sections ; la section d'art 
et la section d'histoire. 

ART. 10. — Chacune de ces sections nomme son Président et son 
Secrétaire et peut se réunir à part pour traiter des questions qui font 
plus spécialement l'objet de ses études. 

ART. 11. — La Société sera administrée par un Bureau composé 
d'un Président, de deux ou trois Vice-Présidents, de deux Secré- 
taires, d'un Trésorier, d'un Conservateur, d'un Bibliothécaire et 
des Dignitaires qu'elle jugerait utile de leur adjoindre. 

ART. 12. — La Société a pour Président d honneur M&M'Evêque 
de Liège, et pour Président effectif \t membre désigné par M«r l'E- 
vêque. Les Présidents de section remplissent les fonctions de vice- 
Présidents de la Société, et prendront rang d'après la date de leur 
élection ; les Secrétaires sont ceux des sections ; le Trésorier qt les 
autres dignitaires sont nommés par l'Assemblée générale pour un 
terme de 5 ans, comme les Vice-Présidents et les Secrétaires. 

ART. 1 3. — La Société s'assemble en réunion plénière pour pro- 
céder aux élections nécessaires, régler son budget et prendre toutes 
les décisions concernant l'œuvre entière; la première de ces réunions 
se tiendra obligatoirement chaque année dans le mois de janvier et 
il y sera fait un rapport sur l'exercice écoulé. 

ART. 14. — La Société poursuit son but : i° en traitant, soit en 
section, soit en Assemblée générale les questions relatives à ce but ; 
2 en éditant un Bulletin et des publications spéciales ; 3° en orga- 
nisant un Musée diocésain ; 4 en fournissant à ses membres les 
indications historiques ou artistiques réclamées d'elle. 

ART. i5. — Le Bulletin paraîtra sous la direction des délégués 
de la Société ; chaque auteur aura droit à 25 tirés à part de tout 
travail inséré dans le Bulletin. 

ART. 16. — Le Musée sera composé d'objets authentiques et de 
reproduction exactes choisis parmi les plus anciens ou les plus re- 
commandables par leur valeur artistique. 



TABLEAU 



DES 



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MEMBRES DE LA SOCIETE 



Président d'honneur 

Sa Grandeur Monseigneur DOUTRELOUX, évêque de Liège. 

Vice-Président d'honneur 

Monseigneur WARBLINGS, doyen du chapitre de la cathédrale de 
Liège. 

Membres d'honneur 

Barpn BÉTHUNE D'JDEWALLE, président de la Gilde de S. Tho- 
mas et S. Luc, de Gand. 

Monseigneur CARTUYVELS, vice-recteur de l'Université catholique 
de Louvain. 

M. ESSENWEIN, directeur du Musée germanique, à Nuremberg. 



T 



VIII 

Baron KERVYN DE LETTENHOVE, président de la Commission 
royale d'histoire, à Bruxelles. 

M. REICHENSPERGER, Auguste, membre du Parlement allemand, 
à Cologne. 

M. Charles DE LlNAS, archéologue, à Arras. 

M. LUPUS, chanoine coste de la cathédrale de Liège. 

M. REUSENS, chanoine, professeur d'archéologie à l'Université 
catholique de Louvain. 

M. Weale, James, archéologue, à Londres. 

Bureau 

Président, MM. le chanoine RUTTEN, vicaire-général de 

S. G. Monseigneur l'évéque de Liège. 

Vice-Présidents, Jules HELBIG. 

Godefroid KURTH. 
Secrétaires, Gustave FRANCOTTE. 

Joseph Demarteau. 
Trésorier, Jules FRÉSART. 

Conservateur, le chanoine DUBOIS. 

Bibliothécaire, Henri FRANCOTTE. 

Membres actifs 

SECTION D'ART 

MM. DE CEULENEER, bibliothécaire-adjoint, à l'Université de 

Liège. 

Chanoine DUBOIS, place Sj*-Paul, id. 

Gustave FRANCOTTE, avocat, 32, rue Darchis, id. 

Jules FRÉSART, banquier, rue Sœurs-de-Hasque, id. 

Jules HELBIG, artiste-peintre, rue de Joie, id. 

Edmond JAMAR, architecte, place S 1 - Pierre, id. 



IX 

MM. Chevalier Oscar SCHAETZEN, membre de la Chambre des 

Représentants, à Tongres. 

Chanoine THIMISTER, place S*-Lambert, 3, à Liège. 

Charles WlLMART, avocat, 2, Chaussée-des-Prés, id. 

Fernand WlLMART, rue Chaussée-des-Prés, id. 

Joseph WlLMOTTE, artiste«orfèvre, boulevard de la Sau- 
venière, id. 

SECTION D'HISTOIRE 

MM. Chevalier Camille DE BORMAN, conseiller provincial, à 

Schalkhoven. 

Stanislas BORMANS, membre de l'Académie, archiviste, rue 
Blondeau, à Namur. 

Chevalier Adrien DE CORSWAREM, conseiller provincial, à 
Hasselt. 

'Louis CRAHAY, conseiller à la Cour d'appel, 6, rue du 
Laveu, à Liège. 

Chanoine DARIS, professeur d'histoire au Séminaire, id. 

Joseph DEMARTEAU, rédacteur en chef de la Galette de 
Liège, id. 

Henri' FRANCOTTE, avocat, i5, quai.de l'Industrie, id. 

Godefroid KURTH, professeur à l'Université, rue Simonon, id 

Léon LAHAYE, avocat, rue S^Marie, id. 

Emile SCHOOLMEESTERS, doyen de S^-Jacques, id. 

Chanoine VAN HEESWYCK, rue Méan, id. 

Membres correspondants 

MM. Louis BlOLLEY, industriel, rue David, à Verviers. 

CHRISTIAENS-VANDERRYST, entrepreneur, à Tongres. 

DANIELS, abbé, château de Vogelsanck, à Zolder. 

R. P. Servais DlRCKX, couvent des PP. Récollets, à Saint- 
Trond. 



MM. DEHIN frères, fabricants, rue Agimont, à Liège. 

Alphonse GRANDMONT, avocat, à Visé. 

DE GROUTARS, chanoine, président du Collège Juste-Lipse, 
à Louvain. 

H ABETS, curé de Vronhbven (Maestricht). 

HENROTTE, chanoine, hôpital de Bavière, à Liège. 

KEMPENEERS, abbé, à Montenaecken. 

Philippe DE LlMBOURG, à Theux. 

Pascal LOHEST, rue Fusch, à Liège. 

Mathieu NlSEN, artiste-peintre, professeur à l'Académie, id. 

Arsène DE NOUE, à Malmedy. 

Jean RENIER, professeur, à Verviers. 

Comte VAN DEN STEEN DE JEHAY, château de Bassinnes. 

Membres associés 

MM. BALAU, professeur au Collège St-Quirin, à Huy. 

Adolphe BERLEUR, ingénieur, rue S*-Laurent, à Liège. 

BRULS-RlGO, à Goffontaine-Nessonvaux. 

Baron Charles DE BLANCKART-SURLET, château de Lexhy. 

R. P. BLÉROT, supérieur des PP. Rédemptoristes, à Liège. 

François DE BUGGENOMS, place S^Piefre, id. 

Chanoine CARTUYVELS, doyen de S*-Trond. 

CLOSSET-OPHOVEN, industriel, aux Vennes, à Liège. 

Léon COLLINET, avocat, boulevard Piercot, id. 

COLLETTE, abbaye du Val-Dieu. 

COEMANS, notaire, à S^Trond. 

COUCLET, graveur, Pont-d'Ile, à Liège. 

Alexandre CRAHAY, artiste-peintre, 1 1 1 , rue Pierreuse, id. 

CRULS, doyen de S^Martin, id. # 

Guillaume D ALLEMAGNE, rue Darchis, à Liège. 

DELRUELLE, doyen de Notre-Dame, à Huy. 



XI 

MM. DEMAL, professeur à l'école normale de S^Roch. 
DEMARTEAU, préfet au Collège S^-Quirin, à Huy. 
Maximilien DOREYE, avocat, 123, rue Louvrex. 
Augustin DUBOIS, banquier, à Liège. 
DEFIZE, curé de S^Croix, id. 
Baron Paul DE FAVEREAU, place SMPierre, id. 
Baron DU FONTBARÉ, bourgmestre de Fumai. 
DE FlZENNE, architecte, à Meersen (Limbourg-Hollandais). 
GAILLARD, curé à Souverain- Wandre. 

9 

GlLIS, curé à Grand-Axhe. 

Comte DE GELOÉS D'EYSDEN, au château d'Eysden. 

HUBIN, curé à La Gleixhe. 

JACQUES, curé à Saint-Pierre, à Huy. 

JOSEFF, curé à Chénée. 

Dieudonné JOLIET, architecte, rue Agimont, à Liège. 

KERCKOFFS, professeur à l'école normale de Saint-Trond. 

LAENEN, curé de Berg, près de Tongres. 

Clément LÉON ARD, négociant, rue Souverain- Pont, à Liège. 

LONAY, chanoine, à Herstal. 

Célestih MARÉSAL, avocat, rue des Augustins, à Liège. 

MASSART, Institut Saint-Louis, à S^-Nicolas (Waes). 

MOMMEN, chanoine et professeur au Séminaire de Liège. 

MEYERS, chanoine et curé de SWean, à Liège. 

Félix NlSEN, artiste-peintre, id. 

OSTERATH, peintre-verrier, à Tilff. 

PEETERS, doyen de Tongres. 

POMMÉE, au Séminaire de Liège. 

PlRENNE, abbé, au château de Pont brûlé (Vilvorde). 

Baron DE PlTTEURS DE BU DINGEN, place Rouveroy, à Liège. 

POLUS, doyen de Maeseyck. 

Comte Théodore DE RENESSE, Schoonbeek, par Beverts. 



XII 

MM. Nicolas RlGO, 12, place Verte, à Liège. 

ROCKX, au Séminaire de Liège. 

ROBYNS, inspecteur de renseignement primaire catholique 
de la province de Limbourg, à Maeseyck. 

RUBENS, curé de St-Denis, à Liège. 

Gustave RUHL, avocat, Tournant S^Paul, 2, id. 

V. RUTTEN, rue de l'Université, id. 

SCHOOLMEESTERS, doyen de Hasselt. 

SwiNNEN, curé de Millen, près de Tongres. 

SCHUN, au Séminaire de Liège. 

TASSIN, artiste-peintre, à la Sarthe. 

Ch. Xavier DE THEUX, au château de Montjardin. 

THYS, abbé, rue St-Paul, à Liège. 

TOUSSAINT, architecte, Mont-St-Martin, id. 

Ulens, aumônier des Dames bénédictines, à Tongres. 

VAN DEN BORN, chanoine, directeur de l'École, normale de 
S^Trond. 

Joseph VAN DEN BERG, rue Léopold. 

Charles VAN DEN BERG, notaire à Liège. 

Baron DE VlLLENFAGNE, château de Vogelsanck,à Zolder. 

VlLLERS, chanoine, rue Delfosse. 

WARZÉE, doyen de Hannut. 

Wauters-Cloes, tanneur, à Liège. 

WEYEN, curé à Kinroy. 



SOCIÉTÉ D'ART ET D'HISTOIRE 



présenté à l'assemblée générale 



DU 



7 Juin 1881 



II y a six mois, Messieurs, qu'une douzaine d'amis 
de l'histoire et des arts religieux se réunissaient pour 
jeter les bases de la Société dont vous venez de décider 
de publier le premier Bulletin. 

Nul ne s'étonnera que l'organisation de cette So- 
ciété, les négociations et les préparatifs qui ont abouti 
à l'installation de son musée naissant à l'ombre de la 
Cathédrale de Liège aient absorbé jusqu'ici la meil- 
leure part de votre activité. Le règlement de la Société 
nouvelle, la division de ses membres en deux sections, 
et le tableau de ceux-ci font assez connaître le méca- 
nisme et la nature de l'entreprise ; la publication d'une 



— 2 — 

première série de travaux soustrait en quelque sorte 
ces travaux à notre appréciation pour les soumettre au 
jugement du public. Dès lors, le Rapport sur le pre- 
mier semestre social ne peut guère consister qu a rap- 
peler ce que se propose d être, ce que se propose de 
faire la Société dart et d'histoire du diocèse de Liège. 

Elle se propose de réunir, pour leur donner plus de 
force par l'association, les bons vouloirs, l'influence 
et le savoir spécial de tous ceux qui s'intéressent à 
notre passé historique et artistique , afin de les em- 
ployer à mieux assurer la connaissance exacte de ce 
passé et la conservation respectueuse de ses monu- 
ments. 

Sans vouloir circonscrire trop étroitement ses études 
à ce qui, dans ce passé, concerne les choses et les inté- 
rêts religieux — distinction plus impossible encore à 
maintenir dans les âges précédents que dans le nôtre , 
— c'est de ces choses et de ces intérêts, dans le pays 
soumis autrefois au pouvoir ecclésiastique ou à la 
souveraineté civile des princes-évêques de Liège qu'elle 
a surtout dessein de s'occuper. 

Son but et le champ d'action dans lequel elle s'effor- 
cera de l'atteindre lui tracent ainsi route à part, à côté 
du grand chemin où se sont engagées déjà ces Sociétés 
provinciales ou locales qui garderont l'honneur de 
l'avoir devancée dans la carrière, de l'y avoir appelée 
même par leur exemple et leurs succès. 

Elle n'a du reste pas l'intention seulement de com- 
muniquer au public, comme ces Sociétés, le résultat 
de ses recherches et des travaux de ses membres. 
Allumer autour d'elle le goût pour notre histoire, en 
faciliter l'étude aux autres aussi bien qu a ses associés, 
offrir à tous ceux qui ont à s'occuper de notre art 
national chrétien, le plus dô- moyens possibles de le bien 
connaître, et, le cas échéant, d'en appliquer fidèlement 
les principes, voilà le but pratique de la Société dart. 
Voilà pourquoi, à la publication d'un Bulletin scien- 



i 



— 3 — 

tifique et à rétablissement d'un musée, elle entend 
joindre l'utilité de former un Cercle d'études scienti- 
fiques et professionnelles, l'avantage de devenir, dans 
le plus haut sens du mot, un bureau de renseignements 
toujours ouvert à quiconque aurait la confiance d'y 
venir réclamer indications ou renseignements pour ses 
travaux. 

Cette ambition pourra paraître bien haute : on con- 
viendra du moins qu'il y aurait profit pour tous à ce 
qu'elle pût se satisfaire. Et l'on conviendra de même 
que les circonstances l'ont suscitée tout naturellement 
dans la pensée des fondateurs de notre Société. 

11 y aurait mauvaise grâce à le contester, Messieurs. 
Il en est de l'histoire du diocèse de Liège comme de 
l'histoire de l'Europe entière : bien des parties en sont 
à refaire. Non que ceux qui en ont élevé l'édifice dans 
les siècles précédents ou dans le commencement du 
nôtre, aient manqué de conscience au cours de l'exécu- 
tion de l'entreprise ; ils ne pouvaient employer que les 
matériaux mis à leur disposition et ne sont point res- 
ponsables du défaut de solidité de leurs assisses ou de 
leurs charpentes. Toujours est-il que les progrès de la 
critique d une part, et, de l'autre, la mise au jour d'in- 
nombrables documents peu , point ou mal connus 
jusqu'ici, doivent modifier, si pas nos appréciations 
générales, au moins grand nombre de jugements tra- 
ditionnels, portés sur les détails de cette histoire. 

Nous ne saurions avoir trop de reconnaissance pour 
les patriotiques écrivains qui, comme Chapeauville, 
dès les débuts du XVII e siècle, Fisen, Foullon, Bouille 
et bien d'autres depuis, ont réuni dans leurs recueils 
ou utilisé dans leurs histoires nos vies de saints et nos 
principales chroniques. Il n'est plus possible toutefois 
de ne s'en rapporter qu'aux textes édités par eux, aux 
commentaires dont ils les ont ornés, aux traditions 
surtout dont ils ont fixé les échos lointains dans leurs 
livres. D'autres annales, d'autres chroniques trop long- 



_ 4 — 

temps oubliées dans la poussière des bibliothèques ont 
été retrouvées et publiées pour compléter et rectifier 
les premières. De celles-ci mêmes, des éditions nou- 
velles ont été données d'après des textes plus anciens, 
plus sûrs, et dont le crible d'une minutieuse critique 
garantit mieux la pureté. Bien plus, certaines parties 
de l'histoire liégeoise ne peuvent encore être étudiées 
que sur des manuscrits dont le classement même n'est 
pas terminé. Nous ne possédons que depuis six ans la 
version première de la plus ancienne vie de saint 
Hubert \ nous ne savons encore quel est le texte le plus 
correct de la biographie de saint Lambert. En général, 
l'érudition allemande a laissé peu à faire et peu à 
trouver à la paléographie liégeoise pour ce qui con- 
cerne les temps qui vont de la renaissance de Charle- 
magne aux approches de la prétendue renaissance du 
XVI e siècle ; mais il reste presque impossible d'étudier 
utilement, sans y joindre la discussion des manuscrits, 
et l'époque primitive de notre histoire, l'époque anté- 
rieure au grand empereur et la période qui précède 
ou suit immédiatement la Réforme, période qui nous 
a légué tant de chroniques populaires de valeur si 
diverse et malheureusement encore bien insuffisam- 
ment explorées. 

Sans doute, les hommes de travail n'ont point man- 
qué qui se sont fait honneur de suivre et d'activer • les 
progrès de l'histoire nationale. Les résultats de leurs 
études ont-ils rectifié autant qu'elles le méritaient la 
connaissance superficielle que le public garde du passé 
national, et dans laquelle l'entretiennent trop d'ouvrages 
sans critique ? 

Le nombre des livres dont doit s'éclairer celui qui 
veut pénétrer dans un seul recoin du passé, ne devient- 
il pas chaque jour plus considérable? En dehors même 
de ces collections célèbres, dont il est impossible de ne 
pas tenir compte, lorsqu'on traite des siècles qui se sont 
suivis depuis l'ère chrétienne, en dehors de la conti- 



— 5 — 

nuation de ÏHistoire littéraire de la France, des Acta 
sanctorum, des Monumenta Germaniœ historica sur- 
tout, que d'importants recueils mettent aujourd'hui à 
la disposition, imposent à l'attention de l'historien lié- 
geois mille éléments nouveaux d'information. 

Les ordonnances de nos princes-évêques ; les cou- 
tumes du pays liégeois, des régions ou des villes qui le 
composaient ; les tables chronologiques des chartes et 
diplômes imprimés; les cartulaires de nos plus célèbres 
abbayes ou Collégiales; les mémoires couronnés par les 
Académies et les Sociétés savantes, les bulletins de ces 
Académies, et de nos Commissions officielles ; les tra- 
vaux des instituts d'archéologie établis à Liège, Huy, 
Tongres, Hasselt, Maestricht, Namur, Mons, Arlon, 
etc.; les ouvrages qu'ont publiés isolément tant d'auteurs 
épris de quelque institution ou plus particulièrement 
attachés à quelque localité du pays, tout cela témoigne 
à coup sûr de l'activité d'une élite intellectuelle, tout 
cela doit être interrogé par l'historien, mais tout cela lui 
rend aussi la tâche plus difficile. 

Où trouver le fil d'Ariadne de ce labyrinthe et com- 
ment savoir, quels de ces ouvrages méritent qu'on s'y 
arrête, quels autres n'apprendront rien d'utile, de sûr ou 
de neuf au chercheur ? 

La section d'histoire de notre Société s'est préoccupée 
de cette situation, et dans le désir de faciliter le début 
de la carrière à ceux qui aimeraient l'y suivre elle se 
tient dès à présent à l'entière disposition de quiconque 
voudrait réclamer d'elle avis ou conseil pour entre- 
prendre quelque travail relatif à nos antiquités. Per- 
suadée surtout que le seul point de départ certain de 
l'étude sérieuse d'une histoire est la connaissance exacte 
des sources originales de cette histoire, elle ne se contente 
pas de recommander aux travailleurs les ouvrages spé- 
ciaux qui, comme la Bibliographie liégeoise de M. le 
chevalier de Theux, leur offriront la liste de tous les 
imprimés liégeois, ou le recueil général si précieux de 



— 6 — 

M. l'abbé Ulysse Chevalier, et Répertoire des sources 
historiques du moyen-âge où se trouve renseignée, au 
nom de chaque personnage antérieur au XVI e siècle, 
la liste des écrits dont il a fait l'objet, et de ceux dont 
il est l'auteur. La section a décidé de rédiger en com- 
mun, un court traité des Sources de F histoire liégeoise 
dans le genre d'un des livres de vulgarisation les plus 
utiles publiés par l'érudition allemande : Deutschlands 
Geschichtsquellen de Wattenbach. Cet abrégé de notre 
histoire littéraire comprendrait, outre la biographie 
succinte de tous les auteurs qui se sont occupés de nos 
annales , une appréciation critique sommaire de la 
valeur de leurs productions et l'indication des éditions 
les plus sûres, en même temps que de tous les travaux 
de quelque importance qui leur auraient été consacrés. 

Nous ne pourrions mieux, croyons-nous, que par 
cet essai, nous employer à faciliter pour tous l'étude 
véritablement scientifique de nos vieilles annales. 

La critique historique de nos jours ne procède plus 
autrement, en effet, que les instructions judiciaires : 
un fait n'est plus pour elle, acquis à l'histoire, qu'au- 
tant que, conforme aux mœurs de l'époque, il se trouve 
affirmé, sans contestation sérieuse d'ailleurs, par un écri- 
vain contemporain, ou un rapporteur écho fidèle des 
contemporains, par un homme en position d'être exac- 
tement instruit des événements et chez lequel il est 
prouvé que ni une crédulité outrée, ni une incroyance 
excessive, ni la passion, ni l'intérêt n'entravaient la 
recherche et l'affirmation de la vérité. 

Cette méthode remet sans doute en question bien des 
problèmes que nos devanciers croyaient résolus; elle 
en laissera insolubles bien d'autres, faute d'éléments 
pour arriver à une conclusion irréfragable ; elle obli- 
gera de plus en plus à faire nettement dans les tradi- 
tions du passé la part de la légende et la part de l'his- 
toire,mais, à ce compte, au moins, les résultats obtenus 
présenteront le caractère d'une certitude aussi complète 






— 7 — 

que peut l'être la certitude humaine la mieux justifiée. 

Dans cet ordre d'idées, Messieurs, nous aurons le 
malheur peut-être de heurter parfois d antiques et 
d'agréables croyances, de reléguer cruellement dans 
les mirages de la poésie certains récits merveilleux 
dont la piété de nos pères s'est alimentée durant tant 
de siècles, et dont leurs artistes se sont inspirés avec 
tant de succès. Nous croirons, ce faisant, servir la cause 
de la foi : trouvés sans fondement, nous balancerons 
d'autant moins à les écarter de l'histoire que nous 
accueillerons avec plus de respect les faits miraculeux 
établis par une enquête approfondie, et que notre ab- 
sence d'hésitation à sacrifier toute narration purement 
imaginaire ou sans authenticité suffisante, ne manquera 
pas de nous donner plus d'autorité, pour faire recon- 
naître, à l'honneur de l'Eglise, l'incontestable réalité 
des autres. 

Au surplus, nous ne voulons plus avoir besoin, 
par exemple , d'alléguer la prétendue barbarie du 
X e siècle pour disculper le grand Notger de s'être em- 
paré par traîtrise, par abus d'un sacrement, du repaire 
de bandits de Chèvremont — ou pour venger le clergé 
liégeois du XI I e siècle du reproche de simonie générale 
et de corruption unanime dont le charge un libelle de 
l'époque ; ce sont les actes du temps, les récits, les 
lettres des contemporains, les affirmations de tous les 
témoins de ces événements que nous voudrons en- 
tendre ; c'est de leur confrontation que nous ferons 
sortir la preuve éclatante que Chèvremont fut pris de 
bonne guerre, sans la surprise d'une mascarade sacri- 
lège, et que la corruption prêtée au sacerdoce contem- 
porain de Lambert le Bègue est l'invention solitaire 
d'un pamphlétaire sans autorité. 

Dieu nous garde toutefois de la manie des réhabilita- 
tions douteuses. Peu de sièges épiscopaux furent occupés 
par une suite de prélats aussi fréquemment distingués, 
aussi généralement estimables que les successeurs de 



— 8 — 

saint Lambert ; plusieurs élus y montèrent toutefois 
sans vocation sacerdotale, choisis par la politique et 
qui n'eurent de l'évêque ni le caractère, ni parfois la 
consécration. Qu'on ne s'attende pas à voir en nous 
des apologistes de leurs erreurs : nous songerons d'au- 
tant moins à contester, en pareil cas, l'infirmité des 
hommes qu'elle fait encore ressortir la solidité divine 
de l'institution, qu'ils peuvent ébranler pour un temps 
mais que leurs plus coupables excès ne sauraient ren- 
verser ! 

Les papes, a dit un grand écrivain, n'ont besoin que 
de la vérité — parole qui peut s'appliquer en tout et 
partout à l'Eglise. Elle sera toujours dans le diocèse de 
Liège la consigne loyale de la Société dart et d'histoire. 
Au reste, Messieurs, le rôle du petit pays dont nous 
nous proposons de mieux faire connaître et révérer le 
passé, fut assez brillant dans le ciel des nations pour que 
quelques taches ne réussissent pas à en ternir l'éclat. 

Dès les premiers jours de son histoire, à peine les 
missionnaires envoyés ou soutenus de Rome achèvent- 
ils de le soumettre à l'Evangile, qu'il devient, sur les 
frontières de la barbarie, la forteresse avancée d'où par- 
tiront pour conquérir le Nord de l'Europe, et où 
viendront se ravitailler dans les intervalles de leurs 
victorieuses campagnes, les Willebrod et les Boniface, 
héros de la civilisation du Christ. C'est de ses forêts 
païennes que sont sortis, barbares encore, les rois de 
la première race appelés à créer la France ; c'est au 
sein de ses campagnes, devenues chrétiennes, que se 
formera, c'est au milieu des saints demeurés depuis nos 
patrons les plus révérés, que s'affermira dans les tra- 
ditions de la foi, au prix même du sang de notre plus 
illustre pontife, cette seconde race royale qui trou- 
vera dans Charlemagne sa personnification la plus 
glorieuse. 

Petit à petit cependant une nationalité dont l'Evan- 
gile est la loi, un pouvoir civil dont l'Evêque est le 



— 9 — 

chef, se lèvent et grandissent autour du tombeau du 
saint frappé pour la défense de cet Evangile et des droits 
temporels de l'Eglise. Les derniers efforts de la barbarie 
du dehors repoussés avec les derniers Normands, le 
pays liégeois délivré peut reprendre sa mission d'ini- 
tiateur et devancer dans la voie du savoir les nations 
qui l'entourent. Les lettres s'y prennent à fleurir par- 
tout à l'ombre des autels ; il fournit tout ensemble leurs 
, meilleurs conseillers aux rois, leurs meilleurs institu- 
teurs aux peuples désireux de s'instruire ; il apparaît 
dès le X e siècle, comme l'école de la chrétienté. Et 
lorsque cet éclat du savoir cesse de s'accroître ici 
même, par la création des universités catholiques qui 
se multiplient autour Je nous,, la splendeur de celles-ci 
ne nous appartient-elle pas encore en partie, allumée 
qu elle a été à la flamme du savoir liégeois ? 

C'est le temps, Messieurs; où le régime qui confondit 
le plus intimement la vie nationale et politique des 
peuples dans la vie même de l'Eglise, arrive à son 
apogée. Il lui faut pour couronnement une solennité 
qui devienne la manifestation triomphante du règne 
social du Christ ; au pays liégeois échoit l'honneur de 
l'institution de la Fête-Dieu. Et le siècle de la Fête- 
Dieu est le siècle aussi de l'émancipation communale, 
le siècle où dans ce sol si profondément imprégné de 
catholicisme, l'arbre des libertés civiques pousse ses 
plus profondes racines et puise la sève chrétienne qui 
lui fera atteindre parmi nous des développements à 
jamais inconnus ailleurs. 

Luttes cruelles, sanglants revers sans doute que 
ceux qu'amène alors la passion avec laquelle les partis 
abusent parfois de ces libertés ! Liège la sainte était 
douée toutefois d'une vitalité trop puissante pour ne 
pas se relever de ces chutes et des écrasements sous les- 
quels l'étranger s'était flatté de l'anéantir. Vienne le 
protestantisme, le petit pays qui tour à tour avait ainsi 
répandu autour de lui l'Evangile, le savoir sacré, les 



— 10 — 

libertés publiques, ne manquera pas à la mission de les 
défendre contre l'hérésie, qui les menace tous. Sous la 
conduite d'Erard de la Marck, de Gérard de Groes- 
beck, d'Ernest de Bavière, le peuple liégeois s'interpose, 
vivante barrière, entre les provinces belgiques et l'apos- 
tasie du dehors ; et non content d'arrêter celle-ci aux 
rives de la Meuse, il la force à reculer jusqu'au Rhin, 
conservant ainsi à la catholicité ce diocèse de Cologne 
et ces provinces rhénanes demeurées jusqu'à ce jour le 
rempart de l'orthodoxie. 

Les agitations intérieures que l'hérésie vaincue essaie 
de fomenter dans l'état liégeois finissent aussi par 
s'apaiser ; deux cents ans de paix sont la récompense 
de la fidélité du pays à sa mission providentielle, le soir 
calme et serein de son existence nationale.Aussi, quand 
éclate, avec la Révolution française, la crise des der- 
niers jours, si notre agonie politique punit, dans une 
certaine mesure, l'accueil trop favorable réservé par 
nos pères à des principes étrangers, en contradiction 
avec tous ceux qui avaient fait la force et la gloire de 
leur nationalité, celle-ci pourtant succomba bien moins 
sous le poids de ses fautes que victime de la loi de la 
solidarité des peuples, entraînée dans la chute de voi- 
sins plus coupables. 

Certes, Messieurs, un pays qui a parcouru mille ans, 
sans cesser d'être lui-même, une carrière aussi hono- 
rablement remplie vaut bien que quelques-uns de ses 
enfants s'emploient à relever pieusement l'histoire de 
ses grandeurs, ou de ses infortunes, de ses héros, de 
ses saints et de ses savants, de ses institutions reli- 
gieuses ou politiques, générales ou locales, judiciaires 
ou administratives, scolaires ou charitables, des mœurs 
et des croyances qui le rendirent si vivant et si fort. 

Rien d'étonnant non plus qu'à ce développement 
religieux, intellectuel et politique ait correspondu un 
mouvement artistique non moins remarquable, aussi 
digne à coup sûr d'étude et de respect ! 



— 11 — 

Le plus ancien essai de peinture nationale vit dans 
les miniatures du plus ancien manuscrit qui nous soit 
resté d'une main belge : c'est la copie des Evangiles due 
aux pieuses fondatrices de la petite cité lim bourgeoise 
du pays de Liège qui devait donner plus tard les frères 
Van Eyck à la peinture. La plus vieille sculpture de la 
Vierge que puisse vénérer la Belgique est celle de cette 
statue du monastère de Saint- Laurent, devant laquelle 
le bienheureux Rupert obtint la grâce miraculeuse 
dune soudaine illumination de son intelligence. En 
dépit des destructions révolutionnaires Liège a con- 
servé jusqu'à nos jours les plus vieilles cloches du pays 
et ces voix de bronze du treizième siècle y restaient les 
plus puissantes et les plus mélodieuses pour fêter dans 
les airs les solennités de l'Eglise ou de la patrie. De nos 
jours encore l'Angleterre n'enchasse-t-elle pas dans les 
fenêtres de ses temples protestants, à titre d'œuvres 
admirables entre toutes, les vitraux qu'elle est venue 
enlever à prix d'argent au pays de Liège, comme ces 
verrières du début du XVI e siècle, passées de la noble 
abbaye d'Herckenrode à la cathédrale de Lichfield? 

Les châsses de saint Remacle et de saint Hadelin, les 
merveilles de notre antique orfèvrerie, depuis les vases 
sacrés du frère Hugo d'Oignies jusqu'au buste révéré 
de saint Lambert, n'attestent-ils pas que nos joailliers, 
nos martelleurs et nos émailleurs savaient faire jaillir 
du métal des monuments aussi admirables que ceux 
tirés de la pierre par les bâtisseurs de nos collégiales ? 
Nos batteurs de cuivre n'ont-ils pas imposé le nom de 
leur capitale à toute une classe des produits de l'in- 
dustrie artistique dans laquelle ils excellaient ? Et 
quand la truelle de ces maçons de génie, quand le dur 
marteau des Lambert Patras eurent cédé la place aux 
outils plus légers, au burin et au pinceau de nos gra- 
veurs et de nos peintres, l'école de Liège ne garda-t-elle 
point place à part, et place des plus honorables, dans 
la Cour du royaume des beaux-arts ? 



— 12 — 

La musique elle-même n a-t-elle pas valu quelque 
renom à la patrie liégeoise, depuis le début de ce X e 
siècle, au temps où notre évêque Etienne donnait à 
l'Eglise la fête et l'office de la sainte Trinité, jusqu'aux 
jours où Grétry se formait aux premières leçons de l'art 
qu'il devait illustrer, parmi les élèves de la maîtrise de 
la Collégiale de Saint-Denis? 

Pourquoi faut-il aussi le constater : de fâcheuses 
déviations du goût , l'influence trop prépondérante 
d'importations étrangères ont fait perdre à notre pays 
plus qu'à beaucoup d'autres les monuments civils de 
son art ancien. Il ne nous reste plus guère des jours 
passés que ces temples, ces reliquaires, ces pièces du 
mobilier sacré dont l'Eglise a sauvegardé l'existence en 
les associant à l'immortalité de son culte et de ses cé- 
rémonies. Et plût à Dieu qu'ils n'eussent pas eux-mêmes 
péri en bonne partie ! Mais si quelques-uns des plus 
célèbres objets d'art ont échappé de la sorte aux ravages 
du temps et des hommes, combien nous ont été ravis 
par l'étranger, détruits par les envahissements des 
iconoclastes, les pillages des soudards de passage» le 
vandalisme ou la rapacité de la Révolution ! Combien, 
du peu qui nous reste, sont encore dispersés chaque 
année par l'ignorance, l'inattention ou le zèle mal en- 
tendu de leurs détenteurs ! Que de collectionneurs sans 
scrupule, que de spéculateurs plus coupables, ont abusé 
de l'excellente intention qu'avaient certains Conseils de 
fabrique de se procurer les ressources pour assurer 
mieux le service du culte, et les ont dépouillés à vil prix, 
de véritables trésors ! 

Un des buts de notre section d'art est d'empêcher ces 
abus aussi contraires aux statuts ecclésiastiques qu'aux 
intérêts de l'art national : elle aussi se tiendra à la dis- 
position de tous ceux qui voudront s'éclairer auprès 
d'elle sur la valeur de n'importe quel objet ancien, vase 
sacré, tableau, sculpture, vêtements sacerdotaux, mobi- 
lier, et ne demandera pas même en retour un tribut de 



— 13 — 

reconnaissance à ses interrogateurs ; c'est elle qui se 
trouvera leur débitrice pour le plaisir qu'ils lui auront 
donné, en lui permettant de contribuer à sauver de la 
destruction ou d une aliénation malheureuse , le 
moindre souvenir intéressant de l'art chrétien de nos 
pères. 

Le musée, dont elle doit les premiers éléments à la 
libéralité de M. le chanoine Lupus, n'est pas destiné 
dans son intention à n'être qu'une simple collection de 
souvenirs historiques ou de curiosités archéologiques ; 
elle espère y réunir surtout un ensemble de modèles, à 
ofirir à l'étude et à l'imitation intelligente de tous ceux 
qui voudraient avec elle renouer la chaîne rompue des 
traditions de l'art chrétien, saisir les moindres détails 
de la pensée de nos vieux maîtres, et s'en faire les restau- 
rateurs pour l'honneur à la fois et du culte et de l'art. 

Loin de nous, Messieurs, d'affirmer que les temps 
modernes ne finiront point par trouver un style qui les 
caractérise aussi nettement que les styles de la Grèce ou 
du moyen-âge distinguent dans l'histoire l'époque où ils 
ont fleuri- Il est certain toutefois que jusqu'à présent 
l'anarchie, qui triomphe dans trop d'esprits, règne 
pareillement dans les domaines de l'architecture et des 
créations artistiques. Le plus sage dès lors n'est-il pas, 
pour nous croyants surtout, en réservant l'avenir, de 
nous attacher d'abord à retrouver, aussi complets que 
possible, les principes dont s'inspirèrent les artistes de 
l'époque où l'Eglise parut arrivée à l'apogée de son 
influence extérieure et remplissait incontestablement 
le monde de sa pensée? 

Les artistes de ce temps ne se faisaient pas seulement 
honneur de se montrer avant tout fidèles aux enseigne- 
ments de la foi : ils s'attachaient à ne chercher le beau 
que dans l'ornementation de l'utile, à mettre en œuvre 
avec une franchise complète les matériaux qu'ils avaient 
sous la main et qui sont encore ceux que nous trouvons 
le plus à notre portée ; ils ne regardaient pour |biço 



— 14 — 

faire, ni au temps, ni aux jours, ni aux années, et cette 
patience leur avait donné une expérience des détails 
d exécution, une entente des circonstances climaté- 
riques, une sûreté de traditions, dont nous aurions, 
encore aujourd'hui, tout intérêt à profiter. 

L'important dès lors, quand nous voulons soit les 
imiter, soit restaurer les monuments, qu'ils nous ont 
laissés, l'important n'est-t-il pas de ne rien abandonner 
à nos imaginations trop amoureuses de nouveautés, ou 
à la fantaisie de préparations insuffisantes, mais de nous 
attacher à retrouver, à reproduire avec une scrupu- 
leuse exactitude la pensée des auteurs de ces œuvres ? 

Les membres de l'Académie des beaux-arts de Paris, 
prônaient un jour, comme tant d'autres, l'éclectisme 
artistique. Vous savez ce que leur répondait Viollet- 
Leduc : 

« Pour élever quoi que ce soit, ne fût-ce qu'une guérite, leur 
disait-il, il nous faut un art arrêté, coordonné par un système qui 
soit soumis à des principes et à des règles infranchissables. C'est 
pour avoir méconnu un instant ces règles et ces principes, en voulant 
mêler l'architecture antique aux traditions du moyen-âge, que la 
Renaissance n'a produit que des œuvres quelquefois attrayantes mais 
toujours bâtardes et qui de chute en chute nous ont conduits à 
l'anarchie, d'où vous ne nous aidez guère à sortir... L'académie 
pour être conséquente aura donc demain à' l'école des beaux-arts, 
des professeurs d'architecture grecque, romaine, gothique, de la 
renaissance, qui se critiqueront les uns les autres, qui détruiront 
leurs systèmes réciproquement. On enseignera le même jour, à une 
heure de distance, la construction grecque et la construction 
gothique; on démontrera aux mêmes élèves comme quoi la plate- 
bande l'emporte sur l'arc, et l'arc sur la plate-bande ; et ce sera 
créer un art! Miséricorde! si nos fils se font architectes, que 
deviendront-ils dans cette tour de Babel ? » 

Cette Babel, cette tour de confusion est restée pen- 
dant trop de temps chez nous, le palais ou la prison des 
Beaux-Arts. En tirer enfin l'art religieux est l'entreprise 
à laquelle nous nous vouerons, unissant en cela nos 
efforts à ceux de ces Ecoles de saint Luc qui vont, grâce 
à Dieu, se multipliant autour de nous. 



— 45 — 

La force et la beauté vraie peuvent-elles exister dans 
les créations artistiques sans une complète unité de 
pensée^ et rétablir cette unité, n'est-ce pas le moyen de 
rétablir du même coup cette alliance, si féconde autre- 
fois et si oubliée de nos jours, de l'artiste et de l'artisan, 
cette intime et nécessaire entente de l'auteur d'un plan 
et de tous ceux qui concourrent à l'exécuter ? 

N'est-ce pas là le moyen aussi de rendre à l'art lié- 
geois d'aujourd'hui son originalité perdue ? Car voilà, 
sans doute, un des caractères distinctifs de cet art chré- 
tien ; c'est qu'il excellait, tout en appliquant partout les 
mêmes principes généraux, à les exprimer par la pierre, 
le bois, le métal ou la couleur, dans la langue, dans 
l'idiome propre à chaque nationalité. 

La Flandre a eu dans le pays belge l'honneur du 
mouvement de restauration dans lequel nous essayons 
d'entrer à sa suite : est-ce à dire, qu'il nous y faudra 
marcher servilement sur ses brisées? Non certes : l'art 
chrétien de nos contrées a dû au climat de ces contrées, 
à la nature et à l'abondance des matériaux qu'y ren- 
contre le constructeur, aux aptitudes spéciales de ses 
artisans, aux mœurs, aux goûts, aux usages nationaux 
du pays liégeois, son allure autonome, son caractère 
distinct. En même temps que nous étudierons avec 
respect la pensée directrice dont s'inspiraient également 
les artistes du moyen-âge, de Cologne à Anvers et de 
Westminster à Milan, nous prendrons soin de relever 
ces détails qui, dans la grande famille de l'art chré- 
tien, forment les traits particuliers, la physionomie ori- 
ginale de l'art liégeois, et ainsi ne travaillerons-nous 
pas moins pour la patrie que pour l'art et l'Eglise ! 

Vous connaissez tous, Messieurs, le buste fameux 
dans lequel Erard de la Marck a fait fixer les restes pré- 
cieux et l'expression traditionnelle du saint patron de 
notre diocèse. L'artiste y cisela les scènes du martyre de 
1 evêque Lambert, dans les détails de la chaire au sein 
de laquelle apparaît le pontife, mais ce n'est pas la 



— 16 — 

palme des immolations sanglantes qu'il plaça dans sa 
main, c'est le livre de l'Evangile, le manuel du savoir 
sacré. L'art et la science consacrés à la glorification 
de la foi, voilà donc ce que nous montre la célèbre image 
du patron du diocèse. Fasse le ciel que ce symbole 
puisse être un jour, en toute vérité, celui de la Société 
dart et dhistoire du pays de saint Lambert. 



Joseph DEMARTEAU. 



LES PAPIERS DE FAMILLE 



D'ENGLEBERT FISEN 



Les archives des dépôts publics, celles des familles 
et, en général, les documents manuscrits, nous ont, jus- 
qu'à ce jour, apporté peu de renseignements sur les 
artistes de l'ancien pays de Liège. Si, comme cela est 
probable, il existe encore des lettres et des actes dont 
le contenu pourrait jeter quelque lumière sur leur vie 
et leurs travaux, ils paraissent avoir échappé aux in- 
vestigations des fureteurs de vieux papiers et aux re- 
cherches des laborieux érudits qui, petit à petit, ont déjà 
répandu des clartés sur tant d'autres points de notre 
passé et sur les hommes qui ont fait quelque figure 
dans l'histoire du pays. 

Parmi les anciens artistes liégeois, il en est un toute- 
fois qui fait exception en ce qui regarde la stérilité des 
renseignements inédits relatifs à sa biographie. Il est un 
peintre sur lequel abondent des documents qui n'ont 
jamais été livrés à l'impression, et qui sont même assez 
nombreux pour le faire connaître dans sa vie intime. 
Cet artiste, dont nous avons « les papiers » sinon com- 
plets, — on ne les a jamais, — mais au moins suffisants 
pour mettre dans tout son jour une longue et laborieuse 
carrière, s'appelle Englebert Fisen. 



— 18 — 

Homme de talent, grand travailleur, nous venons de 
le dire, fort peu lettré, d'ailleurs simple, modeste et 
vivant très honorablement de la vie de famille d'un 
bourgeois de Liège, Englebert Fisen mérite l'étude que 
nous allons lui consacrer. Sans présenter aucun inci- 
dent bien remarquable, sa biographie offre de l'intérêt, 
et ses travaux, malgré des pertes sensibles, se ren- 
contrent encore en trop grand nombre dans les églises 
de notre pays pour ne point tirer parti de ces papiers 
afin de faire connaître de plus près l'un des peintres les 
plus féconds de notre ancienne Ecole. 

Nous avons écrit ailleurs la vie de Fisen en décrivant 
aussi ceux de ses travaux qui ont le plus marqué dans 
son œuvre (1). Nous ne comptons pas revenir sur les 
détails publiés alors, mais, fouillant cette fois dans les 
documents très nombreux que, de divers côtés, on a mis 
à notre disposition avec une obligeance dont nous ne 
saurions nous montrer assez reconnaissant (2), c'est 
moins l'artiste que nous voulons étudier, que le bour- 
geois de Liège du dix-septième siècle. C'est le père de 
famille, le travailleur de la pensée, honnête et probe, 
soucieux des obligations qu'il a contractées envers les 
siens, après avoir satisfait, par son travail, à la confiance 
que sa réputation inspirait au public. 

Rappelons seulement que Englebert Fisen est né en 

(1) V. Histoire de la peinture au pays de Liège, p. 241 et s. 

(2) Nous devons particulièrement l'expression de notre reconnaissance 
à M me la vicomtesse de Clérembault qui nous a très gracieusement permis 
d'imprimer les renseignements contenus dans le petit registre de la main 
de Fisen qu'elle possède, et qui donne le catalogue complet des œuvres 
du peintre et quelques renseignements sur l'état civil de sa famille : nous 
devons également des remerctments à M me Kersten-Magis, qui, par 
l'entremise obligeante de M . le docteur Bidlot, a mis très libéralement à 
notre disposition tous les papiers et livres de famille de Fisen qui lui sont 
échus en héritage. Un vénérable ecclésiastique a eu la bonté de se 
dessaisir en notre faveur du dernier testament de Fisen. Enfin, l'adminis- 
tration des Hospices civils de Liège a également facilité nos recherches 
dans la partie des archives encore conservée de l'hôpital du Petit Saint- 
Jacques, avec une bienveillance dont nous nous faisons un devoir d'ex- 
primer ici notre entière gratitude. 



— 19 — 

i655. Nous n'avons pas la date précise de sa naissance 
jusqu'à présent. Elle se retrouvera peut-être. Voici 
maintenant les différents documents qui vont nous ser- 
vir dans cette étude. Nous en donnerons quelques-uns 
in extenso : 

i° Le livre de stock dEnglebert Fisen, commencé 
en 1692, année du mariage de Fisen. 

2 Le Registre au profits et aumosnes, et des grains 
acheté pour les Religieuses de Sainte-Claire, en Liége % 
où la fille de Fisen, du nom de Marie-Jeanne, était 
entrée en religion. Ce registre est commencé le premier 
décembre 1688. 

3° Le registre dEnglebert Fisen contenant les nais- 
sances et décès concernant sa famille et renfermant 
aussi la liste de ses peintures. 

Ce registre fut commencé le 26 mai 1679 : cest 
incontestablement le plus intéressant au point de vue 
historique. 

4 Quelques notes tirées des registres de l'hospice du 
Petit Saint-Jacques, conservés au dépôt des archives 
des Hospices civils de Liège. 

5° Le testament dEnglebert Fisen , daté du 20 mai 
1727. 

6° Un second testament dEnglebert Fisen daté du 
14 avril 1733. (L'artiste est mort le lendemain.) 

7 Registre aux cens et rentes appartenant aux trois 
enfants de feu le sieur Englebert Fisen, peintre, com- 
mençant le i5 avril 1733. 

Le premier de ces registres est orné d'un frontispice, 
un dessin à la plume rehaussé au lavis à l'encre de 
Chine, de la main de L'artiste. Cette composition repré- 
sente une de ces allégories comme on aimait à les 
imaginer à cette époque. Elle semble dirigée contre les 
envieux de la prospérité de notre artiste. Voici, au 
surplus, comment ce dessin est conçu : 

Sous .un fronton soutenu par des colonnes d'ordre 
corinthien, on voit une femme tenant de la main droite 



— 20 — 

un compas qu elle élève au-dessus de la tête, tandis que 
de la gauche elle tient une colombe (?). Cette figure, c'est 
la Prévoyance, son nom se trouve inscrit en grandes 
lettres sur la frise du fronton. Les pieds reposent sur 
la tête de deux autres figures féminines qui se trouvent 
à droite et à gauche d'un écusson ovale sur lequel est 
inscrit le titre du livre. La figure de gauche est accou- 
dée avec nonchalance sur l'écusson et de la main droite 
elle tient une quenouille brisée. Son nom se lit à côté 
d'elle sur le piédestal de la Prévoyance ; elle s'appelle 
la Paresse. De l'autre côté, faisant symétrie, une autre 
figure de femme s'appuye également sur l'écusson 
précité. De la main droite elle tient un masque, de la 
gauche une torche incendiaire. Son nom, inscrit aussi 
sur le soubassement architectural de la composition est : 
« La Fovrberie. » Enfin sur l'écusson on lit ces lignes : 

Stock 

appartenant 

a 

Englebert Fisen 

et 

Anne Catherinne 

Campo son 

Espeuse 

commençant 

tan 1692. 

A cette date, Fisen était âgé de 37 ans. Le contenu 
du livre prouve que, tout en maniant la brosse et le 
pinceau lestement, Fisen était homme d'ordre et d'éco- 
nomie, tenant avec soin le livre de ses rentes et des 
titres de ses propriétés. Le livre établit encore que, 
même en dehors du produit de son pinceau, notre 
artiste était bourgeois assez bien rente, et qui devait 
avoir plus d'une corde à son arc, surtout vers la fin 
de sa vie. 

Il est à regretter d'ailleurs que, si nombreux qu'ils 



- 21 - 

soient, tous les documents que nous avons à notre dis- 
position, donnent peu de renseignements sur les années 
de la jeunesse de l'artiste, et n'en donnent même aucun 
sur la période de ses études. 

Il était né dans des conditions assez modestes. Son 
père Jean Fisen était barbier et habitait près de l'église 
Sainte-Madeleine une maison située, paraît-il, à l'angle 
du petit cimetière qui entourait cette église paroissiale, 
et dont il était devenu propriétaire en payant une rente 
successivement rédimée. Il avait épousé Jeanne Herck, 
née probablement à Saint-Trond et qui, par son éco- 
nomie, peut-être aussi par un petit commerce, semble 
avoir assuré 1 aisance de la famille naissante. Elle avait 
d'ailleurs quelques propriétés dans sa ville natale. C'est, 
sans doute, grâce à ce petit avoir et à cet esprit de bonne 
administration que le couple Fisen fut à même de 
satisfaire au désir, que l'on retrouve si souvent au cœur 
de parents liégeois, de donner aux enfants une instruc- 
tion supérieure à celle qu'ils ont reçue eux-mêmes ; de 
mettre leurs descendants en position de faire meilleure 
figure dans le monde que ceux auxquels ils doivent le 
jour. C'est ainsi que nous verrons les générations, en 
se succédant dans la famille, viser successivement à 
atteindre un échelon plus élevé. Le fils du barbier 
deviendra peintre, et peintre distingué, parce que les 
élans de cette heureuse nature étaient secondés par la 
légitime ambition et l'esprit de sacrifice des parents. 
Les enfants du peintre, à leur tour, entreront en religion 
bien dotés et l'un deux sera avocat, docteur de l'un et 
l'autre droit. Mais n'anticipons pas. 

Nous ne présenterons pas une analyse de tous les 
actes, contrats et testaments enregistrés dans les 33o 
pages de ce volumineux livre de stock, lequel com- 
mencé en 1692, comme nous venons de le dire, s'achève 
avec deux actes passés en 1748 et 1758, c'est-à-dire pos- 
térieurs, quant au dernier, d'un quart de siècle à la 
mort du peintre. 



— 22 — 

Il résulte de ces documents que Fisen a habité la 
maison paternelle jusqu'en 1695, et probablement jus- 
qu'en 1699. Plusieurs des actes transcrits portent qu'ils 
sont stipulés en la cuisine de la dite maison du dit Jean 
Fisen sous la paroisse de la Magdeleine en Liège. 

Nos bons aïeux, beaucoup moins recherchés que 
nous ne le sommes, vivaient dans leur cuisine qui, tour 
à tour, leur servait de salle à manger, de salon, de 
bureau. Un grand nombre d'actes, qui n'ont rien de 
commun avec l'art culinaire, y sont dressés, et c'est là 
que le tabellion fonctionne, sans se croire lésé dans 
l'importance de ses fonctions, tout à côté du cordon 
bleu. — S'il est besoin de témoins, on ne va pas les 
chercher au loin. La servante mettra au bas de l'acte 
son nom ou sa croix, — suivant son degré de littéra- 
ture, — notons, en passant, que le témoignage des 
femmes est parfaitement valable en ce temps-là, — et 
si c'est nécessaire, le peintre fera venir de l'atelier ses 
élèves afin de revêtir le document officiel des garanties 
stipulées par la loi. Nous trouvons, sous la date du 17 
juillet 1692, un acte passé « dans la cuisine du sieur 
Englebert Fisen, peintre bourgeois de cette cité, en sa 
maison située soub la paroiche de Sainte Magdeleine, 
pnts illecqs Laurent Charlier et Lambert Vlierden, 
apprentif de l'art de la peinture auprès du dit sieur 
Fisen. » 

Le i5 janvier 1692, Englebert Fisen avait épousé 
Anne-Catherine Campo, sa cousine germaine. En effet, 
les mères des deux conjoints étaient sœurs, et si, dans 
les actes authentiques, nous voyons la mère du peintre 
désignéesous le nom de Jeanne Herck,et celui de la mère 
d'Anne Catherine Campo sous le nom de Marie Van 
Herck, il n'y a aucune induction à tirer de ces variétés 
dans l'orthographe des noms propres. A cette époque 
encore, rien n'est moins fixe que la manière d'écrire les 
noms de famille. C'est ainsi que nous trouverons notre 
artiste désigné généralement sous le nom d'Englebert 



— 23 — 

Fisen, écrit parfois Fizen et Fisenne ; mais nous trou- 
vons aussi son nom écrit avec la particule de : de Fisen, 
bien que le fils du barbier Fisen n'eut assurément pas 
la pensée d'afficher des prétentions nobiliaires. 

L'examen des documents transcrits dans le stock 
donne lieu à quelques observations qui ne sont pas 
sans intérêt. Ainsi, dans les testaments, on constate qu'il 
était de règle de léguer une petite somme à la fabrique 
de la Cathédrale de Saint Lambert, et nous verrons 
dans le testament du peintre qu'il se garde bien de 
déroger au pieux usage des bourgeois de la ville. Sou- 
vent aussi, la maison des Incurables a une part dans 
les libéralités des testateurs. Nous trouvons dans les 
dernières volontés de l'une des tantes de Fisen, testa- 
ment de damelle Anne- Marie Herck, daté du 16 
décembre 1697, la disposition suivante : 

« Item, elle legatte à la fabrique Monsr. Lambert et à 
» la maison des Incurables chacun six pattars une fois. » 

C'est à la suite des avantages qui lui sont faits par le 
testament de cette tante que Fisen abandonne la maison 
paternelle, qu'il occupait près de l'église de Ste-Magde- 
leine, pour prendre domicile dans la maison d'Anne- 
Marie Herck, située vis-à-vis de l'église Saint-Hubert et 
où Englebert Fisen devait finir ses jours. 

Anne-Marie Herck divise sa fortune en onze parts 
égales, dont deux pa rts sont léguées aux époux Fisen ; 
en effet, elle lègue « une part au sieur Englebert Fisen 
lui-même, comme marit à la damelle Anne-Marie 
Campo son espeuse, et une part à Anne-Catherine 
Campo » puis elle ajoute : « Voir que si quelqu'un 
voulut disputer Tune ou l'autre des parts au dit seigr 
Fisen,et qu'on s'opposât à luy laisser suivre deux partes, 
veu et ordonne qu'iceluy S r Fisen prendra les deux 
partes hors des plus appareillés bien d'icelle testatrice. » 

Mais Anne-Marie Herck ne croyait pas encore avoir 
assez fait pour son neveu et sa nièce; au testament du 



— 24 — 

i6 décembre elle ajoute, quatre jours après, un codicille 
par lequel elle déclare : 

« Que sa volontez estre que la maison appendices et appartenances 
qu'elle possède devant St Hubert en Liège avec la changelette, 
crama çisterne et tout ce qui tient nature de fond ou qui est clouez 
suivre au Seig r Englebert Fisen et la damlle son espeuse ses 
nepveu et niepce au pris de trois cents ff. bbnd rente y comprins 
les charges, voir que ce qui excederat les charges serat redimible au 
denier vingt voir a chascun membre séparément bien entendu que 
le dit S r Fisen entrerat aussitost après la morte de la ditte Damelle 
comparante dans la ditte maison afint d'entretenir la négoce, et en 
cas la Damelle comparante vint a mourir soit après la noel soit après 
la Saint Jean les cruits prendront orprime course a la charge du dit 
S r Fisen au jour St Jean ou noel après la morte de la Damelle 
comparante sans qu'il soit obligé a payer aucunne chose de la rate 
du temps » 

La tante de Fisen mourut bientôt après et, confor- 
mément au désir exprimé par son testament, le neveu 
alla s'installer dans la maison délaissée par Anne Marie 
Herck. Cette maison de commerce portait l'enseigne 
« au Mauriane » et, toujours en conformité du vœu- 
exprimé par la testatrice, Fisen reprit son négoce, ou, ce 
qui est plus probable, il le fit reprendre par sa femme 
et, comme nous le verrons plus tard, par sa fille Anne- 
Marie, alors seulement âgée de cinq ans. 

Toujours est-il qu'à partir de cette époque, Fisen 
paraît dans les actes indifféremment avec les qualités 
de peintre, peintre-marchand, bourgeois, quelquefois 
avec ces différentes qualifications à la fois. Dans un 
document, du 19 février 1718, nous trouvons la dési- 
gnation « le sieur Englebert Fisen, peintre, marchand 
bourgeois de Liège. » 

Il y aurait encore plus d'un fait à noter dans le 
registre où apparaissent assez fréquemment bon nom- 
bre de noms connus dans les annales liégeoises. On y 
voit figurer, entre autres, celui de Gérard Douffet, le fils 
du peintre de ce nom, qui, dans un acte très étendu, 
daté du 10 janvier 1660 — et qui n'est pas sans intérêt 



— 25 — 

au point de vue des transactions financières du temps — 
apparaît comme fondé de pouvoir de noble et illustre 
seigneur Alexandre-Théodore comte de Mérode, vi- 
comte de Villers, etc., etc., mais l'examen de ce docu- 
ment nous éloignerait de notre sujet. 

Nous y restons en faisant un dernier emprunt au 
stock pour reproduire la partie d un document qui 
relate avec une simplicité parfaite comment, il y a deux 
siècles, se faisait en famille le partage des biens. 11 s'agit 
ici de la succession des parents - d'Anne-Catherine 
Campo, la femme de Fisen. 

« Partage des cens et rentes fait entre les enfants et gendres de 
feu hble Jean Dechamps et la Damelle Marie Van Herck, le 2 5 
novembre 1692. 

Apres quoy avons fait cincque petits papiers marquez sem- 

blablement A. B. C. D. F. restants des dittes six lesquelles estant 
pliez de la même façons et si dextrement qu on auroit pu recoi- 
gnoistre lun pour l'autre et les mélangez dans le tabliez de la ser- 
vante du S r Jean Campo, icelle les at distribué pour commun 
accord comme sensuit et ayant donné le premier au dit S r Jean 
Campo, nostre frère et at tombé au billet marqué B ensuitte duquel 
at eu, etc. 

... le quatrième billet at estez donné par la ditte servante au St 
Fisen si qu'ayant épousé la deuxième sœure et at tombé au billet 
marqué A., ensuitte duquel at eu le capitalle de dix ff. bbns, en sa 
parte hors de soixante redimes par iceluy, item de deux ff. dix 
pattars en sa parte hors de quinze ff. bbt, redimé par Lambert 
Ayrchen ; item de trente trois pattars un quard huict sols en sa 
parte hors de dix ff. bbt. redimés par le S r Ambroise Liben faisants 
ensembles en sa parte ff. quatorze trois pattars et un quard ; item 
sur la maison paternelle a Saint Hubert aurat quinze ff. bbnt ; item 
trente ff. bbns du par Wathieu Tasson dans le Thier St. Martin a 
Liège. Item vingt ff. bbns restants de la rente transportée par la 
Damelle Anne Borret sur gages spécifiez ens documents ; item deux 
muids et demy speaite transporté par les Vivario que paye présente- 
ment Paquay-Paquot sur biens au faux compire (1) estimé le muid a 
huit ff. bbns ; item six stiers mesure de St. Trond, du par Peter 
Trempenaire, estimé chacque a vingt cinq pattars dont icy sept ff. 
dix pattars avec tous canons d'icelles rentes. » 

(1) Cest-à-dire Falconpire, aujourd'hui Fond-Pirette. 



— 26 — 

Mais quittons ce grimoire pour ne plus y revenir. 
Comme nous lavons dit en commençant, nous empor- 
tons, de l'examen de ce registre, la conviction que le 
sieur Englebert Fisen, peintre et négociant, n'était pas 
le bourgeois le plus mal lotti de la noble cité de Liège. 
Après avoir fermé le Stock, jetons un rapide coup d'œil 
sur le petit registre des religieuses de Sainte-Claire de 
notre ville. 

Si le livre de « Stock » de Fisen nous a laissé l'im- 
pression que l'artiste ne manquait pas desprit d'ordre 
et que, dans les transactions de la vie, il attachait grand 
prix à la régularité qui convient à la vie chrétienne, à 
l'honorabilité du bourgeois de Liège, ce jugement. ne 
sera pas infirmé par la lecture du « Registre au profits 
et aumosnes et des grains acheté pour les Religieuses de 
Ste Claire en Liège comensant le i er décembre 1688. » 

Nous n'emprunterons à ce registre que le petit nom- 
bre d'alinéas relatifs à l'entrée en religion de la seconde 
des filles de l'artiste. Marie-Jeanne Fisen était née 
le 2 mars 1695. Elle voulut prendre le voile à l'âge de 
dix-huit ans. 

Sous la date de 1713, se trouve la mention suivante : 

« Le XVIII Février, Marie Jeâne Fisenne, fille du Sieur Engle- 
bert Fisenne Pintre, est entrée ici pour être religieuse du Choeur ; 
on lui a fait grâce de la pension. — Que ce soit pour la gloire de 
Dieu, le salut de son ame et le bien de cette communauté. » 

En donnant sa fille à la maison de Sainte-Claire, 
l'artiste lui avait fait assurément le don le plus précieux 
qu'il pouvait lui faire. Nous allons voir qu'il n'enten- 
dait pas économiser sur les accessoires de son sacrifice. 
En effet, nous trouvons, l'année suivante, la prise de 
voile de Marie-Jeanne, rapportée dans ces ternies : 

« Le XX aoust 17 14 Marie Jeane Fisenne a prins l'habit de reli- 
gion pour être religieuse du choeur, Mon S r de Liboi, Euesque de 
Termopole, Suffragant et administrateur du Vicavin (sic) de Liège, 
assisté de deux chanoines de St. Pier ont fait la Cérémonie, et le R d 
Père Coret le Sermon. 



— 27 — 

« Que ce soit pour la gloire de Dieu et le salut de son ame. 
» Les Parents ont doné cent fl. bbt pour traitter deux jours la 
communauté, étant la fête ; le Seig r soit leur recompense. » 

Enfin, Tannée suivante, l'artiste s'acquitte complète- 
ment envers la communauté, payant la pension dont 
on avait fait grâce à sa fille, sa dot, et enfin d'une 
manière très large, la bienvenue de Marie-Jeanne, dans 
la pauvre famille de l'amie du mendiant d'Assise. Nous 
trouvons sous la date de 1715, le poste suivant : 

« Reçu du Sieur Englebert Fisenne Pintre, trois cent fl. bbt, 

pour la pension du demi an d'escolier, et l'anée de nouiciat de sa 

fille Marie Jeâne Fisenne. Et pour sa doete, trois mil fl. bb. » 

« Et pour traitter la communauté trois jours,cent cinquante fl.bb. » 

« Le Seig r soit sa recompense ; que ce soit pour la gloire de Dieu, 

le bien de la communauté et le salut de sa fille. » 

Telles sont les dernières traces que contiennent 
probablement les documents de ce monde sur Marie- 
Jeanne Fisenne. Les dernières lignes du Registre aux 
profits et aumosnes se rapportent au mois de no- 
vembre 1726. 

Les papiers parcourus jusqu'à présent nous font 
connaître les conditions de la vie du citoyen et la 
manière dont Fisen entendait, dans certaines circons- 
tances, les devoirs de la paternité. Nous le retrouverons 
sous ce dernier rapport, en prenant connaissance de 
son testament et du codicille qu'il y ajoute la veille de 
sa mort. Nous allons maintenant être mis à même de 
juger de l'activité de l'artiste, de sa vie de travail, année 
par année, pendant près d'un demi-siècle. Ici, c'est 
l'artiste lui-même qui tient la plume pour inscrire les 
œuvres de son pinceau, à mesure qu'elles se produisent, 
avec la rémunération qu'il reçoit. Le manuscrit qui 
nous offre ces renseignements précieux, contient égale- 
ment quelques notes sur les mouvements de Tétat-civil 
dans la famille du peintre. Nous transcrirons le tout 
aussi fidèlement que possible, sans nous astreindre 
toutefois à rendre avec tout le scrupule qu'y mettent 



— 28 — 

certains paléographes, et les fautes d orthographe, et la 
rédaction, parfois inintelligible sans une étude appro- 
fondie du texte original. On sera disposé à pardonner 
au peintre les excentricités de sa plume en se rappelant 
la correction et l'abondance de son pinceau. On lui 
pardonnera d'autant plus volontiers sa faiblesse au 
point de vue de la grammaire qu'on se rappellera que 
les parents de Fisen, nés dans une condition bien 
humble, avaient dû diriger l'éducation de leur fils de 
manière à lui créer le plus tôt possible une vie indépen- 
dante. N'oublions pas d'ailleurs qu'il vivait à une 
époque où l'art d'écrire correctement était peu répandu 
dans nos contrées et que, même en France, M mc de 
Sévigné, qui vivait au centre des beaux-esprits de la 
Cour du grand roi, écrivait ses délicieuses lettres avec 
une orthographe de haute fantaisie. 

Le petit manuscrit qui va nous servir de guide, con- 
tient une vingtaine de pages, écrites, nous venons de le 
dire, de la main même de l'artiste. Il en existe plusieurs 
copies déjà anciennes, et il était connu du chanoine 
Hamal qui en parle dans la courte notice biographique 
qu'il consacre dans son Mémoire pour servir à [histoire 
des artistes de la province de Liège ,à Englebert Fisen. A 
la mort du peintre, ce cahier avait passé entre les mains 
de son tils Herman Joseph. C'est celui-ci, sans doute, 
qui, dans un but difficile à expliquer, a détruit toutes 
les indications marginales relatives au prix que Fisen 
recevait de ses œuvres. Sur certains feuillets, les indi- 
cations sont barrées à la plume; dans ce cas, il a été pos- 
sible de faire disparaître, par des réactifs, les traits faits 
à l'encre et de rétablir les chiffres. Sur d'autres feuillets, 
la marge est coupée et, naturellement, les renseignements 
qui y étaient consignés sont définitivement perdus. 

Ce petit cahier est intitulé: Registre d Englebert 
Fisen contenant les naissances et décès concernant 
n TQ famille, et renfermant aussi la liste de ses peintures . 

Il faut encore ici rendre justice à l'esprit d'ordre de 



- 29 — 

l'artiste. Dès son mariage, en 1692, il commence son 
livre de Stock, où sont consignés les éléments de la 
prospérité matérielle de la communauté, de la famille 
qui vient d'être fondée. Notre petit registre est plus 
ancien, il remonte au mois de mai 1679, c'est-à-dire, 
à l'époque exacte où le peintre, revenant d'Italie, re- 
garde comme terminée son éducation, et où il va entrer 
dans l'activité de la vie d'artiste. Aussi, il y consigne 
toutes ses œuvres à partir de ce moment jusqu'à l'année 
1729, époque où, âgé de soixante-quatorze ans, les infir- 
mités et la vieillesse ont fait tomber le pinceau de ses 
mains, et où il faut enfin renoncer au labeur et à la lutte. 
Nous transcrivons donc, en corrigeant les indications 
par trop défectueuses, en rétablissant, où cela a été 
possible, les prix biffés par une main inconnue. 

Le 26 May 1679. 

J'ai faict pour Mons r Bomersome, Notre Seigneur guérissant les 
dix lépreux. 

Pour M. Posson ( Ste Anne et la Vierge. 

^ Saint Lambert. 
Pour M. de Bierset. Une sainte famille. 
» Dame Plenevaux : / La Transfiguration. 

Ste Catherine de Gênes. 
St Antoine de Padoue. 
Le portraict de M 1,c Deteu (de Theux ?) 
pour M. de Bierset ( Une métamorphose. 

\ Moïse tiré des eaux. 
Le portraict de M. le Baron de Berlaimont. 
pour M. Posson, St Pierre reniant le Sauveur. 
» » le Prévôt Deherf, une Métamorphose. 

La marge avec l'indication du prix de ce feuillet est 
coupée. 

1680 

Pour M mc de Vivegnis / Le Christ au jardin des Oliviers. 20 Ecus 

\ portrait de cette dpme. 6 

» M. l'Abbé de Cheminon, Dédale et Icare. 8 

» M. Posson, Anchise sortant de Troie. 25 



- 30 - 

Pour M mc Blésia, La Samaritaine et un Sépulcre. 10 

» M . de Résimont, St Jean prêchant au désert 40 

M lle Bouhon, L'adoration du Veau cTor. 3o 

la Maison de Ville, un Crucifix. 1 5 
» les Religieuses de St-Léonard, Ste Marie de Pa\\L 20 

le jeune Baron de Surlet, son portraict. 10 

M 1,e Heneaux, son portraict. 6 

» M me de Bierset, La Reine Esther. 20 

» la Paix Dieu, un tableau d'autel (sic). 75 

D» c Masset, St Charles Borromée. 25 

St Pierre sur la Mer. 5 

un Crucifix. 5 

M. L'eschevin Lenaers, un Jessé. 8 



» 
» 



» 
» 



» 



328 
1681 

Pour M. Strail, La conversion de saint Guillaume. 
» les Urbanistes, / Saint Antoine de Padoue. 

Une Nativité de N.-S. 

\ Sancta Maria Major (sic). 
» la demoiselle Cruyoy, La Conception de N.-Dame. 
» M. Posson, même sujet. 

» les Urbanistes, Sainte Angèle et V Annonciation. 
» M. l'Abbé d'Orval, Saint-Bernard. 
)) M. Bomersome, La punition d'Ananie. 
» M mc de Bierset, L'Adoration des Mages. 
» M. de Nedercane, L'Annonciation. 
» M. Lenoir, un Crucifix. 
» M. l'Abbé d'Amay, Sainte Ode. 
» M me de Bierset, La Nativité et Saint Jean Baptiste. 
» M. de Posson, / son portraict. 

\ r Adoration des Mages. 
» M llc Stéfany, Le portraict de son mari. 
» M. de Résimont, Des enfants jouant. 

La marge du feuillet est coupée, cependant au bas 
il a été possible de lire le produit de l'addition : 

270 Ecus 

1682 

Pour M mc de Corswarem, La Conception de la Vierge. 25 
» les Pères Capucins, le Bienheureux Félix. 10 

» Notre-Dame-aux-Fonts, Le tableau d'autel. 100 



— 31 — 

Pour Munster Bilsen, / Le tableau d'autel. i5o 

[ Tête de St André et de Ste Barbe. 12 

» les Augustins, deux port raids. 12 
n Son Altesse Electorale, (Max. Henri de Bavière ?) 

son portraict. 00 

» M. le Prélat de Beaurepart, son portraict. 1 5 

» Dame Jaspar, L'eschelle de Jacob. 18 

» M lle Bouhon, La conversion de St Augustin 20 

» » Bocholz, un tableau d'autel. 5o 

» M. Posson, une Descente de la Croix. 1 5 

» M. le conseiller Deherf, Iphigénie. 40 

» M llc Mex, son portraict. 10 

» D 1 »* Jaspar, Ste Marie l'Egyptienne. 6 

Deux anges au tabernacle de Saint Pierre. 6 

489' 
1683 

Pour M. de Mex, La Fille de Pharaon. 

» Dame Galler, ( Le baptême de Saint Jean. 

St Pierre dans la grotte. 
\ son portraict. 
» D me d'Hinnisdael, L'adoration des Bergers. 
» M. Belineaux, son portraict. 
» M. Bierset, L adoration des Bergers. 
» D me Rahir, la Conversion de Saint Augustin' 
» M. Mex, La persécution de David . 
» Sœur Julienne, Sainte Barbe. 
» M. Jalhay, son portraict . 
» M. le Grand Commandeur, un Crucifix. 
» M. l'Abbé d'Amay, un tableau d'autel. 
» les Capucins, La Conception de la Vierge. 
» M lle Delport, deux portraict s. 
» Dame Ogier, Saint Bernard. 

1684 

Pour M 1Ie Bouhon, le portraict de son fils. 5 

» Dme Chelle, / N.-Sèigneur maltraité et garotté. 3o 

t deux petites peintures. 1 o 

» Dame Teinlot, ( La conversion de St Guillaume. 3o 

\ deux petites peintures. 10 

» l'église de la Madeleine, le tableau du Maître-autel. yS 

» M. le Comm. de Bernissem, l'Adoration des Mages. 5o 
» M. de Posson, L'esquisse de la Madeleine. 



I 



-- 32 — 

Pour M lle De tige, son portraict . 

» M. TEchevin Quartier, son portraict. 10 

» M. l'Abbé de Saint-Gilles, son portraict. 5 

M. le Grand Yicaire, son portraict. 3o 

M. Waldor, le Couronnement de la Vierge. 25 

S. Alt. de Strasbourg, ,' son portraict. 1 5 

[ un crucifix avec la Madel. 

M. l'Abbé de Beau repart, V Adoration des Mages. 40 



» 
» 



3 4 5 
1685 

Pour M mc Mex, un crucifix. 
» l'église St-Michel, tableau du Maître-autel. 
» M. de Neufcour, le portraict de M. Slins. 
» l'église Saint-Martin, le Crucifix du màitre^iutel. 
» le vice-comte Monténaque (sic), son portraict. 
» M Ilc Roufos, son portraict. 

» le Convent du Val-Benoît, Saint Pierre dans la grotte. 
» M. Clacen, trois portraicts. 
» l'église Saint-André, la descente de la croix. 
» M. Desart, son portraict 

Addition restée 409 

1686 

Pour M. Servais, son portraict et celui de sa femme. 24 

» M. de Lantremange, le portraict de sa compagne. 8 
» les Capucins de Dinant, un tableau d'autel. 70 

» Bodegnée, un tableau d'autel. 3o 

» M. l'Archidiacre de Liverloo, ( Hercule filant. 5o 

A chille se faisant re- 
\ connaître. 5o 

» les Capucins de Malmedy, une Nativité. 90 

» M. de Lantremange, son portraict. 6 

» M. le Doyen de Saint-Jean, une descente de la croix. 12 
» l'église Saint-André, un purgatoire. 90 

» l'église Saint-Jean, une Annonciation. 3o 

» le Convent du Val-St-Lambert, un Saint Martin. 3o 
» M. le commissaire Libert, son portraict. 8 

» le père St André,portraict de son frère et de sa sœur. 1 2 
» le Convent du Val-Benoît, le Baptême de N.-S. 40 



.55o 
1687 



Pour les Capucins de Charleroi, 3 peintures. 



» 
» 
» 



— 33 — 

Pour le Capucin Claesen, son portraict. 
» M. Bernimolin, Saint Gui Heaume. 
» M me la comtesse Grœsbeck, une Assomption. 
» M Ue Sauray, son portraict. 
» M. le Trefoncier Neufcour, une Diane. 
» M. Bailly, son portraict historié. 
» M. Fisen, leurs portraicts historiés. 
» M. Bihen, son portraict. 
» le Cardinal, une pièce de tapisserie. 

Total lisible 3oo 
1688 

Polir M. Bailly, son portraict historié. 65 

» FAbbesse des pauvres Claires, son portraict. 6 

Dame Debruat, une Descente de la Croix. 8 

M. le Chanoine de Posson, de Huy, son portraict . 6 

M me Tauray, son portraict. 8 

•» le Cardinal de Furstemberg, 3 pièces de tapisserie. 3oo 

» M. Doupée, Vhistoire d'Achille. 20 

» M. Bichen, son portraict. « 6 

» les Capucins de Dinant, deux Tableaux. 36 

» le Convent du Val-Benoît, La Samaritaine. 28 

» » de S^Claire, l'Annonciation. 5o 

» Milen, la Nativité. 28 

I73" 
1689 

Saint Pierre guérissant le boiteux. 40 

Pour M. le Doyen de S^Denis, son portraict. 8 

» M. le comte de Groesbeck, son portraict. 8 

» M. le conseiller Dehers, six esquisses. 60 

La Conception de Nostre Dame. 

» St Lambert, le Couronnement de Nostre Dame. 60 

» M. d'Aubreby, le Sacrifice du Roy Ahos. 28 

» le Convent du Val-Benoit, la Cananéenne. 22 

» M8 r le Grand Vicaire, son portraict. 8 

» Conseil ordinaire, un grand Tableau. 160 

"394 
1690 



Pour le Conseil ordinaire, 4 peintures. 335 

» la Chapelle du S^Sacrement à S*- Martin, 1 peinture, y 5 
» le Val-Benoît, / le Centenier y 25 

V N. S. à Emaus. 26 

» M. le chanoine Bomersome, son portraict. 6 



— 34 — 

Pour le Conseil ordinaire, le plafond, 100 

» le Trône de S 1 Lambert, une gloire d'Anges. 89 



656 



1691 



Pour M Ile Floquen, sonportraict. 7 

» M. Dumoulin, Moïse exposé aux eaux. 20 

» le Val-Benoît, le Christ au jardin des Oliviers. 45 

» les Capucins à Verviers, la Trinité. 40 

» l'église S 1 - Etienne, une Nativité. 25 

» le Convent de S^-Claire, Sainte Gertrude. 18 
» l'église Saint André, la Visitation. 

» le plafond de la Magdeleine, une Vierge. 3o 

» les Capucins à Verviers, St François et St Antoine. 20 

» M. le prieur des Croisiers, son portraict. 10 

» M. Bouname et sa femme, portraicts. 12 

» la Campine (?) le Couronnement de Nostre Dame. 3o 
» le Marguiller de N.-D. aux fonts, son portraict. 

257 

1692 

Pour l'église Saint André, la Visitation. 35 

» M. le président Deherve, un Sacrifice. 20 

» M. le comte de Tïlly, sonportraict. 10 

» M. Fabalet, sonportraict. 10 

» l'hôpital Saint Jean, Sainte Elisabeth. 5o 

» M me la comtesse de Tilly, sonportraict. io 
9 l'église Sainte Magdeleine., / Nostre Seigneur appa- 

I raissant comme jar- 
dinier. 
S* Marie Magdeleine 

dans la Grotte. 1 5 
le portraict de M. de 

V Liborch, mort. 7 

» les Capucins, la fraction du pain. 6 

St Philippe de Néri. 

» Dame Oger, V Annonciation et la Purification. 10 

» M llc Dusart, son portraict. 5 
» l'avocat Lhonneux, Esquisse de N. S. apparaissant 

comme jardinier. 6 

184 

Les chiffres n ont pu être établis avec certitude sur 
cette feuille. 



— 35 — 
1693 

Pour Dame Ogier, V Adoration des Mages, . 27 

» M mc Clercx, le Prophète Elie dans un paysage. 4 

» le maître-Autel des Carmes, un Christ. 40 

» M. Bomersome, la fraction du pain. 10 

» Saint-Jacques, le Miracle de St Benoît. 1 5 
» Ma Tante, Martyre de St-Lambert. 

Un Ange gardien. 10 
» les Sœurs Grises, Ste Elisabeth faisant la charité. 

St François. 

» M. Stembier, F Alliance des Eaux et de la Terre. 23 

' » l'Oratoire des Jésuites, une Vierge. 4 

"T3T 
1694 

Pour les Sœurs Grises, / la charité de Ste Elisabeth. 40 

{ St François. 40 

» les Orphelines de Huy, V Adoration des Mages. 80 

» M. Stembier, Un Roy mené en triomphe. 40 

» M. Demortier, V Enfant prodigue. 26 

Mon portraict et celui de mon fils. 

» le maître-Autel des Croisiers, Une gloire d'Anges. 25 

Le portraict de laprieuse Goffin. 6 
Deux Annonciations à mi-corps. 

256~ 
1695 

La Samaritaine à my-corps. 1 5 

Pour les Capucins à Verviers, Une Descente de croix. 80 

» M. H essaie, Portraict historié de ses deux enfants. 22 

» l'Autel des Sœurs grises, Un Crucifix. 5 

» Dame Rosen de Robermont, Le Samaritain. 12 
» l'Autel de l'église de Theux, Un Crucifix. i5o 

n M 1Ie Posson de Namur, son portraict. 6 

L'Esquisse de l Autel de St Estienne. 
» le maître-Autel de l'Eglise de St-Estienne, Martyre 

de St Estienne. 70 

Un petit portraict (Tune demoiselle allemande. 8 
La Cananéenne à my-corps. 



368 
1696 



Pour les Sœurs grises, L'Ange de la Confrérie des cinqplaies 40 
» le Père Jamart, capucin,La Conception de la Ste Vierge 1 2 



— 36 — 

Pour les Sœurs grises, St Antoine avec la Vierge. 40 

» Verviers, Le bienheureux Félix. 1 5 

» le comte de Berlooz, L'histoire de Médée. 25 

» Saint-Jacques, St Benoit brise les idoles. 20 
» les Sœurs grises, St François contemplant la Passion . 40 

» le Prieur des Croisiers, Hérode. 20 

» M. Gosuin Ansiaux, V Adoration des trois Rqys. 25 



» 



les Ardennes, Un Crucifix. 25 1 



1697 



262 



Pour les Sœurs Grises, V Adoration du nom de Jésus, Marie 

et Joseph. 40 

» M. Bomersome, Agar et Ismaè'l. 10 

» M. le Conseiller de Hers, son portraict. 20 

» Verviers, St François recevant les pardons , (sic). 10 
» M. Ancion, trois portraicts historiés. 18 

» les Sœurs Grises, Les cinq Martyrs du Maroc. 20 

» les Capucins de Verviers, VImmaculée Conception. 10 
» M. Fisen, Rebbeca. 20 

» M . De Herf, son portraict et celui de M mt sa femme. 1 8 
» les Capucins de Verviers, un Ange gardien. 10 

» M. Chokier, son portraict. 10 

» les Sœurs Grises, N. S. au Jardin des Oliviers et la 

Résurrection, en petit rond. 18 
» Durbuis, St Antoine de Padoue. 1 5 



219 
1698 

Pour les Croisière, Daniel faisant mourir le Dragon. 20 

» M. le commissaire Jamar, son portraict. 12 

» le Dominicain Demblèye, son portraict. 5 

» Mb 1 " TEvêque de Namur, un Crucifix. 10 

» le Père Baroy, dominicain, un Crucifix. 12 

» M. Hardenne, des portraicts historiés. 45 

Un Crucifix. 
Un petit Crucifix avec St Jean, la Vierge et trois 

Maries 3o 

» M. le Général des Croisière, son portraict. 16 

» M. TEscolâtre de Saint Lambert, son portraict. 1 5 

La Cananéenne à my-corps. 
» le prieur des Croisière, Fête du Sauveur et de la Ste 

Vierge. 

» M. le Doyen de Looz, son portraict, 8 



— 37 — 

Pour M. Posson de Huy, La Sainte Famille. i5 

» M. De Clercx, Portraicts de famille historiés. 56 

Le Baptême de N. S. Le Christ tenté par Satan. g 

St Pierre et Ste Marie, V Egyptienne pénitente. 14 

» M. Posson de Huy, La Nativité. 

367 
1699 

L'ange apparaissant à St Joseph avant la fuite 
en Egypte. 
Pour les Sœurs Grises, un Saint Michel et un Ange Gardien. 

» une cheminée des Croisiers, Une perspective. 
Portraicts de Dames. 

» Son Altesse Electorale notre Prince (1), la Salutation ange- 
lique et r histoire de Tobie avec VAnge et le poisson , le 
Nom de Jésus porté par les Anges, le Nom de Marie porté 
par les Anges. 160 

n M. Gisel, Loth et ses filles. 

» M. Elias, Job sur le fumier. 

» les Dames de Hoch, Saint Paul. 

» Dame Wansoul, la Femme adultère. 

» Dame Thinlot de Robermont, la Purification. 

1700 

Pour M« r TEvêque de Namur, son portraict. 33 

» M. le pasteur de Gronsfeld, son portraict. 
» M Ue Lembort (Lymborch?) religieuse à Masez (Maeseyck?) 

son portraict. 
M. le chantre de St Denis, son portraict. 
» Hocht, N. S. au Désert. 
d Dame Tinloz, N. S. fixé sur la Croix. 
» M. Luitenne, /' Adoration des Roy s. 

Le Saint Sacrement administré aux malades. 
Le Prophète Elie avec l'Ange. 
» M. Posson, Abraham avec EpHron (?) 
» le convent de Flône, Esquisse du tableau d'autel. 
» Le grand tableau pour Flône. 
» les Capucines, St François avec la Vierge qui demande les 

pardons. 
» Bougny dans le comté de Salme, un Crucifix avec la Vierge 

et St Jean. 

(1) Joseph Clément de Bavière. 



— 38 — 

Pour M" e Lembort (Lymborch) religieuse, son portraict. 

La Copie de St Jacques de Douffet. 8 

» le conseiller Deherf, une grande perspective 1 5 

1701 

Une petite copie de St Jacques de Douffet. 
Pour D mc Wansoul, Dalila coupant les cheveux de Samson. 
» l'avocat Dewez, son portraict. 
» le convent de Robermont, Miracle de Saint Elùy. 
» le prieur des Croisiers, St Mathias apôtre. 
» Corswarem, un Crucifix avec la Magdeleine. 
» M mc de Grimonster, son portraict et celui de M. Amant. 
» M. Bière, son portraict. 

» le convent de Flône, St Augustin et le Martyre de St 
Mathieu. 

Une seconde copie de St Jacques. 
» Huy, Ste Anne avec la Ste Vierge. 
» le Général des Croisiers, son portraict. 
» Son Altesse Electorale de Cologne, Ste Anne, la Ste Vierge, 
St Joachim, Ste Elisabeth et Saint Jean-Baptiste, le nom 
de Jésus et de Marie et des dessins. 
» conseiller Bounamaux, son portraict. 

Un Crucifix. 



1702 



Pour Dame Méan de 
Robermont, 



St Paul au pied d'Ananias. 
St Augustin pénitent. 
^ Jésus-Christ en jardinier. 
Pour le grand-autel de la Chapelle de S. A. S. E., St Joseph tra- 
vaillant avec le petit Jésus et la Ste Vierge. Au haut le Père 
Eternel dans une gloire. 
» le convent de Flône, l'Assomption de la Ste Vierge. 

Ste Anne avec la Ste Vierge. 
Les portraicts de M. le grand Mayeur 

et de sa femme. 
Les portraicts de M l,e de Ho^émont, 
de Af Uc de Berlo\, chanoinesse 
d*Andennes. 24 

De M "• Berlo\ de Herckenrode. 6 
De M 1 * Seury, et de AP le Geause- 
naire. 12 

Pour M. l'Abbé de Saint Jacques, Saint Nicolas. 



— 39 - 

1703 

Pour le convent de Flône, Ste Anne et la Ste Vierge. j 

» Père Joseph, carme, son portraict. A 

n M. Hansinelle, St Guillaume à my-corps. \ 

» comte Deinatenne de Wégimont, son portraict, celui de sa ! 

femme et de son père. \ 

» la comtesse de Briat, son portraict et une copie de celui-ci. 
» Ancion, une Assomption. 

» conseiller Bbunameau, son portraict et un Crucifix. 
» Père Louys, carme, son portraict. 
» M lle Vandergrave, son portraict. 
» M. l'avocat Groutaers, portraict de famille. 

1704 

Pour Ruremonde, [Assomption de la Ste Vierge. 
» le convent des Conceptionnistes, Saint Michel. 
» M. Ancion, les Epousailles de la Ste Vierge. 
» M Uc Hansinelle, son portraict. 
» les Capucins de Liège, peinture du grand-autel. 
» M. Vandygen, l'Adoration des trois Rqys. 
» M. le chanoine Lanoy, portraict. 
» M. le chanoine Emerigen, portraict. 
» M .' Strelle, portraict . 

» le convent de Flône, Judith tenant la tête de Holopherne. 
N. S. chassant les vendeurs du Temple. 

1705 

Pour les Malades Incurables. .Descente delà Croix avec le portraict 
de M. Surlet. 55 

» M. Deherf, portraict du prince de Lorraine. 20 

» M. le chanoine Lanoy, portraict. 10 

» M. le baron Dact, son portraict et celui de M 116 Surlet. 
» M. le Prélat de St Jacques, portraict. 
» les Sœurs Grises, un Dieu le Père. 
» M. de Cheratte, son portraict et celui de sa dame. 
» Nicolas Louys, portraict. 
» M. le baron Dact, portraict. 

1706 

Pour M. l'avocat Vandermaes, son portraict. 
» l'hôpital St-Joseph, Sainte Famille. 



— 40 — 

Pour les deux autels des Bénédictines, la mort de St Benoît et celle 
de Ste Scol astique. 
» Dame Wansoulle de Robermont, la Purification de la Ste 
Vierge fort finie, les paralytiques et deux autres. 42 

» les Sœurs Grises, St Joseph, St François et Ste Elisabeth. 18 
» St Nicolas, Outremeuse, la Confirmation. 
» M. le baron Nediguer, sonportraict. 

1707 

Pour l'autel d'Ensival, Assomption avec le couronnement de la 
Ste Vierge. 100 

» le Rond Chêne, l'Annonciation. 25 

» église Saint Barthélémy, Martyre du Saint. 25o 

» les Ursulines de Huy, VAnge gardien. 
» Dom Loncin du Val St-Lambert, son portraict avec une copie. 

1708 

Pour Dinant, Notre Seigneur qui donne les clefs à St Pierre. 
» M. Clercx, Moïse tiré des eaux par la fille de Pharaon. 
» Cousin Linsmont, Abigaïl avec le serviteur d'Abraham. 
» les Ursulines de Huy, la Magdelaine pénitente. 

Une Religieuse anglaise du St Sépulcre. 

Une Augustine anglaise de Bruges. 
» M me Coheur, son portraict. 

1709 

Pour l'église Ste Catherine, V Ascension de Notre Seigneur. 

» M. Posson, Crucifix avec sonportraict. i5 

» Vivegnis, la Présentation de la Ste Vierge. 
» le réfectoire des Croisiers, un Crucifix. 
» M. Gisel, Moyse frappant le rocher. 

Dame Rosen de / le portraict de M me Dact et de M. de 
Robermont, f Surlet. 12 

La Purification de la Vierge fort finie. 100 
Une Nativité et N. S. chassant les 
vendeurs du Temple. 42 

\ N. S. au jardin des Oliviers. 
» TEscolatre de Maestricht, son portraict. 8 

1710 

L'Ange apportant du pain au prophète Elie dans le 
désert, 



— 41 — 

Le grand prêtre mettant les pains de proposition devant 
Torche £ alliance. 

Le grand prêtre Achimelech remet des pains sacrés à 
David. 

Le sacrifice d'Abraham. 
La Manducation de l'agneau pascal. 
Les Israélites ramassant la manne au désert. 
Tous les six pour la Chapelle du St Sacrement à St Martin. 
Pour la Sodalité des PP. Jésuites, Ste Catherine et St Chrisostôme 
à my-corps. 
» M. de Latinne, sonportraict et celui de M me sa sœur. 12 
» Gronsfeld, le Couronnement de la Ste Vierge. 100 

» M. le baron de Horion, la Résurrection. 
» Mlle Cosset, Moyse tiré des eaux. 
. » M. T Abbé de Saint Jacques, son portraict. 
» le Proviseur de St Gilles (?), l'Ascension 
» Saint Gilles, le Crucifix avec la Ste Vierge, St Jean et la 

Magdaleine. 
» Saint Martin, deux Gloires d'anges. 

1711 

Pour M. le bourgmestre Ganne, son portraict. 

» S 1 Victor à Huy, un Crucifix avec la Magdaleine. 
» Notre Dame de Maestricht, une Assomption. 
» M. Denis, V incrédulité de St Thomas. 
» les Ursulines de Huy, la Sainte Famille. 

Le martyre de Ste Catherine. 
Ste Ursule et St Augustin. 
» M. le Général des Croisiers, son portraict. 
» M. l'Abbé de Saint Jacques, 5011 portraict. 
» le baron de Horion, une Assomption avec des anges. 

1712 

Pour le grand-autel du Val-Benoît, une Assomption. 

» Saint Nicolas au Trez (?) le St Sacrement glorieux. 

» le chanoine Floquen, r Assomption avec des anges. 

» les Jésuites, la Ste Vierge et St Joseph. 

» M. le chanoine Pousart, sonportraict. 

» la baronne de Surlet, sonportraict. 

» Saint Quirin à Huy, une Assomption. 

» les Croisiers, les figures dans les paysages. 

» Flémalle, le martyre de Sainte Catherine. 

6 



1 



— 42 — 

Pour les Capucins de Verviers, Notre Seigneur répandant son sang 
sur les âmes. 
» le vicaire des Chartreux, baptême de Notre Seigneur. 
» notre couvreur, un petit Crucifix. 
» le Val Saint Lambert, Dieu le Fils avec des anges. 

1713 

Pour M. Wams, Hérodefait ouvrir le sépulcre du rqy David. 

» M. Ancion, Sainte Thérèse. 

» M. l'archidiacre Liedekerke (?), son portraict. 6 

» M. le baron de Horion, Ste Ursule. 

» M. Domme, la Conversion de Saint Guilleaume. 

» M. Wams, des figures dans les paysages. 

» M. le Prieur des Croisière, son portraict. 

» le maître-Autel de Saint Jean, tableau avec le père éternel. 

» les Croisière de Huy, Sainte Hélène. 

» Bonnef, V Assomption. 

1714 

Pour M. Wams, V Immaculée Conception. 
» S. A. S. E. à l'autel de sa chapelle à Dînant, Saint Cqyétan. 
» le tréfoncier De Charneux, les quatre parties du monde. 
» Madame de Cheratte, Iphigénie. 
» les Célestines, la Visitation de Ste Elisabeth. 
» M. Neyen à Brée (?), Saint Nicolas de Tolentin. 
» M. Wamps, / la Nativité. 

\ Saint Jean Baptiste. 
» Lismonte, Loth quittant Sodome avec les anges. 
n Madame de Cheratte, Achille reconnu par Ulysse. 
» le Conseil ordinaire, / Sainte Hélène. 

\ le denier de César. 
» M. Gisel, Loth quittant Sodome avec les anges. 
» les Surlet, Sainte Hélène. 
» l'Escolâtre , / Dalila coupe les cheveux de Samson. 



c 



les enfants d'Israël recueillant la manne. 



1715 



Pour S. A. notre Prince (i), cinq peintures pour mettre dans sa 
chapelle au tabernacle de V autel d'en bas. 



(i) Joseph Clément de Bavière. 



— 43 — 

Pour le baron Dach, Notre Dame des sept douleurs. 

Le martyre de Sainte-Catherine, en petit 
» le grand-autel de la chapelle de Bonn, La Sainte Famille. 
» M"* Méan, sonportraict. 

» le Réfectoir des croisière / L'entrée deN. S. a Jérusalem. 
de Huy, I La Sainte Cène. 

\ N. S. au jardin des Oliviers. 
» Val Saint Lambert, Saint Bernard avec la vierge. 

1716 

Pour Dame Demani au Val Benoît, Sainte Marguerite et le Cou- 
ronnement d'épines. 
» Dame Bouharmont, St Sébastien et St Benoît. 
» les Croisière de Huy, La trahison de Judas au jardin des 

Oliviers. 
Notre Seigneur devant Catve. 
Le Couronnement d'espines. 
Le portement de Croix 
Le Christ dépouillé de ses vêtements 
pour être crucifié. 
i> le trône du grand-autel de St Lambert, La Sainte Trinité. 
» M. l'archidiacre de Ledeckers. La sainte Cène. 

1717 

Pour les Croisière de Huy, ( Le Christ en croix. 

La Résurrection. 

La descente du Saint Esprit. 

Cinq petits tableaux de Y histoire de 

Sainte Odile. 

» mettre dans le Chapitre, Saint Martin à cheval. 

» M. Sotelet, / Le jugement de Salomon 

[ et Saint Gérôme, 

» Robermont, les figures dans quatre paysages. 

Trois anges auprès <T Abraham. 
» La sacristie des Croisière, Le Crucifix avec la Vierge et 

Saint Jean. 

1718 

Pour deux autels à Saint Paul, j Notre Seigneur portant sa croix. 

\ La Purification, 
n Vivegnis, Une descente de la croix. 



\ 



_ 44 — 

Pour Dame Bounameau, Les Pèlerins cTEmmaUs. 

La Présentation de la Ste Vierge, 
» l'Eglise de Tilff, Un Crucifix. 

Saint Hubert aux pieds du pape et aussi au 

pied du Crucifix fixé dans les bois du 

cerf. 
» M. Wamps, Un crucifix. 

» M. Ansiaux, Le Sacrifice de Manne\ (?) et de sa femme. 
» Dame Vandenstein à Vivegnis, Une nativité. 
» .M. Wamps, le sacrifice d'Iphigénie. 

1719 

Pour les capucins de Dinant, > Saint Rock. 

Le prophète Daniel dans la fosse 

aux lions. 
Le Martyre de Saint Barthélemi, 

en petit. 
L'Immaculée Conception. 
\Le baptême de N. S., en petit. 
» Saint Lambert, Saint Luc faisant leportraict de la Ste Vierge. 
» Robermont, , David avec la tête de Goliath. 

[ Judith avec la tête a^Holopherne, 
V David avec le prophète Nathan. 
Herode et Herodiade avec la teste de Saint 

Jean. 
Le prophète Joël annonce les trois fléaux à 

David. 
(?) Je ramène la femme avec les deux fils de 
Moïse. 
» les Croisiers, David avec la teste de Goliath devant le Roy 

Saiil. 
» Saint Remacle, le martyre de Saint Jean Baptiste. 

1720 

Pour les Croisiers, Le Grand Prêtre Achimelech donne du pain 

béni à David. 
Abigaïl apporte du vin à David. 
\ David avec Jonathas. 
» Namur, St Thomas d'Aquin devant le St Sacrement. 
» le Conseil ordinaire, Des figures dans les paysages. 
» le grand-autel de Robermont, une Assomption. 
» Saint Lambert, Sainte Anne. 



— 45 — 

Pour Robermont, Saint Antoine , Ermite et Saint Bernard à 

my-corps. 
» la Paix-Dieu, l'Annonciation. 

1721 

Pour les Croisiers, le Roy David accepte les fléaux de la peste. 

David montre à Saiil le morceau coupé de son 

manteau. 
Un ornement pour mettre les armes du général 

des Croisiers. 
Le Roy Herode Salomon (?) ordonne de bâtir 
le temple de Jérusalem. 
» Saint-Qiiirin à Huy, la Vierge et Sainte Anne. 
» Mons r l'Escolâtre de Huy, un Ange gardien. 
» les Croisiers à Huy, le Sacre de David. 
» Dame Chefhay de Robermont, le fléau de la Peste et Balsabée 

au pied de David. 
» TEvesque de Namur à Chokier, St Antoineet range gardien. 
» le trône de Saint Paul, le Père Eternel et des anges. 
» le Général des Croisiers, un Crucifix. 
» Robermont, un Trône pour f Autel. 

» Dame Medart de Robermont, le grand prêtre donnant du 

pain à Abraham. 

1722 (i) 

Un petit crucifix avec les trois Maries. 
Mqy se faisant jaillir Veau du rocher, en petit. 
Pour l'autel de Bolant, Notre Seigneur portant sa croix. 

» le Val Benoît, St Bernard contemplant les mystères de la 

passion. 
» M. le Chanoine Tisquen, son portraict. 
» ma fille, la Vierge et Ste Thérèse. 

Le martyre de St Mathias. 
» Brée, St Augustin en extase, avec deux anges. 

la mort de Saint Joseph, en petit. 
» le chanoine Paludez de Huy, l'Annonciation, et une copie. 
» le chanoine Vasse, son portraict. 

(i) Les indications relatives aux années 1723 et 1724 font défaut dans le 
petit registre. L'artiste a-t-il été malade pendant ces deux années ou bien 
a-t-il négligé d'en inscrire les dates, et a-t-il inscrit les peintures exécutées 
pendant cette période, sous le millésime de 1722 ? Il ne nous est pas pos- 
sible de trancher cette question. Toutefois le nombre de tableaux et de 
portraits inscrits sous les années 1722 et 1725 est considérable. 



— m — 

Pour le chanoine Paladez, f Assomption de la Ste Vierge. 
» M. Denis, r Immaculée conception. 

La mort de St Joseph. 
St Joseph travaillant avec Jésus et Marie. 
» M. Poislevache, le sacrifice de Manne\ (sic)? 

Jésus entre les Docteurs. 

» Dame Loncin , f f e b V tt T e d " C ^' 

V La tentation du Christ. 

» Dame Montfort au Val Benoît, la Nativité. 

» le Val Benoît, la Résurrection. 

» les Croisiers de Huy, St Augustin et St Tibeaut (?) 

1725 

Pour Vivegnis, Notre Seigneur remettant les, clefs à saint Pierre. 
» la grande église de Huy, la Nativité. 
» la Maison de Ville, la Foi, la Fidélité et la Concorde. 
» Ste Croix, la Vierge avec St Jean et Ste Agnès. 
» Herckenrode, la Vierge avec St Herman. 
» Saint Hubert, St Jean au désert. 
» les capucins de Stavelot, St François recevant les stigmates 

et St Antoine de Padoue. 
» Aigremont, les quatre Eléments. 

Notre Seigneur donnant les clefs à St Pierre. 
» Saint Nicolas aux Treses, Notre Seigneur en croix avec la 

Magdelaine. 
» Brée, r Assomption. 

» Mons r Quartier, le sacrifice de Manerce\ (?). 
» Mons r l'Escolâtre, Sisara cloué en terre par Jael (?). 
» Horion, une nativité avec St Henry et Ste Catherine. 
» une chapelle à Ste Croix, la Vierge avec Ste Agnès. 
» le Baron de Méan, St Laurent. 
» Vivegnis, r Annonciation. 

» Mons r Chelle, prévôt à Saint Pierre, St Pierre pénitent. 
» la Grotte de St Pierre (i), la chasse de St Hubert. 

1728 

Pour l'église Saint Thomas, V Apparition de Notre Seigneur à St 

Thomas. 
St Thomas avec les apôtres en petit. 
» Mons r Quartier, trois vertus avec le Perron. 
» St Barthélémy, le baptême de Notre Seigneur. 

(i) Sans doute la crypte. 



— 47 — 

Pour une chapelle à Ste Croix, Saint Gilles. 
» St Hubert, V Assomption de la Ste Vierge. 

Leportraict d'un Bénédictin anglais. 

Uannonciation. 

La fuite en Egypte. 

1729 

Pour notre prince (i), leportraict du Pape et celui de V empereur. 
» l'autel de la Chapelle de notre prince à Seraing, 
St Georges et St Louis. 
Les figures dans quatre grands paysages pour V église 

d'Amay. 
St Paul reçoit la vue auprès d*Ananie. 
Ananie tombe mort en apportant Forgent près de 

Saint Pierre. 
Daniel fait mourir le Dragon en présence du Roy de 
Babylone. 
» l'Escolâtre Clercx, destiné à l'église de Fosse, F Assomption. 
» le grand-autel (de l'église de ce nom ?) Sainte Aldegonde. 
» l'Abbé de Saint Laurent, St Grégoire donne la règle de St 

Benoît. 
» le plafond du Clergé (?), une gloire d'Anges. 
» les repenties, Sainte Magdelaine aux pieds du Seigneur. 

Ici s'arrête la nomenclature des œuvres de Fisen. Il 
avait, en 1729, atteint l'âge de soixante-quatorze ans ; 
depuis son retour de l'Italie il n'avait pas exécuté moins 
de 5o5 tableaux, esquisses, etoffages etc. et de 146 por- 
traits, soit 652 peintures. 

Beaucoup de ces toiles sont très terminées et il en est 
peu, au contraire, qui accusent la négligence ou le 
travail hâtif d'un artiste pressé d'en finir avec sa tâche. 
Sans doute, Fisen est assez inégal dans ses travaux, 
mais son pinceau est rarement lâché, et son dessin 
incorrect. Dans un aussi grand nombre de tableaux, il 
est inévitable que la fatigue ne se trahisse quelquefois 
et que l'inspiration fasse défaut. Mais rarement on peut 
l'accuser de manquer de conscience, et déjà la grande 
fécondité du peintre prouve l'amour qu'il portait à son 

(1) Georges Louis de Berghe. 



— 48 — 

art, de même qu'il établit la vogue dont jouissait son 
talent auprès de ses contemporains de toutes les classes 
de la société. 

Le petit manuscrit renferme encore deux feuillets 
qui nous apportent des informations d une nature en- 
tièrement opposée à celle que nous venons de recueillir, 
mais non moins intéressantes. 

Les lignes qui suivent ne sont pas « un livre de rai- 
son » dans le genre des publications de M. Leplay, — 
il s'en faut de beaucoup. — Toutefois, ces simples 
annotations relatives à l' Etat-civil de la famille du 
peintre où il consigne, en peu de mots, la date des 
naissances et des décès des personnes qui lui sont chères 
procèdent du même esprit d'ordre, du même désir de 
conserver dans la famille ce qui est digne d'être trans- 
mis d une génération à l'autre, que les livres de famille 
dont nous venons de parler. 

Toutefois l'usage de tenir dans les bonnes familles 
bourgeoises ces « livres de raison » existait à Liège. 
Parmi les registres mis à notre disposition, il s'en trouve 
un où les annotations relatives aux faits les plus impor- 
tants survenus dans la famille, se poursuivent pendant 
une série de générations successives. 

Les premiers renseignements se rapportent à la date 
de i582, la dernière date inscrite est celle du 10 août 
1826. Nous n'avons pu le faire servir à notre étude, les 
faits consignés ne jetant aucune clarté sur la biographie 
de Fisen. Mais l'usage assez répandu de tenir ces livres 
n'en est pas moins intéressant à constater et aujourd'hui, 
où l'esprit de famille est battu en brèche par tant de 
moyens différents, il importe de rappeler les témoi- 
gnages du respect qui entourait autrefois le foyer 
domestique. 

D'autre part, il existait aussi, chez les artistes de 
ce pays, l'habitude d'annoter leurs travaux, année 
par année, d'en faire ainsi une sorte de Répertoire, 
comme nous venons de le voir pour les peintures de 



— 49 — 

Fisen. Ainsi, il est à notre connaissance, que le sculp- 
teur Delcour a tenu un registre de ce genre, où se 
trouvent également consignés tous les travaux de sa 
laborieuse carrière. Ce cahier se trouvait encore, au 
commencement de ce siècle, à Hamoir, l'endroit natal de 
Delcour. Malheureusement, toutes nos recherches pour 
le retrouver sont restées infructueuses jusqu'à ce jour. 
Mais reprenons les annotations du manuscrit de 
Fisen : 

Ma mère, Jeanne Herck est morte Tau 1687, le 23 avril, et elle 
est enterrée dans l'église de la Magdelaine. 

Je me suis marié avec ma cousine Anne-Catherine Campo, par 
dispense, le 15°* jour de janvier 1692. 

Notre tante, Anne Campo, est morte Tan 1692, dans le moys de 
mars, et elle est enterrée aux Bons-Enfants. 

Ma sœur, Anne-Marie Fisen, est morte l'an 1693, le i6 me d'aoust, 
et elle est enterrée dans l'église de Saint Nicolas au Treze (St Nicolas 
au Trait). 

Notre tante, Anne-Marie Herck, est morte Tan 1699, le i9 me jour 
de novembre, et elle est enterrée dans l'église de Saint Hubert. 

Mon beau-frère, Jean Campo, est mort subitement le 19 avril 
1702 et il a esté enterré à St Hubert, auprès de feu ses père et mère. 
Requiescat inpace. 

Notre belle-sœur, Catherine Campo, vefve de feu Xhenceaile 
est morte le i3 mai 171 3, et elle est enterrée dans l'église Saint 
Hubert auprès de son mary. 

Ma chère femme, Anne-Catherine Campo, est morte après quatre 
jours de maladie, le i2 me de juillet 1726; et elle est enterrée dans 
l'église de Saint Hubert, auprès de ses père et mère. Requiescat in 
pace. 

Mon beau-frère Louys Campo, prêtre et bénéficier de Saint Denis, 
est mort le 16"* mars 1730, et il est enterré auprès de la Chapelle de 
Notre Dame à St Denis. 



Mon fils, Jean François (1), est venu au monde le 28 décembre 
1692, le jour des innocents, à deux heures et demie du matin. Il a eu 
pour parrain et marraine, mon beau-frère, Jean Campo, et Anne- 
Marie Fisenne, ma sœur. 

(1) Jean François Fisen, avocat et jurisconsulte. Il a été marié deux 
fois : en secondes noces il a épousé Marie-Anne Moulan, décédée le 17 
juillet 1781. Il a été enterré à l'église de Saint Hubert suivant le désir qu'il 
avait exprimé verbalement. 7 



— 50 — 

Il a été baptisé le dit jour, à Notre-Dame aux Fonts. 

Ma fille, Marie-Jeanne Louyse (i), est née le 2 me de mars, à sept 
heures un quart du soir, elle a eu pour parrain mon beau-frère, Louis 
Campo prêtre, et pour marraine, ma belle-sœur, Marie-Françoise 
Faigneux; elle a été baptisée à Notre-Dame aux Fonts, le 3°* du 
dit mois 1695. 

Mon fils, Lambert Englebert (2), est né le 7 mc aoust 1697, entre 
onze heures et midy. Il a eu pour parrain Mons r Lambert Posson, 
chanoine de Saint Denis, et pour marraine ma belle-sœur Catherine 
Xhencealle; il a été baptisé le même jour à Notre-Dame aux fonts. 

Ma fille, Anne-Marie (3) est née le 23 mc octobre 1698, à six 
heures moins un quart du matin ; elle a eu pour parrain Monsieur 
Bouillon, prêtre, et pour marraine ma cousine Marie Debray, 
espeuse du procureur Poilwache. Elle a été baptisée le dit jour à 
Notre Dame aux Fonts. 

Mon fils Herman Joseph (4) est né le i2 me jour de novembre 1700, 
à dix heures du matin. Il a eu pour parrain Mons r Herman Grou- 
taers, avocat, et pour marraine Mademoiselle Catherine Posson. 
Il a été baptisé le même jour à Notre Dame aux Fonts. 

Au verso du feuillet sur lequel sont inscrites ces 
différentes dates, se trouvent, également de la main de 
Fisen, quelques notes relatives à des payements reçus 
pour ses travaux. Comme elles offrent quelque intérêt 
au point de vue de ces derniers, nous les copions 
textuellement. 

Ce 25 avril 1699, j'ai reçu de Mons r le Baron de Simeonny 80 
écus, à bon compte, pour les quatre peintures que je doibt faire 

(1) Marie Jeanne est comme nous l'avons vu, entrée au Couvent des 
Clarisses à Liège, le 19 février 1713, où elle a pris l'habit le 20 août 1714. 
Nous ignorons la date de sa mort 

(2) Lambert-Englebert Fisen avait embrassé la vie religieuse à Huy, 
au couvent des Croisiers. Il y avait enseigné pendant plusieurs années 
la philosophie et la théologie. Il fut élu Général, le 4 décembre 1741. 
V. Histoire du Diocèse et de la principauté de Liége y par Jos. Daris, 
T. I. p. 291. 

(3) Anne-Marie est demeurée avec son père jusqu'à la mort de celui-ci, 
survenue en 1733. Il ne semble pas qu'elle se soit mariée. 

(4) Herman Joseph est devenu prêtre, a fait ses études à Rome ; revenu 
à Liège, il devint bénéficiaire de la Collégiale de Ste Croix. Il est mort 
le 6 juillet 1779. U a légué tous ses biens, et les études peintes dont il 
avait hérité de son père, à l'Hospice des Incurables à Liège. 



— 51 — 

pour S. A. E. de Cologne, nostre prince : scavoir, la Salutation 
Angélique, et Tobie avec VAnge et le poisson, et le nom de Jésus 
porté par les anges, et le nom de Marie, aussi porté par les 
Anges (i). 

Le i5 me septembre 1699, j'ai livré les quatre dits tableaux et j'ay 
reçu du susdit Baron encore quatre-vingt escus, qui font mon 
entière satisfaction. 

Effectivement le petit livre porte, en marge de ces 
peintures exécutées en 1699, le chiffre de 160 écus. 

1687 

Le dernier jour de iulet, j'ay faict marché avec S. A. le Cardinal 
de Furstenberg, d'une tapisserie pour le Château deModave pour six 
cents écus. Et le 7 aoust 1687 i'ay reçu a bon compte sur le dit ou- 
vrage soixante écus. . . picarts. 

Le 4 février 1688, j'ay reçu encore à bon compte cent escus par 
Mons r Fraipont; le 20 aoust 1688 j'ay encore reçu à bon compte 
trois cents ecus par Mons r Canto. 

Nous en avons à peu près terminé avec les papiers , 
de famille d'Englebert Fisen. Nous les retrouverons 
cependant encore, à la fin de notre travail, en donnant 
son testament et le codicille qu'il y a ajouté in ex- 
tremis. 

Toutefois, au risque de nous montrer infidèle au 
titre de cette étude, nous allons poursuivre nos recher- 
ches dans le dépôt des archives des Hospices civils où 
nous trouverons encore quelques renseignements sur 
notre peintre. 

Fisen était fort honnête homme, dans toute la portée 
que Ton donnait autrefois à cette qualification. Nous le 
voyons par son amour au travail, son esprit d'ordre, 
son affection pour les liens de famille ; enfin, par les 
relations nombreuses et honorables que lui procuraient 
son renom et son talent. 

Les différents princes qui se sont succédé au gou- 
vernement de la République liégeoise pendant sa longue 

(1) Ces peintures sont renseignées dans le Répertoire de l'artiste, à la 
date qui leur convient. 



— 52 — 

carrière, les familles patriciennes du pays et des con- 
trées voisines, les ordres religieux, la haute bourgeoisie 
et les administrations des églises, tous à l'envi, deman- 
daient des travaux au peintre dont, nous lavons vu, le 
pinceau ne chômait guère. Dans l'intérieur de sa 
famille régnait l'esprit de piété, — sur cinq de ses 
enfants, trois suivirent une vocation religieuse. — Il y 
régnait aussi, comme nous l'avons fait ressortir diffé- 
rentes fois, l'ordre et une certaine aisance. 

A l'époque où vivait Fisen, la classe bourgeoise 
n'avait pas le goût des distractions coûteuses. Les 
solennités de l'Eglise étaient ses fêtes et les relations de 
la vie étaient d'une grande simplicité. Pour notre 
artiste, ses distractions favorites étaient, au dire de ses 
biographes, les promenades qu'il faisait après le travail 
en compagnie du sculpteur Jean Delcour, ou de Cor- 
nélis Vanderwerck, autre sculpteur, élève de Hontoir. 
Vanderwerck, quoique plus jeune que Fisen était son 
ami de cœur; il aimait à causer avec lui de son art, et 
c'est à ses conseils que le jeune statuaire avait le plus 
volontiers recours. 

En présence de l'honorabilité de la position de Fisen, 
et de son goût pour le bien, il était naturel de le trouver 
faisant partie de l'administration de l'un ou l'autre 
Hospice, où Ton retrouvait les meilleurs citoyens, et 
notamment de l'Hospice du Petit Saint-Jacques près la 
porte d'Avroy, qui, nous ne savons trop pourquoi, 
semble avoir eu le privilège d'attirer à lui, les artistes 
et peintres sculpteurs de la ville (1). 

(i) L'hospice du Petit Saint-Jacques (Saint-Jacques le Mineur) était 
une maison hospitalière située immédiatement en dehors de la porte 
d'Avroi, dont un chroniqueur contemporain raconte la fondation dans 
les termes suivants : 

« Ledit ain XI II I e et XXIX, le XI me jour de mois de jenvier, fut 
» consecréis de premier ly alteit del hospital Sains-Jaque séant deleis le 
» pont d'Avroit, et fut edifiièt par une compangnie d'alcuns borgois de 
» Liège, qui grande dévotion a voient à Sains Jaque de Compostelle, por 
» rechivoir povres gens et par especial les peregrins. Et fut chu fiait par 



— 63 — 

De ce côté aussi nos recherchas ont été fructueuses, 
et nous n'avons pas tardé à retrouver plus d'une trace 
de son passage. Les voici, par rang de date, tirées d'un 
Registre aux résolutions. 

a Le 8 may 1682 estant les mres et confrers de l'hospital St p. 79. 
Jacques au pont d'Avroit assemblées, sur nre Chambre par mre Englebert 
piere Michel nre valet, avons esleu et choisis dans nre Confraterni- i C uJ?onfrer 
tait comme voyager le S r Englebert Fizen ensuitte des attestations voyager, 
par luy montrée, lequel a présente pour Dieu et en aulmaine pour 
l'augmentation de nre confraternité un il bbant, redimible aus 
denier 20 e et payer tous droits afferans et faicts le seriment accous- 
tumes. » 

Indépendamment de cette aumône annuelle, redi- 
mible au denier vingt, le nouvel élu avait à faire un 
don beaucoup plus considérable à son entrée à la com- 
munauté. Toutefois, il semblait de règle que les artistes 
d'un certain renom, pouvaient suppléer à ce don, en 
offrant une œuvre de leur main. 

» le consentement monsingneur Johans de Lous, evesque de Liège, et 
» de mesire Henri Ade, le XXV me abbeit del monasteir de Sains-Lorent 
» pardeleis Liège ; et fuit adonc ordineit que les mambors ou les gover- 
»- neurs dédit hospital seraient tenus cascon an del rendre compte des 
» biens dédit hospital, devant une abbeit de Sains-Lorent devandit, 
» quicunques le seroit por le temps,enssi qu'ilh apert ens lettres sour chu 
» fait. — Chronique de Jean de Stavelot, Bruxelles, M. H ayez, 1861. 
» page 241. » 

Cet établissement fut approuvé par Jean de Heinsberg, Evéque de 
Liège, le 6 août 1435. Aux termes de l'acte de fondation, les ecclésias- 
tiques et les hommes de loi étaient exclus de l'administration de cet 
hospice. Seul, l'abbé de Saint- Laurent était à la tête de cette adminis- 
tration, parce que la maison hospitalière avait été construite sur un 
terrain dépendant de son monastère. Il jouissait, au même titre, de ce 
privilège à l' Hospices de Coquins près de St-Christophe, et à celui de 
Sainte-Marguerite. 

L'Abbé de St- Laurent avait à sa nomination les cures de Ste -Véro- 
nique, de Ste-Gertrude et de Ste-Marguerite des Tilleuls dans les fau- 
bourgs de Liège, et de par sa charge, il était conservateur des droits du 
clergé secondaire de la ville et du diocèse. 

Au dix-septième siècle, les administrateurs du Petit Saint-Jacques 
formaient une confraternité de vingt-quatre membres. Ceux-ci élisaient, 
parait-il, deux maîtres, dont le mandat expirait au bout de l'année, 



— 54 — 

Fisen avait choisi sans doute ce mode de s'acquitter 
de son don d'admission, mais il paraît avoir mis peu 
d'empressement à l'exécution de cet engagement. Après 
six ans d'attente révolus, les confrères se fâchent. Nous 
trouvons : 

p - »o. Le i3«« octobre 1688, en l'Assemblée de 

La mesme a esté ordonné a nre confrère Fisen de faire tableau 
promis à son admission, ou donc de donner l'argent pour ce 
propmtement. 

Sans doute Fisen se conforma à ses obligations; 
nous trouvons à plusieurs époques différentes qu'il est 
élu maître : 

P. 120. En l'assemblée susdite tenue le 19 dito (mai 1692) 

La mesme avons esleu pour mre en la fftace de nre confrère Del- 
court nre confrère Fizen 
P. 168. En l'Assemblée de l'hospital St Jacques tenue le 6 juin 1707 ont 
estez esleuts pour mres nre confrère Fisen et Gisels. 
Enfin : 
P. 184. 3 juin 1715. La mesme ont estez choisis pour maistres dudit 
hospital Wery Jamar et Englebert Fisen. 

Ces élections répétées à la maîtrise de l'Hôpital prou- 
vent, tout au moins, l'estime dans laquelle les confrères 
tenaient Fisen. 

Indépendamment de la part que Fisen prenait à 
l'administration de l'hôpital, il avait été à même de 
rendre service, par son talent, à ses confrères dans une 
circonstance qui ne fait pas absolument honneur à leur" 
intelligence des choses de l'art, et à leur respect pour 
les actes et les œuvres de leurs prédécesseurs. 

On sait que lorsque Jean-Guillaume, électeur pala- 
tin, grand amateur de tableaux, conçut la pensée de 
former sa galerie de Dusseldorf, devenue célèbre depuis, 
il envoya, de côté et d'autre, son peintre Van Douven 
et d'autres émissaires afin de dénicher les œuvres d'art, 
et ouvrir les négociations pour les acquérir. 

Il paraît que l'électeur avait une prédilection parti- 
culière pour les œuvres de Douffet, et qu'il était décidé 



-55- 

à ne reculer devant aucun sacrifice pour s'assurer la 
possession des meilleurs ouvrages de cet artiste. Il 
savait, qua Liège, les églises de deux communautés 
religieuses, l'abbaye de St-Laurent et le couvent des 
frères Mineurs, ainsi que la chapelle de l'hôpital du 
petit Saint-Jacques, possédaient chacun une toile de 
Gérard Douffet, réputées à juste titre comme ses meil- 
leures productions. 

Le prince résolut d'acquérir ces peintures, à haut 
prix s'il le fallait, remplaçant d'ailleurs par des co- 
pies, les originaux dont il convoitait la possession. Il 
envoya ses négociateurs à Liège, et, chose triste à cons- 
tater il réussit dans les trois cas. 

Nous avons raconté ailleurs comment les toiles de 
l'église des frères Mineurs et celle des Bénédictins de 
St-Laurent passèrent dans la galerie de Dusseldorf ; (1) 
les archives du petit Saint- Jacques vont nous faire con- 
naître comment le tableau dautel de la chapelle de 
Thôpital suivit le même chemin. 

Rappelons seulement que ce tableau, haut de 2 mètres 
73 cent, large de 1 mètre 86, représente la mission de St 
Jacques , c'est-à-dire le Christ envoyant St Jacques 
le Mineur, prêcher toutes les nations. 

Les figures sont de grandeur naturelle. Il a été peint 
par Douffet pour l'hôpital de Saint-Jacques, et l'artiste 
avait reçu la somme de cent écus de son travail. Le 
graveur liégeois Natalis a fait une belle planche d'après 
ce tableau. 

Après avoir rempli leur mission avec succès auprès 
de l'abbé de Saint-Laurent, les émissaires de l'élec- 
teur Jean-Guillaume, pouvaient d'autant plus espérer 
de réussir auprès des administrateurs de l'hôpital que 
i° bien que le tableau fût de moindre importance, ils 
étaient décidés à le payer le même prix que les deux 
autres ; 2 que pour faire exécuter la copie qui devait 
être substituée à l'original — copie à faire aux frais de 

(1) Histoire de la Peinture au Pays de Liège, p. 175. 



- 56 — 

l'électeur, — on n'avait qu'à s'adresser à l'un des admi- 
nistrateurs de l'hospice, plus capable que tout autre de 
faire cette copie dans les meilleures conditions, — admi- 
nistrateur qui n'était autre que le peintre Englebert 
Fisen, et enfin 3° que le personnage le plus important 
de l'administration à laquelle on avait affaire, le con- 
servateur en titre de l'hôpital , était précisément le 
seigneur Grégoire Tutélaire (1), abbé de Saint-Laurent, 
qui avait livré déjà à l'électeur le tableau de Douffet, 
ornant l'église de son abbaye, offert par Dom Charles 
Hardy, religieux de ce monastère. 

Le représentant de l'électeur palatin dans cette tran- 
saction était le Sire Jacques Bellevaux. On comprend 
qu'il avait de trop belles cartes dans son jeu pour ne 
pas gagner la partie. Il offrit dix mille florins de Bra- 
bant,cest-à-dire deux mille cinq cents écus, d'une toile 
payée 100 écus cinquante ans auparavant.il offrait, de 
plus, une copie qui, aux yeux même de gens entendus, 
ne permettrait pas de remarquer la disparition de 
l'original. 

Les confrères crurent faire une excellente affaire en 
souscrivante la transaction. Voici la délibération par 
laquelle ils consentirent au marché et l'accusé de récep- 
tion de la somme stipulée. 

Registre 

aux Resolutions de Lhospital 

St. Jacque au pont Daurqy 

commençant en g.bre 1662 

P r De Henrart Confrer 

et Compteur. 

(1) Elu abbé de Saint-Laurent le 3 septembre 1686, après avoir été 
prieur et professeur de théologie. îl mourut le 17 décembre 1717, âgé de 
73 ans, et fut enterré devant l'autel de la Vierge Miraculeuse. Il agrandit 
la chapelle de Saint-Nicolas en Glain; ses armoiries étaient sculptées sur 
une pierre encastrée dans le mur de l'édifice avec la date de i7ioet la devise 

A VIRTUTE TUTELA 

L'abbé Tutélaire portait : de gueules à 2 épées d'argent, emmanchées 
d'or, les pointes en haut, passées en sautoir derrière un casque fermé de 
même, taré à droite. 



— 57 — 

P. 147. Lan mille sept cents Le quattriesme Jour de May sont comparants 
Les Mtres et Confrers de Lhopital De St. Jacque Lez le pont Dau- 
vroit près la ville de Liège y présents Le Révérend Seigneur Abbé 
de St Laurent Conservateur du dit hospital et notre Seigneur Pier 
de Bex Escuier et Seigneur de Freloux tenant du dit hospital 
d'une parte et le S r Jacque de Bellevaux Résident et ptie faisant 
pour S. A. C. palatine D'autre parte. Les quels premiers comparants 
ont este si délibérez après meures considération et pour Le plus grand 
proffit et utilité du dit hospital suivant le reces passez ce iourdhuy 
onaniment entre eux quils ont cédez et transportez, comme par 
cette ils cèdent et transportent au dit S r De Bellevaux partie faisant 
comme dessus, la peinture originelle extante dans la table d'autel de 
la Chapelle du dit hospital faitte par Douffet, peintre, parmy la 
somme de dix milles florins bbant, dont quatre milles seront compte 
par le dit S r de Bellevaux Dans six semaines de la daete de cette, et 
le résidu se compterat la Copie du dit tableau achevée, laquelle 
Copie se ferat aux frais du dit S r second comparant. S'obligeant le 
dit S r Bellevaux tant ens biens que personne de fournir la ditte 

P. 148. somme et accomplir les devants dittes conditions, sous obligations 
de ses biens tant meubles quimmeubles et a revenir a iceux tant par 
adiour de quinzaine quand ax limmeuble et quand aux meubles par 
prompte et para te exécution, constituants tous porteurs de cette 
pour la realizer en cas de Besoing. Ce fait et passe L'an, mois et 
Jour que dessus, dans la salle du dit hospital y pnts Henry Malaise 
Warlet du dit hospital et Nicolas de Malte valet au dit seigneur de 
Bex comme tesmoins. 

Wery Jamar. 
Copéiz de Lobligation 
de nostre confrère Beckenne 
Liège le 21 fevriere 1701, pour 25oo 
escus. 

Moy soubseigne confesse davoir Receu de Mons Henry Bon- 
homme cy que Resiveur de Lhospitalle de St Jaques aux pont 
davroy la somme de deux mille cinq cens escus faisant dix mille fl. 
bbt. cours de Liège, provenant du prix de la peinture de la table 
dautelle du dit St Jaque pour quels somme Je promett et moblige 
des paier quatre pour cent* jusques a Restitution de la dite somme 
comme estant, seigne 

Jean Bicken. 

Tels sont les renseignements que nous donne sur 
toute cette transaction le Registre aux Résolutions de 
l'hôpital. 



— 58 — 

Le lecteur voudra bien se souvenir, d'un autre côté, 
que dans le petit registre où Englebert Fisen consignait, 
année par année, les travaux sortis de son pinceau, à 
lavant-dernier poste de Tannée 1700, la mention 
suivante : 

« La Copie de St Jacque de Douffet. » 

Les dates correspondent donc parfaitement, et, si 
cela était nécessaire, l'un des documents confirmerait 
l'autre. Fisen ne met aucun retard à satisfaire l'électeur 
palatin et ses confrères, et nous ajouterons que la copie 
est faite avec un certain soin et une intelligence suffi- 
sante du maître dont elle reproduit le travail. Il eut été 
intéressant de connaître le prix donné pour cette copie, 
malheureusement ce renseignement a été effacé com- 
plètement dans le registre de Fisen. 

Ce dernier document nous apprend encore que, 
Tannée suivante Fisen, fit deux copies de dimensions 
réduites de la toile de Douffet. Cela semble prouver 
que des amateurs ont désiré conserver un souvenir du 
tableau cédé à la galerie de Dusseldorf. 

Louis Abry.dans son livre Les hommes illustres de la 
Nation liégeoise, p. 198, parle de cette vente dans le 
langage embrouillé qui lui est habituel. Nous avons 
contesté Texactitude de ce renseignement dans notre 
livre précité, aujourd'hui nous devons rendre hommage 
à Texactitude du contemporain de Douffet et expliquer 
notre propre erreur. Voici comment celle-ci s'est pro- 
duite : 

On sait que la galerie de Dusseldorf, formée par 
Télecteur Jean-Guillaume, a été transportée à Munich à 
Téppque où Dusseldorf était menacé par les armées 
françaises et qu'elle y est restée depuis, formant ainsi 
le noyau de la Pinacothèque du roi Louis de Bavière. 
C'est donc là que, naturellement, nous avons cherché 
les œuvres de Douffet pour les étudier et les décrire. 

Nous y avons trouvé effectivement Y Invention de la 
Croix, provenant de Tabbaye de St-Laurent, La visite 



— 59 — 

de Nicolas V aux restes de Saint François, provenant 
de l'église des FF. Mineurs, et deux beaux portraits de 
Doufiet. Quant à la Mission de Saint- Jacques, nos 
recherches sont restées infructueuses, ce tableau n'existe 
pas à Munich. Nous crûmes avoir été plus heureux en 
trouvant, au parloir de l'hospice des femmes incu- 
rables, un grand tableau, peint dans la manière et la 
coloration de Douflfet, dont la composition est exacte- 
ment celle de la gravure exécutée par Natalis, d'après 
ce maître, en 1648. 

La présence de ce tableau à l'hospice de Liège venait 
infirmer d'une manière précise le renseignement donné 
par Abry. Ce fut seulement plusieurs années après la 
publication de notre livre, que la délibération trouvée 
dans les archives du petit Saint-Jacques nous fit recon- 
naître, au contraire, notre propre erreur. 

La peinture conservée à l'hospice des Incurables 
n'est autre chose que la copie passablement réussie, faite 
par Fisen en 1700, pour remplacer l'œuvre originale 
de Douflet. Mais alors qu'est donc devenue celle-ci ? 

Encore une fois, nos investigations à ce sujet sont 
restées sans résultat. Nous avons pensé un instant que 
l'oeuvre du peintre liégeois pouvait être restée à Dussel- 
dorf où il existe encore une vingtaine de toiles prove- 
nant de la galerie de l'électeur Jean-Guillaume, mais 
elle ne s'y trouve plus. M. A. Muller, le savant conser- 
vateur actuel du musée de la ville de Dusseldorf, n'a 
pu, malgré son obligeance à répondre à nos lettres, 
nous donner aucune information sur l'objet de nos 
recherches. 

Nous avons vu que Fisen continua à travailler jus- 
qu'à Tannée 1729, année où il avait atteint l'âge de 
soixante-quatorze ans. — Comme les travaux exécutés 
cette année sont nombreux encore et puisque tout à 
coup le registre s'arrête, il faut admettre qu'une infir- 
mité subite vint mettre un terme au labeur de l'artiste. 

Cependant la vieillesse, l'implacable vieillesse, avait 



— 60 — 

fait sentir son poids avant cette -date fatale, et le peintre 
se rendait compte que le moment de dire son « nunc 
dimittis » approchait. 

Il avait été homme d'ordre au cours de sa longue et 
laborieuse vie ; il avait des enfants et il ne pouvait 
abandonner aux hasards d'une concorde toujours pro- 
blématique, le règlement de ses affaires après sa mort. 
Il fit donc ses dispositions testamentaires le 7 du mois 
de mai 1727. 

Dans ce testament il n'est question que de trois des 
enfants de Fisen, Anne-Marie, sa fille restée célibataire 
et demeurant avec son père ; Jean François, avocat, et 
Herman Joseph, le prêtre. — Aucune mention n'est 
faite de Marie-Jeanne, Clarisse, entrée en religion bien 
dotée, comme nous l'avons vu, ni même de Lambert 
Englebert. 

L'intention qui se dégage du testament de Fisen, 
c'est d'être également équitable envers ses enfants ; 
mais il se montre particulièrement soucieux d'assu- 
rer l'existence et une position indépendante à sa fille, 
demeurée célibataire, compagne de sa vieillesse et sa 
ménagère après la mort de sa femme. 

Cette préoccupation se marque encore davantage 
dans le codicille daté du 14 avril 1733. — Dans ce der- 
nier document, Fisen témoigne son mécontentement de 
l'intention exprimée par son fils, Herman-Joseph, alors 
à Rome, d'entrer dans l'un des couvents d'Italie. En 
faisant certains avantages à sa fille, il retire, au con- 
traire, à ce dernier, une fraction de sa part, dans le cas 
où il donnerait suite à ses projets. 

Il fallait que le ressentiment de Fisen fut assez fort 
pour le porter à donner une forme authentique à 
l'expression de sa volonté, la veille même de sa mort. 
Nous avons la minute originale sous les yeux, avec la 
signature encore assez ferme de Fisen. — Ce qui paraît 
' bizarre, c'est que l'acte est dressé par le curé de la 
paroisse. 



— 61 — 

Après la mort de Fisen, Herman Joseph revint à 
Liège, se rendant ainsi à la volonté paternelle. 

Nous donnons les deux documents in extenso. 
Testament d'Englebert Fisen, 1727. 

L'an mille sept cents vingt sept du mois de may le vingtième jour 
pardevant moy notaire et témoins embas dénommés personnellement 
comparut le sieur englebert fisen peintre lequel étant dans ses bons 
sens mémoire et entendement comme il nous a Evidenment apparut 
a déclaré de faire son testament et disposition de volonté dernière en 
la forme et manière suivante scavoir qu'après avoir imploré la misé- 
ricorde divinne et les suffrages et intercessions de la glorieuse vierge 
marie et de toute la cour céleste il choisit la sépulture de son corps 
dans l'église paroissiale de saint hubert a liège auprès de feu la 
damlle anne Catherine campo son Epouse et qu'on y fiasse faire ses 
obsèques de la même manière que celles de sa ditte Epouse ont été 
faites ordonnant que ses héritiers fassent célébrer cent messes immé- 
diatement après sa mort pour le repos de son ame laissant a la 
fabrique de saint lambert cinque patars une fois, jtem il laisse a la 
demlle anne marie fisen sa fille en recompense des bons services 
qu'elle luy a rendu et a sa mère et qu'il espère encore d'en recevoir 
trente 'florins bbans et deux liards de cens partie de plus deus par le 
sieur andré moreau sur sa maison située en la rue de la madelaine 
qui fut cy devant au sieur grognart et qu'il luy serviront aussy en 
compensation des impenses que le dit sieur comparant a faites pour 
entretenir ses deux fils aux études et leur fournir leur nécessaire a 
ce sujet, voir qu'elle ne pourra disposer que d'un tierce desdits trente 
florins bbans et les deux autres tierces retourneront après le deces 
d'icelle a ses deux frères chacun pour une moitié ou a leurs repré- 
sentai, voir aussi que ses. dits trois enfans ne pourront rien prétendre 
l'un contre l'autre ni contre ledit sieur testateur pour services, hon- 
norairs et autres devoirs qu'ils pourraient luy avoir rendus pendant 
sa vie dans quelle occasion que ce puisse être et quant au résidu de 
tous ses autres biens, cens, rentes et acquetes, meubles et immeubles, 
droits, clains, crédits et actions, féodaux, censeaux et allodiaux qui 
seront trouvez lui appartenir au tems de son trépas en quels lieux, 
pays et hauteurs ils puissent être situez, il les laisse a ses dits trois 
enfans, scavoir au sieur jéan françois fisen avocat, a la demlle 
anne marie fisen, et au sieur herman Joseph fisen, lesquels il dénomme 
et institue pour ses héritiers universels et absoluts a charge et condi- 
tion très expresse et conforme a l'intention de feu la damlle Épouse 



— 62 — 

du dit sieur testateur que ses dits deux fils devront admettre et accor- 
der parte égale avec eux a la ditte damlle anne marie fisen a tous 
biens, cens et rentes, féodaux, censeaux et allodiaux situez tant de- 
dans que hors clawirs leurs dévolus en propriété coutumieres par 
la mort de la ditte damlle leur mère, et en cas ses dits fils ne vou- 
draient se conformer à la charge et condition susecrite en tel Evéne- 
ment il institue la ditte damlle anne marie sa fille pour son héritière 
universelle et absolute de tous ses biens susdits pour enjouir seule a 
l'exclusion de ses dits frères, le tout quoy ledit testateur déclare être 
sa dernière et sérieuse volonté, laquelle il veut qu'elle sorte ses pleins 
et entiers effets, soit par mode de testament ou codicile ou par toutes 
autres voies, meilleures et plus efficaces encore qu'il y manquerait 
quelque clausses ou solemnités de droit loy ou coutume, laquelle il 
tient icy pour inserrée, révoquant tous autres testamens qu'il pourrait 
avoir faits avant celuy cy, lequel il se retient de pouvoir aussy révo- 
quer du tout ou en partie, y adder ou diminuer ainsy que bon luy 
semblera et pour le premis renouveller et réaliser ou besoin sera le 
dit sieur comparant a commis tous porteurs ce fait et passé en la 
maison du dit sieur fisen située sous la paroisse de saint hubert en 
liège en présence du R nd sieur mathias Joseph poislevache vicaire de 
saint servais a liège et du R ûd sieur Joseph Matthys prêtre témoins 
a ce requis et appelles, lesquels avec ledit sieur comparant ont signé 
l'originalle de cette etoit signé et moy simon dieudonné Tauvy notaire 
immatriculé selon TEdit dernier de S. A. de liège in fidem. 

Voici le texte du codicille : 

L'an mille sept cent et trente trois le quattorzieme jour d auril 
pardevant moy pasteur de cette paroisse et des témoins embas dénom- 
mez personnellement comparut monsieur Englebert fisen peintre 
mon paroissien gissant au lit malade, jouissant cependant de la plé- 
nitude de ses sens ainsy qu'il nous a apparut et aux témoins, lequel 
nous a déclaré comme par cette il déclare par forme d'adjoute ou 
codicile a son testament et disposition de volonté dernière vsant du 
pouvoir qu'il s'est reservé,scavoir que son fils Hermand Joseph fisen 
résident depuis plusieurs année a Rome aiant plusieurs fois fait 
connoitre par lettre qu'il estoit dans la disposition de vouloir entrer 
en Religion dans quelque monaster ou cloitre d'Italie dont le com- 
parant n'étant point content a taché de le dissuader fortement et luy 
remontrer que dans la cité ou pays de Liegéil se trou voient des mo- 
nastère ou cloitres de la même profession, qu'en cas il ne retourne- 
rait au pays de Liège après les quattres ans que il luy accorde encor 
pour acheuer le reste de ses estudes et qu'il trouuat a propos d'y 



— 63 — 

rester ou vouloir en après y retourner ou dans les pays estrangers 
contre le gré et conscent de son frère et sa sœur pour quel establis- 
sement que se puisse être, il déclare de le priuer comme par cette il 
le prive des a présent pour alors de tous ses biens meubles et reputez 
meubles et acquettes faites pendant]sa viduité. et comme il a accepté 
malgré luy les cent pistolles que son fils jean francois fisen luy a 
généreusement donnés pour raison reprise dans son chirografve du 
premier juin disept cent et trente il veut et ordonne qu'il les 
reprendre hors de son meuble or ou argent qui se trouueront après 
sa mort, lesquels il luy laisse et donne par forme de preciput et c'est 
pour raison a luy connue, et attendu que depuis la mort de feu 
madlle Anne Catherine dechamp son Epouse il a fait a son dit fils Her- 
man fisen des remises d'argent de temps en temps reuenante sa une 
somme considerable,il veut et ordonne qu'il rapport en parte premier 
et auant tout la portance desdittes somàies conformément aux sce- 
dules et quittances relaxées a ce suiet jusqu'au temps de sa mort, 
item aiant prit connoissance que les marchandises existantes dans 
la boutiques et tout ce qui serve a l'orner reviendraient a une somme 
d'enuiron de quattre cent florins bbans une fois, il déclare de les 
laisser et des a présent les laisse a Anne marie sa fille pour recompense 
vlterieure des bons services qu'il en a receus et qu'il espère d'en 
recevoir encore tellement qu'elle pourrat des a présent menner la 
negose a son propre et particulier profit, item a jfinallement déclaré 
qu'il veut qu'encas sa ditte fille voudroit rester dans sa maison située 
dans ma paroisse de St. Hubert que ses frères ne pourront l'estimer 
dauantage et deveront luy laisser suivre au prix de deux cent florins 
bbants de rente y comprit toute charge et trefond dont elle pourrait 
estre chargée et même luy accordant le pouuoir de redimer a pro- 
portion du denier vingte les cruits a chacque de ses frères a une ou 
plusieurs fois suivant qu'ils le voudront et souhaiteront et pas autre- 
ment et pour le premis renouveller et faire approuuer ou besoin 
serat iceluy dit sieur comparant a commit et constitué tous et 
chaquun porteur de cette, ce fait et passé dans la cuisinne de la 
maison du dit sieur comparant, sise dans ma paroisse de S. Hubert 
a Topposite de la ditte Eglise, présent illecques coe témoins a ce 
speciallement requis et appeliez le Révérend Monsieur matthias 
Joseph de Poillevache prêtre et le Révérend monsieur Piere labalaste 
prêtre bénéficier de la collegialle de ss paul et marie oda Campo. 

Suivent les signatures : 

E. Fisen 
Pierre abalaste témoin 
Mtt de Poislevache témoin 
Marie oda Campo. 



— 64 — 

Au moment déterminer notre travail, ouvrons encore 
l'un des Registres mis à notre disposition et copions 
l'intitulé : 

Registre aux cens et rentes 

appartenant aux trois enfants feu le S r 

Englebert Fisen, peintre, et de feu la 

D Uc Anne Catherine a Campo Alias 

Deschamps, conjoints légitimes : nomement 

Jean François Fisen, Anne Marié et 

Herman Joseph Fisen, commençant 

le i5 me Avril 
1733 



Remarquons en passant la continuation des tradi- 
tions de la famille; — Englebert Fisen, ouvre son livre 
de Stock au moment de son mariage avec Anne Cathe- 
rine Campo; il commence à noter ses œuvres aussitôt 
après son retour d'Italie ; il meurt le i5 avril, et, à leur 
tour, les enfants datent de ce jour même les livres où 
ils inscriront les actes relatifs aux propriétés de la 
famille. 

Ces livres n'ont plus d'intérêt pour nous ; ils ne nous 
apprendraient plus rien sur la destinée de l'artiste : nous 
transcrirons cependant la lettre de faire-part imprimée 
de sa mort, et dont un exemplaire est collé sur la cou- 
verture, à l'intérieur du registre. Le haut de ce billet de 
faire-part est illustré d'un hideux squelette couché sur 
une natte, au-dessus duquel on lit les mots : Hodie 
mihiy Cras tibi. 



65 — 



On recommande en vos charitables Prières et 
saints Sacrifices lame de Monsieur 

ENGLEBERT FISEN 
Peintre, de la Paroisse Saint Hubert, 

lequel administré de tous les SaCremens de notre 
Mère la sainte Eglise, est decedé le i5. Avril 1733. 

REQUIESCAT IN PACE. 



A ce billet on a ajouté à la main : 

« Au quart avant 4 heures du matin et a esté enterré 
vers les 5 heures et demy le 16 dito après midy. » 

Et pour réunir encore une fois dans les souvenirs de 
la mort des deux conjoints fidèles dans le pèlerinage de 
la vie, on a collé sur l'autre ais de la reliure du même 
registre, le billet de faire part ci-joint, antérieur de six 
ans : 



L'On recommande dans vos Prières et Sts. Sacri- 
fices l'Ame de M ,,e 

ANNE-CATHERINE CAMPO, 

(à la main) ditte DESCHAMPS 

Epouse au S r . Englebert Fisen Peintre, de la Paroisse 

de St. Hubert, 

laquelle administrée des Sacremens de notre Mère 
la Ste. Eglise est décedée le 12 Juillet 1726. 

RFQUIESCAT IN PACE. 



De la main de Fisen : « à 8 heures et demy du soir, et 
a esté enterrée le i3 dito, à huîct heures du soir. » 



— 60 — 

Après avoir conduit Englebert Fisen jusqu'à la 
tombe abritée par le clocher de sa paroisse, nous ajou- 
terons, en manière d oraison funèbre, qu'il est celui de 
nos peintres dont on retrouve encore le plus de toiles au 
pays de Liège, soit dans les églises, soit dans les châ- 
teaux, soit même dans les oratoires des hôpitaux et des 
simples particuliers. On aime généralement à connaître 
l'homme dont on rencontre les travaux, pour ainsi 
dire, à chaque pas. 

Nous serions heureux de continuer pour d'autres 
artistes l'étude que nous avons entreprise pour Fisen. 
— Nous osons solliciter à cet égard les communica- 
tions bienveillantes que pourraient nous faire les per- 
sonnes qui possèdent, soit des lettres, soit d'autres 
documents manuscrits relatifs à l'histoire des beaux- 
arts dans notre pays. — Nous les recevrons avec 
reconnaissance , considérant d'ailleurs comme un 
devoir de faire connaître la source de nos informa- 
tions. 

Souvent un renseignement peu important en soi 
acquiert de la valeur en venant s'ajouter à d'autres 
faits connus, et lorsqu'il s'agit de l'histoire des arts d'un 
pays, ce n'est pas trop de la bonne volonté de tous ceux 
qui peuvent y contribuer pour reconstituer un passé 
intéressant et trop oublié. 



Jules HELBIG. 



NOTICE 



SUR UN 



DIPLOME MILITAIRE DE TRAJAN 

trouvé a.u.x environs do Lié^e 

PAR 

Ad. DE CEULENEER 

Il y a quelques mois un ouvrier trouva sur les bords 
de la Meuse, entre Chokier et Flémalle, une petite 
plaque de bronze de 9 centim. de long sur 7 de large. 
C'était une partie d'une des deux tablettes qui composent 
les diplômes militaires. Les circonstances dans les- 
quelles la découverte a été faite ne permettent guère 
d'espérer qu'il soit possible de retrouver les parties qui t 
manquent. 

Ayant eu connaissance de cette trouvaille j'ai étudié 
le monument avec le plus grand soin afin de compléter 
l'inscription aussi exactement que possible et de résou- 
dre en même temps les quelques questions épigra- 
phiques que le texte soulève. 

Ce diplôme, le premier trouvé en Belgique, est d'un 
grand intérêt pour notre pays ; il n'intéresse pas moins 
les archéologues anglais, étant relatif aux troupes auxi- 
liaires de la Bretagne, et il est aussi d'une certaine 



— 68 — 

importance pour les études épigraphiques, vu qu'il 
nous révèle le nom d'un légat propréteur de la Bretagne 
inconnu jusqu'à ce jour et qu'il nous donne des aper- 
çus nouveaux sur des questions controversées. 

Nous ne possédons qu'un nombre relativement 
restreint de diplômes militaires. 

Après Cardinali et Arneth, MM. Mommsen et Renier 
sont les derniers éditeurs de l'ensemble des diplômes. 
M. Mommsen en a publié 58 ( l ) et M. Renier 53 ( 2 ). 
Depuis ces publications, douze nouveaux diplômes ont 
été découverts. En voici l'énumération : 

N os 59 daté du 22 déc. 68 (règne de Galba), publ. d s l'EPH. EP. II. 

— 60 — — 5 avril 71 ( » deVespasien), » » » » » 

* a~ r„„ .** ( w Marc-Aurèle 

— 6i- - de 1 an ,66 «t Verus), 

— 62 — du 7 janvier 221 ( » Eiagabale), 

— 63 — de l'an 88 ( » Domitien), 

— 64 — ( » Domitien), 

— 65 — ( » Hadrien), 

— 66 — du 7 janvier 246 ( » Philippe), 

— 67 (date inconnue) 

— 68 se place entre les règnes d'Alexandre Sévère et de Philippe; 

il fut publié dans les Arch. epigr. Mittheilungen III. 2. 

Lan dernier furent découverts en Bulgarie les 
diplômes 69 et 70, le premier sur la voie romaine au 
Sud de Tirnovo (de Domitien, 20 sept 82), et l'autre à 
Kadikeni à six lieues de Tirnovo (de Marc-Aurèle, 23 
mars 178). Ils furent publiés par M. Pomialowski 
(Ùeux dipL milit. rom. troupes récemment en Bulgarie, 
dansle Journal ministerstua marodmayoprosvéchténia. 
S* Pétersbourg, mai 1880). Je ne les connais que par la 
notice qu'en a lue M. Desjardins à la séance du 6 août 
1880 de l'Académie des Inscriptions (comptes-rendus 
1880, p. 227). 

(1) En 1873, dans le Corpus inscriptionum latinarutn (C. f. L.) m. 
Nous citons cette collection par la lettre D. 

(2) Renier, Recueil de diplômes militaires Paris 1876. La i re livrai- 
son seule a paru. 



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— 69 — 

* • 

Le diplôme de Flémalle est donc le soixante et on- 
zième. De ces 71 diplômes 5 appartiennent aux troupes 
auxiliaires de Bretagne. Trois du règne de Trajan 
(D 71, D. 21 du 19 janvier io3 ; D. 23 de Tan io5) un 
du règne d'Hadrien (D. 3o de Tan 124); enfin le D. 67 
qui nous est parvenu dans un très-mauvais état de 
conservation. C'est du règne de Trajan que nous pos- 
sédons le plus de diplômes; ils sont au nombre de 
douze. 

Il n'y a guère lieu de s'étonner de la découverte faite 
à Flémalle. Ce diplôme appartenait probablement à 
un vétéran de la Coh. I Tungr. qui après avoir terminé 
ses vingt-cinq années de service sera revenu habiter son 
pays natal. 

Sans admettre, — ce qui scientifiquement est impos- 
sible, — que notre pays ait été sérieusement romanisé, 
car les Romains n'ont pas mieux réussi à s'assimiler 
nos ancêtres que les conquérants qui vinrent dans la 
suite, et leur domination n'était du reste pas si suppor- 
table qu'on se plait quelquefois à le dire ; nous ne pou- 
vons nier que l'occupation romaine ait laissé, dans le 
pays de Liège, des traces assez notables. Quelques 
mots sur les principales découvertes qui y ont, été faites 
ne seront peut-être pas déplacés ici. 

On sait que Drusus construisit un certain nombre de 
Castella le long des rives de la Meuse ( ! ). Sans pouvoir 
déterminer aucun endroit où un Castellum fut établi, 
on est cependant amené à croire que ces Castella ne 
devaient guère être éloignés des lieux où l'on a décou- 
vert un certain nombre d'antiquités romaines. Parmi 
ces découvertes les plus importantes sont les antiquités 
trouvées à Jupille lors des fouilles, exécutées en 1872 
par X Institut archéologique liégeois, qui mirent au jour 
une fort belle mosaïque, des débris de vases ornés de 
figures humaines en relief ainsi qu'un nombre considé- 

(1) Flor. iv. 12. Drusus in tutelam prouinciœ prœsidia atque custo- 
dias ubique dispositif per Mosamflumen 



— 70 — 

rable d'objets ordinaires ( x ). Déjà en 1834 on découvrit à 
Poulseur un beau buste de bronze représentant Bac- 
chus et qui avait servi de poids pour une balance 
dont la forme est connue sous le nom de Campana ( 2 ). 
Ce genre de poids est fort rare : nous rappellerons celui 
découvert à Nursling près de Southampton en 1842 et 
qui représente une bacchante ( 3 ). 

Les inscriptions découvertes dans le pays de Liège 
sont peu nombreuses. 

A Theux on en a trouvé cinq ( 4 ). Les deux inscrip- 
tions du pays de Liège qui présentent le plus d'intérêt 
sont celles de Chèvremont et de Flémalle-Grande. 
Malheureusement elles ne nous sont conservées que 
d'une manière incomplète dans des manuscrits. 

La première sfe trouvait en 1541 à Chèvremont 
(Ms. 275); et avant 1612 à Liège entre le pont S 1 Nicolas 
et le pont S t Julien (Ms. 14365). En 1640 elle était 
encastrée dans le mur de l'église paroissiale de Homes 
(Ms. 833). La voici d'après quatre manuscrits : 

I II 

Ms. Brit. Mus. Ms. Vanden Berch. 

Gestapontif. Tungr. (Univ. de Liège) N° 833 
Fonds Eggerton, 275 (5) p. 14(6) 

MERCVRII ING ENVVS MERCVR 1 

TANEHI FI INGENVS 

VSLM NFHIFI 

(1) Rapport de S. Bormans dans les Bulletins de F Institut, ix et x ; et 
Schuermans. Fouilles faites à Jupille. Ibid. xi. 

(2) Notice de Roulez dans le Messager des Sciences hist. i836. p. 31-40. 

(3) R. Smith. Coll. antiq. iv. 3y. Je rappellerai encore la tête de 
Minerve du Musée du Capitole et celle d'Equcias du musée de Buda- 
Pesth. Cattaneo. Equéjade, monumento antico di bron^o del tnuseo naj. 
Ungherese. Milano 1819, p. 76. 

(4) Schuermans. Deux inscriptions belges inédites : (Bull, de l'Insti- 
tut arch. liégeois, xn). 

(5) Schuermans. Inscr. rom. trouvées en Belg.(Bu\\. de la Commission 
d'art et d'archéologie, vu), p. 43 et 65. 

(6) Gachet. Not. sur un Ms. de la Bibl. de VUn. de Liège. (Séances 
de la Commiss. roy. d'hist. ix p. 8). 



— 71 — 

III IV 

MS. H. DE WACHTENDONCK. MS. DE UTRECHT. 

Append. uariœ ad histor. Leod. Script, lat. n° 56 (s) 

Bibl. de Bourg. 14365-67 f. 1 1 (i) 

MERCVR 1 MERCVRI 

INGENV INGENV 

Mercurio Ingenuus \ Tanehi filius \ uotum soluit libens merito. 

La pierre de Flémalle appartient également aux 
inscriptions religieuses. 

Elle se trouvait dans cette commune en 1578; le 
texte qu'en donne le Ms. d'Utrecht (Brambach p. 627) 
n'est qu'une copie du Ms. de Wachtendonck. (f. 1 1). 

IOM 

IVNONI MINERVAEDI 

I N FLVMINISMOSA 

SC | SDIAN 

ONIA | | | ! CIS 

| OS | I 01 

MFVSCIA NO | S | N | . 
Jouioptimomaximo \ Junoni t Mineruae^ Di ..\Numini Fluminis Mosœ \ 
(suivent les noms des dédicants devenus illisibles) Fusciano II et 
Silano II Cos. 

Cet autel fut élevé à la divinité de la Meuse en 188 
comme l'indiquent les noms des consuls ( 3 ). L'exis- 
tence de cette inscription rapprochée de la découverte 
du diplôme faite à Flémalle et des antiquités de Chèvre- 

(1) Dans ce Ms., terminé en 1608. après avoir copié les pages 14-28 de 
Yltinerarium per nonnullas O al lice Belgicœ partes Abrahami Ortelii 
et J. Viviani ad Ger. Mercatorem. Antuerpiae. Plantin. 1584, Wachten- 
donck transcrit quelques inscriptions sous forme d'appendice à 
Yltinerarium. 

(2) Brambach. Schedce epigraphicœ in der Bibl. $u Utrecht (Rh. 
Mus. xx), p. 626. Dans l'impossibilité où je me trouvais de faire repro- 
duire ces cinq inscriptions telles qu'elles sont écrites dans les manuscrits, 
j'ai été obligé de supprimer les ligatures et de donner comme complètes 
quelques lettres dont certaines parties seulement nous sont conservées. 
Je n'ai complété que les lettres dont la lecture était certaine. 

(3) Orelli, 3412. Les noms complets de ces consuls sont Seius Fuscia- 
nus et M. Servilius Silanus. Cf. Klein. Fasti consulares, p. 84. 



— 72 — 

mont, Poulseur et Jupille, nous donne tout lieu de 
supposer que dans les environs de Liège a dû avoir été 
construit un des Castella dont nous parle Florus. Les 
inscriptions ont pu être apportées d'un autre endroit ; 
mais les fouilles de Jupille nous révèlent bien certaine- 
ment une localité occupée du temps des Romains. Y 
avait-il un Castellum à Jupille ou bien celui-ci se trou- 
vait-il au confluent de l'Ourthe et de la Vesdre? C'est 
là une question que des fouilles ultérieures pourront 
peut-être nous permettre de résoudre un jour ; tout ce 
que nous pouvons affirmer actuellement c'est qu'il 
existait un Castellum aux environs de Liège. 

Je ne puis m appesantir ici sur cette question, et 
j'ai hâte de passer à l'examen du diplôme. Après 
avoir discuté le texte, je dirai quelques mots de 
la signification juridique des diplômes militaires en 
résumant brièvement les principaux travaux sur la 
matière. Afin de faciliter l'intelligence des considéra- 
tions qui terminent cette étude, j'ai reproduit le diplôme 
tel qu'il devait être originairement. Le lecteur n'aura 
qu'à replier la moitié de la feuille sur elle même pour 
se rendre un compte exact de la forme des diplômes 
militaires. 



— 73 - 

Transcription et restitution du diplôme 

Imp, Casar. Diui. Neruœ. f. Nerua. Traianus 

Auguefus. Ocr maniât t. pontifex. maxmw* 

tribun, potettat. eoi. II. eouiiibus et 

peditibut qui miRtant. in al'u duabut et 

eohorlibus sex. qua appeUan/ur.... el 

Class'axa O 

eeu r. r. et /. Tungrorum . ni&aria. et 

Petriana 

I . Atturum. et . I . Hupanorum equilata. et . I 

fid.v . VkEdvUorum e. r. eQui/a/a et 

ÎÏ.LlNGONVM. ET. fi VKruiomm et.tuni 

IN.BKlTANKIA.STB.T.Affctio . Hem 

DlMl*S!3 . MONXSTA . Hiisione . a . Diuo . Nerua 
Ne pote. qvi.qviHA Et ukena pin rave sti 

PF.XD1A MERVIRVNt. ÇUOTUM . ftODtt/ta 

8VB8CKIFTA. 8TNT ipsis liberté potte 
iusqyb . borvm ciuitaUm dédit . et 
couvbivm . cvif . vxoribns . quae tune 
H àb vissent .es m est eiuitat Ut 



data . atd . si oui calibes . estent 

cum Us . quai . poetea . duxistent . dum taxât 

O 
singuli . singvlat a. d. (date an mois f t 

noms des consuls, nom du corps auxiliaire auquel 

appartenait le porteur du diplôme) euipraeest 

(nom du chef du corps et nom du porteur avec 

l'indication de son lieu d'origine). 

Detcripfum . * t . recogniium . ex . tabula 

anea . çua . fixa est Borna in muro 

poêt templnm. Diui. Aug. ad Mineruam 



ï 

55- 



r 



10 



— 74 — 







5 

s 



Noms des 



ï 



* 
J 

g 

* 



o 



sept témoins 



i 



— 75 — 

Cherchons d'abord à déterminer la date du diplôme. 
La lecture des titres de l'empereur ne saurait être dou- 
teuse : Imperator Caesar, Diui Neruae filius, Nerua 
Traianus, Augustus, Germdnicus, Pontifex Maximus, 
tribunicia potestate, consul II. La partie inférieure 
du diplôme ne nous étant pas conservée, nous ne con- 
naissons ni les noms des consuls, ni la date du mois à 
laquelle le diplôme fut délivré. Ceci est d'autant plus 
regrettable que les diplômes, de même que toutes les 
pièces émanées de la chancellerie impériale, donnent 
toujours les noms des consuls en charge au jour même 
auquel la pièce a été délivrée, qu'ils soient suffecti ou 
non (*). Les titres pris par Trajan peuvent donc seuls 
nous indiquer la date du diplôme. 

La fixation des puissances tribunitiennes de Trajan 
donne lieu à de sérieuses difficultés. Trajan fut adopté 
par Nerva et associé à l'empire le 27 octobre 97 : simul 
filius, simul Caesar, mox imperator et consors tribu- 
niciœ potestatis, et omnia pariter et statim factus es, 
lui dit Pline dans son Panégyrique ( 2 ). Il ne prit le 
titre de Augustus qu'après la mort de Nerva, survenue 
le 27 janvier 98, trois mois après l'adoption ( 3 ) ; tandis 
que celui de Germanicus lui fut donné en même temps 
qu'à Nerva, en automne 97, à l'occasion des victoires 
remportées sur les Suèves du Danube, derniers restes 
du royaume de Marobode ( 4 ). 

Parmi les douze diplômes du règne de Trajan, il y 
en a un, daté de 20 février 98, accordé à P. Insteius, 

(l) BORGHESI VI, 233. 

(a) Plin. Pan. 8; Cf. Dio. 68, 4. 

(3) De la Berge. Essai sur le règne de Trajan. Paris 1877, p. 20-22. 
L'inscription de Q.. Julius Proculus Quœstor Augustorum, fut faite après 
la mort de Nerva. Elle nous apprend que Proculus occupait cette charge 
dans les derniers mois du règne de *Nerva alors que Trajan était déjà 
associé à l'empire, mais ne prouve nullement que Trajan portait déjà 
alors le nom de Augustus. Wilmanns, ii63. Orelli, 2273. 

(4) Tac. Ann. 11. 63; xn, 29; — Henzen 5438, 5439 ; a d. 1. 1862 p. 147; 
Eckhel. vi. p. 406. 



- 76 — 

fantassin de la Coh. I aug. Ituraeorum sagittariorum, 
cantonnée en Pannonie (D. 19), et sur lequel l'empereur 
prend les mêmes titres que dans le diplôme de Flémalle. 
D'un autre côté un diplôme du 14 août 99 (D. 20) 
donne : tribunic. pot estât. III. cos. II p. p. 

Trajan n'accepta pas le titre de pater patriœ dès son 
avènement au pouvoir ( x ), « Tu patris patriœ (titulum) 
recusabas y lui dit encore Pline dans son Panégyrique, 
nomen illud, quod alii primo statim principatus die, 
ut Imperatoris et Cœsaris receperunt, tu usque eo dis- 
tulisti, donec tu quoque... te mereri fatereris. » Plu- 
sieurs inscriptions de Tan 98 lui donnent cependant 
déjà ce titre ( a ), ce qui prouve qu'il le prit dans le courant 
de cette année, mais postérieurement au 20 février. 

Ses trois premiers consulats son fixés Comme suit : 

Cos. I : Janvier-Avril 91 avec M'. Acilius Glabrio ( 3 ). 

Cos. II: Janvier 98 avec Nerva 1 1 1 1 ( 4 ) ; après la 
mort de celui-ci avec T. Flavius Libo ( 5 ), et en février 
avec Sex. Julius Frontinus II ( 6 ). 

Cos. des. III: 99 ( 7 ). 

Cos. III : 100. avec Sex. Julius Frontinus III ( 8 ). 

Pour les puissances tribunitiennes nous avons deux 
dates certaines : au 20 février 98, Trajan a encore la 
première et au 14 août 99, il a déjà la troisième. Il 
reste donc à déterminer la date à laquelle il prit la 
seconde , pour laquelle nous ne possédons aucune 
inscription portant le jour et le mois. 

On trouve bien des inscriptions de Tan 99 et des 
années postérieures avec la simple indication de trib. 

(1) Plin. Pan. 21. 

(2) C. I. L. m 309, 1642, 3924, 5738. 

(3) Acta.fr. aru. in C. ï L. vi. p. 523. 

(4) WlLMANNS 932. 

(5) Henzen 6774. 

(6) Bullettino delV Instituto di corrisponden^a archeologica.i*. d. 1.) 
1871. p. 147 ; D. 19. 

(7) Orelli, 449. 

(8) Henzen, 6545. Cf. Klein. Fasti consul ares, p 49 et 52. 



— 11 — 

pot. , seulement alors la date est souvent indiquée par le 
consulat ; ceci prouve qu'on omettait quelquefois l'indi- 
cation du nombre des puissances tribunitiennes. Ainsi 
une borne milliaire de la route d'Avenches à Windisch 
porte trib. pot. cos. des. ni, donc de Tan 99 ( l ); un 
milliaire de l'an 100 donne trib. potest. cos. n 1 ( a ), un 
milliaire du Noricum trib. pot. cos. 1111 ( 3 ), une inscrip-- 
tion de Celeia (Celli) trib. pot. cos. v ( 4 ). Inutile de 
multiplier ces exemples. Une pareille omission n a du 
reste jamais été constatée sur aucun diplôme militaire. 

La première puissance tribunitienne fut accordée à 
Trajan, peu après son adoption (mox de Pline) par 
Nerva, qui eut lieu le 27 octobre 97, alors qu'il était 
légat propréteur de la Germanie supérieure ( 5 ). Elle ne 
fut pas renouvelée le i er janvier de Tan 98 comme le 
croyait Wilmanns ( 6 ), vu que le 20 février il a encore la 
première. Wilmanns a proposé par après d'admettre que 
Trajan obtint la seconde en janvier 99 ( 7 ),ce qui est tout 
aussi impossible vu qu'au 14 août 99 il a déjà la 
troisième. 

On sait que les premiers empereurs renouvelaient 
leur puissance tribunitienne le jour anniversaire de 
leur arrivée au principat (dies imperii). Dans la suite 
cette règle ne fut plus rigoureusement observée. 

Eckhel ( 8 ) croit que depuis Antonin le Pieux, le prince 
prenait la trib. pot. II le premier janvier de l'année 
qui suivait son avènement au pouvoir et qu'il la 
renouvelait ensuite tous les ans au i er janvier. 

(1) Mommsen. Inscr. Helu. 33o ; Orellî 449; De la Berge n° 8. 

(2) Orelli 780 = Wilmanns 932. 

(3) C. I. L. m. 5732. 

(4) C. I. L. m. 5202. 

(5) Spart. Hadr. 2. 

(6) Exe m pi. inscr. g33. = C. 1. L. m 3924. 

(7) Exempl. inscr. 933 et p. 509 des tables. 

(8) D. N. vin. 393. 



— 78 — 

Borghesi suppose que ce système s est établi sous 
Hadrien ( x ) et que Trajan renouvela ses puissances 
entre le 19 janvier et le 17 février. Mommsen le croit 
introduit par Trajan ( 2 ) , et Wilmanns va jusqu'à 
admettre que Trajan donna à cette innovation un 
effet rétroactif pour les puissances tribunitiennes de 
Nerva ( 3 ). La question a été reprise en dernier lieu par 
M. Stobbe ( 4 ). Il constate de nombreuses exceptions, si 
nombreuses même qu'il ne croit pas à la vérité du 
systèmç proposé par Borghesi et Mommsen. Il examine 
les puissances tribunitiennes des divers empereurs et 
propose, comme l'hypothèse la plus acceptable, d'ad- 
mettre que le renouvellement se faisait au dies imperii, 
seulement que ce dies imperii changeait du jour où le 
prince associait quelqu'un à l'empire. 

On ne peut nier- qu'avec le système du renouvelle- 
ment annuel au i cr janvier, bien des puissances tribu- 
nitiennes de plus d'un empereur sont inexpliquables, 
surtout celles de Sévère et de Caracalla. 

Mais le système de M. Stobbe n'est pas non plus 
satisfaisant. Voici en effet comment il explique les 
puissances tribunitiennes de Nerva et de Trajan. 

Nerva a encore en janvier 98 la trib. pot. II, comme 
le prouvent diverses monnaies ; mais comme, en ce 
même mois, il prend aussi la trib. pot. III i^) et qu'il 
meurt le 27 janvier, M. Stobbe admet que Nerva prit 
la puissance tribunitienne pour la troisième fois à 
l'occasion de l'avènement de Trajan à l'empire, fait qu'il 
place vers le 7 janvier. 

(1) Cf. Henzen 5459; Borghesi. v. 21. 

(2) Hermès m. 129. 

(3) Wilmanns 932. 

(4) Stobbe. Die Tribunenjahre der rom. Kaiser. Philologus, 1873 
B. xxxii. Je regrette de n'avoir pu consulter la récente étude publiée 
par O. Hirschfeld sur cette question : Das Neujahr des tribunicischen 
Kaiser jahres, dans les Wiener Studien, 1881. 

(5) Stobbe p. 35 ; Orelli 780, 



— 79 — 

Cette date est problématique et le mox de Pline 
semble contredire ce retard de trois mois. Dans ce 
système la première puissance tribunitienne de Trajan 
va du 7 janvier 98 au 7 janvier 99. Mais Trajan meurt 
le 1 1 août 1 17 alors que d'après les inscriptions il a la 
trib. pot. XXI. Au 8 sept. 116 on trouve déjà sa XX e 
(D. 27. 28). Ces chiffres ne concordant pas, M. Stobbe 
suppose que, si la première puissance tribunitienne de 
Trajan date du 7 janvier 98, on considéra cependant 
dans la suite les trois premiers mois de son règne (oct. 
97- janv. 98) comme sa trib. pot. I, et qu'ainsi en réalité 
en 98 il a la seconde. Cette hypothèse est toute gratuite. 
Trajan ne passe pas de la i re à la 3 e ; nous possédons en 
effet des inscriptions avec la seconde. Ce serait donc la 
seconde qui aurait été écourtée ; mais quand cela se fit- 
il et quand Trajan prit-il la troisième? Au 14 août 99, 
il a la troisième qu'il aurait dû prendre d'après le 
système de M. Stobbe le 7 janvier, mais à cette date 
finissait seulement la première. On voit que dans ce 
système il n'y a pas de place pour les inscriptions por- 
tant la seconde à moins qu'on n'admette que la première 
date des premiers mois de l'an 98 et la seconde des der- 
niers mois de la même année ; hypothèse que rien ne 
nous autorise à admettre. Le système de M. Stobbe 
nous paraît donc inadmissible. 

Qu'on ne s'imagine pas qu'il s'agit ici d'une simple 
question de dates, d'une discussion d'antiquaire : ces 
discussions-là ne nous touchent guère. Pour nous une 
question ne mérite un examen que lorsque sa solution 
peut nous amener à comprendre d'une manière plus 
exacte la politique impériale ; et dans ce cas, les faits 
les plus minimes en apparence méritent d'être étudiés 
avec le plus grand soin. De quoi s'agit-il en effet ? La 
puissance tribunitienne constitue, avec la puissance 
proconsulaire et avec Ximperiutn, l'ensemble de toutes 
les prérogatives politiques du principat. Plus un prince 
aura observé strictement les coutumes anciennes, plus 



— 80 — 

aussi il se sera montré fidèle à l'idée fondamentale du 
principat d'Auguste. Du jour où ces titres ne sont plus 
pour lui que de simples formules dont il fait usage à son 
gré, des souvenirs respectables mais sans portée poli- 
tique ; de ce jour le prince prouve qu'il tend à établir 
la monarchie absolue. Il s'agirait donc d'étudier lespuis- 
sances tribunitiennesde chaque empereur en particulier 
et peut-être alors verrait-on que les princes les plus fi- 
dèles au système d'Auguste, ont aussi suivi le plus régu- 
lièrement l'ancienne coutume, tandis que les autres ont 
pris leurs puissances tribunitiennes souvent plus d'après 
leurs caprices que d'après les anciennes réglés, tout 
comme ils le firent pour d'autres titres. Les irrégulari- 
tés des puissances tributiennes de Sévère et de Cara- 
calla n'auraient dans ce cas rien qui dût nous étonner. 
Cette étude complète me semble cependant impossible 
dans l'état actuel de nos connaissances. Tout ce qu'on 
peut scientifiquement admettre, et c'est là un résultat 
dont l'honneur revient à M. Stobbe, c'est que jusqu'à 
Trajan les princes suivirent une règle uniforme : le 
renouvellement au dies imperii. Y eut-il depuis ce 
règne une nouvelle règle que suivirent uniformément 
tous les successeurs de Trajan, c'est ce qu'on ne saurait 
dire. 

Je me borne ici à examiner le système suivi par 
Trajan. Sa première puissance tribunitienne date de 
l'automne 97 ; il la porte encore au 20 février 98 ; et 
au 14 août 99 nous avons la troisième. Donc c'est 
entre ces deux dates bien précises que vient se placer 
la seconde , car depuis la découverte du diplôme 
d'Insteius on ne peut plus admettre l'hypothèse de Bor- 
ghesi qui croyait que Trajan avait renouvelé sa puis- 
sance tribunitienne le 28 janvier 98, date à laquelle il 
occupa le pouvoir sans partage ('). Les puissances 
jtribunitiennes de Trajan dépassent le nombre d'années 

II) BORGHES! V. 21. 



— 81 — 

de son principat. Il en compte 21 ( x ) et son principat 
va du 27 octobre 97 au 11 août 117 ( 2 ). Les inscriptions 
datées pourront le mieux nous faire connaître quand 
Trajan n'attendit pas une année entière pour renouve- 
ler la puissance tribunitienne. 

Voici les dates que j'ai pu recueillir : ( 3 ) 

Trib. pot. 1 : 20 février 98. D. 19. 

Trib. pot. III : 14 août 99. D. 20 

Trib.pot. 1III : 28 déc, 100. ORELLI 782. 

— — VII : 19 janvier io3. D. 21. 

— — XI : 5 février 108. C. I. L. III 79. 

— — XIIII: 17 février 110. D. 25. 

— — XVIII : 1 sept.' 1 14. D. 26. HEN- 

ZEN 6857 a. 

— — XX : 8 sept. 116. D. 27, 28. 

En comparant ces chiffres on voit que c'est dans les 
premiers mois de Tannée que la puissance tribunitienne 
est renouvelée. Nous avons même une date extrême, 
celle du 28 décembre de Tan 100. Si Ton possédait une 
inscription des premiers jours du mois de janvier, on 
aurait une preuve irréfutable que ce fut le i er janvier 
de chaque année que Trajan renouvela sa puissance 
tribunitienne. On peut cependant certifier que ce fut 
Trajan qui rompit avec la tradition ancienne : il ne le 
fit pas du vivant de Nerva, ni directement après la 
mort de celui-ci, mais il lavait déjà fait au 14 août 99. 

Nous croyons donc pouvoir dater avec certitude les 
trois premières puissances tribunitiennes de Trajan 
comme suit : 

I 27 octobre 97 — 26 oct. 98. 

II 27 octobre 98 — 3i déc. 98. 

III 1 janvier 97 — 3i déc. 99. 

(1) En 117 la 21 e , C. I. L. n 2094; Mommsen. I. R. Neap. 5619. 

(2) De la Berge, Essai sur le règne de Trajan, p. 188. 

(3) Je prends surtout celles datées des premiers et des derniers mois 
de Tannée : il serait inutile d'indiquer les autres. L'inscription C. I. L. 
in. 38 du 16 février 104 ne saurait entrer ici en ligne de compte. Elle ne 
donne pas la puissance tribunitienne ; mais indique la septième année 
du principat : ANNO Vil IMP. CAESARIS NERVAE TRA1ANI 

11 



- 82 - 

Dans la suite, il les renouvela chaque année au i cr 
janvier comme le prouvent un grand nombre d'inscrip- 
tions. C'est là du reste le résultat auquel était déjà arrivé 
M. Henzen dans une de ses savantes études épigra- 
phiques ('). Notre diplôme date donc de l'an 98, et 
comme l'empereur n'y a pas encore le titre de pater 
patrice, qu'il prend sur diverses inscriptions de cette 
même année, nous pouvons dire que le diplôme est des 
premiers mois de l'an 98, mais postérieur au 28 janvier. 

Passons maintenant à l'examen des divers corps auxi- 
liaires mentionnés dans notre diplôme. 

On peut certifier qu'il n'y avait que deux corps de 
cavalerie mentionnés sur le diplôme, par suite du peu 
de place restée libre. Un assez bon nombre de alœ 
étaient cantonnées en Bretagne. Le diplôme de io3 
donne les Alae:I Thracum, I Pannoniorum Tam- 
piana, Gallorum Sebosiana et Hispanorum Vettonum 
Ciuium Romanorum; celui de io5 les Alae: I Tungro- 
rum et Classiana Ciuium Romanorum. Il serait im- 
possible de dire laquelle de celles-ci se trouvait men- 
tionnée la première sur le diplôme. 

Du nom de la seconde il ne reste plus que A. C. R. 
Parmi les escadrons de cavalerie de la Bretagne il n'y 
en a que deux dont le nom soit terminé en a et qui 
soient composés de citoyens romains. Ce sont les alae 
classiana C. R. et petriana C. R. La première est fort 
peu connue. On n'en possède pas une seule inscription ; 
elle n'est citée que dans le diplôme de l'an io5. Elle 
était composée, comme son nom l'indique, de classiarii 
de la classis britannica dont l'existence nous est connue 
par divers textes de l'Agricola de Tacite et par un assez 
bon nombre d'inscriptions (*). On connaît de même une 
Coh. I nautarum ( 3 ) et une Coh. II classica ( 4 ). 

(1) Henzen. b. d. 1. 1872. p. 48. 

(2) Marquardt Staatsverw. 11 486. note 3, 

(3) Orelli 3620. 

(4) C. I. L. m. 3443, 5775, 5776 ; Wilmanns 1621, 1622. 



— SS- 
II ne saurait être question ici de la ala picentiana, 
mentionnée dans le diplôme de Tan 124, vu que celle-ci 
n'était pas composée de citoyens romains ; mais j'incli- 
nerais à croire que la ala mentionnée dans le diplôme 
est la Petriana. Son nom complet est : Ala augusta 
petriana torquata miliaria C. R. ( 2 ). 

Cet escadron devait s être distingué dans maint com- 
bat, comme le prouvent ses titres de Augusta et de 
torquata. Une inscription nous apprend même qu'il 
reçut deux fois cette dernière récompense: bis tor- 
quata ( 2 ). De même qu'on accordait à des soldats qui 
s'étaient distingués par leur courage les phalerce, les 
armillœ et le collier d'or, — décorations de cette 
époque, — de même lorsqu'un corps d'armée avait 
rendu un service éminent, le prince accordait ces dis- 
tinctions à tout le corps et tous ceux qui en faisaient 
partie en portaient les insignes. C'est ce qui eut lieu 
deux fois pour la ala petriana. Ne portaient ce collier 
d'or que les cavaliers faisant partie de l'escadron au 
moment où l'empereur lui donnait ce gage de sa recon- 
naissance ; sinon on ne comprendrait pas que cet hon- 
neur put être accordé à deux reprises différentes à un 
même escadron. Ce ne fut que dans des cas tout à fait 
exceptionnels que le prince accordait une si grande 
distinction à tous les soldats d'un corps d'armée. Les 
inscriptions ne nous en fournissent que fort peu 
d'exemples. Nous connaissons encore une ala Moesica 
felix torquata ( 3 ) et une ala Siliana torquata ( 4 ). Si dans 
notre diplôme elle ne prend pas le titre de torquata 
c'est parce qu'en l'an 98 elle ne l'avait pas encore 
obtenu ou peut-être par suite de ce fait que dans maint 

(1) C. I. L. vu. 323, 87a. — 929, 1195 — Henzen Zwei militât 'diplôme 
der Kaiser Domitian urtd Hadrian. Dans les Jahrb. de Bonn. 1848. 
xiii. p. 73-80. 

(2) Orelli. 5i6. 

(3) Henzen. 6702. 

(4) Henzen. 6856. 



— 84 — 

diplôme la titulature des corps auxiliaires n'est pas 
complète. 

La Petriana stationna en Bretagne jusqua l'époque 
de la rédaction de la Notitia Dignitatum, c'est-à-dire 
jusqu'au commencement du cinquième siècle. Son 
camp prit le nom de Petriana ('). Cardinali ( 2 ) croyait 
qu'elle avait été recrutée parmi les habitants de la ville 
de Petra en Arabie ; mais c'est là une erreur. Ceux-ci 
s'appelaient non petriani, mais petraei, comme le 
prouve du reste l'inscription de Camurius Clemens, 
trib. mil. coh. ulpiœ Petreor. miliar. equiti (ata) ( 3 ). 

M. Henzen a fait observer, ce que du reste Lersch 
avait déjà reconnu aussi, que la finale ianus est celle 
d'un adjectif formé d'un nom propre, et le relevé qu'il 
a fait des diverses alœ ainsi dénommées prouve la 
vérité de sa thèse ( 4 ). 

Le nom de Petriana provient donc très probablement 
du nom du premier chef de cet escadron qui aura été 
un Petra. Ce cognomen est assez rare ; on rencontre 
cependant un T. Pomponius Petra ( 5 ). 

La première cohorte inscrite sur le diplôme est la 
Coh. I Tungrorum. miliaria (oo). Je ne saurais ad- 
mettre qu.e ce soit la ala I. En effet si l'on examine 
l'ensemble du diplôme on s'aperçoit bien vite qu'avant 
la ala petriana en était citée une autre; et en considérant 
la Cohors Tungrorum comme la première des six 
cohortes, on a précisément la place voulue pour l'indi- 
cation des cinq autres. Ceci ne tend pas à dire que la 
Ala Tungrorum ne se trouvait pas en Bretagne à cette 
époque; nous croyons même que vers la fin du t er 
siècle elle était cantonnée en Bretagne. 

(i) Not. Dign. (Ed. Boecking). 114. 17. 

(a) Cardinali. Diplomi imperiali. Vclletri, i835, p. 208. 

(3) Orelli, 5i6. 

(4) Henzen p. 75-80. 

(5) Muratori. 736. 7. 



— 85 — 

Il est bien vrai que nous ne pouvons préciser la date des 
deux inscriptions de Burgh-on-the-Sands et de Mume- 
rills ( x ), mais le diplôme de Tan io5 (D. 23) nous prouve 
qu'en cette année elle se trouvait en Bretagne. Sur les 
diplômes de Pannonie de 80 et 85 (Du et 12) nous 
trouvons une ala Frontoniana qui est inscrite aussi 
sur le diplôme de la Pannonie inférieure de n3 (D 26). 
De plus depuis le commencement du 3 e siècle une 
ala I Tungrorum Frontoniana était en garnison à 
Alsô-Islova en Dacie, comme le prouvent des nom- 
breuses inscriptions ( a ). La première inscription datée 
de celles-ci est de l'an 2i3 ; et depuis cette époque la ala I 
Tungrorum prend toujours le nom de Frontoniana ( 3 ). 
J'avais cru d'abord que la ala I Tungrorum de Bre- 
tagne était distincte de celle de Dacie. Une observation 
de M. Schuermans appela mon attention sur ce fait 
que ce n'est que depuis qu'on n'a plus de traces de cet 
escadron de cavalerie en Bretagne que le nom de Tun- 
grorum se rencontre sur les inscriptions de Dacie uni 
à celui de Frontoniana, alors qu'auparavant la ala 
Frontoniana ne se dit jamais Tungrorum ( 4 ). 

Nous ayons en effet : 

80 Ala Frontoniana eh Pannonie. 
85 » » d 

1 o5 A la I Tungrorum en Bretagne. 

1 1 3 » » en Pannonie inférieure. 
21 3 Ala I Tungrorum Frontoniana en Dacie. 

J'en conclus que jusque vers la fin du second siècle 
la ala Tungrorum était distincte de la Frontoniana. 

(1) C. I. L. vnr, 941, 1090.' Hiibner. Die rom Heeresabtheilungen in 
Britannien. jRh. Mus. XI. 53. 

(2) C. I. L. m p. 161; N°? 787, 788, 789, 793, 795 (de Tan 2i3); 797, 
798, 799, 800, 801, 802, 804, 8o5, 806, 807, 808, 809, 811. 

(3) L'inscription de Camuntum (6485) donne il est vrai uniquement 
ala Tungror; mais cette inscription n'est qu'un fragment qui peut par- 
faitement avoir porté FR. (1 faudrait examiner l'original pour décider 
la question. 

(4) Cf. Schuermans dans les Bull. comm. d'art et d'arch. 18 p. 342. 



— 86 — 

Celle-ci aura été fortement affaiblie pendant les guerres 
fréquentes faites par les Romains contre les popula- 
tions d'au-delà du Danube ; et je suppose que c'est pro- 
bablement après les guerres de Marc-Aurèle que 
l'escadron de cavalerie des Tongrois aura été appelé 
de Bretagne en Dacie pour y compléter les cadres de 
la Frontoniana et ne plus former avec celle-ci qu'un 
seul escadron, portant un nom qui indiquât sa double 
origine. 

Il y avait deux cohortes de Tongrois. Leur histoire 
a été faite plus d'une fois et je n'ai pas à la refaire ici ( l ). 
Elles furent mêlées aux guerres civiles qui suivirent la 
mort de Néron et prirent part, de même que les trois 
cohortes de Bataves, à la victoire remportée par Agri- 
cola au mont Grampius en Ecosse ( 2 ). La première 
avait son camp à Borcopicium (Housesteads). On 
retrouve la seconde à Birrens (Blatum Bulgium?) et 
plus tard à Petrianae. Elles stationnaient encore en 
Bretagne au commencement du cinquième siècle, et 
étaient toutes les deux miliariœ, c'est-à-dire, composées 
de mille hommes. La seconde était une oo equit. C. L. ( 3 ) 
Elle se recrutait aussi parmi les hommes du pagus 
Condrustis (Condroz) et du pagus Vellaus (Veluwe, 
duché de Gueldre), populations trop peu nombreuses 
pour pouvoir mettre sur pieds une cohorte particu- 
lière^). Du reste dans les cohortes on admettait souvent 
des hommes d'une autre nationalité que celle dans 

(i) Roulez. Du contingent fourni par les peuples de la Belgique aux 
armées de l'Empire Romain (Mém. de TAcad. roy. de Belgique xxvu); G. 
Stille. Historia legionum auxiliorumque inde ab excessu diui Augusti 
usque ad Vespasiani tempora. Kiliae, 1877. P- 1 35 et 141 ; — M. Schuermans 
a publié les inscriptions qui les concernent dans son Epigraphie 
romaine de la Belgique (Bull, de la Commission d art et d'archéologie, 
vi à xi. xvi, xvm) ainsi que dans ses Inscriptions romaines relatives aux 
anciens 7w?t£Tes (Bull, de la Soc. scient, et litt. du Limbourg xi,xn,etxrv). 

(2) Tac. Agric. 29, 36. 

(3) C. I . L. vu. p. 122, i5i, Hubner. Rom. Heeresabth. p. 41 «42. 

(4) C. I. L. vu. 1072, 1073. Schuermans. Bull. Coram. d'art et d'arch. 
vu. p. 545. 






— 87 — 

laquelle la cohorte avait été primitivement recrutée. De 
même que les légions se recrutaient principalement dans 
les provinces dans lesquelles elles stationnaient au point 
que la leg. III aug. finit par être presque uniquement 
composée d'Africains ( x ), — fait qui prouve que l'in- 
fluence des armées romaines sur la romanisation des 
provinces ne fut pas si grande qu'on veut bien le dire, — 
de même dans les cohortes on admettait souvent des 
hommes appartenant aux régions voisines des endroits 
où elles stationnaient. C'est ainsi que nous trouvons le 
nom d'un tongrois, cavalier de la Coh. I Asturum sur 
une inscription de Zahlbach près de Mayence : 

freIovervs 

veransaTi.f 
i 
cves.tvng eq.ex 

coh.i.astvr.an. 

xl.stip.xxii.h.s.e. 

T.F.I.H.F.C. ( a ) 

Freiouerus, Veransati filius, dues tunger, eques ex 
cohorte I Asturum, annorum XL, stipendiorum XXII, 
hic situs est, testamento fieri iussit, hères faciendum cura- 
uit. Nous aurons à revenir dans la suite sur cette inscrip- 
tion à l'occasion des cohortes equitatœ. Il semble du 
reste qu'on n'ait pas suivi des règles bien fixes pour 
remplir les cadres des cohortes. 

Ainsi dans cette seconde cohorte tongroise nous trou- 
vons des Ciues Rœti, alors qu'il y avait cependant huit 
cohortes Rœtorum et que celle des Tongrois ne stationna 
jamais en Rhétie ( 3 ) ; nous trouvons de même sur une 
inscription d'Aquilée un ADIVTOR LAVCI.F.CIVES 

(i) Harster. Die Nationen des Romerreiches in den Heeren der 
Kaiier. Speier 1873, p. 26, Cf. Renier, I. A. 127, 129, i33. 

(2) R. Smith. Coll. IL 121; Brambach, C. I. RA. 123.1; Schuermans N° ii3. 

(3) C. I. L. vn. 1068 



— 88 — 

MENAPIVS MILES COH. I PANNONIOR. (') et 

nous connaissons aussi deux Trévires, cavaliers dans 
la ala Vocontiorum (*). 

On peut dire que plus le lieu de stationnement d'un 
corps était éloigné de son pays d'origine, plus aussi il 
complétait ses cadres avec des étrangers. Ce qui nous 
permet de supposer que les cohortes belges, stationnées 
en Bretagne, ne devaient compter dans leurs rangs que 
bien peu de soldats d'une autre nationalité. 

La Coh. I Asturum est inscrite dans le diplôme après 
celle des Tongrois. Les quelques lettres conservées 
'RVM nous permettent de rétablir avec certitude le mot 
ASTVRVM ; et comme dans les diplômes, il est de 
règle d'inscrire d'abord toutes les premières cohortes, 
puis les secondes et ainsi de suite, la place occupée par 
la COH. ASTVRVM nous prouve qu'il s'agit ici de la 
première. Ceci n'est pas sans quelque importance. 
Jusqu'ici cette cohorte ne nous était connue que par 
un diplôme de l'an 74 (D. 9) qui la plaçait en Germa- 
nie et par une indication de la Notifia dignitatum qui 
lui donnait pour camp jEsica (Greatchesters). Malheu- 
reusement en Angleterre on ne trouvait aucune trace 
de cette cohorte, alors qu'une inscription d'iEsica 
rappelle la Coh. II Asturum. Les diplômes de io5 et de 
124(D. 23, 3o) prouvent aussi que la seconde eut son sta- 
tionnement en Bretagne. Seulement la Notice place cette 
seconde cohorte à Busiris en Egypte. M. Hubner ( 3 ), 

(1) C. I. L. v. 885. 

(2) C. I. L. v. 161, 187, Cf. Harster Die nationen des romerreiches 
in den Heeren der Kaiser. Speier 1873, p. 48. Ceci peut s'expliquer par 
ce fait que la ala Au g. Vocontiorum séjourna en Bretagne. C. I. L. 
vu. 1080. Je rapporterai à ce sujet l'importante inscription trouvée dans 
le temps en Hollande : De(œ) Vagdauer \ œ Custi(us) Simpli(cius) 
Super(us) dec(urio) al ce Vocontior(um) \ exercituus Britannici. Janssen. 
Nieuw ontdekt romeinsch opschrift in der Linge s onder Hetnmen, dans 
Nyhof Bydragen, iv. 64 = brambach. ci. r/t. 67. 

D'un autre côté la Coh. I. Pannoniorum séjourna aussi en Bretagne. 
Mommsen /. R. Neap. La cohorte renseignée dans le diplôme 23 me 
paraît être plutôt la seconde que la première. Cf. C. I. L. vu. 417, 687. 

(3) C. I. L. vu p. i32. 



— 89 — 

suivant en cela l'opinion des archéologues anglais, avait 
conclu de ces faits, que la leçon de la Notice était fau- 
tive et qu'il fallait lire Coh. II et non Coh. I. Notre 
diplôme confirme la leçon de la Notice et prouve que 
la Coh. I Asturum stationna réellement en Bretagne. 
Cardinali ( x ), avait cru, il est vrai, pouvoir lire dans le 
diplôme 23 Coh. I Asturum; mais à tort, car la place 
qu elle y occupe indique qu'il s'agit de la seconde. 

Du reste deux inscriptions de l'Algérie, publiées par 
M. Renier (*), nous avaient déjà prouvé que la première 
ayait stationné en Bretagne. 

Inscription de Lambèse : 

D. M. S. 

P. FVRIO. RVS 

TICO. PRAEF 
COH. P. ASTV 

PROV. BRITT 

INFER. TRIB 



Inscription a"Au\ia (Aumale) : 

Q. GARGILIO. Q.F. Q. MARTIALI. EQ. R 
praEF. COH. I. ASTYRVM. PR. BRITTA 
m'AE. TRIB 

P. P. F. D. D.VIII. KAL 

a. PR. PR. CCXXI 

La dénomination de Bretagne inférieure nous in- 
dique une époque postérieure au règne de Septime 
Sévère, ce prince ayant divisé la province en Bretagne 
inférieure et supérieure probablement en 197 ( 3 ). La 
seconde inscription date de l'an 280 correspondant 
à Tannée 221 de la Maurétanie. 

(1) Cardinali Diplomi. p. 1 58. 

(2) Renier I. A. 670; 3579. Orelli 529; — Cf. R. Hassencamp. De 
cohortibus romanorum auxiliariis. Gottingse. 1869, p. i5. 

(3) Cf. mon Essai sur Sept. Sév. p. 244. 12 



— 90 — 

Il y avait cinq Cohortes Asturum ; malheureusement 
les trois dernières ne sont que fort peu connues. 

Les deux cohortes suivantes sont encore des corps 
auxiliaires recrutés en Espagne : 

COH. I HISPANORVM EQVITATA. L'histoire 
des troupes auxiliaires d'Espagne est fort compliquée. 
Elles sont si nombreuses et leurs dénominations varient 
tellement qu'il est souvent difficile d'établir des distinc- 
tions bien précises ('). Je ne m'en occuperai que pour 
autant que le comporte cette étude. Deux des premières 
cohortes espagnoles concernent la Bretagne: la Coh. I 
Hispanorum e^.etla Coh. I Aelia Hispanorum oo eq. 
C'est la première de celles-ci qui est indiquée dans le 
diplôme de Flémalle. En 60 elle se trouvait en Illyrie 
(D. 2), et les diplômes de 98, io3, io5, et 124 la ren- 
seignent comme cantonnée en Bretagne (D. 71, 21, 33, 
3o). Elle avait son camp à Uxellodunum (Ellenborough 
près de Maryport) où elle se trouvait encore au 
5 e siècle, et était equitata comme le prouvent de nom- 
breuses inscriptions ( 2 ). En règle générale la ala est 
composée de cavaliers et la cohors de fantassins. Mais, 
de même que les cohortes des légions et les cohortes 
prétoriennes comptaient un certain nombre de cava- 
liers, de même .presque aucune cohorte auxiliaire 
n'était exe) usi vement composée de fantassins. Lorsque 
ce cas se présentait la cohorte était dite Cohors pedi- 
tata. Nous n'en connaissons que fort peu : ainsi la coh. 
I Alpinoruni peditata (D. 46) et la coh. I flauia Da- 
mascenorum pedit. ( 3 ); et pour ces deux exemples, les 
seuls qui me soient connus, je trouve une Coh. equi- 
tata correspondante; ainsi Coh. I Alpinorum equit. 
(D 42) et coh. fl. Damasc. tniliaria equit. sagittario- 

(1) Hassencamp. p. 54-69. 

(2) C. I. L, vu. p. 85, et n 09 373, 377, 383, 384, 385. 

(3) Wilmanns 1575. — La leçon COH. I.ASTVRVM PED. d'une 
inscription d'Andernach est douteuse. Jahrb. de Bonn xx. p. 66 ; Bram- 
bach C. I. Rh. 678. =Orelli 3479 et Henzen in. p. 358. 



- 91 - 

rum (*). Une inscription de Venafri nous fait connaître 
une Coh. Vbiorum peditum et equitum ( a ), mais cette 
dénomination semble être synonyme de celle d'equi- 
tata. Il serait difficile de dire combien de cavaliers 
renfermait chaque cohorte ordinaire : toute cohorte 
non peditata en possédait un certain nombre ; car, si 
les diplômes accordés aux vétérans des alae ajoutent 
au nom du soldat gregalis ou ex gregali ; pour ceux 
des cohortes on trouve soit ex pedite soit ex équité. 
Or nous trouvons plus d'une fois, la dénomination de 
ex équité pour. des vétérans de cohortes qui n'étaient 
pas equitatae. Je rappellerai le Tongrois Freioverus, 
cavalier de la coh. I Asturum qui n'était pas equitata. 
De la Coh I. Thracum, nous connaissons aussi un 
cavalier par le diplôme de 1 38 (D. 36), seulement le 
diplôme 42 qui est postérieur (145/160) donne à cette 
cohorte la qualification de equitata quelle ne porte 
pas dans le diplôme de i38. Maintenant au rapport 
d'Hygin, les coh. eq. étaient celles qui comptaient un 
quart de cavaliers. Celles-ci, d'après le système mili- 
taire romain, étaient d'un rang supérieur à celui des 
cohortes ordinaires ( 3 ). 

La Coh. I Aelià Hispanorum était aussi equitata et 
de plus miliaria, c'est-à-dire, composée de mille sol- 
dats alors que les cohortes ordinaires n'en avaient que 
cinq cents. On a cru que les premières cohortes seules 
pouvaient être des miliariae; c'est en effet la règle 
générale, mais nous possédons cependant un bon 
nombre d'inscriptions qui nous font connaître des 
cohortes II, III, IV,.... comme miliariae, ainsi II 
Batauorum oô (D 19) de même que la troisième (D. 24) ; 
et la Coh. II Aug. Dacorum ( 4 ). 

(l) WlLMANNS, I576. 

(2) Mommsen. I. R. Neap. 4636 = Henzen. 6926. 

(3) Cf. Henzen. Zwei Militardiplome der Kaiser Domitian und 
Hadrian. p. 56, (Jahrb. de Bonn. xm). 

(4) C. I. L. III. 6450. 



— 92 — 

Nous rencontrons la cohors Aelia en Bretagne à 
Netherby depuis Septime Sévère jusqu'à Alexandre 
Sévère ('); son nom indique quelle fut organisée par 
Hadrien. 

Il y a de plus une Coh. I flauia Ulpia Hispanorum 
miliaria C R. eq. dont les noms indiquent qu elle fut 
constituée par un dés Flaviens et réorganisée par Tra- 
jan. Elle est probablement la même que la Coh. I His- 
panorum C. R. du diplôme de i38. En x îoelle se trou- 
vait en Dacie (D 25) et en i38 en Pannonie supérieure 
(D 36), Enfin • une dernière première cohorte est la 
Coh. I Hispanorum pi a fidelis qui est probablement la 
même que la / Hispanorum ueterana ( a ). Elle se trou- 
vait en no et en 129 en Dacie (D. 25 et 33). Quant à la 

I Hispanorum eqq. y signalée par une inscription de la 
Pannonie inférieure trouvée à Vukovar ( J ), j'ignore 
si elle se rapporte à celle du diplôme de Flémalle ou 
bien à une autre première cohorte espagnole. Peut-être 
s'agit-il de la Cohors flauia qui était aussi equitata ( 4 ). 

Nous ne pouvons nous occuper ici des autres cohortes 
espagnoles ; et nous passons à la Coh. Iflda Vardul- 
lorum C. R. equitata 00 qui se recrutait également 
parmi les populations de la Péninsule Ibérique. 

Les Vardulli étaient une population de l'Espagne sep- 
tentrionale, habitant à côté des Vascones, dans la pro- 
vince actuelle de Guipuscoa. 

Il n'y avait qu'une cohorte de cette peuplade portant 
le titre defida, car dans le diplôme de 1 24 c'est I et non 

II qu'il faut lire ( 5 ). Elle nous est connue par un grand 
nombre d'inscriptions et les diplômes nous la rensei- 
gnent comme se trouvant en Bretagne en 98, io5 et 124 
(D. 71, 23,38). 

(r) C. I. L. VII. 963, 964, 965. 
(2) Hassencamp. p. 56. 
(3> C. 1. L. III. 6450. 

(4) C. I. L. 111:1627. 

(5) Cardinali avait lu II, tav. XII et p. 157 ; Henzen. Zwei Militâr- 
diplôme p. 89. 



— 93 — 

Son camp était à Bremenium (High-Rochester) ('). 
C'est la seule cohorte qui porte le titre de fida, la déno- 
mination ordinaire étant fidelis. On a cru à l'existence 
d une seconde cohorte de cette peuplade cantonnée en 
Bretagne; mais M. Hûbner lit I. F. VARDVLLO- 
RVM (*) là où Maffei ( 3 ) avait cru voir II. Marini avait 
corrigé le COH. II. VARC, d'une inscription d'Aqui- 
Iée en COH. II. VARD. ( 4 ) où Mommsen et Wilmanns( 5 ) 
ont lu avec raison COH. II VARC (ianorum), peuplade 
de la Pannonie supérieure. 

La cohorte portait sur le diplôme la qualification de 
equitata dont le Q est très-lisible au coin de la partie 
intérieure. * 

Nous avons ensuite la Coh. II Lingonutn. Le chiffre 
de cette cohorte nous est donné par le côté intérieur du 
diplôme. Nous trouvons en Bretagne des traces des 
Cohortes I, II et IV Lingonum. La seconde eut son 
camp à Ilkely (Olicana ?); ( 6 ) du temps de la rédaction 
de la Notitia Dignitatum elle se trouvait à Congavata 
(peut-être Moresby) ( 7 ). On a trouvé en Bretagne un 
certain nombre d'inscriptions de cette cohorte ; et le di- 
plôme de 124 (D. 3o) la place aussi parmi les corps 
auxiliaires de cette province. Il est curieux de remar- 
quer qu'aucune cohorte de cette importante peuplade 
gauloise (elle avait pour capitale Andomatunum, Lan- 
gres) ne s'intitule C. R. alors cependant que nous sa- 
vons par Tacite ( 8 ) que l'empereur Othon accorda la 
ciuitas à toute la nation des Lingons. Du reste bien des 
fois la titulature des cohortes est incomplète dans les 
inscriptions. 

(1) C. I. L.VII. p. 178. 

(2) C. 1. L. VII. 440 mihi F uisa est certa esse y dit M. Hiibner. 

(3) Maffei. Mus. Ver p. 445 n° 9. 
(4). Marini. Atti p. 5 et 22. 

(5) Mommsen C. I. L. V 87s ; Wilmanns 691. 

(6) C. I. L. VII p. 54. * • 

(7) Not. dig. 114* 10; C. I. L. VII. p. 83. 

(8) Tac. Hist I, 78 : Lingonibus uniuersis ciuitatem romanam dédit. 



— 94 — 

Ici même la seconde des Lingons n est pas dite equi- 
tata y alors cependant quelle Tétait tout autant que la 
première, comme le prouve une inscription de Forum 
Sempronii (Fossombrone) ( x ). 

La dernière cohorte renseignée sur le diplôme 
de Flémalle est la Coh. II Neruiorum. Il y avait 
six cohortes de Nerviens. Nous avons des traces du sé- 
jour en Bretagne des cohortes I, II, III et VI. La se- 
conde eut son camp à Vindolana (Littlechesters) (■), et 
est mentionnée dans le diplôme de Tan 124 parmi les 
troupes auxiliaires de Bretagne (D. 3o). Cette cohorte 
était aussi recrutée parmi les Texandri et les Sunici ( 3 ). 

Dans notre diplôme, de même que dans tous ceux 
que nous possédons de la Bretagne, la plus grande par- 
tie des corps auxiliaires appartiennent aux peuples de 
la Belgique et de l'Espagne. C'est à eux que fut confiée, 
pendant toute la durée de l'empire, la mission détenir 
en respect les peuplades si remuantes de la Bretagne. 

Ce fait peut dans bien des cas nous fournir l'explica- 
tion de certains noms de villes, (ainsi Venta Belgarum, 
Winchester), de certains usages ou cultes spéciaux de 
cette province ; et il serait intéressant de rechercher 
quelle influence les peuples de la Belgique et de 
l'Espagne ont pu exercer en Angleterre. Il y a bien peu 
de provinces qui aient fourni à l'empire autant de 
troupes auxiliaires que la Belgique et que l'Espagne, 
fait qui prouve que ces provinces devaient être assez 
peuplées à cette époque. 

Nous avons cru utile de faire ici un relevé des prin- 
cipales cohortes de ces provinces, en ayant surtout en 
vue celles qui furent stationnées en Bretagne. Ce n'est 
qu'un essai qui n'a pas la prétention d'être complet. Il 
pourra cependant donner une idée assez exacte des 

forces militaires fournies par la Belgique et par 

• 

(1) Orelli, 4039. 

(2) C. I.L. VII. 701. 

(3) Eph. ep. III n° io3. 



— 95 — 

l'Espagne aux troupes auxiliaires de l'empire. Feu 
M. Roulez, dans son savant mémoire sur le contingent 
fourni par les peuples de la Belgique aux armées de 
l'empire, estime qu'à l'époque des Antonins près de 
3oooo belges servaient la puissance Romaine. Ce 
chiffre me paraît exagéré. 

Je serais plus enclin à admettre le chiffre de 14000 
que M. Roulez obtient en additionnant le nombre des 
divers corps auxiliaires belges. En effet lorsque ces 
troupes ont été recrutées pour la première fois, elles 
étaient choisies parmi les hommes des peuplades dont 
elles portent les noms. Si dans la suite ces mêmes 
troupes auxiliaires ont complété leurs cadres avec des 
soldats d'autres nationalités, il ne faut pas oublier non 
plus que bon nombre de belges ont dû servir dans les 
légions romaines, surtout dans celles cantonnées sur le 
Rhin ; et que de plus, comme le prouvent des inscrip- 
tions, plus d'un belge fit son service dans des corps 
auxiliaires qui ne portaient pas le nom d'une peuplade 
belge. D'autres entraient dans le corps des équités singu- 
lares. Parmi ceux-ci nous trouvons quatre Bataves, un 
Frison et un Canninéfate (*). 

(1) Harster. p. 52; Hknzen. Sugli equiti singolari degli impera- 
tori rom. A.d. 1. 1850. XXII. 



— 96 — 



Corps auxiliaires recrutés parmi les Belges 
et les peuplades limitrophes (i) 



ALAE 



NOM DATE PROVINCE CAMP PREUVES 


I Batauorum <x> 








C. 1. L. IÏI 5331. 


I Cannenefatium 
C. H. 


74 


Germ. su p. 


Castra Vete- 
ra (Xanten) 


D. 9; Jahrb.de Bonn 
XV. 101, XX. 50. 




154 


Pann. sup. 




D. 39. 


I Tungrorum 


105 


Bretagne 




D 23. 


Frontoniana 


80 


Pannonie 




D. 11. 




85 


Pannonie 




D. 12. 




113 


Pann. inf. 


► 


D. 26. 


I Tungrorum Fr. 


3«S. 


Dacie sous 

Caracalla 
etAlex.Sév. 


Alsô-Islova 


C. I. L.IIIp. 161, n<* 
795 (de 213), 797. 


(Treuerorum) 
Indiana p. f. 


Bu do 
!• S. 


Bretagne 


Durocorno- 
uium (Ci- 
rencester) 


C. I. L. VII 66. 




(?) 


Germanie 




Henzen. Jahrb. de 
Bonn XIX p. 57. 

Roulez. Du contin- 
gent p. 12. 



COHORTES 



I Batauorum *> 
p. f. 



II Batauorum <x> 

III Batauorum » 
IV 

V 
VI 



98 



124 



145 



160 

237 

5 e S. 

98 
108 



Pannonie 



Bretagne 
Pann. inf. (?) 

Bretagne 
Bretagne 

Pannonie 
Rhétie 



Procolitia 

(Carraw- 

burgh) 



D.19.En 68, huit Coh. 
Bat. se trouvaient 
à Andomatunum. 
Tac. Hist. I. 59; 
et sous Vitellius 
à Mayence. Tac. 
Hist. IV. 15. 

D. 30. 

D. 42, 43. 

C. I. L. VII. 621. 

Not. dign. 114% 6. 
Eph. ep. III. 105, 
106, 107. 

D. 19. 
D. 24. 



(x) J'ai omit d'indiquer la province ou le camp dans tous les cas douteux. 



— 97 — 



VII Batauorum 

VIII 

VIIII 

X Batauorum *> 

I Baetasiorura 
C. R. 



I Belgarum 



I Cannenefatium 
I Frisiauonum 



I Menapiorum 
I Morinorum 



I Aug. Neruio- 
rum 



II Neruiorum (a- 
vecdesTexan- 
dri et Sunici) 



III Neruiorum 
C. R. oo 



DATE 


PROVINCE 


CAMP 


PREUVES 








C. I. G. 6771. 


5«S. 


Rhétie 


Batauis 
(Passau) 


Not. dign. 102*. 


166 


Rbétie 




D. 61. 


103 


Bretagne 


* 


D. 21. 


124 


Bretagne 




D. 30. 






Uxellodu- 
num (Ellen- 

borough 

près de Ma- 

ryport) 


C. I. L. VII. 386, 390, 
391, 394, 395. 


5«S. 


Bretagne 


Regulbium 
(Reculver) 


Not. dign. 8P; 6. 


2«S. 


Dalmatie 


Narona 


C. I. L. III. p. 282 et 
n<» 1790, 1918, 2067, 
2744, 3096, 31626, 
6362. 


3«S. 


Germ. sup. 


Mayence (?) 


Brambach C. I. RÀ 
1030. 


138 


Pann. sup. 




D. 36 


105 


Bretagne 




D. 23. 


124 


Bretagne 




D. 30. 






Mancunium 
(Manchester) 


C. I. L. VII. 214,215. 


124 


Bretagne 




D. 30. 


103 


Bretagne 




D. 21. 


5 e S. 


Bretagne 


Glannibanta 


Not. dign. 114' 14. 


105 


Bretagne 




D. 23. 


145 
161 


Dacie ou 

troupes de 

l'Egypte et 

delà Cyré- 

naïque 




D. 44. — HKNZEN, 
Jahrb. de Bonn, 
XIII, p. 94. 


98 


Bretagne 




D. 71. 


124 


Bretagne 




D. 30. Eph. ep. III, 
n° 103. 






Vindolana 
(Littleches- 
ters) 


C. I. L. VII. 701. 


124 


Bretagne 




D. 30 Roulez. Lu 
contingent, p. 8. 


213 


Bretagne 




C. I. L. Vil. 310. 


217 









13 



— 98 — 



NOM 



DATE PROVINCE 



CAMP 



PREUVES 



IV 
V 
VI Neruiorum 



I Sunucorum 

I Treuerorum 

II 

III Treuerorum 

I Tungrorum « 



II Tungrorum » 
eq. C. L. (avec 
le pagus Con- 
drustis et le 
pagusVellaus) 




Bretagne 



Bretagne 
Bretagne 

Bretagne 
124 Bretagne 



3* S. Germanie 

Bretagne 
Bretagne 
Bretagne 
Bretagne 

Bretagne 



Alio (Whi- 
tley Castle) 



Virosidum 
(Bainbridge?) 



Àltenburg 



Borcouicium 

(Houses- 

teads) 



Not. dign. 115% 15. 



D. 30. 

C. I. L. VII. 269. 

Not. dign. 115", 16. 

D. 30. 



Roulez. Du contin- 
gent, p. 13. 

D. 71. 

D. 21. 

D. 30. 

Not. dign. 114\ 



Blatum Bul- 
gium (Bi- 

rens); après 

Petrianae 

(Castles- 

teads?) 



Schuermans, n° 127- 

130. 
C. I. L. VII. p. 151. 



Troupes auxiliaires recrutées parmi les peuplades 

de la Péninsule Ibérique 



ALAK 



II Aruacorum 


80 


Pannonie 






85 


Pannonie 




I Asturum 


205 
208 


Bretagne 




• 


5 ê S. 


Bretagne 


Condercum 
(Benwell) 


II Asturum 


221 


Bretagne 





D. 11. 

D. 12. 

C. I. L. VII. 503 (cf. 
EphIII,p.l32) 
— 537,538; II. 
1806. 

Not. dign. 113* 27. 

C. I. L. VII. 585, 586, 
587, 590. Eph. III, 
n°100. 



— 99 — 



NOM 


DATE 


PROVINCE 


CAMP 


PREUVES 




5«S. 


Bretagne 


Cilurnum 
(Chesters) 


Nofc.dign. 114*4. 


III 










I Hispanorum 


? 


Germanie 
sup. 




Brambach. C. I. Rh. 
890. 




129 


Daciejnf. 




D.33.— C.I.L.II.1180. 


II Flauia Hispa- 
norum G. R. 


184 


Espagne 




C. I.L. 11.2554,2600, 
2637. 


I Hispanorum 
Aruacorum 


80 


Pannonie 




D. 11. 


* 


85 


Pannonie 




D. J2. 




154 


Pannonie 
inf. 




D. 39. 


I Hispanorum 
Asturum(peut- 
être la môme 
que la I Astu- 
rum) 


99 


Môsie inf. 




D. 20. 




124 


Bretagne 




D. 30. 




238 


Bretagne 


Condercum 


C. I. L. VII. 510. 


» 


243 








I Hispanorum 
auriana 


108 


Rhétie 




D. 24. 




166 


Rhétie 




C. I. L. V. 8660. 




5«S. 


Arménie 


Dascusa 


Not. dign. 96. 2. 


I Hispanorum 
Campagonum 


157 


Dacie 




D. 40. 


Hispanorum 
VettonumC.R. 


103 


Bretagne 




D. 21. 




197 


Bretagne 




C. I.L. 273, —52. 


• 






Lauatrae 
(Bowes ?) 


C. I. L. VII. p. 69. 


II Hispanorum 


5«S. 


Thébaîde 


Poisartemi- 
dos 


Not. dign. 75. 1. 


I Lemauoruni 








1 C. I. L. II. 2103. 



COHORTES 



I Asturum 



II Asturum 



74 

98 
3" S. 
5* S. 

105 
124 



Germanie 
Bretagne 
Bretagne 
Bretagne 

Bretagne 
Bretagne 



Aesica 

(Greatches- 

ters) 



D.9. 
D. 71. 

RENIER,I.A.670.3579. 
Not. dign. 114* 12. 



D. 23. 
D. 30. 






— 100 — 



NOM 



III Asturum 

IV 

V Asturum 



VI Asturum 



I Asturum et Cal- 
laecorum 



II Asturum et Cal- 
laecorum 



I Ausetanorum 

I Bracaraugus- 

tanorum 

II Bracaraugus- 

tanorum 

III Bracaraugus- 

tanorum 



IV 

V Bracaraugus- 
tanorum 



I Callaecorum 

II-V 

I Cantabrorum 

II Cantabrorum 



145 



160 

225 

5 e S. 



5* S. 



J70 
79 

60 

fin éo 

1*S. 

(!) 
80 

85 
167 

134 



103 

108 
124 

108 

163 
î 

167 



86 



PROVINCE 


CAMP 


PREUVES 


Pannonie 


• 


D. 42. 43. 


Bretagne 


Aesiça 


C.I.L, VII. 7*2, 1228. 


Egypte 


Busiris 


Not. dign 68, 13, 305. 
Cf. HENZEN.Jahrb. 
de Bonn. XIII. 93. 


Maurétanie 
Tingitane 


Tabernae 


Not. dign. 79\ 


Germanie 
inf. 




Brambach. C. I. RA. 
478Jahrb.deBonn. 
38. p. 61— CI. L. 
V. 6874. 

C. I. L. II. 2637. 


Illyrie 




D. 2. 


Maurétanie 
Tingitane 




C. I. L. II. 4211. 


Germanie 
sup. 


Moguntia- 
cum (?) 


Brambach. C. I. RA. 
1232. 


Pannonie 




D. 11 ; Henzen 5428, 
5430. 


Pannonie 




D. 12. 


Pann. inf. 




D. 46. 

C. I. L. H. 1181. 


Mésie inf. 




D. 34. 
Gruter. 367. 6. 


Bretagne 




D. 21 : 


Rhétie 


- 


D. 24. 


Bretagne 




D. 30. 

• 


Rhétie 




D. 24. 


Espagne 




C. I. L. 11.2552,2555. 


Germanie 




Henzen 6852,Orelli 

5017. 


Espagne 




C.I.L. II. 2553, 2555, 
2566. 


Judée 




D. 14. 



— 401 



~ Mi 


DATE PROVINCE 


CAMP 


PREUVES 


I Celtiberorum 


105 


Bretagne 




D.23. 




163 


Espagne 




G. I. L. IL 2552. 


il 


5* S. 


Espagne 


Juliobriga 


Not. dign. 119\ 


III Celtiberorum 
I 
II Dongonum 


167 


Espagne 


- 


C. I. L. II. 2553. 


124 


Bretagne 




D.30. 


I Hispanorum 


60 


Illyrie 




D. 2. 


eq. 


9$ 


Bretagne 




D. 71. 




103 


Bretagne 




D. 21. 


• 


105 


Bretagne 




D. 28. 




124 


Bretagne 




D.30. 




5* S. 


Bretagne 


Uxellodu- 
num 


Not. dign. 11^ 11 ; 
C. I. L. VII, p. 85. 


-. 


? 


Egypte (?) 




Eph. ep. II, n° 1027. 


I Aelia Hispano- 
rum oo. eq. 


193 
211 


Bretagne 


Netberby 


C. I. L. VII, 963. 




218 


Bretagne 




C. I. L. VII, 964. 




222 










222 


Bretagne 




C. I. L. VII, 965. 


/ Hispanorum p.f. 


110 


Dacie 




D. 25. 


I 1 Hispanorum 
\ ueierana 


129 


Daeie inf. 




D. 33. 




/ Flauia Ulpia 
Hispanorum 


110 


Dacie 


• 


D. 25. 


I 


oo . C. R. eq. 
Hispanorum 

V O.K. 


138 


Pann. sup. 


Ayton (?) 


HASSENCAMP. p. 57. 

C. I. L. III, 1627. 
D. 36. 




145 


(D 




D. 44. 




161 








• 


? 


Mésie inf. 


• 


G. I.L. III 1334; Eph. 
ep. II, p. 335. 


II Hispanorum 
p.r. C. R » eq. 


60 


Illyrie 




D. 2. 




80 


Pannonie 




D. 11. 


* 


85 


Pannonie 




D. 12. 


# 


116 


Germ. sup. 




D. 27, C. I. L. III, 607 
«- Gf. MOMMSEN 

I. R. Néop. 6148. 




5«S. 


Maurétanie 
Tîngitane 


Duga 


Not. dign. 79*. 2. 


II 


Hispanorum 
' scutata cypô- 
naica 


145 
161 


(î) 




D. 44. 



— 102 — 



N01 


DATE 


PROVINCE 


CAMP 


PREUVES 


III 










IV Hispanorum eq. 




Dacie 




C. I. L. III, 945, 946. 
948, 6257. 


V Hispanorum eq. 


74 


Germanie 




D. 9;— MuraU.813.5. 


VI 








Gruter. 1004. 3. 


VII 


• 








VIII 










VIIII 










X Hispanorum 


3» S. 


Cappadoce 




Mommsen I. R. 
Neop. 5024. 


I Ligurum et His- 
panorum G. R. 


116 


Germ. sup. 




D. 27. 

• 


I Lucensium p. f. 


80 


Pannonie 




D. 11. 


II Lucensium 


105 


Mésie inf. 




D.22. 


III Lucensium 
IV 


(?) 


Mésopotam. 




C. I. L. III, 600 (une 
uexillatio) — C. I. 
L. II. 2584. 


V Lucensium 


180 
191 


Pann. sup. 




C. I. L. III. 3664. 




198 


Pann. sup. 




C. I. L. III. 3662. 


V Luciensium 
Callaecorum 


60 


Illyrie 




D. 2. Cf. HÎJBNBR. 

Arch. Zeit. 1861. 
p. 194. 




85 


Pannonie 




D. 12. 




154 


Pann. sup. 




D. 39. 


I Lusitanorum 


60 


Illyrie 


■ 


D. 2. 




85 


Pannonie 




D. 12. 


Augusta 


86 


Judée 




D. 14. 




? 
98 


Cyrenaïque 
Pannonie 




Henzen. ZtceiMili- 
târdiplome p. 48. 

D. 19. 


Cyrenaica 


99 


Mésie inf. 




D. 20. 


Cyrenaica 


105 


Mésie inf. 




D.22. 




113 
114 


Pann. inf. 




D. 26. 




166 


Rhétie 




D. 61. 




167 


Pann. inf. 




D. 46. 


Augusta prae- 
toria 

II 


288 
5«S. 


Egypte 
Egypte 


Hieracon 


C. I. L. 22 ; Maffei. 
Mus. Ver. 455. 

No t. dign. 76. 16. 


III Lusitanorum 


(?) 


Germ. inf. 




Brambach C. l.Rh. 
312. 



— 103 — 



NOM 



DATE PROVINCE 



CAMP 



PREUVES 



JV 
V 

VI 

VII Lusitanorum 



I Vasconum 

II Romana Vasco- 

num C. R. eq. 



I Fida Vardullo- 
rumC.R.eq.oo 



1 1 Vardullorum (?) 



Pann. inf. 
Pann. inf. 



105 



Rhétie 
Pann. inf. 

Afrique 



Germ. sup. 
Germ. sup. 

Bretagne 



98 

105 
124 
218 



222 



Bretagne 

Bretagne 
Bretagne 
Bretagne 



Afrique 



Lambèse 



Gelduba 
Gelduba 



Lanchester 

Bremenium 

(High-Ro. 

cbester) 



Germ. inf. 



D. 26^ C.I.L. 11.432. 



D. 46. 



D. 24.— C.I.L. V.5267. 
D. 42. 43. 



Wilmans. Die rOm 
Lagerstadt, p. 203 
n° 5, et Héron de 
Ville fosse, Mission 
en Algérie n° 56- 
(Arch.miss..8cien. 
tif. 3* S. II) 

Tac H. IV. 33. 

Tac H. IV. 33. 

D. 23; — C. I.L. II. 
1086. Cardinali, 
d'après Muratori 
la nomme II Var- 
corum romana ciu. 
rom. Elenco délie 
coorti sociali; 
nelle Memorie ro- 
mane di antichità 
III p. 256. 

D. 71. 

D. 23. 

D. 30. 

Roach. Smith. Coll. 
ant III. p. 163. 

C. I. L. VII 455, 440. 

C. I. L. VII p. 178 : 
1043, 1051, WlL- 
MANNS4520;ROACH. 

Smith. Coll. ant. 
III, 153. Cf. syq. 

Renier. I. A. 2694. 
Probablement que 
dans cette insorip- 
tion de Thibiiis I. 
FID. CARD doit 
être lu VARD. 

Brambach C. I. Rh. 
315. 



— 104 — 



Ces deux qlae et ces six cohortes se trouvaient en 
Bretagne Tan 98, Titus Avidius Nepos étant leg. aug. 
pr. pr. de cette province. Le cognomen de ce gou- 
verneur nous est donné par la partie intérieure du 
diplôme, seulement le Nepote ne s'y trouve pas à sa 
place. 

Tâchons de faire comprendre cette anomalie par quel- 
ques mots sur la confection des diplômes en général sans 
nous occuper des légères différences qui se présen- 
tent ('). Par une lex data, et en vertu de son imperium, 
le prince accorde à des soldats ou à des vétérans cer- 
tains privilèges dont nous dirons quelques mots à la 
fin de cette étude. Cette lex data, de même que les lois 
et les plébiscites, était gravée sur bronze et exposée dans 
XAedes FideiPopuli Romani, situé non loin du temple 
de Jupiter Capitolin ( a ) ou sur les murs les plus proches; 
depuis le règne de Domitien les murs du temple d'Au- 
guste servaient à cet usage. De là la formule que nous 
retrouvrons sur les diplômes : descriptum et recogni- 
tum ex tabula aenea quae fixa est Romae in muro post 
templum diui Augusti ad Mineruam. Les diplômes que 
nous possédons sont des copies de la table authentique 
qui se trouvait à Rome, et servaient de preuve à l'in- 
téressé en cas de contestation. Dans la partie intérieure 
on transcrivait le texte de loi de manière à remplir un 
côté de chaque tablette. 

Le même texte était reproduit sur le second côté d une 
des tablettes, alors que sur l'autre tablette on inscrivait 
à l'extérieur les noms des sept témoins. 

Le deux coins de chaque tablette étaient assez souvent 
percés de deux trous de manière à ce qu'on pût fixer les 
deux tablettes ensemble par de petites cordes. Dans la 

(1) Cf. Mommsen C. I. L. III. p. 902 et 199 ; Cardinal! prefaz; Borghesi, 
IV. 279. 

(2) Henzen. Zwei Mi litar diplôme, p. 60. 



— 405 — 

suite, cet usage devint plus rare ; mais à toutes les 
époques chaque tablette était percée de deux trous par 
le milieu. 

On appliquait les deux tablettes Tune sur l'autre, on 
faisait passer par les trous un triple fil de fer ou de 
bronze de manière que les deux tablettes ne pussent 
plus être être disjointes sans couper ces fils, dont les 
bouts étaient retenus par les cachets en cire des sept 
témoins. Des exemples analogues se trouvent dans les 
pugillares du musée de Naples. Le fil devait, selon les 
prescriptions de la loi être triple : amplissimus ordo 
decreuit, eas tabulas quae publici uelpriuati contractus 
scripturam continent, adhibitis testibus ita signari ut 
in summa marginis ad mediam partent perforatae tri- 
plici lino constringantur, atque impositae supra linum 
cerae signa imprimantur , ut exteriori scripturae 
fidem interior seruet : aliter tabulae prolatae nihil mo- 
menti habent ( x ). 

Les noms des témoins étaient au génitif indiquant le 
sceau d'un tel ; le sceau étant en eflet la chose princi- 
pale ( a ). Dans tous les diplômes le nombre de témoins 
est de sept. Un seul en a neuf : ce qui peut s'expliquer 
par le non minus quant VII de Gaius de la lex Aelia 
Sentia ( 3 ). Ce nombre de sept était-il exigé par la loi ou 
bien le résultat de la coutume? Il serait difficile de le 
dire. 

En droit, dans la législation antéjustinienne, le 
nombre de sept témoins n'est exigé que pour les cas de 
mariage et de divorce, prévus par la lex Aelia Sentia 
et la lex Julia de adulteriis, ainsi que dans le cas d'es- 
clavage ex S. C. Claudiano du temps de Constantin. 

(i) Paul. Sent. V. 25 ; cf. Suet. Neroy; Gaius. II. 181; Inst. II. 
i93; L. I,§io. D. XXXVII. 11. 

(2) Seguier avait même cru que ces noms étaient ceux des soldats pri- 
vilégiés. Cf. Baude de Vesme, p. 68. 

(3) idque testati fuerint adhibitis non minus quant VII testibus ciui- 

bus romanis puberibus. Gaius, I, 29. 

14 



/ 



— 106 — 

Le même nombre est aussi exigé pour des testaments. 
Dans les contrats purement privés, le nombre varie. 
Mais si Ton compare les textes des lois et les diverses 
tables qui nous sont parvenues on en arrive à admettre 
avec Brunns que le nombre de sept témoins, toujours 
en omettant les testaments, se trouve dans les contrats 
ou actes privés ayant une importance sociale et pu- 
blique,tels que le mariage et le divorce, et dans les co- 
pies de pièces publiques qui présentent le même carac- 
tère (*). 

Il est à supposer que, vu l'importance de la pièce 
tant pour le vétéran que pour ses enfants, on con- 
servait soigneusement le diplôme soit dans une boîte, 
soit dans un sachet. Le diplôme 36 fut trou vé conservé 
dans une boîte de bois. Cen'était pas le vétéran qui faisait 
confectionner le diplôme, car sinon on ne s'expliquerait 
pas l'usage constant du bronze. Si le vétéran avait dû 
faire faire le diplôme lui-même, il se serait contenté dune 
simple tabula cerata, d'un usage général pour tout ce 
que nous appelons aujourd'hui actes notariés. On a 
trouvé un bon nombre de ces tablettes de cire à Pom- 
péi; et le musée de Buda-Pesth en conserve aussi une 
très-riche collection, trouvée pour la plupart dans les 
mines de Verespatak et publiée par Mommsen dans le 
troisième volume du Corpus. 

Au sujet de la transcription de ces diplômes, diverses 
hypothèses ont été émises. Après les avoir comparées, 
je croirais bien que la manière la plus naturelle d'exi- 
pliquer la chose serait la suivante : 

Le texte de la partie extérieure est d'ordinaire d'une 
exécution très-soignée. Dans le texte intérieur par 
contre l'écriture est mauvaise , quelquefois même 
presque illisible , comme c'est le cas pour le célèbre 
diplôme de Lyon de Gordien de l'an 243, si savam- 

(1) Brunns. Diesieben Zeugen des rom. Rechts. (In comment, phi - 
lologae in hon. Mommseni. Berolini, 1877), p. 504. 



— 107 — 

ment publié par Baude de Vesme dans les Mémoires 
de l'Académie de Turin ('). L'écriture intérieure en est 
si mauvaise que Janin, n'y reconnaissant pas des 
lettres latines, avait cru à une traduction du texte latin 
en celtique. 

Souvent même dans le texte intérieur, des mots sont 
omis, d'autres abrégés ; et dans le diplôme de Flémalle 
nous trouvons même le mot Nepote rejeté deux lignes 
plus loin qu'il ne devrait se trouver. Le graveur se sera 
aperçu à un certain moment qu'il avait omis le cogno- 
rnen du gouverneur de la province, et au lieu de re- 
commencer tout son travail, il se sera contenté de l'ins- 

» crire à l'endroit où il était arrivé *au moment où il s'é- 
tait rendu compte de l'omission qu'il avait faite. Des 
erreurs ou des oublis se rencontrent du reste dans 
d'autres inscriptions ; on inscrivait quelquefois le mot 
oublié entre les lignes ('). Je crois qu'il faut absolu- 
ment admettre qu'il y a une transposition du graveur, 
dans le diplôme de Flémalle. Aucune autre supposi- 
tion ne nous paraît admissible. Nous avons en effet 
a diuo Nerua nepote. Supposons même qu'au lieu de 
Nerva, il faille lire le nom d'un autre empereur qui, 
dans ce cas, ne peut être que Domitien. On pourrait 
admettre que, n'ayant pu inscrire ce nom exécré sur 
une pièce officielle, on ait eu recours à une périphrase 
pour indiquer Domitien. Malheureusement le mot Ne- 

pos ne peut se rapporter à ce prince. Il ne peut être 
dit que Vespasiani filius. Il nous semble donc qu'une 
seule hypothèse est possible; celle de lire a diuo Nerva 
et de rapporter le mot Nepote à T. Avidius. Nous 
avons donc partout des traces d'un travail fait à la hâte 
et d'une manière très-négligée. Ce fait étant constant, 
la partie extérieure étant toujours d'une exécution fort 
belle, le texte intérieur portant par contre toujours des 

(t) D. 52 ; Baudi a Vesme. In diploma militare imperatoris Gordiani 
commentationes. Mem. d Ac. di Torino, 18 51, XI. 
(2) Borghesi, VI. 4 $3. 



— 108 — 

traces d un travail fait avec une certaine précipitation, 
il faut naturellement qu'il y ait une raison de cette dif- 
férence constante. 

Le texte intérieur est la vraie copie de la lex data 
du prince. Le texte extérieur n'en est qu'un duplicatum. 

Le vétéran ne pouvait se rendre du fond de la Bre- 
tagne ou de la Pannonie à Rome pour y chercher son 
diplôme, les relations privées étant longues et difficiles ; 
et une supposition tout aussi impossible serait d'ad- 
mettre que le soldat chargeait un de ses amis de Rome 
de demander une copie et de la lui envoyer. D'un autre 
côté, il fallait bien cependant que le soldat fût' informé 
que l'empereur lui avait accordé les privilèges. Il est 
donc de toute nécessité d'admettre que le gouverneur 
recevait de Rome une pièce donnant les noms de ceux 
des soldats de sa province qui avaient obtenu les privi- 
lèges. Ceci ne pouvait se faire que par une copie de la 
lex data envoyée au gouverneur par la chancellerie 
impériale. 

Cette copie, écrite sur une tabula cerata ou plus 
probablement sur du papyrus ( f ), était déposée dans les 
archives de la province. Le soldat qui avait intérêt à 
posséder un extrait n'avait alors qu'à s'adresser au gou- 
verneur. Celui-ci faisait graver une copie sûr des ta- 
blettes de bronze préparées d'avance et uniformes. Ce 
qui prouve qu'elles étaient préparées avant qu'on n'y 
gravât le texte, c est que jamais les lettres ne sont effa- 
cées par les trous. Le texte intérieur n'était guère soi- 
gné parce qu'on savait qu'il n'était pas destiné à être 
vu. Ce n'était, en effet, que comme dernière preuve 
qu'on aurait brisé les sceaux pour voir si le texte corres- 
pondait à celui de l'extérieur. 

Celui-ci était gravé avec beaucoup plus de soin, vu 
que c'était celui que le vétéran devait montrer à la 
moindre contestation d'état. Le gouverneur remettait 

(i) Çf. Marquardt. Rom. Privatalterth, II, p. 400. 



— 109 — 

ensuite le diplôme au vétéran en présence des sept té- 
moins que celui-ci avait amenés avec lui. 

Ceux-ci, après avoir constaté que le texte était con- 
forme à la pièce authentique envoyée de Rome et que 
le texte extérieur était bien la copie de celui de Tinté- 
rieur, reliaient les deux plaques du diptyque au*moyen 
d'un triple fil de bronze sur lequel ils apposaient cha- 
cun leur sceau. Ceci se passant probablement dans la 
capitale de la province, les témoins étaient souvent de 
la même nationalité que l'intéressé. Il devait être facile, 
en efiet, à un vétéran d'y trouver d'anciens camarades 
de son pays ayant servi dans le même corps que lui. 
Nous savons, du reste, que beaucoup de vétérans con- 
tinuaient d'habiter la province dans laquelle ils avaient- 
fait leurs années de service, probablement à cause des 
mariages qu'ils y avaient contractés. Ce qui nous prouve 
encore que ces diplômes n'étaient pas exécutés à Rome, 
c'est que sur plus d'un nous trouvons les noms de la 
femme et des enfants du vétéran. Or, la lex data ne 
contenait que les noms des soldats. Comment donc à 
Rome eut-on connu dans la chancellerie impériale les 
noms de la femme et des enfants de tel ou tel soldat, à 
moins que celui-ci n'en eut donné la note? Fait qui fe- 
rait croire à un échange de correspondance peu en rap- 
port avec les habitudes nullement bureaucratiques de 
l'époque ni avec la simplicité de l'administration ro- 
maine. Du reste, pour tous les détails des questions 
d'état, le gouverneur, se trouvant sur les lieux, était 
bien plus à même que des bureaucrates de Rome, de 
juger les diverses questions de fait qui pouvaient se 
présenter en cette circonstance. 

Mais comment se fait-il qu'il y ait si peu de diplômes 
militaires qui soient parvenus jusqu'à nous alors qu'il 
semble qu'on devrait en avoir par centaines ( x ). Car des 

(i) Le diplôme 6 nous laisse entrevoir quel nombre considérable de 
vétérans obtenaient les privilèges par une seule loi. Il indique le nom de 
l'intéressé comme se trouvant classé : Tab. I. pag. V. /ocoXXXXVI. 



— 110 — 

tablettes de bronze ne se détruisent pas si facilement 
que des tabulae ceratae, et ces morceaux de bronze 
étaient trop petits pour pouvoir exciter les convoitises 
des barbares. Ceux-ci ne s'emparèrent que de grandes 
tables ou de statues de bronze. Aussi possédons-nous 
un nombre incalculable de petits objets de bronze ; 
mais fort peu de statues et encore moins de textes de 
lois gravés sur du bronze. Ceci me fait supposer qu'il 
n'y en a pas eu tant qu'on serait porté à le croire de 
prime abord. Je ne crois pas me tromper en disant 
que, si dans la loi étaient nécessairement inscrits les 
noms de tous les soldats auxquels le prince accordait 
les priviléges,dcs extraits n'en étaient faits que pour les 
soldats qui en faisaient la demande, et ceux-ci ne la 
faisaient que lorsqu'ils y étaient intéressés ; tout comme 
de nos jours on ne demande un extrait de son acte de 
naissance que lorsqu'on a intérêt à le faire. L'un pou- 
vait en effet avoir plus d'intérêt que l'autre à posséder 
une copie de l'original de Rome. Ce n'est certes pas la 
qualité de citoyen romain qu'on leur contestera ; mais 
ce qui pourrait leur être contesté, c'est la légitimité de 
leurs enfants. C'est surtout dans le cas où ils ont, pen- 
dant leurs années de service, eu soit d'une, soit de plu- 
sieurs femmes (ainsi D. 53) des enfants qui, dans au- 
cun cas, quelle que fût la condition de la mère, n'ont 
pu naître d'un matrimonium iustum, que la possession 
d une copie de la lex est d'une sérieuse importance. C'est 
pour cela que nous trouvons dans un grand nombre 
de diplômes (D. 3, 16, 24,25, 25,33, 34, 35, 36, 53, 56) 
les noms de la femme et des enfants. Je ne citerai que 
l'exemple du diplôme de Carnuntum de l'an 114 
(D, 26.) 

Nertomaro Irducissaef. Boio, et Castae Magni fil. 
uxori eius Aquincensi, et Victori f. eius, et Propinqtio 
f. eius et Bellaef. eius. 

Cet ancien cavalier de la ala frontoniana a, pendant 
ses années de service en Pannonie inférieure, vécu 



— 111 — 

maritalement avec une femme du nom de Casta et origi- 
naire d'Aquincum (Alt-Ofen), ville de cette même pro- 
vince. De cette union ils ont eu deux fils et une fille. 
Le diplôme est la pièce authentique constatant la légi- 
timation de son union avec Casta et des enfants quelle 
lui avait donnés. Faute de ce document, on aurait pu 
lui contester la légitimité de ces enfants, hepater is est 
quem nuptiae demonstrant ne pouvait être ici d'aucun 
effet, vu qu'avant la réception des privilèges il n'y avait 
pas de nuptiae dans le sens strict de ce mot. 

Il fallait donc bien que le père reconnût pour siens 
tel ou tel enfant, fussent-ils même issus de diverses 
unions. D'autres cas pouvaient se présenter encore ; le 
vétéran pouvait avoir l'intention de se marier à une pé- 
régrine dont il n'avait pas eu d'enfants pendant ses an- 
nées de service. C'est la lex qui lui accorde le droit de 
contracter un matritnonium iustum avec une femme 
d'une telle condition. Mais si le soldat ou le vétéran 
n'avait pas d'enfants, s'il ne songeait pas à marier une 
pérégrine, dans ce cas la possession du diplôme ne pou- 
vait que faire constater sa qualité de citoyen romain, 
qualité qu'on n'aurait pas vite contestée à un vétéran 
des troupes auxiliaires. Du reste, il était toujours libre 
de demander dans la suite une copie de la lex data. Je 
crois donc que les diplômes n'étaient accordés qu'à 
ceux qui en faisaient la demande, et que d'ordinaire 
les vétérans ne le demandaient que pour régulariser ce 
qu'on appellerait aujourd'hui l'état civil de leur femme 
et de leurs enfants. 

Mais revenons au gouverneur indiqué sur le diplôme. 
Son nom complet est T. Avidius Nepos. Ce gouver- 
neur de la Bretagne est tout nouveau pour nous. Au- 
cune autre inscription ne nous le fait connaître. Nous 
connaissons bien un A. Platorius Nepos, leg. au g. 
pr.pr. prou. Brit. en 124 ( x ) ; je ne le rappelle que pour 

(1) E. Hiibner. DierÔm. Legaten in Britannien. Rh. Mus. XII, p. 58; 
C. I. L. V. 877; Sp. Hadr 4, 15, 23 ; Jahrb de Bonn, 14. 65. 



— 112 — 

mémoire, car il n'y a rien de commun entre ces deux 
personnages sinon qu'ils portent tous les deux le 
même cognemen; cognemen assez répandu pendant 
l'époque impériale. Nous connaissons un certain 
nombre de Auidii, mais tous portent d'autres prénoms 
et d'autres cognomina et aucun ne peut être identifié 
avec notre personnage. 

Au sujet de ce gouverneur, M. le professeur Hubner, 
de Berlin, a bien voulu appeler mon attention sur une 
dissertation publiée à Berlin par un de ses élèves, 
M. Herm. Patzig, en 1876, et intitulée: Quaestiones 
Plutarcheae. Un L. Auidius Quietus nous est connu 
comme leg. aug. pr. pr. prou. Galatiae par une lettre 
que lui adresse Trajan et qui nous est conservée dans 
l'inscription bilingue d'Aezani en Phrygie. (C. I. G. 
3831 - C. I. L. III 355.) Pline, dont il était l'ami, 
nous en parle dans deux de ses lettres (VI. 29 ; IX. i3). 
Son frère, C.Avidius Nigrinus, peut-être le même que 
l'aïeul maternel de L. Verus( 1 ), proconsul sous le règne 
de Domitien(Plin. X. 71»), fut sous Trajan leg. aug. pr. 
pr. prou. Achaiae (ad ordinandum staium liberarum 
ciuitatum), comme nous l'apprend une inscription bi- 
lingue de Delphes. (C. I. G. 1711 — C. I. L. III 567). 
D'après les résultats de l'étude de M. H. Patzig 
(p. 48-56), ce fut à ces deux frères que Plutarque 
adressa, avant l'an 106 ou 107, son livre de fraterno 
amore. Il est très-probable que ces deux Avidii étaient 
parents de notre Titus Avidius Nepos. Cette famille 
des Avidii joua un grand rôle politique pendant tout 
le second siècle. Je ne citerai plus que Avidius Severus, 
père de C.Avidius Heliodorus, le secrétaire d' H adrien( a ), 
préfet d'Egypte en 140, lequel Heliodore eut pour fils 
le trop célèbre gouverneur de Syrie Avidius Cassius ( 3 ). 

(l) BORGHESI. III, II. 

(2) Sp. H adr. 15 ; Letronne. Rech. sur ÏÉgypte, p. 253. Borghesi. 
VI, p. 16. C. I. L. III, 6025. C. I,G. 4955. Wâddington. Chronolog. 
d'Aristide, p. i5. 

(3) Dio. 69, 3. 



— 113 — 

Avidius Nepos était gouverneur de la Bretagne dans 
les premiers mois de l'an 98, date du diplôme de 
Flémalle. Ici se présente une difficulté que nous al- 
lons tâcher de résoudre. 

Les gouverneurs de Bretagne de cette époque sont, 
d'après Hûbner (p. 56) : 

78 à 85 Cn. Julius Agricola. 

85 (?) Sallustius Lucullus. 

98/99 C. Salvius Liberalis. 

io3 L. Neratius Marcellus. (Mommsen I. R. Neap. 
4933.) 

117/124 Q. Roscius Falco. 

La difficulté consiste à fixer la date de la légation de 
Salvius Liberalis, vu que pour Avidius nous possédons 
une date certaine. 

Le cursus honorum de Salvius nous est connu par 
l'inscription d'Urbisaglia, conservée aujourd'hui au 
musée du Capitol e ('). 

C. SaluiO. C. F. VEL. LIBERALI 
NonioBASSO. COS. PROCOS. PROVIN 
ciœ MaCEDONIAE. LEGATO. AVGVSTORVM 
prouinc. BRITANN. LEGATO. LEG. V. MACED 
Jratri ARVALI. ALLECTO. AB. DIVO. VESPASIANO 
et diuo 7ÏTO. INTER. TRIBVNICIOS. AB. ISDEM 
allectoAKTER. PRAETORIOS.QVINQ.IIII. P.C.HIC.SORTE 
procos. facTVS. PROVINCIAE. ASIAE. SE. EXCVSAVIT. 

Il ne nous appartient pas de faire ici un nouveau 
commentaire de cette importante inscription, surtout 
après les beaux travaux de Borghesiet de Melchiorri. 
Laissant de côté les points qui ne ressortent point de 
cette étude, nous n'avons qu'à chercher la date fixe de 
sa légation de Bretagne. 

Né à Urbs Salvia (Urbisaglia), où il fut quatre fois uir 
quinquennalis et dont il devint le patron, il vint à Rome 

(1) Melchiorri. Appendice agli atti e monumenti de fratelli arvali. 
Romae, i855, p. 41 ; Borghesi, III. 177 et 199. 

15 



— 144 — 

où il parvint à se faire bien voir de Vespasien. Sans 
avoir géré ni le vigintivirat, ni la questure, le prince 
admit Salviusau rang des tribunicii et peu après à celui 
des praetorii '. Il ne fut pas adlectus inter tribunicios 
avant Tan 73, etàcette époque il avait au moins 25 ans; 
en 80 il fut nommé légat de la leg. V Macedonica qui 
se trouvait alors en Mésie; et par après il devint pro- 
consul de la Macédoine, Domitien l'exila et Nerva le 
rappela dès le commencement de son règne, c est-à-dire 
en l'an 96. Il le nomma en Tan 96 ou en 97 Consul 
suffectus et l'envoya en 98 gouverner la Bretagne. Par 
après il refusa le proconsulat d'Asie, probablement à 
cause de son grand âge. Telles sont les dates auxquelles 
Borghesi est arrivé. Malheureusement, la date de cette 
légation de Bretagne ne concorde pas avec les données 
précises fournies par le diplôme de Flémalle. 

D'abord les Augusti dont il s'agit dans l'inscription 
d'Urbisaglia ne peuvent être que Nerva et Trajan. 
Épigraphiquement, on pourrait à la rigueur admettre 
que les Augusti sont deux princes ayant régné l'un 
après l'autre. Il ne peut être question ici ni de Vespa- 
sien et Titus ; Salvius à cette époque était trop jeune et 
n'avait pas encore obtenu les honores requis pour être 
nommé légat de la Bretagne. Si l'on reculait la date de 
sa légation jusqu'à la fin du règne de Trajan et le com- 
mencement de celui d'Hadrien, on admettrait que Sal- 
vius aurait été légat à un âge fort avancé. Hadrien, en 
effet, reçoit la notification de son adoption par Trajan, 
— acte fabriqué par Plotine, — le 9 août 1 17 et celle 
de la mort de Trajan le 11 août de la même année (*). 
Or, en 73 Salvius avait au moins 25 ans; il aurait donc 
été nommé gouverneur de Bretagne à 69 ans ; ce qui 
n'est guère admissible. Restent comme A ugusti, Do- 
mitien, Nerva et Trajan. D'après les dates connues des 
gouverneurs de Bretagne, la liste est libre de l'an 88 à 

(1) Dierauer. Gesch. Trajans, p. 185 (bei Blidinger, t). 



— 145 — 

l'année 98, car nous ne croyons, pas plus que M. Hilb- 
ner, à l'existence d un légat du nom de Trebellius qui 
ne nous est connu que par une assertion de Horsley, 
dénuée de tout fondement. 

Comme dates certaines de la carrière de Salvius, 
nous avons, outre Tannée 73, les suivantes : Le 1 mars 
78 il fut admis dans le collège des Fratres Aruales. Il 
en fut promagister en 87, et assista aux réunions de ce 
collège en 78, 81, 86 et 101 ( x ). Dans sa carrière reli- 
gieuse, si je puis m exprimer ainsi, il fut aussi flamen 
Salut is, comme nous l'apprend une inscription funé- 
raire d'Urbisaglia élevée par son fils C. Salvius Vitel- 
lianus à sa mère Vitellia Rufilla ( 2 ). 

Les lettres de Pline nous prouvent que Salvius, qui 
était un des grands orateurs du Sénat ( J ), y parla en 99 
et en 101. En Tan 99 il défendit contre Pline et Tacite 
le proconsul d'Afrique Marius Priscus et en 101 il 
parla dans l'affaire en concussions du gouverneur de 
la BétiqueClassicus, dans laquelle Plinedéfendit de nou- 
veau les provinciaux ( 4 ). De l'an 87 à 99 nous n'avons 
aucune trace du séjour de Salvius à Rome. C'est pen- 
dant cette période qu'il fut consul suffectus et légat de 
Bretagne. Les dates 97 et 98 indiquées par Borghesi, 
reposent sur un texte de Pline duquel l'illustre épigra- 
phiste conclut que Salvius accusé, probablement après 
son proconsulat de Macédoine, fut exilé par Domitien. 
Il aurait été rappelé par Nerva. Pline dit ( 5 ) : obiecta 
sunt multa (c'est-à-dire à Norbanus) quae m agi s quant 
praevaricatio nocuerunt. Quin etiam duo consulares... 
laeserunt eum testimonio tamquam apud iudicem sub 
Domitiano Saluii Liberalis accusatoribus adfuisset. 

(1) Actafr. aru. in. C. I. L. VI. ad. ann. 

(2) Borghesi III. 177. 

(3) Suet. Vesp. i3. 

(4) Plin. H. 11 ; II I.9 et cf. Mommsen Etude sur Pline le jeune. Paris 
1873. p. 42. 

(5) Plin III. 9. 33. 



\ 



— 416 — 

Damnatus et in insulam relegatus est. I toque cum Cas- 
tam accusarem nihil magis pressi quant quod accusator 
eius prœuaricationis crimine corruisset... accidit ut 
accusatore prœuaricationis damnato rea absolueretur. 
Borghesi attribue le damnatus à Salvius, seulement 
l'ensemble du texte me paraît prouver qu'il s'applique 
à Norbanus. C'est celui-ci qui est acccusé de prévari- 
cation et parmi les accusations que l'on porte contre lui 
on cite sa conduite à l'égard de Salvius du temps de 
Domitien. C'est après toutes ces accusations que Nor- 
banus est condamné et exilé. Cette question incidente 
est vidée avant l'affaire principale qui est celle de Casta, 
la femme de Classicus, comme Pline nous l'apprend 
lui-même quelques lignes plus haut. Ce qui prouve 
que damnatus s'applique à Norbanus c'est le crimine 
corruisset, et surtout le accusatore praeuaricationis 
crimine damnato qui suivent. Sil'on n'applique pas le 
damnatus à Norbanus, il se fait que Pline informerait 
son correspondant Minucianus, auquel il adresse cette 
lettre, d'un fait important sans lui en dire le résultat, car 
dans les quelques lignes de la fin de la lettre, il n'est 
plus question de l'issue de l'accusation de Norbanus. 
Or, Pline a soin d'indiquer toujours les résultats de 
tous les procès qu'il relate. J'ai beau relire ce passage je 
ne parviens pas à le comprendre à moins d'admettre que 
celui qui est condamné et exilé est bien Norbanus et non 
Salvius. Philologiquement même la phrase, considérée 
comme s'appiiquant à Salvius serait incorrecte. Pline 
parle d'un fait qui s'est passé du tempsde Domitien (adfuis- 
set) ; si damnatus est s'appliquait à Salvius il faudrait 
fuit et non est . Nous n'avons par conséquent aucune 
raison pour supposer que Salvius ait été exilé par Domi- 
tien. Du reste par tout ce que nous dit Pline de ce per- 
sonnage, il ne nous fait pas l'effet d'un homme qui ait 
pu par son intégrité porter ombrage à Domitien. Il est 
toujours du côté des accusés, jamais il ne défend les mal- 
heureux provinciaux. Lui-même a été accusé probable- 



— 147 — 

ment pour des concussions faites en Macédoine. Rien 
ne nousempêche donc de supposer que Salvius fut nom- 
mé consul par Domitien, vers Tan 94. En g5 celui-ci 
l'aura envoyé en Bretagne, et comme cette légation 
avait une durée habituelle de trois ans il y sera resté 
jusqu'à la fin de 97. Il aura donc gouverné la Bretagne 
la dernière année du règne de Domitien, et pendant 
toute la durée du règne de Nerva. Si maintenant l'ins- 
cription d'Urbisaglia dit Augustorum et non Auggg. 
c'est, ou bien pour indiquer que Salvius a gouverné la 
Bretagne pendant le règne simultané de Nerva et de 
Trajan, ou bien parce que la mémoire de Domitien 
ayant été damnata par le Sénat, on n'aura pas osé rap- 
peler ce règne en même temps que ceux de Nerva et 
de Trajan. L'inscription du reste a dû être faite pen- 
dant le règne de Trajan et non par après, sinon nous 
aurions diuorum Augustorum. Je crois donc être en 
droit de supposer que la légation de Salvius finit avec 
l'année 97 et que celle de T. Avidius Nepos commence 
au i cr janvier de l'an 98. Celui-ci aura été consul suffec- 
tus en 96 ou en 97. Aucun document ne nous apprend 
rien de plus sur ce personnage, 

Il nous reste maintenant à expliquer la dernière con- 
jecture que nous avons cru pouvoir faire : item dimis- 
sis honesta missione a diuo Nerua. Le item est nécessité 
par le militant qui précède. Si nous examinons 
les diverses formules des diplômes, nous trouvons : 
Qui militauerunt et sunt dimissi. D. 1.6. 
Veteranis qui militauerunt. D. 7. 

Qui militauerunt quitus fortiter et pie militia functis 
itistribuo. D. 10. 

Qui militauerunt stipendiis emeritis dimissis honesta 
missione. D. 12. 24. 

Qui militauerunt honestam missionem et ciuitatem 
dédit. D. 4. 5. 

Veteranis qui militauerunt item is qui ante emerita 



— 118 — 

stipendia eo quod se in expeditione belli (de l'an 7 1 )forti- 
ter industrieque gesserant exauctorati sunt. D. 8. 

Qui militant qui XXV meruerant D. 2. 9. 14. 

Qui militauerunt stipendiis emeritis dimissis honesta 
missione item Us qui militant emeritis stipendiis. D. 11. 

Qui mititant item dimissis honesta missione stipen- 
diis emeritis. D. i3. i5. 19. 20. 22. 

Qui militant qui XXV meruerunt item dimissis ho- 
nesta missione emeritis stipendiis. 

Dans ces diverses formules on distingue toujours 
entre ceux qui sont encore au service et ceux qui ont 
déjà été licenciés (item), comme c'est le cas aussi pour 
le diplôme de Flémalle. 

Ici il nous faut bien faire remarquer, ce que plus 
d un savant a déjà fait avant nous, que c'est impropre- 
ment qu'on appelle ces diplômes, des congés militaires. 
D'ordinaire ils présupposent le congé. Il n'y a que deux 
diplômes qui accordent le congé en même temps que 
les privilèges. Ce sont les diplômes 4 et 5, du règne de 
Galba. Dans tous les autres, on distingue bien nette- 
ment entre les vétérans et ceux qui sont encore sous les 
armes. Dans notre diplôme de quoi s'agit-il en effet ? 
Trajan y accorde les privilèges à des soldats des 
troupes auxiliaires ayant 25 années de service ou plus, 
ainsi qu'à {item) des vétérans qui avaient déjà été li- 
cenciés. 

Dans notre diplôme la distinction est plus caracté- 
risée que dans tout autre. En effet le A ne peut se com- 
pléter que par un nom de prince : il ne peut s'agir ici 
de emeritis stipendiis, ni de désignation de troupes, car 
dans ce cas il faudrait ex. C'est le premier diplôme dans 
lequel nous trouvons un pareil exemple. Je ne crois 
pas me tromper en disant a diuo Nerua. Ces vétérans 
ont obtenu leur missio honesta sous le règne de Nerva ; 
et Trajan leur accorde, en même temps qu'à d'autres 
soldats encore au service, les privilèges habituels. Il n'y 



— 119 — 

a pas moyen de préciser plus clairement la distinction 
qui existe entre le congé et les privilèges. Ce sont deux 
choses indépendantes lune de l'autre, car les privilèges 
ne sont pas du tout la conséquence obligatoire du 
congé, le prince étant libre de les accorder ou de les 
refuser. 

Le soldat ayant terminé ses années de service dans 
les troupes auxiliaires a droit à son congé et sa qualité 
de vétéran lui donne certains privilèges précisés par la 
loi ou par les décisions impériales. Il existait dans un 
grand nombre de corps, des caisses de retraite : nous 
en connaissons plusieurs pour la 3 e légion et rien ne 
nous autorise à admettre qu'il en ait été autrement 
ailleurs. Ainsi à Lambèse les optiones (lieutenants) de 
la troisième légion fondèrent une caisse de retraite ali- 
mentée par des retenues faites sur la solde dans le but 
d'accorder à chaque optio vétéran une somme de 6000 
H S (environ 900 fr.) qui put lui permettre de retourner 
dans sa patrie ('). En outre le vétéran avait droit à une 
certaine somme d'argent qui souvent était remplacée 
par la gratification de quelques terres. Ainsi les vété- 
rans des cohortes prétoriennes recevaient en une fois 
20,000 HS, les légionnaires 12,000 HS, somme réduite 
de moitié par Caligula et augmentée de nouveau par 
Caracalla. 

Quant à ses droits et à ses devoirs civils le vétéran 
est libéré de la tutelle (•).- Pour un vétéran des vigiles 
cette exemption n'existe que pour la 1 rc année qui suit 
son congé ( 3 ). Ceci- bien entendu en cas de missio 
honesta, car il y a trois espèces de congés. Est honesta, 
quae emeritis stipendiis, uel ante ab itnperatore indul- 
getur; est causaria, quaepropter ualetudinem laboribus 

(1) Renier I. A. 60 = Mém. de la soc. des antîq. de France 21. p. 95, 
Cf. Renier 63, 65, 70. 

(2) Veterani quoque post emerita stipendia missi honesta missione 
inperpetuum a tutelis uacant. Vat. fr. 144. Cf. L. 8. D. 27, 1. 

(3) Vat. fr. 144. 



— 120 — 

tnilitiae soluit ; est ignominiosa . Ignominiosa autem 
missio toties est ,quo lies is,quimittit,addidit nominatim, 
ignominiae causa se mittere; semperenim débet addere, 
cur miles mittatur. Sed et si ita exauctorauerit, ut 
insignia militaria detraheret, inter infâmes efficit, licet 
nonaddidisset, ignominiae causa se eum exauctorasse( x ). 
Le vétéran ne doit du fait de son congé aucune recon- 
naissance au prince à moins que celui-ci ne le lui* ait 
accordé avant l'expiration de ses années de service ; 
ce dont nous avons quelques exemples. 

La durée du service est de 25 ans pour les troupes 
auxiliaires, de 20 ans pour les soldats des cohortes 
urbaines et pour les légionnaires, et de 16 ans pour les 
prétoriens. Un décret impérial était cependant néces- 
saire, mais non une lex data, pour permettre aux vété- 
rans de quitter l'armée car l'empereur pouvait les retenir 
au service si les circonstances l'exigeaient. Si ce cas 
était des plus rares pour les troupes de Rome et pour 
les légions ( a ), il était par contre très-fréquent dans les 
cohortes auxiliaires. En effet celles-ci occupaient sou- 
vent des provinces où les révoltes étaient nombreuses 
et tel était le cas pour la Bretagne. Or il eut été impru- 
dent d'y diminuer les forces militaires avant que les 
nouvelles levées fussent terminées. 

Bien souvent on était en guerre avec quelque peu- 
plade et dans ce cas le licenciement était tout à fait 
impossible. C'est là ce qui explique comment dans des 
diplômes militaires on rencontre si souvent cette dis- 
tinction entre les vétérans et ceux qui, tout en ayant 
terminé leurs 25 années de service, sont encore sous les 
armes. Le diplôme de Trajan du 20 février 98 (D 19) 
est curieux sous ce rapport. Il distingue d'abord qui 
militant et dimissis hon. miss, et à la fin le soldat por- 
teur du diplôme est qualifié de dimisso honesta missione 
ex pedite P. Insteio. Mais si le prince pouvait pour la 

(iS l. 2 § 2 D. m. 2. Cf. l. i3 § 3. D. 49, 16. 
(2) Borghesi, ;v, 335. 



— 121 — 

sécurité de l'empire retenir les soldats au service au- 
delà du terme légal, il n'avait aucune raison pour ne 
pas leur accorder les privilèges ordinaires. C'eût été 
même fort imprudent, car les soldats auraient pu se 
révolter. Nous possédons ainsi un diplôme de Dona- 
tien de l'an 86 concernant les troupes auxiliaires 
stationnées en Judée (D. 14.) ( x ) par lequel le prince 
accorde la ciuitas et le conubiutn à des soldats ayant 
25 ans de service (ici le pluribusue n'existe pas) sans 
qu'un seul obtienne la missio honesta. Vernazza et 
Borghesi (*) ont cru que les congés et les privilèges 
s'accordaient à l'occasion de quelque heureux événe- 
ment. Les diplômes sont datés de jours différents et 
si quelques-unes de ces dates correspondent à des 
largesses faites par les princes ou à quelque grand fait 
connu, on ne peut cependant pas dire que cela était la 
règle générale. 

Quant à l'époque à laquelle on avait l'habitude d'ac- 
corder les honestae tnissiones, M. Henzen a cru que 
cela se faisait chaque année aux calendes de mars ( 3 ). 
Ceci me semble peu exact car nous connaissons un L. 
Domitius Valerianus qui reçut son congé au VII des 
ides de janvier de l'an 208 ( 4 ). Dans notre diplôme les 
privilèges sont accordés en partie à des vétérans, en 
partie à des soldats qui étaient encore sous les armes ( 5 ). 
Disons maintenant quelques mots de ces privilèges. 

* Il semblait naturel que ceux qui pendant de si longues 
années avaient défendu le pouvoir du prince pussent 
au moins à l'expiration de leur service être considérés 
comme membre de la société politique dont pendant 
la plus grande partie de leur vie ils avaient défendu la 

(1) Henzen, Zwei Mil. p. 37 

(2) vî, 96 et a33. 

(3) Henzen, Zwei Mil. p. 97. 

(4) C. 1. L. vî, 210, Cf. Borghesi, v, 234. 

(5) Cf. Cardinali, p. 80. Aschbach. Ueb. die im vespasianischen 

miliiardipl. vorkommenden Alen und Auxiliarcohorten. Jarb. de 
Bonn. xx. p. 44. 

16 



— 122 — 

puissance. Ce n'était de la part du prince qu'un acte de 
justice de donner la ctuitas aux vétérans alors surtout 
qu'on n'était plus aussi sévère pour l'accorder que sous 
la république ('). Du reste parmi les soldats nommés 
dans les diplômes plus d un pouvait déjà être ciuis 
romanus (par exemple ceux appartenant à des coh . 
C. R.), mais le diplôme ne leur était pas moins néces- 
saire qu'aux pérégrins. En effet tout en étant citoyen 
romain ils n'avaient pas le conubium avec des péré- 
grines. 

Examinons d'abord la question pour les légionnaires. 
Ceux-ci n'eurent jamais le droit de contracter un ma- 
riage légitime dans le sens strict de ce mot ( a ). On a 
bien cru, d'après un texte d'Hérodien ( 3 ), que Septime 
Sévère leur avait accordé ce droit ; une récente étude 
du regretté Wilmanns a notablement diminué l'impor- 
tance de ce texte. Je répète ici en peu de mots ce que 
j'ai dit ailleurs de cette question ( 4 ). Dans les Vici des 
camps vivaient, en plus des meretrices ( 5 ), un bon 
nombre de femmes citoyennes. Avec celles-ci les lé- 
gionnaires n'avaient pas le conubium mais l'empereur 
Claude leur donna les droits des hommes mariés — 

ta t«v yeyajmyjxorwv dtxaiu^ara ë#co*£ ( 6 ). — NOUS croyons 

cependant qu'il ne les soumit pas aux prescriptions 
de la lex Julia et de la lex Papia Poppeia. Je ne puis 
examiner que brièvement cette importante question : 
les notions fournies par les textes et par les inscrip- 
tions ne nous permettent guère d'étudier actuellement 
les nombreuses difficultés qu'elle soulève. Constater ce 

(i) Dio, 69. 17; Aristidis orationes edi. Jebb. p. 217. 

(2) Romanis utinam partissent castra puellis. Prop. V, 3. 45. 

(3) Hérod III 8. 5. 

(4) Essai sur Septime Sévère , p. 279; et Wilmanns. Die Rom. La- 
gerstadt Afrikas. (Cornent, in honorera Mommseni), p. 282. 

(5) Scipion trouva dans le camp devant Nuroance 2000 hétaïres : Cf. 
Marquardt, II, 54a. 

(6) Dio. 60.24. — Ulp. l. 32. 8 D. 24. 1. 






— 123 — 

qui n'est pas et proposer l'hypothèse la plus acceptable, 
c'est là tout ce que nous pouvons faire dans l'état ac- 
tuel de la science. 

Les inscriptions de Lambèse nous laissent entrevoir 
en quoi consistaient ces droits matrimoniaux. Les en- 
fants étaient en puissance du père, en portaient le nom, 
mais ne faisaient pas partie de la même tribu que lui. A 
Lambèse, ils sont tous de la tribu Pollia, alors que les 
spurii étaient de la tribu Collina. Il sembledonc que les 
légionnaires pouvaient contracter un quasi-matrimo- 
nium avec des citoyennes et procréer des enfants légi- 
times (iusti et legitimi liberi). Il serait difficilededire si 
la femme était inmanu mariti. Le seul privilège accordé 
par Sévère aux légionnaires fut de pouvoir vivre en 
dehors du camp avec la femme avec laquelle ils avaient 
contracté un quasi-matrimonium . Il est probable que 
le même privilège fut accordé aux prétoriens, car dans 
les diplômes depuis Déce (D. 53, 56) la formule an- 
cienne est changée, et nous trouvons : filiis quos sus- 
ciperint ex mulieribus quas secum concessa consuetu- 
dine uixisse probauerint . Les soldats ne se rendaient 
donc plus au camp que pour le service, système prati- 
qué encore de nos jours par les spahis d'Afrique. Ce 
droit dut exercer une influence funeste sur la discipline 
militaire et l'on comprend ainsi beaucoup mieux la lé- 
gitimité des accusations portées par Macrin contre Sévère 
lorsqu'il nous dit que c'est du règne de ce prince que 
date surtout la corruption et l'indiscipline des armées 
romaines ( x ). Il faut bien avouer cependant que, ici 
comme ailleurs, Sévère n'a fait qu'établir un droit, ce 
qui était la conséquence nécessaire du système ro- 
main. 

Du moment qu'on laissait les soldats pendant de 
longues années dans une même garnison, on était iné- 
vitablement amené à devoir leur accorder de vivre en 

(i) Dio 78, 28 et 36, 



— 124 — 

famille sous peine de voir se propager de plus en plus 
les relations irrégulières et de démoraliser les troupes. 
Cette indiscipline même n'était ainsi que la consé- 
quence inévitable de l'organisation militaire des Ro- 
mains. 

Il n'est pas étonnant que nous n'ayons trouvé jusqu'à 
ce jour aucun diplôme de légionnaire, car les diplômes 
des légions I et II adi. sont accordés à des légionnaires 
non citoyens romains ( x ), et je crois avec Wilmanns 
que nous n'en trouverons jamais pour la raison bien 
simple qu'il n'y avait pas à accorder la ciuitas aux lé- 
gionnaires, ceux-ci la possédant déjà, ni à légitimer 
leurs enfants nés de femmes citoyennes, vu que ceux- 
ci étaient légitimes. Quant à leur faire entrevoir, du- 
rant leurs années de service, l'espoir de parvenir à 
légitimer des enfants nés de pérégrines on avait tout 
intérêt, au point de vue romain, à ne pas favoriser de 
pareilles unions. Les soldats des troupes urbaines et les 
prétoriens se trouvaient sous ce rapport dans une si- 
tuation plus favorable : tout en ayant les droits des 
légionnaires, leurs unions avec des pérégrines étaient 
légitimées après leurs années de service. Aussi les di- 
plômes de ces troupes sont assez nombreux ; la for- 
mule diffère de celle des troupes des corps auxiliaires : 
Jus tribuo conubi dum taxât cum singulis et primis 
uxoribus ut etiam si perigrini iuris feminas matrimo- 
nio suo iunxerint proinde liberos tollant ac si ex duo- 
bus ciuibus romanis natos ( 2 ). On leur permet même 
de contracter après leur missio un premier mariage 
avec des latines ou des pérégrines ; et c'est probable- 
ment aux prétoriens que se rapporte ce texte de Gaius : 
ueteranis quibusdam concedi solet principalibus con- 
stitutionibus conubium cum his latinis peregrinisue, 
quas primas post missionem uxores duxerint, et qui 



(i) D. 4, 5, 69, — 6. 

(2) D. 10, 47, 48, 52, 54, 57, 62, 66, — 49. 



— 125 — 

ex eo matrimonio nascuntur, et dues romani et in 
potestatem parentum fiunt ( l ). 

La situation des soldats des troupes auxiliaires et des 
classiarii était tout autre. Nous ne nous occupons que 
des premiers. Il se faisait que, pendant leurs 25 années 
de service, alors surtout qu'ils restaient quelquefois 
pendant tout ce temps dans une même province, les 
soldats avaient, non seulement des relations passagères 
avec des femmes de la contrée, mais qu'ils vivaient 
maritalement avec des pérégrines ou des citoyennes et 
en avaient des enfants: Il n'était que juste que ces 
unions fussent légitimées du jour que le soldat obte- 
nait la ciuitas et le conubium qui en était la consé- 
quence. 

Les inscriptions nous prouvent que le nombre d'en- 
fants nés de soldats au service était très-considérable. 
Ceux-ci, devenus grands, entraient bien des fois dans 
le même corps dans lequel avait servi leur père. Dans 
les inscriptions de Lambèse, ces enfants indiquent leur 
lieu de naissance par Castra, qui remplace ainsi le 
nom de la ville. Ces inscriptions de la troisième légion 
sont des plus instructives à cet égard. Quatre inscrip- 
tions nous donnent les résultats suivants : 

5 soldats nés in Castris sur 18 

5 — — — 49 

42 — — — 85 

20 — — — 55 (2) 

Il en résulterait donc qu'en moyenne près d'un tiers 
des soldats de la troisième légion étaient des enfants 
nés de soldats de cette même légion. 

Certes, cette proportion devait être moins grande 
dans les corps d'armée qui changèrent souvent de gar- 
nison ; mais ce fait qui nous est fourni par les inscrip- 
tions de Lambèse nous permet d'admettre que dans 

(1) Gaius I. 57. 

(2) Renier. I. A. N oi 100, 127, 129, i33. 



— 126 — 

tous les corps le nombre de ces enfants était relative- 
ment assez grand, et en rapport direct avec la durée 
plus ou moins grande du stationnement d une légion 
ou d'un corps de troupes auxiliaires dans une contrée. 
Si les privilèges impériaux n'avaient régularisé cette 
situation, il en serait résulté qu'au bout de peu de 
temps, la plus grande partie des défenseurs de la 
puissance romaine auraient été des enfants illégitimes. 
Inutile d'insister sur les conséquences désastreuses qui 
en seraient résultées tant pour la famille que pour 
l'État. C'était donc une nécessité sociale d'aller à ren- 
contre d'une telle situation. Par le diplôme, le prince 
régularise cette situation. Il accorde la dut tas, et 
comme conséquence le droit de contracter un conu- 
bium iustum et legitimum; et le nouveau citoyen pre- 
nait alors le prénom et le gentilitium du prince qui 
lui accordait le privilège ( x ). Seulement, si le prince 
n'avait accordé aux vétérans que la ciuitas, il eut été 
impossible à ceux-ci de légitimer des unions antérieures 
contractées avec des femmes non-citoyennes. Or, dans 
un grand nombre de cas, ces femmes, appartenant à la 
province dans laquelle le soldat avait séjourné, de- 
vaient être pour la plupart des pérégrines ; et il leur eut 
été tout aussi impossible de s'unir légitimement à une 
pérégrine à laquelle ils auraient fait promesse de ma- 
riage après avoir été licenciés. Le prince donc fait une 
exception à la loi en faveur du vétéran en légitimant 
son union antérieure contractée soit avec une citoyenne, 
soit avec une pérégrine ; légitime ses enfants et lui per- 
met même de contracter, s'il est célibataire, un premier 
mariage légitime avec une femme non citoyenne. Seu- 
lement, dans le cas où cette première union est dis- 
soute soit par la mort de l'épouse, soit par le divorce, 
le vétéran ne peut plus légitimement convoler en se- 
conde noces qu'avec une femme citoyenne. 

(i) Dzo. 60. 17. 



— 127 — 

Je termine cette étude en faisant remarquer que le 
dernier diplôme accordé à des auxiliaires (D. 46) date 
du règne de Marc-Aurèle, de Tan 167: depuis cette 
époque, nous n'avons plus que des diplômes de préto- 
riens, de soldats des cohortes urbaines, $ équités sin- 
gulares et de classiarii. 



DE 



RAOUL DE ZAEHRINGEN 

Prince-Évêque de Liège 
1167-1191 

Les diplômes et les chartes constituent, comme le disait 
Leibnitz, la partie la plus authentique de l'histoire « sunt 
actorum publicorum tabulaepars historiae certissima. » 

Rien n'est donc plus utile pour l'histoire du moyen- 
âge, rien ne facilite davantage les études et les recher- 
ches, que d'avoir une table chronologique de tous les 
actes et diplômes émanés de la chancellerie des sou- 
verains pendant cette période. 

Ce travail, Bréquigny l'avait entrepris il y a 100 
ans, pour l'histoire de France ('), et J, F, Boëhmer 
l'exécuta pour les empereurs d'Allemagne ( a ) ; de nos 
jours Stumpf et Ficker ont continué et complété 
l'œuvre de Boëhmer ( 3 ). 

(t) Table chronologique des diplômes, chartes, titres et autres impri- 
més concernant l'histoire de France. Paris 1763, 6 vol. in-folio. 

(2) Regesta chronologico-diplomatîca regum atque imperatorum 
Romanorum. 

(3) Die Kaizerurkunden des X, XI und XII Jahrhundert chronologisch 
verzeichnet. Regesta Imperii sub Philippo, Ottone II. Frédéric© II, 
Henrico VII, etc. 

17 



I 



— 130 — 

Jaflfé a publié les Regesta des lettres et constitutions 
pontificales pour la série des Papes antérieurs à l'année 
1198 ( l ) et Potthast pour les Papes du i3 e siècle ( 2 ). Dans 
notre pays, M. Wauters a commencé la publication 
dune Table chronologique des chartes et diplômes 
imprimés, concernant Thistoire de la Belgique, et déjà 
cinq volumes ont paru, se rapportant aux années 
275-1275. 

Dans une de ses lettres, J. F. Boëhmer écrivait que 
ce serait une œuvre très-recommandable et de haute 
utilité que de dresser les regesta des évêques et des 
princes subalternes et il exprimait lavis qu'il fallait 
commencer par les évêchés, ab Episcopatibus princi- 
pium. (Janssen : Bôhmer's Briefwechsel il, 529). Lui- 
- même se mit à compiler et à coordonner les diplômes 
des Archevêques de Mayence, mais la maladie et la 
mort vinrent malheureusement interrompre ses inves- 
tigations. Au docteur Cornélius Will de Ratisbonne 
échut l'honneur de continuer et de parfaire les recher- 
ches de son illustre devancier, et nous sommes aujour- 
d'hui en possession d'un premier volume contenant les 
Regesta archiepiscoporum Maguntinensium depuis 
S. Boniface jusqu'à la mort d'Arnold de Zelenhoven 
n6o; 

A. von Miilverstedt a publié les Regesta archiepisco- 
patus Magdeburgensis. t. I. et Meiller les Regesta des 
archevêques de Salzbourg. 

La place que le diocèse et la principauté . de Liège 
occupent dans l'histoire, est certes assez importante, 
pour qu'on s'occupe de réunir les Regesta de ses 

(i) Le premier fascicule d'une édition nouvelle, revue et augmentée 
vient de paraître sous le titre suivant : Regesta Pontificum Romanorum 
ab condita ecclesia ad annum 1198. Ed. Ph. Jaffé, Ed. II cor recta m et 
auctam auspiciis G. Wattenbach curaverunt S. Loewenfeld, F. Kalten- 
brunner, P. Ewald. 

(2) Regesta Pontif. Rom. inde ab anno post christum natum 1 198 ad 
annum 1304. 



— 431 — 

Evêques. Nous avons voulu contribuer pour une part 
très minime à la réalisation de cette œuvre longue et 
laborieuse, et nous nous sommes attachés à un seul 
évêque, à Raoul de Zaehringen. Non seulement nous 
donnerons l'indication de toutes les chartes qu'il a 
octroyées ou qu'il a signées comme témoin, mais nous 
avons extrait des chroniques contemporaines tous les 
faits et gestes de ce Prince- Evêque, afin de présenter 
ainsi un tableau complet de son activité politique et 
religieuse. 



E. SCHOOLMEESTERS 

Curé-Doyen de Saint-Jacques. 



Liège, i er juillet 1881. 



INTRODUCTION 



Radulphus, Radulfus, Rodulfus, Rodulphus, Raulfus, 
Raulphus, Rudolfus, Rudolphus. 



AUTEUBS A CONSULTER 

Chapeaville. Gesta Pontificum Leodiensium, n, 
n8-i33. 

Fisen, S. J. Histor. Ecclesiae Leod. lib. X. 

Bouille. Hist. de la ville et pays de Liège, u, p. 
176-192. 

FOULLON. Historia LeodiensiSy I, 279-285. 

Daris. Notice sur les églises du diocèse de Liège, 
iv, 174-182. 

De Ring. Rodolphe de Zaehringen dans le Mes«- ^. 
ger des Sciences historiques, 1841, p. 83-94. 

K. Zell. Rudolph von Zaeringen, Bischof pc\ m 
Luttich dans le Freiburger diôcesan-archive, t.-YH. 

Pour les Monnaies : 

Voyez Y Histoire numismatique de Y évêchê et princi* 
pautède Liège \ par le comte de Renesse-Breidbach, 
p. io f pi. 3. Institut archéol. du Luxembourg, 1, 75. \ 




x 



— 133 — 

Sceau : 

Evêque mitre et crosse, assis de face et tenant un 
livre, légende Rodùlphus Dei gratia Leodiensium èps. 
conservé dans le chartrier de l'abbaye de Saint-Trond 
n° lxxxix, dans le chartrier de l'abbaye d'Aine n° 652, 
aux archives du royaume ; dans le chartrier de l'abbaye 
de Waulsort aux archives de l'Etat à Namur. 

Ce sceau se trouve reproduit dans les annexes des 
Monuments pour servir à l'histoire des provinces de 
Namur, t. i. 



) 



Conrard, duc de Zaehringen (i 122-1152), le fonda- 
teur de la cathédrale de Fribourg, avait épousé 
Clémence , fille de Godefroid , comte de Namur 
(f 1139), De ce mariage étaient issus cinq fils et une 
fille: Berthold IV, qui fut le successeur de son père 
dans le duché de Zaehringen (11 52- 1 186), Raoul qui 
devint évêque de Liège, Adalbert qui fonda la ligne 
collatérale des ducs de Teck, Conrard et Hugues qui 
moururent en bas-âge ; la fille de Conrard et de Clé- 
mence épousa Henri, duc de Saxe et de Bavière, mais 
celui-ci se prévalut d'un lien de parenté qui existait 
entre sa femme et lui, pour la répudier, après quelques 
années de mariage ( x ). 

Si nous connaissons parfaitement la généalogie de 
Raoul de Zaehringen, nous ignorons tout ce qui con- 
cerne sa jeunesse et son éducation ; car les sources 
historiques font pour la première fois mention de lui, 
quand Berthold IV, étant devenu duc de Zaehringen, 
confirma, le 4 juin 1 152, toutes les donations que ses 
ancêtres avaient faites à l'abbaye de S. Pierre, dans la 
Foret-Noire ; il rapporte dans ce diplôme que sa mère 

(1) Gisleberti chronicon, n° 93 et 94, Annales Argentinenses apud 
Boehmer : Fontes rerum Germanicarum, t. II, p. 76, Messager des 
sciences historiques, 1841, p. 92. 



— 134 — 

Clémence approuva cette donation et que ses frères 
Raoul, Adelbert et Hugues y consentirent cum con- 
sensu filiorum suorum, videlicet Rodolfi, Adilberti, 
Hugonis ( x ). 

Ce premier acte de la vie publique de Raoul est tout 
à son honneur; mais il n'en est pas de même de celui 
qu'il posa, huit années plus tard. 

L'archevêque de Mayence, Arnold, ayant été lâche- 
ment assassiné le 24 juin 1160, Raoul ne craignit pas 
de se rendre complice de cet attentat sacrilège; il se 
laissa imposer au choix du clergé, accepta une élection 
qui n'était le résultat que de la violence, et, pour se 
maintenir sur un siège si honteusement acquis, il 
n'hésita pas à dilapider le trésor de sa cathédrale. 

Mais il faut nous arrêter ici et nous demander : Est- 
il bien démontré que celui qui par une intrusion vio- 
lente, s'empara du siège archiépiscopal de Mayence en 
1160, soit le même Raoul de Zaehringen qui devint 
évêque de Liège en 1167? 

Pour donner à cette question une réponse sûre et 
complète il importe de consulter avant tout les histo- 
riens contemporains. 

F. Boëhmer a publié pour la première fois, dans ses 
Fontes rerum Germanicarum, t. m, p. 270, une rela- 
tion de la pie et du martyre d'Arnold, archevêque de 
Mayence. Elle est à la fois une source historique de 
premier ordre et l'un des plus beaux spécimens de la 
littérature du moyen-âge. L'auteur du Martyrium 
Arnoldi n'est pas nommément connu, mais il fut bien 
certainement un contemporain de l'archevêque, le 
témoin de sa vie et de sa mort. Il nous fait le portrait 
d'Arnold, décrit de la façon la plus minutieuse ses 
vêtements épiscopaux, connaît tous ses faits et gestes, 
sait ce qu'il disait à ses confidents les plus intimes, 

(1) Schannat, Vindemiae literar, p. i63. Schoepflin. Historia Zaringo- 
Badensis, t. v, 97. 



— 135 — 

raconte les péripéties de sa mort tragique dune manière 
tellement circonstanciée, qu'on est tenté de se demander 
comment il les a pu connaître. S'il entreprend d'écrire 
l'histoire du « vénérable martyr, » c'est parce que 
l'amour, qu'il lui porte, le lui commande, jubente 
caritate, et dans sa narration il ne suivra d'autre guide 
que la vérité, magistra veritate. 

Cette biographie est donc bien certainement l'œuvre 
d'un contemporain, et c'est avec raison que Boëhmer 
émet l'avis qu'elle a été rédigée entre les années 1 163 
et 1177; d'une part, en effet, il y fait mention du châti- 
ment que l'empereur infligea en n63 à la ville de 
Mayence en punition du meurtre de l'archevêque; et 
d'autre part on y parle du pape Alexandre III et de 
l'antipape Victor IV, comme on n'en aurait certes pas 
parlé, après les événements de 1177 ( x ). Léonard Nohl- 
manns (Vita Arnoldi de Selenhoven Bonn 1871) et 
Cornélius Will (Regesta archiepiscoporum Magunti- 
nensium, t. 1, p. lxxix) fixent la date de cet écrit aux 
années 11 63 et 1164. 

Or, voici comment cet auteur rapporte l'élection de 
Raoul : 

Perpétra to hoc scelere (2), aliud sibi creare satagunt scelerati, 
nullam clericis quorum intererat eligendi licenciant concedentes. 
Assumptoque quodam Rudolpho cognomine Clobelouch, fratre sci- 
licet ducis Geringie (3) eum in sedem collocant, adhuc occisi presu- 
lis sanguine fumigantem. Hoc autem factum est ut possent ulcio- 
nem imperatoiiam quam quidem meruerant evitare. Erat enim 
idem Rudolphus vir potens in amicis, ipsius imperatoris consangui- 
neus propinquus. 

Hicpro investitura regalium et consecratione sua et pallio acqui- 
rendo, quod est pontificalis honoris insigne, consilians (4) et pertrac- 

(1) Bœhmer: Ouvrage cité, t. III. Introduction, p. xlvii et p. 293. 

(2) Tout ce passage ayant été reproduit dans la chronique de Chré- 
tien, archevêque de Mayence, nous indiquerons les variantes des deux 
textes. 

(3) ducis Ceringie Frederici, apud Christianum Moguntinum. 

(4) consultans. 



— 138 — 

« 

tans quia sumptus ad promptum non habentur (i) unde possint 
res (2) acquiri, quibus in honore suo acquisita (3) dignitas obtirieri et 
obtenta valeat observari (4). Et (5) ad nutriendum ignem sumptuose 
ambicionis quasi lignorum stuem secreciores consiliarii consilia 
subministrant. Thésaurus ecclesie nimius et inutilis perhibetur. Ad 
quid enim grues argentée ad fumigandumaltare? Possent altaria et 
ecclesia tota thurificari thuribulis cupreis habundanter. Item ad quid 
calices aureiet gemmati tante quantitatis ut in eis non valeant diurna 
misteria celebrari? Hec et similia consilia placuerunt. Que eo pote- 
rant facilius et cicius adimpleri, quo (6) percusso pastore grex dis- 
persus jam abierat vagabundus. Rudolphus ergo jam dictus episco- 
pus nominatur (7) disponens (8) itineri suo, brachium ab illa magna 
cruce que Genna vocabatur (9) quam quondam Willegisus Mogun- 
tinensis archiepiscopus, gerens curam régis, videlicet Ottonis III et 
regni per annos très, ex tributo Longobardorum sibi deputato, vi- 
delicet annuo mille et ducentis libris auri purissimi, fusili opère 
fleri fecit ex auro purissimo, in cujus summitate celatum erat: Auri 
sexcentas habet hec crux aurea libras(io), ad usus necessarios ampu- 
tavit, fideliter promittens se reparaturum brachium equalis ponde ris 
et valoris, si peracto negocio prosperum iter ei faceret Deus. 

Profiscitur versus Romam. Sed prevolaverat fama ad Curiam, 
que facta fuerant manifestans. Et venerabilis Papa tactus dolore- 
cordis intrinsecus de morte crudelissima archiepiscopi et de insania 
intrusionis Rudolphi, per manum laicam, et eorum maxime qui 
crimen homicidii perpetrarunt, ipsam intrusionem, intrudentes cum 
intruso, excommunicationis anathemate condempnavit. Rudolphus 
Clobelauch (1 1) ad curiam Romanam non pervenit; in via diem clau- 
sit extremum, procul dubio ejus crucifixi occisus brachio cujus bra- 
chium amputavit. » 

(1) quando... non habentur in promptu — non habcrentur. 

(2) res hujusmodi. 

(3) acquisitis. 

(4) valeret conservari. 

(5) ei. 

(6) quod. 

(7) nominatus. 

(8) disponensque. 

(9) Benna. 

(10) Toute cette parenthèse a été omise par Chrétien, archevêque de 
Mayence, parce qu'il avait déjà donné une description détaillée de cette 
croix fameuse, en énumérant les richesses de son église cathédrale. 

(11) C'est un surnom donné à Raoul et qui est synonyme d'avare. 



— 137 — 

Tel est le récit que l'écrivain anonyme nous a tracé 
de l'intrusion de Raoul ; Chrétien, archevêque de 
Mayence (1249-1251) Ta inséré littéralement dans sa 
chronique ( l ) sans y rien changer, bien qu'il n'éprouvât 
guère de sympathie pour son prédécesseur Arnold ; il 
n y a ajouté que le nom du duc de Zaehringen, frère 
de Raoul : il l'appelle Frédéric, mais cette dénomina- 
tion est manifestement fautive, puisqu'il n'y eut pas de 
ducs de Zaehringen qui portèrent ce nom. 

Les Annales Disibodenbergenses ( a ) s'occupent aussi 
de l'intrusion de Raoul. Entendons-les, puisque sans 
nul doute elles émanent de la plume d'un contemporain. 

MCLX. Scelere peracto, sceleris auctores cum clero, licet coacto, 
Rudolfum iilium Cunradi ducis de Zeringen episcopum substituerunt, 
postposita fide quam prius in manus imperatoris dederant. Tem- 
poribus Ottonis hujus nominis tercii imperatoris prefuit ecclesieMo- 
guntine Willegisus archiepiscopus... Hic fecit crucem auream et in 
monasterio S. Martini posuit eam. Patibulum erat cypressinum, la- 
minis aureis et lapidibus preciosis super intectum, ymago aurea, ut 
dicit versus in eadem fabricatus. Auri sexcentas tenet hec crux au- 
rea libras. Hujus ymaginis alterum pedem Marcolfus episcopus tulit et 
Romam pro pallio misit. Alterum cum cruribus Arnoldus episcopus ac- 
cepitetHermahnocomiti Palatino cum ea rebella vit. MCLXI. Totum 
quod residuum fuit supradictus Rudolfus cum beneplacito Mogun- 
ciensium sumpsit et placaturus sibi et illis imperatorem, Longobar- 
diam pergit. Sed frustra perrexit, quia Cunradus palatinus alium 
nomine Christianum episcopum levavit, et rex munera Rudolphi et 
aurum sprevit. Sicque Moguncienses cum suo episcopo delusisunt (3). 

Une autre chronique contemporaine Chronicum 
Sampetranum (éd. Stûbel in Geschichtsquellen der 
Prov. Sachsen. Erfurt I. 3i) rapporte les mêmes faits : 

a Qui (Mogoncienses) tam gravem sui casus damnationem parvi- 
dentes vel pocius dissimulantes, Rudolfum Bertholdi ducis Germa- 

(i) Voir Bœhmer, ouvr. cité, t. n, p. 263. 

(2) L'abbaye de Disibodenberg est située dans le comté de Sponheira, 
à deux milles au nord-ouest de Creuz*- 

Ses Annales ont été publiées par Bœhmer : Fontes rerum germani- 
carum, t. n, p. 173-217. 

(3) Fontes germanicaru m, t. 11. p. 215. 

18 



— 138 — 

num, sibi presulem eligerunt, quo contra Conrardus palatinus ac 
Ludewigus lantgravius II II kal. Nouembris apud Frankenfurt, 
suffraganeorum episcoporum ac Treverensis legati apostolki non 
presencia, immo legacione freti, Christianum Merseburgensem pre- 
positum, paucis arbitris episcopum constituerunt 

Apud Laudam civitatem XII kal. Julii Victor papa generali habita 
synodo, présente imperatore Friderico, Rodulfum Mogontinum 
electum et Christianum superelectum, utrosque ecclesiastica censura 
deposuit ac Cunradum, Ottonis Norricorum palatini comitis germa- 
num, prefate sedi intronisavit. 1168 Rudolfus, quem Mogontini 
post necem Arnoldi episcopum elegerant, cum apud Alexandrum, 
qui et Rulandus, diu exulasset,in graciam imperatoris rediit, a quo 
Leodiensi ecclesie est prefectus episcopus (1). 

Gislebert de Mons qui écrivait sa chronique vers la 
fin du XII e siècle, et qui avait eu des rapports fréquents 
avec les évêques de Liège, parlant de Clémence, la 
femme du duc de Zaehringen dit : 

Ducissa vero très filios habuit, Bertholdum ducem Ceringhiorum, 
principem potentissimum, et Radulphum Leodiensem episcopum 
qui antea in archiepiscopatum Magontinensem electus fuerat et Hu 
gonem comitem... Fredericus autem romanorum imperator timens 
vires ducis Saxonum et ducis Ceringhiorum... ad eorum vires mi- 
nuendas Radulphum predictum in sede Magontinense electum ab 
illa dominatione amovit; quare Rodulphus auxilio avunculi sui 
Henrici Comitis Namurcensis et Luscebeborch, ad dignitatem Leo- 
diensis episcopatus pervenit (n° 94). 

Entendons enfin Gilles d'Orval dans sa chronique 
des évêques de Liège : 

Electus est apud Leodium Radulphus,... frater scilicet Bertoldi 
Cyringie ducis et Conràrdi et Alberti, mediante avunculo suo co- 
mité Namucensi Henrico, qui Radulfus apud Maguntiam exstiterat 
archiepiscopus post Henricum et Arnulfum. Sed quia avaritie pie- 
nus Bennonem destruxerat, ut dicitur, scilicet quamdam statuam 

auream confregit et aurum expendit et consanguineis et amicis 

suis divisit — idcirco eum ab episcopatu cedere oportuit (2). 

(t) Chronicon Sampetranum, 3i et 33. 
(2) Pertz. Monumenta, XXV, p. 108. 



— 439 — 

Tous ces témoignages d'écrivains contemporains, 
s'accordent à dire ,que celui qui s'empara du siège 
archiépiscopal de Mayence après le meurtre d'Arnold, 
était un membre de la famille de Zaehringen, ayant 
nom Raoul, fils de Conrard IV, (Annales Disiboden- 
bergenses, Gislebert, Gilles d'Orval), et frère du duc 
régnant de Zaehringen Berthold IV, (martyrium Arnoldi 
et Chronicon Sampetr.) 

Or, en 1160, il n'y avait dans la famille de Zaehrin- 
gen aucun autre membre du nom de Raoul, fils de 
Conrard IV et frère de Berthold IV, si ce n'est celui 
qui devint évêque de Liège. Par conséquent on est 
forcé d'admettre que l'intrus de Mayence et l'évêque 
de Liège sont un seul et même personnage. 

Berthold II (f 1111) eut, il est vrai, un fils portant 
le nom de Raoul, mais il mourut en bas-âge, comme 
l'atteste son épitaphe dans l'abbaye de S. Pierre dans 
la Forêt-Noire. « Bertholdus et Rudolphus filii Ber- 
tholdi II in adolescentia defuncti. » 

Cette identité nous est d'ailleurs positivement affir- 
mée par le Chronicon Sampetranum, d'une part, par 
Gislebert et Gilles d'Orval d'autre part, et les historiens 
de notre pays méritent d'autant plus de créance, que 
vraisemblablement ils n'ont connu les événements de 
Mayence, que parce qu'ils se rapportaient à Raoul, 
évêque de Liège. 

Ceci posé, il en résulte aussi, que le biographe 
anonyme d'Arnold fait erreur, lorsqu'il raconte que 
Raoul serait mort en voyage en se rendant à la Cour 
romaine : ad curiam romanam non perpenit, in via 
diem clausit extremum. Cette erreur ne doit pas nous 
surprendre ; car l'auteur a pu être mal informé des 
choses qui se passaient en Italie, à des centaines de 
lieues de distance, et il a rédigé son histoire avant que 
Raoul ne devint évêque de Liège. 

Nous pouvons d'ailleurs prouver de la manière la 
plus certaine, que l'intrus de Mayence ne mourut pas 



— 140 — 

en Italie, lorsqu'il se rendait auprès de l'empereur 
Frédéric I et de l'antipape Victçr IV, pour obtenir 
d eux la confirmation de son élection, et voici comment : 
• Raoul doit avoir entrepris ce voyage en Italie , 
immédiatement après son élection, vers la fin de 
l'année 1160 ('), ou bien au commencement de l'année 
1161, avant le 20 juin. Il était en effet de son intérêt 
de se hâter le plus possible, afin de prévenir tous les 
compétiteurs ; et il ne pouvait plus guère espérer 
d'obtenir l'assentiment de l'empereur, après le 20 juin 
1 161, puisqua cette date, un synode tenu à Lodi par 
Victor IV et Frédéric I avait prononcé contre lui une 
sentence de déposition et préposé à l'archevêché de 
Mayence/Conrard de Wittelsbàch, le frère du comte 
palatin Otton ( 2 ). Quand bien même Raoul n'eût pas 
perdu tout espoir à la suite de cette condamnation, son 
voyage en Italie doit néanmoins avoir été antérieur au 
moisde juin 1 i62,puisqu'à cette date l'empereur et l'anti- 
pape quittèrent la Lombardie pour revenir en Allemagne. 
Or, il existe un document qui est certainement pos- 
térieur à tous ses événements, et qui constate que 
Raoul vivait et continuait à briguer l'archevêché de 
Mayence. Ce document est une lettre écrite par le duc 
de Zaehringen Berthold IV au Roi de France, pour 
qu'il voulût bien appuyer auprès du pape légitime 
Alexandre III, la nomination de son frère Raoul. 
Voici le texte de cette pièce diplomatique. 

Gloriossimo et Victoriossimo dei gratia Franconum régi Ludovico 
B. duce Burgundiae(3),cum devotissimo servitio fidelissimam dilec- 
tionem. 

(1) Conf. Annales Disibodenses ad annum 1161 loco supra citato et 
Christiani chronicon Mogentinum. Boëhmer. Fontes n, 264. Profiscitur 
Rudolfus versus Romam. Sed praevolaverat fama ad curiam, quse facta 
fuerant manifestans. 

(2) Chronicon Sampetranum loco citato. 

(3) Il est certain que les ducs de Zaehringen, Conrad et Bnthold IV, 
s'intitulèrent ducs de Bourgogne. Conf. Bœhmer : Fontes rerum ger- 
manicarutn, t. 111, 77 et 602. 



— 141 — 

Probatissimae et indefessae fidei vestrae benignitatis, quam om- 
nibus tam alienis quam consanguineis secundum regalem munifi- 
centiam vestram exhibere consuevistis, nos quoque immunes ne- 
quaquam existere, eo quod de eodem sanguine (si vestra excellentia 
non dedignatur) descendimus, primum confidimus : nos quoque 
per omnia prout voluntas vestra nobis iniunxerit, servire vobis et 
obsequi absque omni exceptione parati sumus. Proinde super hoc 
quod Imperator noster, potius vero ecclesiarum legumque destruc- 
tor, vobis regnoque vestro ex fastu suae adnimadversionis tam 
minaces terrores kicutere molitur, si quandoque (quod absit) minas 
suas ad effectuai perducere voluerit, vestra noverit serenitas et cer- 
tissime sciât, nos cum omnibus amicis et fidelibus nostris, nec non 
cum aliquibus etiam majoribus Teutonicis principibus, quorum 
plures pro nostro amore, vel ex consanguinitatis debito, plures 
etiam ex Imperatoris odio, fautores habebimus, vestrae parti consi- 
lio et auxilio, prout discretio vestra dictaverit, devotissimos esse et 
paratissimos. Nacta igitur opportunitate dilectissimum fratrem nos- 
trum Radulfum non qualitercunque, sed canonica electione (quod 
vos latere non credimus) in Archiepiscopatu Moguntino investitum, 
sed a praefato Imperatore nostro, (qui ob nostri generis odium alium 
superintrusit) valde aggravatum gratiae vestrae manutendum trans- 
mittimus et committimus, plurimum deprecantes, ut in omnibus 
negotiis ipsius et apud Dominum Papam Alexandrum et ubique 
prodesse velitis, ut quandoqus per vestràm et apostolicam auctori- 
tatem restitutus et stabilitus, nos et ipse cum omni parentela nostra 
et amicis tantis benificiis vestris condigne respondere possimus, et 
eo devotius, quanto vos in ipsius auxilio benigniorem exhibueritis. 
De cetero vero quidquid idem frater noster vobis viva voce ex per- 
sona nostra retulerit, nobiscum ratum et firmum absque omni am- 
biguitate noveritis. (Freher, rerum germanic. script. I, 427.) 



Cette lettre, postérieure à l'élection de Conrard de 
Wittelsbach, « ob nostri generis odium alium superin- 
trusit » postérieure à l'arrivée en France du pape 
Alexandre III (Février 1162) et aux menaces que l'em- 
pereur Frédéric adressa au Roi de France pour le 
détacher de l'obédience de ce pontife (Avril 1.162) 
« vobis regnoque vestro minaces terrores incutere 
molitur, ?> ne peut dater que de la seconde moitié de 
l'année 1 1 62 ; et comme elle a été écrite en faveur de 
Raoul, l'archevêque intrus de Mayence, elle établit 



— 142 — 

victorieusement que celui-ci n'était pas mort en Italie 
avant cette époque ( x ). 

Si donc Raoul s'est rendu en Lombardie auprès de 
Frédéric Barberousse, il est clair qu'il n'y a pas fait un 
long séjour. Se voyant rebuté et par l'empereur et par 
le pape Victor IV, (20 juin 1161) (*), il sera revenu près 
de son frère Berthold, et muni de la lettre de recom- 
mandation que nous venons de transcrire, il se rendit 
à la cour d'Alexandre III, afin de rallier à sa cause ce 
Pape légitime. C'est ce que rapporte expressément 
le Chronicon Sampetranum « Rodulfus, cum apud 
Alexandrum diu exulasset. » Mais cette démarche ne 
devait pas avoir plus de succès que celle qu'il avait 
tentée auprès de l'antipape; car Alexandre III ne tarda 
pas à reconnaître les titres de Conrard de Wittelsbach 
(1164); il le fit sacrer à Rome, le 18 Décembre n65, et 
le créa cardinal le 18 Mars 1166. Dans Tentretemps la 
famille de Zaehringen et Raoul s'étaient réconciliés 
avec l'empereur ( 3 ). Nous voyons en effet le duc Ber- 
thold assister à une diète impériale tenue à Ulm pen- 
dant le carême de 1 164 ( 4 ), et s'enrôler sous la bannière 
impériale pour la quatrième expédition en Italie ( 5 ). 

Il est permis de croire que Raoul de Zaehringen, 
éconduit de toutes parts, se sera désisté de ses préten- 
tions au siège de Mayence; toujours est-il qu'il ne 
parvint pas à l'occuper alors même que Conrard de 
Wittelsbach en eut été démis par l'empereur ; car ce 
fut le chancelier Christian de Buch (septembre n65), 
qui obtint la préférence. 

Raoul devait mieux réussir pour l'Evêché de Liège. 

(1) Cronicon sampetranum loco citato. 

(2) Annales Disibodenses, loco citato. 

(3) Chronicon sampetranum 

(4) Otto Sanblasianus apud Boehmer, Fontes rerumgerman.,111, 897. 

(5) Jean d'Outremeuse rapporte la même chose de Raoul. Ensi fut 
Radulphe priveis del archevesqueitt de Maienche, si alat servir à l'empe- 
reur Frederis en armes ; car ils astoit armeure de fier : et servit si bien 
et tent qu'il le proveit del englise de Liège, vacante par la morte l'evesque 
Alexandre, t. iv, p. 453. 



— 443 — 

L/évêque de Liège, Alexandre II, mourut à Rome 
le 9 août 1 1 67 : ses dépouilles mortelles furent ramenées 
à Liège et inhumées dans la cathédrale de S. Lambert. 
Le chapitre se réunit pour l'élection d un successeur, 
et grâce à l'influence du comte de Namur, son oncle, 
Raoul de Zaehringen obtint les suffrages des chanoines 
de S. Lambert. L'autorité de l'empereur ne fut pas 
étrangère à ce choix : le Chronicon Sampetranum l'af- 
firme positivement « in gratiam imperatoris rediit a 
quo Leodiensi ecclesie est prefectus episcopus. » D'ailleurs 
Frédéric se trouvait en lutte ouverte avec le Pape ; il 
lui importait beaucoup de placer de ses partisans sur 
les sièges épiscopaux vacants. Aussi voyons-nous le 
nouvel évêque de Liège, jouir de toute la confiance de 
l'Empereur, se montrer, en toutes circonstances, un des 
plus fervents et des plus dévoués défenseurs de la cause 
impériale et du schisme, malgré les anathèmes du pape 
Alexandre III. 

Les écrivains contemporains se contentent d'indiquer 
l'année de l'élection de Raoul '1167, m ais ils ne nous 
en font point connaître la date précise. Essayons de la 
fixer approximativement. D'une part, il fallait bien 
un mois et demi ( x ) pour que la nouvelle certaine de 
la mort d'Alexandre II (9 août 1 167) arrivât de Rome à 
Liège, et pour que le chapitre de S. -Lambert pût faire 
les préparatifs de l'élection. D'autre part, les Gesta 
abbatum Trudonensium nous assurent que l'élection de 
Raoul s'est faite durant la 1 2 e année de prélature de 
l'abbé de S. Trond, Wiric. (i cr Décembre 1166 au i er 
Dec. 1167) En réunissant ces deux données, nous 
pouvons en inférer que Raoul fut élu prince-évêque de 
Liège entre le 25 Septembre et le i er Décembre 1167. 

Raoul ne reçut pas incontinent la consécration épis- 
copale ; car les chartes liégeoises de l'année 1 168 portent 

(1) Henri 1 1 était mort à Pavie y le 6 octobre 1164 ; son corps n'arriva 
à Liège que le 3o octobre. 



— 144 — 

cette mention : Radulpho Leodiensi electo ( l ). Il est 
même une charte de René, prévôt de la collégiale S l - 
Paul, datée de 1 169, qui contient cette indication^). Pour 
expliquer ce retard, il suffira de remarquer que l'arche- 
vêque de Cologne, métropolitain de Liège, était mort à 
Rome, le 14 Août 1167, et que son successeur, Philippe 
de Heinsberg ne fut sacré que le 29 Septembre de 
Tannée suivante. Quoi qu'il en soit, le sacre du nou- 
vel évêque de Liège doit s'être accompli dans le courant 
de l'année 1169, avant le mois d'août, et peut-être la 
consécration de l'oratoire de S 1 Jacques dans le monas- 
tère de S. Laurent, le 22 avril 1169, fut-elle un des 
premiers actes de son ministère pontifical ( 3 ). 

Telles sont les questions préliminaires que nous 
devions élucider, avant de donner les Regesta de 
Raoul de Zaehringen comme évêque de Liège. 

Raoul de Zaehringen gouverna la principauté et le 
diocèse de Liège pendant 24 ans. Il eut le grand tort 
d'adhérer au schisme que l'empereur Frédéric Barbe- 
rousse avait suscité dans l'Eglise, en opposant au Pape v 
légitime Alexandre III, un antipape Victor IV, et puis 
Pascal III; mais. s'il fut complice de la faute, il prit 
aussi part à la réconciliation (1177), et sur l'invitation 
d'Alexandre III, il se rendit au Concile Œcuménique 
de Latran. 

Il est difficile de dire jusqu'à quel point sont fondées 
les accusations de simonie qui pèsent sur la mémoire 
de Raoul. Les récits de l'écrivain anonyme de la vie 
dOdile, et de Gilles d'Orval fourmillent d'invraisem- 
blances et d'exagérations manifestes ; mais d'autre part 
il résulte des témoignages moins passionnés et plus 

(1) Charte de Godefroid duc de Lorraine en faveur des bourgeois de 
Tirlemont. Messager des sciences et des arts de la Belgique, v, 159; 
convention entre les abbés de S. -Jacques et de S.-Laurent. Galiia chris- 
tiana, m, 972. 

(2) Bulletin de l'institut archéologique Liège, xii, 240. 

(3) Une charte du Cartulaire de S.-Laurent de 1170 porte anno ordi- 
nationis ejus secundo. 



— 445 — 

impartiaux de Gislebert de Mons et du chroniqueur 
de Neumoustier qu a cette époque la simonie avait in- 
fecté la collation de quelques bénéfices ecclésiastiques. 
S'il y eut faute, Raoul la répara en concourant avec le 
cardinal-légat Henri d'Albano, à l'extirpation de la 
simonie, et en prenant la Croix pour la délivrance des 
lieux saints. 

Dans les autres actes de son règne, Raoul se montra 
bon prince et évêque vigilant. Il assura la sécurité et la 
paix de la principauté par la guerre qu'il fit au comte 
de Looz et les mesures qu'il prit contre les incendiaires, 
les usurpateurs des biens ecclésiastiques, les violateurs 
des cimetières, etc. 

Il augmenta les possessions de la Principauté, et 
c'est grâce à lui probablement que le comté de Looz 
devint un fief de l'Eglise de Liège. 

Comme évêque, nous le voyons remplir tous les de- 
voirs de son ministère. « On peut prouver par les chartes 
que chaque année le prince évêque tenait un synode 
général, et dans ce synode se traitaient les affaires du 
diocèse comme celles de la principauté. Il remplissait 
par lui-même toutes les fonctions de Tordre épisco- 
pal ( x ), » telles que les ordinations, les consécrations 
d'églises, les translations des reliques ; il prit à cœur de 
favoriser et d'accroître le culte des saints, de S. Trudon 
à St-Trond, de S. Lambert à Liège, de S. Domitien et 
de S. Mengold à Huy ; enfin il accorda sa protection à 
toutes les institutions ecclésiastiques de son vaste 
diocèse. 

(i) Daris, Notices iv, 180. 



10 



— 146 — 

1167 
Indiction XV. annék de pontificat 1. 
Octobre-Novembre 
Raoul de Zaehringen devient évêquede Liège. 

Succedit Alexandre) Rodulphus (Lamberti Parvi annales apud 
Martène et Durand Amplissima Gollectio. V, 1., Pertz. Monu- 
menta scr. XVI, 645-651, et les publications des Bibliophiles Lié- 
geois, n° 12, p. 41.) 1 167. Succedit Rodulfus. (Annales S. Jacobi 
Leodiensis. Pertz, XVI, 635-645 ; Bibliophiles Liég., n° 12, p. 21). 
Hoc anno (1168) archiepiscopus Philippus Coloniensis, Radulfus 
Leodiensis episcopus eliguntur (Chronicon Brev. Leod. apud Mar- 
tène Thésaurus anecdotum, III, 1425. Pertz, IV, 20-28) Anno 
igitur Domini 1167, Alexandro Leodiensi episcopo defuncto, succe- 
dit ei Rodulfus in episcopatu, anno praelationîs domni Wirici ab- 
batis 12 ( Gesta abbatum Trudonensium, Continuatio II, lib. III, 
n° 12 apud Migne Patrol. Latin. CLXXIII, 252. Pertz, X, 2i3- 
448, Bibliophiles Liégeois, n° 10.) Post Alexandrum successit Ra- 
dulphus qui ecclesiae npstrae satis exstitit favorablis. (Historia 
Monasterii S. Laurentii Leod. apud Martène Ampl. Coll. IV, 
1029-1093.) Radulphus auxilio avunculi sui Henrici comitis Na- 
murcensis et Lusceleborch ad dignitatem Leodiensis episcopatus 
pervenit. (Chronicon Gisleberti, n° 94. Baron de Menilglaise dans 
les Mémoires de la Société hist. et littéraire de Tournay, 1873 et 
1874. Recueil des historiens de France, XIIT, p. 6.) Rodulphus vir 
secundum seculi dignitatem non infimus, frater scilicet Bertholdi 
Cyringie ducis ac Conrardi et Alberti mediante avunculo suo comité 
Namucensi Henrico et aliis cognatis suis viris nobilibus electus est 
in Leodiensem episcopum , vir acri ingenio et saeculari prudentia 
callens. Qui valde laudi dignus existeret si quod gratis acceperat 
gratis dedisset. (iEgidius Aureae Vallis cap. XLVII apud Chapea- 
ville. Gesta Pontif, Leod, II; Pertz, XXIII, 108.) Apud JLeo- 
dium electus est hoc anno in episcopum Rodulfus, frater Ber- 
tholdi Zeringiae ducis et Conrardi et Alberti, mediante avunculo 
suo comité Namurcensi Henrico. (Albericus monachus Novi Mo- 
nasterii. Leibnitz. Access, hist. Hannoverae i658, Pertz, XXIII, 
63i.) 



- 147 — 

n68 

Indiction I. année de pont. 1 et 2. 

10 Juillet. Wurzbourg ' 

Raoul assiste à une diète impériale. 

Anno MCLXVIII, indictione romanorum prima, in mense Julio, 
Fredericus I conventum principum solemnem in civitate Franco- 
rum Wurzburg celebravit in quo isti principes propriis comparue- 
runt personis cum ipso imperatore sentientes.... Rudolphus Leod. 
episcopus.... Ludovicus cornes de Lone (Trithemii Annales Hirsau- 
gienses I, 459.... Binterim Deutsche Concilien, I, 1 16. Stumpf.Die 
Reichskanzler, n° 4095.) 

Octobre-Novembre 5 

Raoul député par l'empereur auprès du roi d'An- 
gleterre. 

Vénérant ad regem angliae nobilissimi Alemaniae et spectabiles 
legati. Dux scilicet Saxonum.... coloniensis electus et Leodiensis 
episcopus multa ambitione et fastu missi ab imperatore Frederico, 
multa ex Alemannia adversum Francorum spondentes auxilia, mul- 
tisque tentantes moliminibus qualiter Regem angliae in schismatis 
sui partem inducerent et ob favorem ipsius Regnum Francorum 
cum bellico apparatu intrarent. Rex autem praedictos legatos cum 
multo suscepit honore responsis prudentibus et blandiloquiis satisfa- 
ciens, ipsosque abeeuntes prosecutus est multis gratiarum actionibus, 
pretiosis honoratos muneribus. 

(Gervasius Dorobernensis. Chronicon de rébus angliae. Recueil 
des Hist. des Gaules, XIII, 1 3 1 . Auctarium Roberti de Monte. 
Migne, CLX, 507.) 

Non multo post (29 Septembris) in legàtione imperatoris regem 
angliae Philippus Coloniensis adiit. (Godefridus Coloniensis. Bœh- 
mer. Fontes rerum Germanicarum, III, 442.) 



} 



— 148 — 

« 

1169 
Indiction H. année de pont. 2 et 3 

22 Avril. Liège 

Raoul consacre un oratoire dans le monastère de 
S. Laurent. 

X kal. Maii consecratum est oratorium S. Jacobi in monasterîo 
S. Laurentii (Hist. hujus monasterii!) 

11 Août. St Trond 

Raoul transfert solennellement les corps des Saints 
Trudon et Eucher. 

Inventis corporibus SS. Trudonis et Eucherii unanimi om- 
nium monachorum voluntate hoc decreto ut transferrentur, Ro- 
dulphum episcopum qui tune Leodiensibus presidebat adiit Wiri- 
eus abbas monasterii Trudonensis, eumque et sapientiores et primos 
ecclesie ejusdem quid sibi super hoc negocio agendum esset, consu- 
luit. Qui audita tam jocunda insperate rei relatione, immenso ora- 
nes gestierunt gaudio. Anno ergo incarn. Dom. 1 169... anno épis- 
copatus Rodulphi Leod. episc. 3°, ipso die translations eorum 
(XI Augusti) facta est solempniter corporum eorumdem sanctorum 
elevatio et translata sunt secundo. Affuerunt eodem die cum épis- 
copo major ecclesie prepositus idemque archidiaconus Heynricus, 
Bruno et Rodulphus archidiaconi abbates et comités et secularium 
dignitatum potentes quamplurimi, populi preterea utriusque sexus 
multitudo innumerabilis. Episcopus ipse sacerdotalibus indutus 
ornamentis clericisque qui letaniam psallebant eum preeuntibus, 
cum sanctorum ministrorum ordine ad locum reverenter accessit, 
et cum magno cordis contritione et animi spirituali exultatione 
eorum corpora elevavit, que ad spectandum populo in medio mo- 
nasterii prolata, in scrinio auro argentoque insigniter fabricato sunt 
recondita. Quo facto, abbate ipso chorum régente, sollempniter 
de eisdem sanctis inchoata est missa et ab episcopo decenter décan- 
ta ta. Post canonem autem sollempni decreto instituit, ut dies 
translations eorum denuo festiva exultatione ab omnibus hune 
locum incolentibus celebris ageretur. (Gesta abbatum Trudonen- 
sium Continuatio II, lib. 4, n os 2 et 3.) 



— 440 — 

15 Août. Aix-la-Chapelle 6 

Raoul assiste au couronnement de Henri VI et re- 
çoit en engagère un fief situé à Herstal. 

Fredericus filium suum Henricum in regem sublimavit in die 
Assumptionis B. Mariae; interfuit Rodulphus episcopus. 

« Godefridu dux Lotharingiae oppignoravit Aquisgrani pro 
trecentis marris Rodulpbo Leod. episc, in presentia principum et 
totius curiae, per manum Imperatoris, benefirium ducatus sui, 
quod situm est in villa Harstallii (Herstal), et idem episcopus illud 
in potestatem suam contraxit et quiète possedit. » 

(Charte du 29 septembre 1171. Apud Chapeaville. Qesta episc. 
Leod. II, 121.} 

Liège 7 

Raoul donne à labbavè d'Aine lavouerie de Vis- 

a/ 

court. 

In nomine Domini, ego R. Dei misericordia ecclesie Leodiensis 
episcopus omnibus in successione fidelibus. Pontificalis honoris 
commoniti moderamine servorum Dei utilitatibus vigilanter super 
intendere, notificamus cunctis in evum successoribus Walterum 
cognomento Gallum advocationem quam in territorio de Viseur ex 
parte uzoris sue Agnes possidebat> cum ipsa uxore et lil>ens suis, 
ore proprio et comparium suorum judicio, sibi abjudicatam in manu 
Johannis de Martines de quo eam tenebat ad usus Alnensis ecclesie 
reportasse, retento sibi paucorum jure rusticorum sub eadem advo- 
catione terrain ppssidentium, donec ipsa terra ad prefate ecclesie re- 
vertatur dominium; Ipsum quoque Johannem simili modo sibi 
abjudicatam Gerardo advocato de Tuin ad similes usus reddidisse 
liberam. Quam advocationem ipsi Gerardo et omnibus possessori- 
bus et heredibus in facie curie mee nichilominus légitime abjudica- 
tam jamdicte Alnensi ecclesie nullo reclamante libère et absque 
ulla exactione perpetuo tenendam contradidi. Omnemque simul 
protectionem ac defensionem promittens, prevaricatores anathema- 
tis vinculo innodavi, et presentem paginam sygilli mei auctoritate 
communiens testibus subnotatis confirmavi. Testes : Amalricus et 
Balduinus archidiaconi. Ribertus cantor Sancti Lamberti. Alexan- 
der canonicus Sancti Dyonisii. Gerardus de Tuin et frater ejus 
Go<}efridus. Walterus de Castelin. Walterus de Curth. Gerardus de 
Asunie. Arnulfus de Hoyo. Hugo de Marbais. Arnujfus de Nalines. 
Matheus de Montegni. Actum anno Incarnati Verbi M C° lx°. viiij, 
indictione secunda. 

(Cartulaire d r Alne, fol. xlviij v° xlix.) 



\ 



— 150 — 

8 Raoul donne au monastère de S. Gérard à Brogne 
l'église de Mettet . 

Ecclesiam de Metigne cum pertinenciis suis quam bone memorie 
Radulphus Leodiensis episcopus in proprios usus capituli pia vobis 
liberaUtate concessit. (Bulle du Pape Honorius du 23 Mars 122 1. 
Bulletin de la Société archéologique de Namur. V, 445 : conf . ibi- 
dem, p. 256 et 374.) 

1170 

Indiction III. année de pont. 3 et 4 

9 15 Mai. Mengen (près de Sigmaringen) 

Raoul souscrit comme témoin un diplôme de l'em- 
pereur Frédéric I, en faveur de Tèvêque de Goir, 
Eginon. 

(Herrgott. Genealogia diplomatica gentis Hamburgicae, II, 188. 
Tchudi. Chronicon Helveticum, 1. 85. Boemer. Regesta. 2541. 
Stumpf. 411 3.) 

10 Raoul confirme une donation faite par Albert de 
Liesen et Arnold de Strée à l'église de S. Jean Bap- 
tiste à Huy. 

In nominesancteet individue Trinitatis.Amen.Quoniam vita bre- 
vis est et rerum memoria facile dilabitur testiumdefectus testamento 
recompensari solet. Quod tanto vetustius, tanto efficacius est ad 
roborandam justiciam et veritatis munimen. Itaque ego Raulfus 
gratia dei leodiensis episcopus, utilitati et paci ecclesie consulens, 
testamento inserui, qualiter allodium de Hes, et a quibus, et a quo 
tempore ecclesie beati Johannis Baptiste, que Hoii sita est ftierit 
colla tum. Primum igitur Albertus de Liesen, quidquid in prefato 
allodio possidebat légitime et libère pretaxate ecclesie beati Johannis 
tradidit, nobilium personarum jure et more patrio tutelam adhibuit, 
quomodo oportuit abdicavit exfestucavit, nihil pretermissum est 
quod in hujusmodi negocio fieri soleat aut lex instituent. His ita- 
que gestis Arnuldus de Strees qui residuum prefati allodii possidebat 
hoc ipsum prescripte ecclesie affectavit eodem ordine, eadem via qua 
particeps ejus progrediens. Predicti autem loci advocatiam mihi et 
successoribus meis bono pacis retinui, nichil inde exigeas nisi ora- 



— 151 — 

tiones fratrum et sanctorum suffragia. Si quis autem hujus traditio- 
nis légitime violator extiterit, quod deus avertat, excommunicatus 
et sacrilegii reus habeatur, nisi digna satisfactione reconcilietur. 
Gesta sunt hec anno ab incarnatione dominica M C° LXX°, indic- 
tione III* , régnante Frederico, Raulpho administrante pontifica- 
tum féliciter. Testes hujus rei subscripti, canonici Sancti Lamberti 
Henricus de Dongleber. Walterus de Femmale. Walterus Tye- 
rase. Adelardus de Chamont, Henricus prepositus Sancte Marie 
de Hoio. Reinerus deçà nus. Johannes magister. Gislebertus. 
Walterus prepositus de Ceune. Liberi homines : Warembaldus fra- 
ter ipsuis Alberti. Walterus advocatus hoiensis.Lambertus frater ejus 
Julianus de Emevile.Godefridus frater ejus. Curuinus? de Wodem- 
mont,Winandus de Osen . Ebroinus de Sinees.Warnerus de Han. 
Balduinus de Mauel. Anthonius frater ejus. Godefridus de Herant 
Walterus de Seran. Hugo de Meanz. Godefridus Palars. Wedericus. 
de Strees. Daniel de Rameloy. Andréas de Barsines De familia 
episcopi : Arnulphus de Hoio. Teodericus de Leodio. Wedericus 
frater ejus. Adelardus de Gilermont. Bastianus de Viler. Harduinus 
villicus de Hoio, scabini Godefridus jet Libuinus. Reinzo et Sehe- 
rus. 

(Original conservé dans les archives de la famille de Méan. De- 
villers, cartulaire d'Aine, fol. 211, v°.) 

Vers 1 1 70 

Balsy 11 

L'abbaye de S. Hubert en Ardenne cède aux reli- 
gieux de S. Jean de Jérusalem, par l'entremise de Yé- 
vêque Raoul, l'église de Baisy. 

Abbaset monachi ecclesie sancti Huberti in Ardenna, ecclesiam 
de Baisui fratribus Hospitalis Jherosolomitani, per manum domini 
Raulti Leodiensis episcopi, post mortem Oliveri ejusdem ecclesie in- 
vestiti pro annuo trecensu, cum omnibus bonis et possessionibus 
suis in perpetuum concedunt. (Archives de l'Empire. Inventaires et 
documents : Monuments historiques, par M. Jules Tardif. Paris, 
J. Claye, 1866, p 3n-3i2.) 



— 152 — 

1 17» C) 

Indiction IHI. années de pont. 4 et 5 

12 Entre le 82 Août et le 89 Sept. Nimègue 

Raoul intervient à une convention entre l'arche- 
vêque de Trêves et Berthold, duc de Zaehringen. 

Arnoldus archiepiscopus Trevirensis concedit Bertholdo duci de 
Cheringa et ejus filio Bertholdo beneficium Henrici comitis Namur- 
censis, exceptis beneficiis Cononis de Mailberch, pro CCCL marcis 
puri argenti, mortuo predicto comité persolvendis. Si vero dux 
Bertholdus decedat et filius ejus infra annos remanserit, tutela ejus- 
dem pueri Radulpho Leodiensi episcopo gerenda committatur. 

Quod antem in exceptis superius beneficiis Cononis de Mail- 
berch , neque dux, neque filius ejus simulque cum eis Leod episco- 
pus (2), in praesentia Imperatoris Frederici et principum et multo- 
sum qui aderant nobilium data fide compromiserunt et ad majorem 
firmitatem Imperatorem et Leod. episcopum fide jussores interpo- 
suerunt. Acta sunt hec apud Noviomagum anno Dominice Incar- 
nationis MCLXXI indictione IV, anno regni Frederici I XX, im- 
perii vero XVIII (lege XVII). 

. (Hontheim. Hist. diplom. Trev. I, 6o5. Stumpf, ^4127. La 
chronique de S. Trond fait mention de cette diète. Contin. II, 
no 18.) 

13 29 Septembre. Liège 

Raoul donne à la Cathédrale de S. Lambert le fief 
de Herstal que Godefroid, duc de Lorraine, lui avait 
donné en engagère. 

Placuit Radulpho episcopo ut beneficium situm in villa Harstal- 
lii in vadium ei datum a Godefrido Lotharingiae duce ecclesiae 
S. Mariae Sanctique Lamberti in Leodico conferret et ad stipendia 
fratrum Deo in ecclesia eadem militantium destinaret.Ut autem am- 
pliorem roboris perfectionem traditio ista imperialis nojninis aucto- 
ritate contraheret, memoratus episcopus oppignoratum sibi benefi- 

(1) Les faits qui sont rapportés d'un évêque de Liège dans la vie de 
S. Gerlac (5 janvier 1171), se réfèrent plutôt à Henri II (1145-64) qu'à 
Raoul. 

(3) Suppléez : nihil possint. 



— 153 — 

cium in celebri totius Curiae presentia in manum Imperatoris 
reportavit, qui illud petitione ejus de manu propria in manum Hen- 
rici ejusdem Ecclesiae prepositi et jEgidii comitis de Durachio, qui 
traditionis hujus advocatus et mandiburnus institutus est, Othonis 
de Malberg et Alexandri de Noviomago, ad usus stipendiarios prae- 
bendae fratrum libère tradidit. 

Si vero prenominatus Dux Lotharingiae idem vadiumdatistrecen- 
sis marchis redimeret, pecunia illa in custodia Leodiensis Ecclesiae . 
tamdiu teneatur, donec allodium ex consilio Episcopi et fratrum 
inde comparetur, unde stipendia fratribus persolvantur et anniver- 
sarius dies ipsius Episcopi annuatim in Ecclesia peragatur. 

.... Hujus rei testes sunt Christianus Moguntinus Archiepiscopus 
Henricus Leodiensis Ecclesie major prepositus ; Simon Decanus ; 
Amalricus, Baldiunus, Rodulphus, archidiaconi ; Ribertus cantor ; 
Egidius cornes de Durachio; Otto de Malberg; Alexander de Nu- 
wage (Noviomago); Eustachius, frater advocati Hasbanie; Turri- 
cus (Thierry) de Prato ; Frastradus de Dummartin ; Thomas de 
Helmericurt (Hemricourt) Godinus de Hosemont ; Bodo frater 
ejus et alii quam plures. Acta sunt hec anno Dominice Incarna- 
tionis millesimo centesimo septuagesimo primo, indictione quarta, 
régnante D. Frederico Romanorum Imperatore gloriosissimo, anno 
regni ejus 20, imperii vero 18. Daturn Leodii 3 kalendas Octobris. 
(Chapeaville. Gesta Pontif. Leod., II, 121; Miraeus et Foppens, 
opéra diplom., I, 189. Stumpf. n° 4128. Wauters. Table chronolo- 
gique, II, 5ig.) 

12 Octobre. Aix-la-Chapelle 14 

Raoul intervient comme témoin à la confirmation 
des privilèges de l'église d'Utrecht par l'empereur 
Frédéric I. 

Datum aquisgrani 1 1 1 1 idus Octobris, anno M.C.LXXI, indic- 
tione III I. (Boehmer. Acta Imperii selecta, p. 122; Stumpf. 
^4129. Wauters. II, 76S.) 

2 Décembre. Liège 45 

Raoul approuve l'incorporation de l'église de Meffe 
à l'abbaye de S. Laurent. 

Rodulphus S. Leodiensis ecclesiae humilis minister confirmât 
ecclesiae sancti Severi in Meffia unionem tam in spiritualibus quam 

20 



— 154 — 

in temporalibus monasterio Sancti Laurentii ; confirmât etiam 
« pactum pacis et societatis quod inter ecclesiam S. Laurentii sanc- 
tique Egidii convenit. » Allodia ab ecclesia beati Laurentii suis die- 
bus adquisita in Boulers, Enbemmes et in Boris cartae et sigilli sui 
et matris ecclesiae munimine roborat. Testes : Henricus major 
prep. et archid.; Amalricus archid. et Fossensis prep. ; Theodericus, 
Balduinus, Bruno, Rodulphus, Otho archidiaconi ; Simon decanus, 
Robertus cantor, Johannes,Walterus, Henricus, Johannes, canonici 
majoris ecclesiae; Drogo abbas S. Jacobi; Marsilius abbas S. ^Egi- 
dii, Lucas abbas S. Apostolorum Montis Cornelii ; Franco Deca- 
nus S. Pétri, Arnulfus decanus S. Martini, Henricus decanus 
S. Pauli, Oislebertus decanus S. Crucis, Benedictus decanus S. Jo- 
hannis, Otto decanus S. Dionysii, Fredericus decanus S. Bartholo- 
mei. De nobilibus : Gerardus cornes de Loz, Aegidius cornes de 
Duraz, Ludovicus advocatus, Godefridus de Visserin. De familia 
ecclesiae Theodericus de Prato, Fredericus frater ejus, Fastradus 
de Dommartin, Wilhelmus, Libuinus frater ejus, Godefridus de 
Hozemont et Bodo frater ejus. Facta est haec confirmatio coram 
ecclesia Leodiensi III nonas decembris, anno ab Incarna tione Do- 
mini MCLXXI, indictione VI (IV), praesulatus nostri anno tertio 
(lege : quinto). (Martène Ampliss. Coll. I, 884. Hist. monast. 
S. Laurentii n° 40, Bulletins de la commission royale d'his- 
toire XII, 22. Wauters. II, 520.) 

16 Après Pâques. Liège 

Raoul confirme l'abbaye de Saint-Trond dans la 
possession des églises paroissiales de Notre-Dame en 
cette ville et de Mielen-sur-Aelst. 

Rodulphus concedit Wederico abbati ecclesie sancti Trudojiis et 
fratribus ejus monasterii liberam eorumque dispositione subjacen- 
dam, juxta formam privilegii Henrici secundi, ecclesiam parochia- 
lem B. Marias Virginis que in opido burgi sancti Trudonis est, cum 
jure baptismali et decimatione sua, et ecclesiam de Myeles. Hujus 
rei testes sunt. Henricus prepositus, Hubertus dekanus, Bruno 
archidiaconus et praepositis S. Crucis, Rodulphus archidiaconus et 
prepositus de S. Johanne; canonici de S. Lamberto : Waltherus 
diaconus, Ribertus cantor, Johannes abbas Tuynensis ; dekanus de 
S. Martino Arnulphus, Heinricus praepositus hoyensis et decanus 
S. Pauli, Dekanus de S. Johanne Benedictus; capellani curiae : 
Alexander abbas amaniensis, Warnerus canonicus de S. Johanne. 
Data Leodii, anno Incarnationis dominice M c C° LXX° 1° (Piot. 



— 155 - 

Cartulaire de l'abbaye de S. Trond. I, 1 18 ; Martène et Durand. 
Thés, anecd. I, 557. Gesta abbatum Trudonensium, cont. II,lib. 
m, n° 10, sceau conservé. Wauters II, 523). 

1172 

Indiction V. année de pont. 5 et 6 

1 Mars-16 Avril. Liège 17 

Raoul reçoit l'hommage du comte de Hainaut. 

In quadragesima cornes Harmonise Balduinus Leodium adiit et 
domino Radulpho leod. episc. debitum pro Hannonia fecit homi- 
nium. (Gisleberti chronicon, n° i36.) 

1173 

iNDiGTION VI. ANNÉE DE PONT. 6 ET 7. 

27 Mars 48 

Le Pape Alexandre III déclare à l'archevêque de 
Rheims qu'il ne peut communiquer avec Raoul, fau- 
teur du schisme de l'Empereur. 

Alexander III Henrico Remensi archiepiscopo petenti « utrum a 
Leodiensi intruso, qui est schismatis contagione pollutus, homi- 
nium recipere » deberet, respondet « ut eidem intruso, nisi a schis- 
matica pravitate ad ecclesiae unitatem et devotionem B. Pétri et 
nostram redierit, si salvo jure et dignitate Remensis Ecclesiae absti- 
nere poteris, in nullo communices, et hominium ab eo donec in 
schismate persévéra verit, si absque gravi detrimento ejusdem Ec- 
clesiae id potes omittere, non recipias, ne omnipotentem Deum in 
hac parte offendas et alii a te exemplum sumant participando schis- 
matica contagione poilu tis. Verum si cognoveris quod ecclesia tua 
gravem jacturam sustineatsi hominium ejusdem recipere distuleris, 
id arbitrio relinquimus. Datum anagniae Vl'kal. Aprilis. (Martène 
Ampl. Collée t. II, 959. Migne. Patrol. Lat. t. ce. col. 931.) 



— 156 — 

19 15 Juin. Huy 

Raoul fait à Huy la translation des reliques de 
S. Domitien. 

Anno 1 173, Hoyenses canonici Sancte Marie adeuntes faciem me- 
morati pontifias supplicaverunt, quatenus beatum Domitianum in 
locello argenteo... collocaret... annuit episcopus et 17 Calend Ju- 
lii se hoc facturum promisit. Omnibus itaque rite ordinatis, me- 
morato die episcopus ad ecclesiam venit, orationem faciens, locu- 
lum aperuit, et sanctam margaritam quae intus latebat, omnibus 
palam permissum est videre ; et mox ab ipso pontifice in locello ar- 
genteo recondita est honorifice... Postquam vero sanctissimum 
corpus reconditum est in ecclesia, Episcopus missam célébrait, 
atque inter ipsa sancta mysteria.... B. Domitianus pueile lumen 
restituit. Sacerdotes qui aderant Episcopo puellam adduxerunt, et 
quia Deus visitavit plebem suam per mérita b. Domitiani intimave- 
runt. Qui Deo gratias reddidit, et ut Te Deum ab omnibus C2tn- 
caretur precepit. (Vita Domitiani AASS. Maii, II, i5i. Aegidius 
aureae Vallis c. LI. Joannes Presbyter, apud Chapeaville, Gesta 
Pontif. Leod. II, 126.) 

20 Liège 

Raoul reçoit une donation en faveur des religieux 
hospitaliers de S. Jean de Jérusalem. 

Donationem ecclesiae S. Medardi in Geldonia, simul cum dé- 
cima de Hupainio etc., factam Fratribus de Hospitali Jérusalem 
pro decem clericis ibidem Deo servituris, tulit Agidius cornes Du- 
rachiensis et fratres ejus Petrus, cornes de Monte Acuto, et Cono 
cornes Durachiensis et avunculus eorum Domnus Bruno archidia- 
conus in manus Rodulphi Leod. épis, et comitis de Halstade ? in 
virgulto Domini Episcopi Leodii. Rodulphus Leod. épis, illam 
approbavit fundationem factam Geldoniae ab Egidio de Duras pro 
decem clericis ibidem deo servituris ex ordine Equitum Jerosolymi- 
tanorum desumendis. Acta sunt haec annolncarnati Verbi mUlesimo 
septuagesimo tertio. Testes : Henricus major praepositus et archi- 
diaconus; Balduinus scolasticus, Bruno, Theodericus, Radulphus, 
Otto, Albertus, archidiaconi ; Simon major decanus, Henricus 
abbas de S. Maria ; Walterus de Catena, Ribertus cantor, Johannes 
de Colonia; Hugo abbas de S. Jacobo; Everelmus abbas de S. 
Laurentio; Bartholomeus abbas de Publico-Monte; Lucas abbas 
de Cornelii monte ; Franco decanus S. Pétri; Arnulphus dec. S. 



— 157 — 

Martini; Gislebertus dec. S. Crucis ; Benedictus dec. S. Johannis; 
Otto dec. S. Dionysii; Fredericus dec. S. Bartholomei. (Miraeuset 
Foppens. II, 1178. Conf. chartam 24 Junii 1175, ibidem. II. n8i. 
Wauters. II. 541.) 

Liège 21 

Raoul déclare que la noble dame Geila et son fils 
Lambert ont donné le quart de la dîme de Flémalle et 
leurs alleus aux Frères hospitaliers de Jérusalem. 

In Nomine Sancte et individue Trinitatis, Rodolphus Dei gratiâ 
Leodiensium episcopus tam futuris quam presentibus notum sit 
quod quedam nobilis matrona nomine Geila cum filio suo Lam- 
berto quartam partem décime que est in villa de Flemala ; quam 
per successionem hereditariam a consanguineis predecessoribus suis 
habebat, Lamberto militi de Momalâ et Godefrido fratri ejus inva- 
diavit pro viginti marcis argenti, determinatam videlicet decimam 
fructuum terre grana habentium, termino de uno usque ad aliud 
festum Sancti Remigii constituto. Postea mediam partem allodio- 
rum suorum et minute décime cum curti et domo in qua manebat 
pro sexaginta duabus marcis, assensu predicti filii sui in vadimo- 
nium posuit apud eosdem milites, quatuor annis absque redemptione 
nisi ipsi voluerint tenendam termino festivitatis Sancti Remigii po- 
sito, anno videlicet qui est dominice incarnationis millesimus cente- 
simus septuagesimus tertius 

Predictus vero Lambertus ejusdem Geile et Lamberti filii ejus ter- 
ras de Flemala que ad terras jacent ultra profundam vallem singu- 
lariter in vadimonium sibi retinuit pro quatuor marcis et dimidia, 
liujus acceptionis terminum habens festum Sancte Gertrudis in me- 
dio martio qui est dominice incarnationis anno superius annotato. 
Porro eadem Geila et Lambertus filius ejus divinitus inspirati Deo 
et Sancto hospitali Jherusalem ad usus pauperum Christi décimas 
et allodia sua familiam quoque ad jus allodiorum pertinentem cum 
omni integritate sua, qua apud Flemala ea possedebant, tam in 
vadimonio posita, quam usibus suis absolute retenta, légitima dona- 
tions pro suis suorumque animabus tradiderunt. Fratres hospitalis 
jure istius traditionis in potestate sua ea habentes predictis viris 
Lamberto et Goâefrido acceptum vadium sicut debuerunt recogno- 
verunt et reliquam partem quam proprie et absolute habebant eis- 
dem invadiaverunt pro quinquaginta tribus marcis novem annis 
tenendam, una solummodo curti excepta, quam signo crucis in ea 
posito in monumentum et probationem hereditatis sue sibi retinue- 
runt. Hujus vadimonii terminus est festivitas Sancte Gertrudis in 



— 158 — 

medio martio anno etiam Incarnati Verbi qui predictus est. Hec 
rationabiliter in conspectu noslro acta ut secundum descriptum te- 
norem adversus omnia humane pravitatis impedimenta maneant 
inconvulsa sigilli nostri appositione scripto commendata roboravi- 
mus. Conventus quoque Majoris Ecclesie Leodiensis qui hec no- 
biscum approbavit testimonii sui sigillum adjunxit et quia funiculus 
triplex difficile rumpitur fratres hospitalis ad quos actio precipue 
pertinet rerum istarum capituli sui sigillum pariter addiderunt. Ho- 
rum omnium testes idonei sunt adhibiti : Heinricus Majoris Eccle- 
sie Leodiensis prepositus, Simon decanus, archidiaconi Amalricus 
Balduinus, Bruno, Rodulphus, Canonici Walterus, Ribertus can- 
tor, Johannes, Heinricus, Adelardus, et alii quamplurimi ; Franco 
Sancti Àtri decanus, Arnulphus Sancti Martini decanus, Heinri- 
cus Sancti Pauli decanus, Gislebertus Sancte Crucis decanus, Bene- 
dictus Sancti Johannis decanus. Liberi homines Ludovicus advoca- 
tur et Eustachus frater ejus, Wilelmus de Dongleber, Reinerus de 
Jacia, Ludovicus de Tidebeke et Wedericus frater ejus, Gislebertus 
de Leuves, Heinricus de Bunebeke et Petrus frater ejus, Fastradus 
de Hesbines, Alexander de Helicines, Godefridus de Hokedor, Ge- 
rardus d'Oupei, Cuno de Altaripa, Theodericus de Huten, Wige- 
rus de Tilh. De familia Sancti Lamberti Theodericus et Wedericus 
frater ejus, Godefridus de Hoseumonte et Boddo frater ejus, Reine- 
rus de Hodege, Thomas de Hemiricurte et Heinricus frater ejus, 
Libertus de Leschi et frater ejus Fastradus, Bonefacius de Lem- 
borch, Lambertus de Fractoponte et alii plures cierici et laici. 
Acta sunt hec anno dominice Incarnationis M°C°LXXIII. (Manus- 
crit Van den Berg à la bibliothèque de l'Université de Liège, page 
117.) 

1174 

Indiction VII. année de pont. 7 et 8 

22 31 Mars. Aix-la-Chapelle 

Raoul intervient comme témoin à une convention 
conclue entre 1 église d'Aix-la-Chapelle et l'abbaye de 
Hautmont. 

Datum Aquisgrani, pridie kalendas aprilis, anno MCLXXIV, 

indictione VII. (Miraeus et Foppens. Opéra, diplom. I, 544. 

Lacomblet. Niedenreinische Urkundenbuch. I, 314; Stumpf, 
n° 4157 ; Wauters/ II, 544.) 



— 159 — 

11 Avril. Maastricht 23 

Raoul intervient comme témoin à une décision de 
l'empereur affranchissant les hommes de Rosmeer de 
certaines servitudes envers le comte de Looz. 

Datum Trajecti III idus aprilis anno Dominicae Incarna tionis 
MCLXXIV, indictione septima (Butkens. Trophées du Brabant, 
t. I, preuves, p. 43 ; Stumpf, n°4i58; Wauters, II, 545.) 

Avant Décembre 24 

Raoul donne à l'église de Notre-Dame à Tongres 
l'obédience de Offelken. 

In nomine Sancte et individue Trinitatis. Notum sit omnibus 
tam futuris quam presentibus fidelibus christianis, quod ego Ro- 
dulphus dei gratia Leodiensium episcopus Tungrensi prepositura 
vacante, ymmo eam me tenente, fratribus ecclesie béate et interne- 
rate virginis Marie, obedientiam de Offelken, liberam et inconvul- 
sam, in augmentum prebendarum suarum et communes usus suos, 
cum integritate decimarum in perpetuum tenendam. pro salute et 
annua commemoratione anime mee tradiderim. Quoniam igitur 
sicut scriptum est generatio prétérit et generatio advenit, et dicto- 
rum atque factorum etas interit, ne aut oblivione a ut ambiguitate 
quod gestum est mutari valeat, hanc traditionem scripto mandantes 
sigillo nostro corroboravimus et attestatione probabilium persona- 
rum confirmavimus. Testes hii sunt Henricus majoris ecclesie pre- 
positus et archidiaconus, Symon decanus, Magister Balduinus 
archidiaconus , Rodulphus archidiaconus, Johannes presbyter, 
Walterus dîaconus, Ribertus cantor, Johannes, Walterus, Helias, 
Thomas, Henricus hoyensis prepositus et ecclesie Sancti Pauli de- 
canus, Warnerus capellanus. De familia majoris ecclesie : Theode- 
ricus advocatus, Wedericus dapifer, Thomas de Hemericuer, 
Wilhelmus, Lebuinus, Gonterus de Waremme. Acta sunr hec 
anno dominice Incarnationis millesimo centesimo suptuagesimo 
quarto, indictione septima, imperante Frederico romanorum im- 
peratore et semper augusto, anno autem episcopatus nostri sep- 
timo. Quicunque vero hanc veritatem infringere voluerit anathe- 
matis gladio feriatur ab illo qui vivit et régnât in secula 
seculorum. Amen. (Liber litterarum sigillatarum ecclesie Tungren- 
sis, fol. 1, v°.) 



— 160 — 
25 Vers 1 1 74 (') 

Raoul engage certains biens de la mense épiscopalc 
afin de procurer à l'empereur l'argent nécessaire pour 
son expédition en Italie. 

Fredericus dei gratia Romanorum imperator et semper augustus 
omnibus fidelibus leodicensis ecclesie tam presentibus quam futu- 
res. 

Cum omnibus sub imperio nostro modeste degentibus imperia- 
lem clementiam debeamus, maxime fidelibus nostris devotionem 
suam nobis affectu et effectu ostendentibus mandatorum nostrorum 
executionem exhibentibus, gracie majoris hadundantiam, equitatis 
censura nos debere profitemur. 

Inde est quod valde gratum habemus quod fidelis noster Rodul- 
fus, leodiensis episcopus bona sua episcopalia consensu ecclesie sue, 
que nobis semper devota est, impignoravit ad conquirendam nobis 
pecuniam, que pecuniariis deficientibus ad ytalicam profectionem 
contra nequitiam et perfidiam lombardorum nobis illo tempore ne- 
cessaria fuit; et ratum habemus quod Coloniensis archiepiscopus 
fidelissimus ille mandatorum nostrorum exsecutor bona nostra que 
in prediis vel burgis ultra mosam, excepta prepositura Trajectensi 
et abbatia Nivelensi habebamus,pro mille marcis eidem fideli nostro 
R. episcopo et ecclesie leodiensi invadiavit. Itaque ex nostra sen- 
tentia et sçripti hujus fîrmamento auctoritate imperiali constitui- 
mus, ut fidelis noster predictus Rudolfus episcopus bona illa nostra 
transmosana, sicut predictum est, sub pignore mille marcarum 
usque ad diem redemptionis, vel a nobis vel a posteris nostris omni 
fructuario usu habeat, et si ipse decesserit, vel quoquo modo dis- 
cesserit, ecclesia Leodiensis cujus bonis pecunia illa mille marca- 
rum acquisita est, pignus predictum cum suo emolumento possi- 
deat ; et sive brevi sive longo tempore modicum vel multum inde 
provenerit nichil tamen de tota summa mille marcarum in die re- 
demptionis, nisi consensu episcopi vel ecclesie cadat. Burgos autem 
et villas ad pignus hoc pertinentes, propriis duximus vocabulis ex- 
primendas. Burgus trajecti cum omnibus pertinentiis suis, Ro- 
theim, Vileir, Monteigney, Frères, Folon, Burgus sancti Trudonis. 
(Original conservé au dépôt des archives à Liège. Schoonbroodt. 

(1) La date de cette charte est déterminée par des diplômes analogues 
cités par Lacomblet. Urkundenbuch. 1, 3i8 9 3ig ; Ennen, Quellen.zur 
Geschichte KSln. I, 570 ; Stumpf, n° 4165. 



- 161 — 

Inventaire analytique des chartes du chapitre de S. Lambert, à 
Liège, n° 14. Stumpf. Acta Imperii inedita, p. 209.) 

26 
Raoul donne en engagère la cour de Hougarde et de 
Bauvechin . 

Rodulfus leod. episc. ad. conquirendam pecuniam Italice pro- 
fectioni necessariam invadiavit Rodulpho de Lovanio pro C et XXX 
marchis curiam de Hugardis cum omnibus pertinentiis, servata in 
omnibus sua justitia et curie dignitate. 

Invadiavit etiam pro C marcis coloniensis monetae curiam de Ba- 
vechin. (Liber chartarum ecclesiae leod. n° 39. Conf. infra. n°jj.) 

• 
1175 

•ÏNDIGTCON VIII. ANNÉE DE PONT. 8 ET 9. 

26 Février. Liège 27 

Godefroid. duc de Lorraine, fait une donation en 
faveur de l'église de S. Jean, à Liège, par devant le 
prévôt Henri de Jauche, remplaçant de l'évêque. 

Godefridus dux Lotheringiae quadraginta solidos in villa de Ne- 
them annuatim solvendos, amore Dei et propter bona mérita Mag. 
Benedicti Decani ecclesiae S. Johannis in Insula, coram D. Hen- 
rico de Jace, preposito et archidiacono ecclesiae S. Lamberti qui vi- 
ces agebat episcopi (1), projecto a se pilo pallii sui werpivit, in favo- 
rem illius ecclesiae. Acta sunt haec Leodii, in capite Jejunii, anno 
J. D. MCLXXIII Frederico imperatore Alexandriam novellam 
civitatem Italiae potenter expugnante (2). (Miraeus et Foppens. 
I, 189. Wauters. II, 543.) 

Raoul approuve la donation de l'église de Grand- 
Leez faite à l'abbaye de Floreffe par Arnold, abbé 
d'Afflighem, et l'église deWavre. 

* 

Arnolfus Haffligensis abbas et totus ecclesie conventus et eccle- 

(1) Raoul n'aurait-il pas suivi l'empereur dans son expédition en Ita- 
lie ? 

(2) L'indication de Tannée 1173 est fautive, puisque le siège d'Alexan- 
drie, commencé le 35 décembre 1174, fut levé le i3 avril 1175. 

21 



— 162 — 

sia Waverensis reponunt ecclesiam de Laiz cum dote sua et décima, 
et curiam cum omnibus terris in manum episcopi Leod. Radulfï, 
qui omnia predicta ecclesie Floreffiensi contradidit advocatia in 
manu episcopi retenta, ut alias transferri non possit. Acta sunt hec 
anno Dominice Incarnationis millesimo centesimo septuagesimo 
quinto. (Analectes. VIII, 229.) 

1 176 

InDIGTION IX. ANNÉE DE PONT, i) ET li) 

29 Après Pâques. Liège 

Raoul approuve la donation de 1 église de Clermont 
(Namur) faite à l'abbaye d'Aine. 

Sebastianus de Gordinis, resignavit ecclesiam de Claro Monte 
cum omnibus appenditiis et decimis in manu Godescalci, Fossensis 
oppidi advocati. Godescalcus eamden ecclesiam in manu episcopi 
Radulphi resignans, eam sibi abjudicari fecit ; quam episcopus in- 
tuitu religionis fratribus Cisterciensis ordinis, qui in alnensi mo- 
nasterio Domino famulantur, in perpetuum possidendam tradidit, 
salva in omnibus episcopali justitia canonica. Haec omnia facta 
sunt in curia ejusdem Episcopi leodiensi, sollempniter coram per- 
sonis ecclesie sue, in presentia fidelium suorum, anno Inc. Dom. 
MCLXXVI indictione VIII. 

Testes : Henricus pçep. et archid., Amauricus et Balduinus ar- 
chid., Hermannus abbas de Floreffia, Albertus abbas de Malonia. 
Balduinus magister Cisalpinensium militum templi, Ribertus can- 
tor majoris ccclesiae S. Lamberti, Henricus decanus S. Pauli, 
Henricus cornes Namurci, Gerardus advocatuç Tudinii et Godefri- 
dus frater ejus, Theodericus de Prato et Werricus frater ejus, Wil- 
helmus de Turre, (sceau de Raoul conservé aux archives du 
royaume.) (Analectes pour servir à Thist. ecclés. I, 36o; Devillers. 
Cartulaire de l'abbaye d'Aine, n°652; Wauters, II, 565.) 

30 Avant Décembre 

Raoul confirme les possessions des Prémontrés de 
Cornillon. 

Rodulphus S. Leodiensis ecclesie episcopus quasdam possessiones 
allodiorum quas ecclesia S. Apostolorum montis Cornelii a diversis 
possessoribus acquisivit presenti pagine inscribi fecit.Testes hi sunt: 



— 163 — 

HenricusS. Lamberti prep. et archid.'; Bruno, Rudolphus, Theo- 
dericus, Otto, archidiaconi; Simo (Simon) ejusdem ecclesie decanus, 
Walterus diaconus, Robertus cantor et camerarius, Sephridus, Pe- 
trus de Mommalia, Johannes de Colonia, Henricus de Donglebert, 
Walterus, Alardus cellerarius. De personis civitatis : Hugo abbas 
S. Jacobi, Everlinus abbas S. Laurentii, Bartholomeus abbas 
S. Egidii, Franco decanus S. Pétri, Arnulphus decanus S. Mar- 
tini, Henricus decanus S. Pauli, Gislebertus decanus S. Crucis, Be- 
nedictus decanus S. Johannis, Otto decanus S. Dyonisii, Fredericus 
decanus S. Bartholomei. De ecclesia S. Apostolorum Montis Cor- 
nelii; Lucas abbas, Lambertus prior, Johannes, Godefridus, Go- 
descalcus, Gislebertus, Philippuset Arnulphus. Liberi homines : Wi- 
nandus de Waldenmonte, Gerardus de Upeie, Gossuinus nepos ejus, 
Oliverus, Fastrardus frater ejus et Angerus. De familia S. Lam- 
berti : Theodericus de Prato, Wedericus dapifer frater ejus, Wil- 
helmus,Lebuinus frater ejus, Godinus de Hosemont et Boddo frater 
ejus, Andréas de Hermees, Conrardus de Lonchins, Reinerus vil- 
licus Leod., scabini Hellinus, Notgerus, Lambertus et alii quam- 
plures. facta sunt hec anno dom. Incarnationis M.C°LXXVI, in- 
dictione IX, imperante Frederico, anno autem episcopatus nostri 
VIII°. (Bulletin de l'Institut arch. liégeois iX, 344). 

1167-1176. 31 

Raoul se rend coupable de simonie ('). 

Iisdem diebus dominus Radulphus...avaritiae facibus succensus... 
praebendas in foro rerum venalium, per manum cujusdam carnifi- 
cis qui appellabatur Udelinus, senex quidem et inveteratus dierum 
malorum vendi faciebat. (iEgidii aureae vallis chron.,n° 41, ex Vita 
Odiliae lib. I, c. 4.) 

32 
Raoul fait arrêter Lambert-le-Bègue ( 2 ) et l'envoie à 
Rome. 

Communicato consilio, clerici episcopum Radulphum adeunt, 
qui missis clientibus jussit Lambertum le Bègues comprehendi,... 
(Aegidii chronicon., n° 42) ... et in carcere de Rivogne incarcerari, 

(1) Pour juger de la valeur de cette accusation, voyez M. Daris. No- 
tices, IV, p. 177. 

(2) Lambert est mort le 25 juin 1177. Pour apprécier le caractère et 
l'œuvre de Lambert-le-Bègue. Conf. Mémorial belge des conseils de 
fabrique, 1873, p. 659. 



33 



— 164 — 

quod ita factum est. Post hec autem suadentibus prelatis et clericis 
consensum praebuit Episcopus ut ad Romanam Ecclesiam mittere- 
tur et quenam sua esset dementia ecclesiastice severitatis rigore 
compulsus recognoscere cogeretur. (Ibidem, n° 43.) 

1177. 

lNUIGTION X. ANNÉE DE PONT. 10 ET 11 

Raoul approuve la donation de l'église de S. Médard 
à Jodogne aux religieux hospitaliers de S. Jean de 
Jérusalem. 

Rodulphus Leod. episc. confirmât donationem ecclesiae Sancti 
Medardi in Geldonia quam Aegidius cornes de Duraz, assensu fra- 
trum suorum Pétri et Cononis fecit fratribus de Hospitali Sancti 
Johannis in Jérusalem. Testes : Henricus prepos. et archid. ; Bruno, 
Balduinus, Rodulphus, Theodericus, Otto, Albertus, archidiaconi ; 
Symon decanus S. Lamberti ; Franco dec. S. Pétri ; Arnulphus 
dec. S. Martini; Gillebertus dec. S. Crucis; Henricus dec. S. Pauli; 
Benedictus dec. S. Johannis; nobiles : Ludovicus advocatus, En- 
gelrannus, Cono de alterive ; de familia B. Lamberti : Theodericus 
de Prato et Wedericus frater ejus. Acta sunt haec anno ab Incarna- 
tione Domini M.DLXXVII, indictione X. (Miraeus, II, 1182. 
Wauters, II, 577.) 

Vers 1177. 
34 15 Juin. Huy 

Raoul fait à Huy la translation du corps de S. Men- 
gold. 

Translatio corporis B. Mengoldi martyris comitis Hoyensis inde 
(ii73)annis quibusdam revolutis, eadem die facta est et corpore 
ejus posito a Rodulpho episcopo in locello argenteo ab ecclesia 
ejusdem S. Mengoldi ad ecclesiam B. Mariae Virginis cum maximo 
honore transfertur. 

(Joannes presbyter apud Chapeaville, II, 126. Jean d'Outre- 
meuse, dans sa chronique, fixe cette translation à Tannée 1174, 
t. IV, p. 457. Conf. la Geste de làége, p. -01 .) 



— 465 — 

"77 f). 3S 

Raoul essaie d'amener la bienheureuse Juette à con- 
tracter un second mariage. 

Ea tempestate presidebat Leodiensi cathedrae bonae memorie do- 
minus Radulphus episcopuscujus etrerum dispensa tor et expensarum 
creditor erat pater ipsius Juettae, tam in Castro quam in oppido 
Hoyensi, et, ut, vulgo dicitur, erat ejus cellerarius, quia, admodum 
vir erat dives. Qui ob multam sui strenuitatem prudentiamque et 
fidem dilectus et familiaris episcopo adeo factus est, ut cum ejus 
provisione et consilio cuncta agerentur, quae in omni circa regione 
agenda forent. Qui, ut posteritatis suae lineam protenderet, coepit 
pulsare animum filiae monitis quibus pot erat... Sed videns ejus 
immutabile propositum in perseverantia viduitatis... suspicatus per 
Episcopum fieri posse, quod per affines non poterat, accessit ad 
eum, et supplex expetiit, ut de nuptiis cum filia sermonem habere 
vellet. Episcopus annuit libentissime, adduci jubens filiam ad se, 
optimeque sese ei persuasurum de nuptiis spopondit. It nuntius, ad- 
ducitur juvencula ante conspectum episcopi et magnatum qui epis- 
copo assidebant, visâque multitudine militum hominumque diversi 
generis, qui domum repleverant, expavefacta est timoré : cum ecce 
episcopus videns eam quasi consternatam pudore, propius eam ac- 
cedere jubet ; blandeque consolans et secretius alloquens, de nuptiis 
coepit replicare sermonem persuasilibus verbis eam allicere tentans, 
ut suis acquiescens consiliis, et patris voluntati, virum accipere 
vellet. 

Quanto cautius et sapientius poterat, ad singula episcopo respon- 
dens, viduitatem sibi magis placere quam nuptias ; viduitatem se 
vovisse, haneque velle Christo exsolvere se protestabatur quamdiu 
viveret. Et ecce allegantibus contra singularem personam feminae 
vins sapientibus et astutis, repente et praeter spem affulsit ei divi- 
nae favor clementiae de supernis, et immutavit omnino cor epis- 
copi, ut qui persuasor extiterat nuptiarum super omnes, consultor 
fieri inciperet continentiae vidualis contra omnes ; adjutor ei factus 
est, et protector contra adversantium persuasiones et consilia. 

Requisitoque ab ea palam cunctis qui aderant, quid e duobus 
eligere vellet, cuive magis inclinaret animum, continentiae aut 
sponsalibus, illa se Christum eligere in sponsum, nec virum morta- 
lem in ejus injuriam se ullo pacto admittere posse humiliter et ve- 
recunde confessa est. 

(i) La date de ce fait résulte de la vie de S. Juette. Elle devint veuve 
en 1176. 



— 166 — 

Nec ego te, inquit episcopus, super hac tua voluntate aut propo- 
sito, quod professa coram me es, de cetero vexabo, nec vexari ab 
altero permittam. 

O filia mi, constans esto, et ne timeas. Credo enim et confido in 
Domino, quod qui coepit in te opus bonum perficiet : et utinam 
perficiet ad honorem sui, et tui profectum usque in finem. Benedi- 
censque eam dimisit in pace, patremque iljius solerter admonuit, ne 
deinceps eam super aliquibus nuptiis moles\are praesumeret. 

(Bolland, i3 Januarii, Vita B. Juettae reclusae, n. i5 et 16.) 

1178. 

Indiction XL année de pont. 11 et 12. 

36 81 Septembre 

Le pape Alexandre III invite Raoul à se rendre au 1 

Concile. 

Reformata, unitate ecclesiae (1 Augusti 1 177), Alexander Papa 
missis epistolis ( 1 ) jussit omnes circumquaque episcopos in média qua- | 

dragesima(2) ad se Romam venire. Mandatus inter ceteros Rodulphus | 

leôd. episc.(Gesta abbatum Trudonensium, Continuatio, II, n°26.) 

37 Fin d'Octobre. Liège 

• Raoul invite les abbés des monastères à l'accompa- 
gner au Concile. 

Rodulphus Leod. episc. omnes episcopii sui abbates convocavit, 
utque se ad simul profiscendum prepararent, jussit ; qui vero viae 
timoré remanere mallet, ei profecturo ad supplementum expensa- 
rum aliqua dare non negligeret ; alioquin ipse una cum eo Romam 
pergeret. Abbas autem Trudonensis Wiricus, jam pridem propter 
egregiam liberalitatis suae munificentiam ei acceptus, amplioribus 
largitatis suae beneficiis obtinuit, ut, quia prae debilitate corporis 
Romam per se ire non poterat, ipse privilégia ecclesiae suae (Trud.) 
secum ferret, et presentis papae sigillo ea confirmai! faceret quod et 
fecit. 

Gesta abbatum Trudonensium. Contin., I, n° 26.) 

(1) Les lettres de convocation sont du 21 septembre 1178, apud Mansi : 
Collectio Conciliorum, t. XXVI, p. 211. 

(2) Les lettres pontificales portent invariablement : prima dominica 
quadragesimae ventent is, c'est-à-dire, le 18 février 1179, ma * s I e Concile • 
ne s'ouvrit que le 5 mars. 



— 167 — 

18 Juin-Décembre (4) 38 

Raoul approuve la donation de la cure de Fexhe à 
l'abbaye de S. Laurent. 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Quum rébus ecclesiasti- 
cis que fidelium constant oblationibus et eleemosynis, pia debemus 
consideratione prospicere, precipue nos qui episcopali prediti sumus 
authoritate, deoque servientium quieti et utilitati operam et sollici- 
tudinem in omnibus adhibere, eapropter ego Rodulphus sancte Leo- 
diensis ecclesie humilis minister, notum facio presentibus et fiituris 
Ecclesie Christi filiis, quod dilectus filius noster Everelinus abbas 
ecclesie Sancti Laurentii gratia Sancti Spiritus illustratus, prêter in- 
numera bona que ecclesie sue tanquam bonus pastor contulerat, 
donum presbyteratus ecclesie de Fehe quod ad ipsum pertinebat in 
usus fratrum suorum resignaverit, nostrique assensus robur et mu- 
nimen, una cum fratribus suis satis humiliter expetierit. Ego vero 
sicut dignum erat, justis eorum favens petitionibus et beati 
Laurentii amore ductus, ut, in eadem ecclesia mea perpetuo spe- 
cialiter vigeret memoria, quatenus eorum precibus et beati martyris 
patrocinio in eterna reciperer tabernacula, quod petebatur libenter 
annui, decernens ut predictus presbyteratus deinceps quiète ac libère, 
sine ullius reclamationis vel violentie perturbatione ab eis in per- 
petuum possideatur, salvo tamen episcopali et archidiaconali et con- • 
cilii canonico jure. Hujus vero presbyteratus reditus in usus quos 
prefatus abbas cum consilio patrum suorum scripto ordinaverit, dis- 
ponentur, et mihi in recompensationem hujus beneficii, luminare 
unum ad altare béate Marie quod est in crypta ejusdem ecclesie, et 
v. sol. in anniversario meo de reditibus prefati presbyteratus conce- 
dentur. Heinricus vero decanus ecclesie sancti Pauli et abbas ecclesie 
sancte Marie, quicoadjutor et cooperator hujus beneficii in omnibus 
exstitit, orationumet beneficiorum ejusdem ecclesie tam in vitaquam 
in morte, sicut justum est, particeps erit, et très sol. in anniversario 
suo de prememoratis reditibus habebit. Que ut firmo et inconvulso 
jure intégra et illibata ecclesie beati Laurentii perpetualiter conser- 
ventur, presenti scripto jussimus annotari et adversus omnem ca- 
lumniam sigilli nostri impressione et legitimorum testium, tam 
personarurn hujus civitatis quam concilii de Hosemunt cui prefata 
subjacet ecclesia, adstipulatione corroborrari. Ad uberiorem quoque 
cautelam, sigillum archidiaconi nostri Bertholdi fecimus adhiberi. 
Testium autem nomina hec sunt. Prefatus Bertholdus archidia- 

(i) Au 18 juin commençait la 24 e année d'empire de l'empereur. 



— 168 — 

conus. Balduinus archidiaconus. Bruno archidiaconus. Theodericus 
archidiaconus. Rodulphus archidiaconus. Otto archidiaconus. Al- 
bert us. archidiaconus Simon decanus majoris ecclesie. Heinricus 
decanus sancti Pauli et abbas ecclesie sancte Marie. De fratribus 
concilii de Hoseumunt testes sunt hii. Heinricus decanus concilia. 
Wenricus investitus de Hoseumont. Heinricus de Baldineis et alii 
multi.Actum Leodiiannoab incarna tione Domini M°C° LXXVIII 
indictione XI,imperante Frederico Romanorum imperator glorioso, 
anno regni ejus XXVII, imperii vero XXIIII, episcopatus autem 
nostrianno XI. (Cartulaire de S. Laurent, t. I, fol. XVII. Bulle- 
tins delà Commission d'histoire, 2 e série, t. 12, p. 23. Hist mon. 
S. Laur., n°46.) 

39 9 Avril.-Pâques. -Décembre. 

Raoul approuve la donation de l'église de Dongle- 
bert faite aux Frères hospitaliers de S. Jean de Jéru- 
salem. 

Rodulphus * Leod. episc. donum ecclesiae ac decimarum de 
Dongelberghe, quod Everardus de Ruez (Rœlx) fecit fratribus 
Jerosolomiytanis,eisdem confirmât et attestatione archidiaconorum, 
abbatum et probabilium personarum corroborare fecit. Testes : 
Henricus majoris ecclesiae praepositus et archidiaconus ; Baldui- 
nus, Bruno, Rodulphus, Albertus, Theodericus, Otto archidiaconi; 
Henricus abbas S. Mariae et decanus S. Pauli ; Herimannus abbas 
Floreffiensis ; Albertus abbas Maloniensis ; Albertus abbas Heilen- 
cinensis; Sifridus decanus Gemblacensis; ^Egidius cornes Dura- 
chiensis, Balduinus de Bodengeies et iilius ejus Balduinus ; Walte- 
rus de Seraing et Balduinus frater ejus. De familia ecclesiae : Theo- 
dericus de Prato et Wedericus frater ejus, dapifer, Willelmus et 
frater ejus Libuinus, Bodo de Hosemont et filius ejus Godefridus. 
Facta sunthaec anno Inc. dom. MCLXXVIII indictione XI, anno 
episcopatus undecimo. (Miraeus et Foppens, II, n83, de Villers, 
Archives des Commanderies belges de Tordre de Malte, p. i38.) 

40 Avant Décembre 

Raoul approuve la donation de la cure de Lixhe à 
l'église de S. Paul, à Liège. 

Rodulphus s. Leod. ecclesie humilis minister ratam habet tradi- 
tionem qua Otto, S. Pauli Leod. canonicus, presbiteratum de Lizia 



- 169 — 

(Lixhe) ecclesie S. Pauli ad usus fratrum suorum resignavit. Tes- 
tes hi sunt : Heinricus majoris ecclesie prepositus et archidiaconus; 
Balduinus archidiaconus ; Bruno , archidiaconus ; Rodulphus archi- 
diaconus et custos ; Theodericus archidiaconus ; Albertus archi- 
diaconus; Otto, archidiaconus; Heinricus abbas ecclesie S. Marie 
et ecclesie S. Pauli decanus ; Franco ecclesie S. Pétri decanus ; 
Arnulphus ecclesie S. Martini decanus; Gislebertus ecclesie S. Crucis 
decanus; Benedictus ecclesie S. Johannis decanus; Otto ecclesie 
S. Dionisii decanus; Fredericus ecclesie S. Bartholomei decanus; 
de fra tribus concilii de Viseith, Thomas ipsius concilii decanus; 
Werenbertus aquensis magister, Wedericus de Ruttines, Magister 
Gislebertus de Meilant (Mouland), Magister Ascelinus de Schines 
(Schin), Theodericus de Bonbei (Bombaye), Johannes de Mersau 
(Mesch), Robertus de Mortiers; Renerus de Geneffia, Wedericus de 
Cimale (Limmel), Magister Berengerus de Oire (Heure-le-Romain), 
Robertus de Hers (Heer), Nicolaus de Sancto de Remigio. Facta 
sunt hec anno Dom. Incarn. MC° septuagesimo VI 11° indictione 
undecima, imperante Frederico semper augusto, anno vero nostri . 
episcopatus decimo (Iegv. undecimo.) (Bulletin de l'Institut archéol. 
liég., XII, 240. Cartulaire de l'église collégiale de S. -Paul, p. 9.) 

Après le mois de Novembre. Liège 41 

Raoul approuve plusieurs donations faites en faveur 
de l'abbaye de Waulsort. 

Rodulphus S. Leod. ecclesie humilis minister confirmât plures 
donationes Walciodorensi monasterio factas. Testes Henricus ma- 
joris ecclesie prepositus, Symon decanus, archidiaconi : Balduinus, 
Bruno; Canonici : Walterus, Riboto, cantor, Johannes; Ludovi- 
cus advocatus, Wilhelmus de Dongleberch. Reinerus de Jacia ; de 
familia S. Lamberti : Theodericus et Wedericus frater ejus. Actum 
est hoc Leodii publice anno Dom. Incarn. MGLXXVIII, indic- 
tione XI, anno episcopatus nostri XII, anno ordinationis domni 
Pétri Walciodorensis ecclesie abbatis IV. (Martène et Durand Am- 
plis. Col. I, 911 ; Analectes, XVI, 37 ; Wauters, II, 582.) 



n 



— 470 — 

"79 
Indiction XII. année de pont. 12 et 13 

42 Février. Rome 
Raoul arrive à Rome. 

Veniens Romam, licet sinistro actuum suorum rumore aures pa- 
pae plurimum ofifendisset, tamen propter suum genus nobile in 
magna apud eum reverentrae prerogativa prae cœteris est habitus. » 
(Gesta abbatum Trudonensium. Contin. II, n° 26.) 

43 5 Mars. Rome 

Raoul assiste au Concile de Latran. 

Concilie* Lateranensi Alexandri III ex provincia Coloniensi in- 
terfuit Rodulphus Leod. episc. (Mansi Gollectio Conciliorum. Ac- 
tum est hoc concilium média quadragesima, du 5 Iduum Marcia- 
rum 1 179. (Gesta abbatum Trudon. Contin. II, n° 26.) 

(Sessiones hahitae fuerunt 5, 7, 3, 19 Martii.) 

44 15 Mars. Rome 

Raoul obtient du pape Alexandre III la confirmation 
des privilèges de l'abbaye de S. Trond. 

Rodulphus fecit confirmari sigillo Alexandri Papae privilégia mo- 
nasterii S. Trudonis. (Gesta abbatum Trudon. Contin. II, n° 26. 
Piot. Cartulaire de l'abbaye de S. Trond, I, 134) (1). 

45 Après Pâques. Liège 
Raoul revient à Liège. 

Anno sequenti (2) episcopus consummato ad votum suae profec- 
tionis negotio, prospero itinere sanisque omnibus, qui in comitatu 
ejus fuerant tandem Leodium est reversus. (Gesta abbatum Trudon. 
Contin, II, n° 26.) 

(1) La bulle du pape Alexandre est du i5 mars 1179 et non pas du 
i5 mars 1178. 

(2) D'après le vieux style, le Concile avait eu lieu en 1178. 



— 171 — 

46 

Raoul approuve des indulgences données à l'abbaye 
de S. Laurent. 

Litteras indulgentiarum XII episcoporum ecclesie S. Laurentii 
concessas.... Rodulphus confirmavit, et XXX dies superaddidit. 
(Historia monasterii S. Laurentii, n° 46.) 

1177-1179 47 

Raoul écrit à sainte Hildegarde pour lui demander 
des prières. (Migne. Patrologie latine , CXCVII, 

col. 175 ( x ). 

48 
Sainte Hildegarde donne à l'évêque Raoul des en- 
couragements et des conseils. (Ibidem.) 

1180 

Indiction XIII. année de pont. 13 et 14 

13 Avril. Gelnhausen (Mayence) 49 

Raoul intervient comme témoin au jugement par le- 
quel l'empereur Frédéric prononça la déchéance de 
Henri comme duc de Bavière et de Westphalie et attri- 
bua une partie de ses duchés à l'archevêque de Co- 
logne. 

Acta sunt haec anno.... MCLXXX, indictione XIII in solempne 
curia Gelenhusin, idibus Aprilis (Lacomblet. Niederrhein. Urkun- 
denbuch, I, 33 1; Miraeus, II, n85; Stumpf, n° 43oi; Wauters, 

n > 5 970 . ■ KA 

Mi-Avril. Gelnhausen. 5U 

L'empereur Frédéric approuve un échange conclu 
entre l'archevêque de Cologne, le chapitre de la cathé- 
drale de Cologne et Raoul, évêque de Liège. 

Imperator Fredericus approbat contractas inter capitulum majus 
Coloniense et Philippum archiepiscopum coloniensem et Rudol- 

(1) Les sentiments de repentir que cette lettre exprime nous font sup- 
poser qu'elle a été écrite après la fin du schisme (1177). 



— 472 — 

phum leod. episcopum institutos. Archiepiscopus accipit a fratribus 
majoris ecclesie villam quamdam Espithe prope mosam fluvium si- 
tam, eisque contra tradidif, villam quamdam Nyele prope civita- 
tem coloniensem sitam et predium quoddam Prumere. Postmo- 
dum autem quia et coloniensi et leodiensi ecclesie visum est expe- 
dere inter prememoratum archiepiscopum coloniensem et Rudol- 
phûm episcopum leodiensem, communicato nobilium et reliquorum 
hominum suorum consilio convenit : ut archiepiscopus villam in 
Espide cum suis attinentiis episcopo leod. in perpetuam ecclesie 
leod. proprietatem daret, et ipse archiepiscopus ab episcopo leod. 
quicquid ipse juris in villa Lantershove (Landershoven) et Winters- 
likke (Witterschlich), habebat, ad usus episcopii sui in concambio 
in justam et legitimam proprietatem coloniensis ecclesie reciperet ; 
. quod et prudente consilio, et communi utriusque ecclesie homi- 
num consensu rite peractumest. Testes.... Rodulphus leod. episco- 
pus.Datum apud Geilinhusin, in territorio maguntino, anno domini 
MCLXXX, indictione XIII, régnante domno Frederico...., anno 
regniejus XXIXimperii vero XXVI. (Lacomblet. Urkundenbuch 
fur die Geschischte der Niederrheins, t. I, p. 333; Stumpf, n°43i3; 
Wauters, II, 599.) 

51 Jugement prononcé par l'empereur et les princes de 
l'empire que les évêques peuvent conserver les avoue- 
ries qui viennent à vaquer et que personne ne peut éle- 
ver de fortifications dans les villes, sans leur consente- 
ment. Raoul est cité parmi les princes qui rendirent 
ce jugement. (Pertz. Monumenta. Germ. Leges. II, 
164; Stumpf, n°43o2; Wauters, II, 775.) 

52 Raoul fait la guerre au comte de Looz. 

Episcopus et ante profectionem (Romanam) et post reditum cre- 
bris Gerardi Lonensîs comitis infestatus injuriis, quas ei in decimis 
et precariis villarum et ecclesiarum ad se pertinentium arroganter et 
superbe ingerebat, quia minas et excommunicationem intentando 
nichil proficiebat, superbiae et arrogantiae ejus viribus et armis ob- 
viare parât. 

Avant 31 Juillet. S. Trond 

Veniensque apud nos, in monasterio Trudonensi, necessitate ur- 
gente renovavit cum nostratibus fedus amiciciae et fidelitatis perse- 



— 173 — 

verantiam, adhortans eos, una secum ulsisci in comitem suam et 

S. Lamberti injuriam. (Gesta abbatum Trudon. Cont. II, n°3i.) 3 

1 
31 Juillet I 

i 

Cornes 2 die kal. augusti milites episcopi agressus a Calmont us- I 

que Tungris in fiigam vertit. (Ibidem.) j 

i 

1 Août. Colmont 

Kal. augusti episcopus ante eandem villam Comitem proterens 
in fiigam vertit et totam villam repentina invasione exurit. 

8 Août. Colmont 

Sequenti die, episcopo Colmunt obsidente, Trudonenses ab eo 
rogati Brustemium invadunt. (Ibidem.) 

3 Août. Looz 

Dehinc 3 videlicet nonas augusti episcopus cum suis et nostrates 
(Trudonenses) tum episcopo Los caput comitatus invadunt et habi- 
tatoribus ejus metu mortis et captivitatis fugientibus, incensa villa 
cum monasterio pariterque Castro ingentia spolia diripiunt. (Ibi- 
dem. ) 

4 Août 

In crastinum cenobium S. Âmoris in Bilisia a milicia episcopi 
cum villa exuritur. Montenaken quoque castrum, et alia comitis 
castella incendio evertuntur. (Ibidem.) 

* 

Colmont. Conclusion de la paix 53 

Cumque exstructis machinis episcopus Calmunt destruere. nite- 
retur, annitente comité Namurcensi avunculo suo et comité de 
Berghe, Gerardus cornes in gratiam ejus reducitur. Quod tali con- 
' ditione actum est, ut quidquid episcopus ei fecerat, irritum esset, 
nichilque ei injuriarum pro hoc deincepsirrogare deberet. (Gesta ab- 
batum Trud. Cont., II, n° 3i. Conf. iEgid. Aureae Vallis, n° 3y.) 



— 174 — 

n8i 
Indiction XIV. année de pont. 14 et 15 

54 30 Mal. Liège 

Raoul fait une ordination dans l'église de S. Jacques. 

Hoc anno ordinatus est Reinerus sacerdos in ecclesia S. Jacobi 
(Leodii) a Rodulpho episc. Leod. sabbatho infra pentecosten. (Rei- 
neri Annales hoc anno. Martène et Durand Ampl. Coll. V-1-67. 
Bibliophiles liégeois, n° 12, p. 49.) 

55 Entre le 9 Mars et le 18 Juin 

A la demande de Raoul, Tévêque d'Utrecht donne 
au monastère de S. Trond l'église d'Alburg. 

Balduinus Trajectensis episcopus, inductus petitione venerabilis 
fratris sui et amici karissimi Rodulphi, Leod. episc. abbati et fra- 
tribus monasterii S. Trudonis ecclesiam de Alburg in perpetuum 
concedit. Anno ab Incarn. Domini MCLXXXI regni Frederici XXX, 
imperii vero XXVI. (Piot. Cartulaire de l'abbaye de S. Trond, I, 
14a; Wauters, II, 778.) 

m 

56 Raoul donne des lettres de recommandation aux re- 
ligieux de Grammont. 

Litteras commendationis dat Radulphus fratribus Grandimon- 
tensibus ad archiepiscopum Coloniensem. Itinerarium fratrum 
Grandim. apud Migne. T. CCIV, col. 1226. 

57 1181-1182 

Raoul promet de défendre les Saintronnaires auprès 
de l'empereur contre les accusations du comte de Looz. 

Trudonenses fréquenter ab eo (Imperatore) mandati, tandem ne- 
cessitate urgente episcopum super hoc consulunt, et ut eos super 
querela comitis (Lonensis) excusaturus ad imperatorem vadat, ex 
jure cogunt. Bona ergo fide se eos ab omnibus impedimentis 
liberaturum pollicitus est episcopus. (Gesta abb. Trud. Cont., II, 
n°3i.) 



— 175 — 

1182 

Indiction XV. année de pont. 15 et 16 

21-31 Mal. Mayence 58 

Ad curiam Imperatoris que Seinse (i) futura erat, una cum eis 
(Trudonensibus) est profectus episcopus. 

Comité autem plura adversus eos imperatori querente, Episcopus 
causam eorum (Trudonensium), ymo suam, strenue egit, eos ab 
objectis patrocinio suo defensans, et que eis impingebantur, sibi 
rectius imputari debere libéra voce protestans. Cujus constantia co- 
rnes perculsus, annitente Imperatore, Episcopoque in id ipsum alla- 
borante, statuit cum eis in pacis concordiam redire. (Gesta abba- 
tum Trudon. Continuatio II, n° 3i.) 

3 Novembre. Liège 59 

Raoul consacre l'église du monastère de S. Laurent. 

III Nonas Novembris ab anno dominicae Incarnationis 1 182, quae 
veteris dies fuerat dedicationis, ad novamdedicationem ecclesiae mo- 
nasterii S. Laurentii Leodiensis, convenit m ecclesia illa, magna 
populi multitudo, et astante cum monachis, clero abbatibusque re- 
ligiosis, antistes Leodiensis domnus Rodulphus, vir amplissimae 
nobilitatis, ecclesiasticae executus est sacrationis ministeria. (Rei- 
neri monachi: super dedicatione nova ecclesiae monasterii sui 
Migne, T. CCIV, p. 146 et i5i ; Historia Monasterii, S. Lauren- 
tii, no 46; Gesta Abbat. Trudon. Cont. III, pars II, n<> 2.) 

Après Pâques (28 Mars). Liège 60 

Raoul ratifie une donation faite en faveur de l'ab- 
baye d'Aine. 

In nomine sancte et individue trinitatis. Radulfus, Dei gracia 
leodiensis episcopus, omnibus fidelibus tam presentibus quam futu- 
ris in perpetuum. Pontificalis honoris officium nos ammonet ut 
pietatis opéra ad profectum religionis pertinentia digno prosequa- 

(1) Ces faits se passèrent probablement à la cour plénière tenue à 
Mayence les 2i-3i mai 1182 ; Gérard, comte de Looz, y fut présent. 
(Bondam Chartenboek der hertogen van Gelderland, p. 233.) 



— 176 — 

mur favore, et ad statum perfectionis sue nostra provehamur aucto 
ritate. Hujus igitur rationis intuitu notum facimus omnibus hanc 
paginam legentibus vel audientibus quod Bastianus de Gurdinis per 
manum nostram dédit fratribus in Alnensi monasterio Deo servien- 
tibus in elemosinam et sub annuo censu duarum marcarum ad fes- 
tum sancti Johannis Baptiste solvendarum, quicquid habebat apud 
Clarum Montem in terris, silvis, aquis, pratis, pascuis, nichil peni- 
tus sibi vel heredibus suis ibidem retinens prêter memoratum cen- 
sum. Hoc autem factum est consensu et laudatione domini sui Go- 
descalci de Morelmeisio, de quo hec tenebat, atque legitimorum 
heredum suorum, filiorum sororis sue, Bastiani videlicet de Berzeis, 
fratrumque suorum Thome et Symonis. Et ut hec rata atque futu- 
ris temporibus illibata et inconvulsa permaneant, presentem pagi- 
nam sigilli nostri ymagine roboravimus et testium qui interfuerunt 
nomina subscribi fecimus. Albertus archidiaconus. Henricus abbas 
de Sancta Maria. Magister Jonas. Dux Bertoldus de Ceringia. Hen- 
ricus cornes Namuci. Cono cornes de Claro Monte. Godefridus de 
Sumbreffe. Julianus de Wabart et Godefridus frater ejus. Actum 
anno Incarnationis Dominice M°. C°. lxxxij . 

Cartulaire d'Aine, fol. lj. 

« Codescalcus de Morialmeis.... predictum Clarum Montem 
(quem Bastianus de Gordines ipsi resignaverat) in sollempni curia 
leodiensi in manu Domini sui Radulphi Leodiensis episcopi, coram 
multis nobilibus vins sub testimonio parium suorum ad opus Al- 
nensis ecclesie reportavit et nisi excepto censu duarum marcarum 
abjudicavit et abjudicare fecit. Actum est hoc a Verbi Incarnati 
M O LXXXII , indictione XV . » 

Cartulaire d'Aine, fol. lj v* ljj. 

61 Avant Décembre. Liège 

Raoul approuve une donation en faveur de la col- 
légiale de S. Paul, à Liège. 

Radulfus ratam habet traditionem qua Henricus ecclesie S. Pauli 
Leodiensis decanus, presbyteratum de Laminis ecclesie S. Pauli 
ad usus fratrum et augmentum praebendarum dédit. Testes : Al- 
bertus majoris ecclesie prepositus et archydiaconus; Balduinus ar- 
chyd. Rodulphus archyd. et ecclesie S. Pauli prepositus ; Theode- 
ricus archyd. ; Otto archyd. ; Albertus archyd. ; Bertholdus archyd.; 
Heijnricus abbas ecclesie S. Mahe et ecclesie S. Pauli decanus ; 
Hugo abbas ecclesie S. Jacobi; Everelmus, abbas ecclesie S. Lau- 



— 177 — 

rentii ; Lucas abbas ecclesie S. Apostolorum ; Bruno abbas ecclesie 
S. Egidii; Johannes ecclesie S. Pétri decanus; Arnulphus ecclesie 
S. Martini decanus ; Gislebertus ecclesie S. Crucis decanus ; Bene- 
dictus ecclesie S. Johannis decanus; Otto ecclesie S. Dyonisii deca- 
nus ; Fredericus ecclesie S. Bartholomei decanus. De fratribus con- 
cilii de Hoseumont: Heinricus decanus ; Petrus investitus ecclesie 
de Momalia ; Fredericus ecclesie de Doncere investitus ; Léo ecclesie 
de Holong investitus ; Winricus ecclesie de Hoseumont investitus ; 
Johannes ecclesia de Villenes investitus; Heinricus ecclesie de Bo- 
dengeies investitus et alii plures. Facta sunt hec anno Dominicae 
Incarnationis MCLXXXII indictione quinta décima, papante Lu- 
cio, anno episcopatus nostri XV m0 . (Bulletin de l'Institut archéo- 
logique liégeois, XII, 243 ; Cartulaire de l'église collégiale de S. 
Paul, p. 12.) 

1183 

Indiction I. année de pont. 16 et 17 

Avril. Liège 62 

Raoul renonce, en faveur de Bauduin, comte de 
Hainaut, à tout l'héritage de son oncle Henri, comte 
de Namur. 

Ego Rodulfus, Dei gratia Leod. episc. notum facio quod totam ' 
hereditatem avunculi nostri Henrici comitis Namucensis et omnia 
que ipse cornes Namucensis tenebat, Balduino comiti Hainoensi 
et heredibus ejus concessi, hac interposita conditione quod si quis 
jamdictum Balduinum super jamdicta hereditate.... vexare voluerit 
ipsum.... pro posse meo juvabo. Sepedictus vero Balduinus conces- 
sit mihi omnes redditus de allodio de Durbui, quoad vixero 
tenendos. Castellum vero de Durbui scilicet firmitatem illius ipsi 
comiti concessi; postquam autem a seculo migravero, omnes 
redditus de Durbui ad comitem Hainoensem et ejus heredes re- 
dibunt. Testes : Philippus Flandrie et Viromandie cornes, Bodo 
de Hosainmont, Thomas de Haimericurt, Eustachius de Ruez, 
Eustachii filii et Almannus de Provi. Actum Leodii per manus 
Jone clerici mei et Gilleberti, clerici comitis Hainoensis, vivente 
adhuc avunculo nostro prenominato Henrico, comité Namucensi, 
mense aprili anno dominice Incarnationis MCLXXXIII. 

(Monuments pour servir à l'histoire du comté de Namur, etc., 

If 307.) 

23 



1 



1 



- 178 — 

63 Raoul confirme les privilèges de l'abbaye de Ge- 
ronsart. 

Radulphus Dei g. episc. Leod. quidquid ab antecessoribus suis 
Leod. episcopis vel aliis Deifidelibus ecclesie B. Augustinide Sarto 
rationabiliter est concessum et scriptis eorum firmatum, eidem ec- 
clesie confirmât; confirmât eidem loco ecclesiam de Herpens 

et mediam partem ecclesie de Mazareo (Maizeret). Statuit quoque 
et episcopali auctohtate decernit ut predicta ecclesia sub regulari 
habitu et beati augustini régula perpetuo tempore perseveret, nul- 
lique unquam seculari vel ecclesiastice persone liceat hoc nostrum 
mutare vel irritare decretum. Decedenteque ejusdem loci pâtre, 
secundum canonum instituta et b. Augustini regulam successor 
eligatur ydoneus cum tratrum assensu et episcoporum leod. dono, 
qui et Leodiensi ecclesie debitam exhibeat subjectionem et drca 
subditos salutem operetur animarum. Testes : Albertus de Cuc, 
archid ; Albertus de Lovanio, archid. ; Petrusde Momalia, Henricus 
de Marenbais, Henricus de Tonglebiet. Actum est hoc anno Domi- 
nice Incarnatioms M° C° LXXX tertio. (Analectes pour servir à 
l'histoire ecclésiastique de la Belgique, t. IV, p. 466.) 

64 Raoul confirme les droits de l'abbaye de Soliers. 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Notum sit omnibus 
presentibus et futuris quod Lambertus et ^frater ejus Arnulfus in 
predio suo de Bent, in loco qui nunc ab incolis Soliers vocatur, 
oratorium sancte Marie, sanctique Johannis Baptiste construxerunt 
et personas inibi domino servientes locaverunt. Ad hos igitur usus, 
duo bonnaria perpétua stabilitate deligantes sancte Marie sancto- 
que Lamberto in manu domini episcopi Alberonis reddiderunt, et 
ut in quiète et sine molestia ibidem habitantes domino possent ser- 
vire, prefati antistitis et sua auctoritate libéra fecerunt, non solum 
a décima, immo ab omni extraordinaria et sordida exactione, hoc 
est a pohariis? precariis, angariis, et si que sint similia. Ego autem 
Radulfus humilis episcopi (1) minister priorum patrum pro mo- 
dulo tenere volens vestigia, prefatum locum cum suis personis 
ab omnibus predictis emancipatum esse volo et omnia quecun- 
que ad cultum divinum adquirere poterunt, tam in mofailibus qnam 
in immobilibus libéra esse censeo, non tamquaxxi sepediqû Antis- 
titis authoritas a nobis infirmetur, sed ut stipes tabernacub duplici 

(1) lege Christi. 



— 179 — 

fultus auxilio in eternum crescat et corroboretur ; nequaquam ta- 
men baptisare, sepelire usurpabunt, nec in missa recipere, nisi 
secum infra cenobium commorantes et hospites ; de aliis parochiis 
nullum sine licentia; quod quia parum ad archidiaconum spectat, a 
jure archidiaconi immunes esse debent amplius ; hec de novo ad- 
quisita a fra tribus prefati loci sunt nobis intima ta in villa de Solliers 
et in Sarto ejusdem medietas totius décime cum censu nihilominus, 
in Hoyo medietas molendini quod vulgo Brisvilen vocatur, prete- 
rea alteram medietatem sarti cum censu dédit eis domina Basilica et 
filius ejus Lambertus. Hec omnia sanctione divina et nostra in 
presentia nobilium et innobiiium corroborata, quicunque viola- 
veht sit anathema, et quia melius distincta servantur, dicta sunt 
hec, in anno incarnationis dominice MCLXXXIII, Lucio prési- 
dente, Frederico in pace régnante, Radulpho Pontificatum admi- 
nistrante, indictione V (I) Thomas etiam de Mosa seipsum et 
quidquid hereditatis habuit eidem ecclesie contulit, ita quod quam- 
diu vivet, fructus inde percipiat, hereditas autem ab eo collata hec 
est ; due domus in foro Hoyensi, ibidem quatuor stalla.... in qui- 
bus calcei venduntur, septem sol. cens de pomeriis in acrio monte, 
unus modius spelte, 7, i ob oes ad luminare... jacet intra pontem de 
Amerin ille partis que ipse in molendino directe possidebat. Haec 
omnia predictus Thomas obtulit super altare ecclesie et ei affectavit 
in presentia Godefridi Pons, magistri Jorez, totius conventus, do- 
mini Lamberti advocati ecclesie, Cononis de Fereres, B on nis de 
Warfusee. Sic signatum Sarta notarius admissus per copiam origi- 
nali conformem in fidem. (Lefort. Manuscrits généologiques au dé- 
pôt des archives de l'État, i re partie, t. II, p. 2.) 

1184 

Indiction IL année de pont. 17 et 18 

4 Avril. Herlamont 65 

Raoul consacre 1 église de Herlamont et approuve 
une donation faite à l'abbaye de Florefte. 

Osto miles de Trasingeis donationem ecclesiae de Trasingeis ab 
ipso factam in favorem monasterii de Floreffia innovavit in presentia 
Radulphi Leod. episc., astante Hermanno abbatë Floreffiensi, et 
praesentibus plurimis tam clericis quam militibus, in dedicatione 
ecclesiae de Herlamont quae facta est anno ab Incarn. Do m. 
M C° LXXXIIII, feria quarta hebdomadae pascalis, et ipsam elee- 



— 180 — 

mosynam manibus episcopi imposuit, quam ipse protinus super 
altare, quod inpresentiarum sacra verat, posuit, et omnes qui de ce- 
tero aliquam Floreffiensi ecclesiee de eadem eleemosyna injuriam 
facerent, excommunicavit. (Analectes pour servir à l'hist. ecclés., 
VII, 3 7 2.) 

66 Mai. Mayence 

Raoul assiste à la Diète impériale tenue à Mayence. 

* 

Diebus Pentecostes, comitiis Maguntie celébratis, in pratis ultra 
Rhenum, Rodulphus Leodiensis episcopus interest. (Gisleberti chro- 
nicon,no i76.Bœhmer,acta Imp. sel., p. 137; Historiens de France, 
t. XVIII, p. 373 et 374.) 

67 Août 

Le comte de Hainaut réclame en vain le secours de 
Raoul. 

Cornes hanoniensis domini sui ligii episcopi leod. Radulphi sui- 
que consobrini, cum guerra sibi immineret cum Brabantis et in 
ipsa guerra auxilium debitum requisivit : cui episcopus nullum 
fecit auxilium. (Gisleberti chronicon, n° 197.) 

68 

L'archevêque de Cologne confirme les donations 
faites au monastère de Heinsberg en présence de Raoul, 
évêque de Liège. 

Acta sunt hec anno Dominice Incarnationis MCLXXXIIII, in- 
dictione secunda. 

(Lacomblet. Urkundenbuch, I, 347. Miraeus. Diplom. Belgica, 
p. *33o. Wauters, II, 638.) 

69 Vers 1184 ( l ) 

Raoul confirme le chapitre de l'église de Nivelles 
dans la possession de cette ville. 

Rodulfus Leod. episc. sua auctoritate confirmât villam Nivellam 
cum omnibus utensilibus suis, cum mercato, teloneo, moneta, ma- 
ceria, cum cambis et molendinis, cum terris cùltis et incultis, pra- 

(1) Voyez Wauters. Table chron., III. Introduction, p. xlvi. 



— 181 — 

tis, silvis, pascuis, et cum omni familia ibidem manente, et cum 
hereditate omnium in ea residentium, usibus fratrum et sororum 
in predicta villa Deo famulantium penitus esse mancipatam. Sans 
date. (Wauters. De l'origine et des premiers développements des 
libertés communales en Belgique. Preuves, p. 5i.) 

1185 

Indiction IIL année de pont. 18 et 19 

Septembre. Liège 70 

Raoul intervient comme témoin à une donation du 
duc de Basse-Lorraine, Godefroid, en faveur de l'église 
d'Aix-la-Chapelle. 

Facta sunt hec in curia Leodii celebrata mense septembri, anno 
incarnati verbi MCLXXXV, indictione III. (Ernst. Histoire du 
Limbourg, VI, 157; Lacomblet. Urkundenbuch, I, 347; Wàuters. 
II, 641. 

Septembre. Liège 71 

Raoul assiste à une Diète tenue à Liège par le roi des 
Romains Henri VI. 

Rex Romanorum Leodii tempore autumnali venit ad perquiren- 
dum auxilium contra regem francorum et ad comitem Hanonien- 
sem opprimendum, ut ab amore et confederatione régis francorum 
separaretur. (Gisleberti chronicon. n° 263. Une charte du cartulaire 
de S. Martin, de Liège, parle aussi de cette Curia Regalis et men- 
tionne plusieurs personnes qui y assistèrent.) 

Septembre. Liège 72 

Raoul est envoyé à la rencontre du comte de Hai- 
naut. 

... Dominus rex conductores quos cornes hanoniensis voluit, ob- 
viam misit (Andenne) scilicet Coloniensem archiepiscopum, Rodul- 
phuiç leod. episcopum, etc. (Gisleberti chron., n° 2o3.) 



— 182 — 

73 Liège 
Séance de la Diète. 

... Domnus rex romanorum comitem hanoniensem summoni- 
tionibus districtis coarctabat, ut ipsum comitem Flandrie contra 
regem francorum juvaret, ut ad majus auxilium hominibus suis de 
imperio contra regem francorum castra sua in Hannonia délibéra- 
ret et transitum per terram suam pararet. 

... Dicebat cornes hanoniensis quod terram totam hanoniensem 
ab episcopo leod., qui ibi aderat, tenebat, quem nunquam fefellerat, 
sed ei semper quidquid debebat, fecerat tanquam domino suo ligio. 
Unde etiam cornes dicebat quod si dominus suus leod. episcopus 
aliquid super terra sua vel castris suis haberet dicere, ipse statim per 
consilium parium suorum paratus erat de jure satisfacere. Quo au- 
dito leod. episcopus de consilio ecclesie sue et hominum suorum, do- 
mino régi romanorum offerebat, quod si quid adversus ejus fidelem 
comitem hanoniensem haberet dicere, de eo quidquid pares sui prin- 
cipes imperii judicarent, faceret. (Gisleberti chronica n° 2o3.) 

74 25 Octobre. Aix-la-Chapelle 

Raoul est témoin à une donation faite en faveur de 
l'église de Notre-Dame, à Aix-la-Chapelle. 

Acta sunt hec annoDom. Incarn. M C° LXXXV, indictione III. 
Datum apud Aquisgranum, mense octobri, VIII kal. novembris. 
(Ernst. Hist. du Limbourg, VI, i58; Lacomblet. Urkundenbuch, 
I, 348; Wauters, II, 642.) 

75 Après le 28 Avril 1185 

Raoul institue la fête de S. Domitien. 

Rodulphus communi consilio Leodiensis ecclesie instituit ut 
S. Domitiani festum ex hoc nunc et usque in seculum per totum 
episcopatum nostrum, sicut natale b. Lambertii solemniter cele- 
bretur, suisque archidiaconis injunxit quatenus in omnibus ecclesiis 
suis hujus nove solemnitatis observationem denuntiari in vi obe- 
dientie precipiant, cujus violatores anathematis vinculo innodat. 
(Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique, XIV, 36. Lamb. 
parvi Annales.) 



— 183 -+ 

76 
Raoul refuse d'approuver lelection d'un abbé de 

S. Jacques, à Liège. 

Rodulphus Brunwillarensis monacus a quibusdam electus fuit 
(abbas S. Jacobi Leod.) et in ecclesia illa aliquanto tempore mansit, 
et episcopo Rodulpho contradicente et quibusdam fratribus, cessit. 
(Reineri annales. Editio Leodii, ,8 74 , p. 49 ?? 

Raoul emprunte 5o marcs pour racheter la cour de 
Bauvechin. 

In nomine Sancte et Individue Trinitatis. Rodulphus dei gratia 
Leod. episcopus fam futuris quam presentibus bone fidei pacta di- 
ligentibus. Ex mandato domini imperatoris, hortatu domini Colo- 
niensis et domini Trevirensis ad pecuniam conquirendam Italice 
profectioni necessariam contra perfidiam Longobardorum oportuit 
me ex consilio fidelium meorum impignorare quedam bona episco- 
palia, in quibus curiam de Hugardes cum omnibus pertinentiis in- 
vadiâvimus Rodolpho de Lovanio pro C et XXX marchis, qui eam, 
servata in omnibus nostra justitia et curie dignitate, cum omni fruc- 
tuario usu tenebit sorte intégra permanente, quicquid inedio tem- 
pore perceperit lucrifaciens, sed quandocumque mihi vel cuilibet 
successori meo placuerit, predictam curiam pro prenominata summa 
argenti redimere licebit. Et quia hec pecunia non in damnum sed 
ad utilitatem et honorem ecclesie leod. ecclesie erogata est, quedam 
bona imperialia tam nobis quam ecclesie nostre in vadio pro mille 
marcis recepimus, de ratihabitione debitam cautelam adhibuimus et 
presentem cartam sigillo nostro et sigillo ecclesie nostre adversus 
omnem calumniam communivimus. Post aliquot annos consilio 
fidelium nostrorum a predicto Rodulpho super eamdem curiam L 
marcas col. monete mutuavimus, ad redemptionem curie de Bave- 
chin quam ob pretaxatam necessitatem pro centum marchis obliga- 
veramus ; sicque priore debiti summa secunde mutuationi aggre- 
gâta centum et LXXX marce inveniuntur.' Facta sunt hec in 
presentia ducis Lottaringie Godefridi et filii ejus Henrici cum hac 
determinatione, ut si quis predicto contractui contraire moliatur, 
predictus Rodulphus in suo jure tam ducis quam filii sui patrocinio 
muniatur. Horum testes sunt Albertus major prepositus et archidia- 
conus. Simon decanus. Albertus de Cuc archidiaconus. Evrardus 
archidiaconus. Bertholdus archidiaconus et custos. Petrus de Mo- 
mael. Joannes de Colonia. Almaricus. Alardus celleriarius. Daniel. 
Albertus de Lovanio et ceteri canonici.De femilia ecclesie : Theode- 
ricus de prato, Wericus dapifer. Thomas de Hemricourt. Bodo de 



— 184 — 

Hoseummont, Fastradus de Dummartin et frater ejus. Acta sunt 
hec amro incarna tionis dominice M . C° LXXX V° indictione tertia. 
Si vero ante redemptionem predictus Rudolphus, quod absit, obie- 
rit, mater ejus usumfructum eumdem usque ad redemptionem ha- 
bebit. (Liber chartarum ecclesiae Leod., n° 3g). 

78 1186 

Indiction IV. année de pont. 19 et 20 

Raoul approuve la donation de l'autel de Ferrières- 
le-Petit faite à l'abbaye d'Aine. 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Ego Radulphus, Dei 
gratia Leodiensis episcopus, omnibus tam fiituris quam presentibus 
in perpetuum. Quumquidem divina preordinante gratia in pontifi- 
catus ministerium vocati sumus, dignum est ut fidelibus Christi 
patrocinando fidèles ministros ipsius nos exhibeamus. Quod tune 
perspicuum erit si ad confovenda ecclesiarum bénéficia propensius 
invigilemus. Notum proinde fieri volumus quod Godescalcus de 
Morialmeis altare de villa que dicitur Ferieres le Parum quod de 
me tenebat in feodum de quo duas partes in manu sua tenebat, pro 
remedio anime sue et patrum suorum, uxoris ac liberorum, fratris 
. et sororum, ad opus Alnensis ecclesie in manu mea resignavit, et 
corajn liberis hominibus omne jus in eo de cetero sibi abjudicavit, 
excepto quod terciam partem miles quidam Balduinus scilicet co- 
gnomento Cauderons, inde de ipso tenebat in feodum. Hoc igitur 
hominium sibi retinuit. Nos vero causa Dei et pietatis intuitu idem 
donum predicte Alnensi ecclesie in eleemosinam perpetuo possi- 
dendam reddidimus, cartamque hoc testificantem sigilli nostri 
auctoritate muniri fecimus, et testium qui adfuerunt subscriptioni- 
bus roborari. Subscriptio Bertoldi archidiaconi. S. Hermanni flori- 
nensis abbatis. S 'Cunonis Maloniensis abbatis. S. Wirici notarii 
imperatoris. Liberorum vero hominum : S. Gerardi advocati Tudi- 
niensis. S. Johannis filii ejus. S. Philippi de Alta rippa. Actum 
anno Verbi Incarnati M°.C°. lxxxvj , indictione iiij a . 

(Cartulaire d'Aine, fol. ccxcj.) 

79 

Raoul accorde certaines exemptions à l'abbaye de 

S. Michel, à Anvers. 

Radulphus notum facit se omnem exactionem religiosis eccle- 
sie S. Michaelis in antwerpia remisisse de terrula illa quam apud 



— 185 — 

Tontines (Deurne) ad censum tenent de sua curia ; illam commuta- 
tionem quam eadem ecclesia cum Sigero de Bosenghem fecit ratum 
habet, ut scilicet terram S. Lamberti apud Wimbelgem (Wom- 
melghem), quam idem Sigerus in feodo tenuit, dicta ecclesia ab 
episcopo habeat ad censum duorum denariorum ob libère posses- 
sionis memoriam, et allodium ejus ecclesie apud Muerdunc dein- 
ceps S. Lamberti sit et Sigerus sicut priorem terram in feodo teneat. 
Testes : Albertus prepositus S. Lamberti de Retest et archidiaco- 
nus; Albertus archidiaconus de Cuch; Everardus archidiaconus ; 
Bertolfus archidiaconus; Symon decanus S. Lamberti; Franco 
decanus S. Pétri; Benedictus decanus S. Johannis; Giselbertus de- 
canus S. Crucis ; Arnoldus (lege Arnulphus) decanus S. Martini ; 
Johannes de Colonia, canonicus S. Lamberti; Alardus cellerarius 
ejusdem ecclesie; Sigerus de Bosenghem et Folcardus frater ejus; 
Walterus et Reinerus filii ejusdem Sigeri ; Benedictus de Santoven; 
Nicolaus villicus de Torninis, Scabini de Torninis : Gocelinus 
Stopbrac, Giselbertus Mena, Nicolaus de Wineghem, Remarus, 
Henricus de Mannenbruche, Balduinus Bodel. Actum dominice 
Incarnationis anno M. C. LXXXVI. (Cartulaire de S. Michel, 
fol. XV verso. Revue d'histoire et d'archéologie, t. I, p. 53.) 

1187 

Indiction V. année de pont. 20 et 21 
Entre le 9 Mars et Dec. Cologne 80 

Raoul assiste au Concile provincial. 

Rodulphus episcopus interest synodo coloniensi anno Domin. 
Incarn. MCLXXXVII , anno regiminis imperatoris Frederici 
XXXVI celebrato, in qua synodo Philippus archiepisc. Colonien. 
i° domus Steinfeldensis canonicorum praemonstratensium bona et 
parochias confirma vit ; 2 cum cleri primoribus consultât, quem 
admodum irato Frederico I imperatore et in diœcesim coloniensem 
vastandam irrupturo,. vim vi repellat. (Hugo Ordinis Praemonst 
Annales II, 587; Hartzeim, Conc. Germ. III, 438; Hefele. Conci- 
lien Geschichte, V, 811.) 



*4 



— 186 — 

81 15-21 Août. Worms (*) 

Raoul assiste à la Diète impériale de Worms. 

Indictione V, anno regni sui XXXVII, imperii XXXIV, XII kal. 
septembris Wormatiae imperator Fredericus privilégia concedit mo- 
nasterio ordinis praemonstratensis Cappenberghensi : inter testes 
numeratur Rodulphus leod. episcopus. (Hugo. Annales praemon- 
str. I, col. CCCLXXIV. Stumpf, n° 4482.) 

82 Décembre 

Raoul assiste à l'entrevue que l'empereur eut avec le 
roi de France entre Yvoir et Mouzon; puis il est chargé 
par l'empereur de décider une question de justice pro- 
posée par le comte de Hainaut dans une assemblée 
tenue à Virton. 

In adventu Domini (mense Decembris) colloquium Frederici ro- 
manorum imperatoris et régis francorum Philippi inter Juvir (Ivoir) 
et Mosun constitutum est... in recessu a colloquio cum in villa 
quadam Ludovici comitis Cisncacensis, Vertun (Virton) scilicet, do- 
minus imperator pernoctaret, cornes hanoniensis sententiam que- 
sivit super illis qui possessiones aliorum injuste usurpant et eas post 
aliquot annos vel tempus injuste detinent. Unde principes imperii 
et alii fidèles domini imperatoris comiti Hanoniensi et hominibus 
suis sententiam exposuerant,quod si aliquis in possessionem alterius 
intraverit, et inde ad dominum clamor factus fuerit, duos veridicos, 
qui circummanentes dicuntur constituere super hoc débet ; si quis 
equidem ex illorum relatione in alterius possessione injuste inven- 
tus fuerit, ipse illi, cujus in hoc jus est, possessionem suam liberam 
in pace dimittere débet, et damna illata per veritatem illi restituere ; 
deinde excessum facti domino comitatus per decem libras denario- 
rum comitatus emendare débet. Homines domini imperatoris judi- 
catores fuerunt : Johannes cancellarius, Rodulphus Leod. episco- 
pus, etc. (Gislebert chronicon, n° 216-218.) 

83 Raoul fixe les droits et les obligations du curé de S. Re- 
my, à Liège, et fonde des anniversaires dans cette église. 

In nomine Domini, amen. Rodulphus dei gratia leodiensis eccle- 
(1) In assumplione B. M. V. curiam habuit Wormatiae. Godef, 



— 487 — 

sie humilis minister tam futuris quam presentibus in perpetuum. 
Notum facimus presenti pagina quod de capella S. Remigii, cujus 
investitura ad abbatem ecclesie b. Jacobi pertinere cognoscitur, ab- 
batis Hermanni qui nunc eidem preest ecclesie et fratrum ejusdem 
loci assensu hoc ordinatum est. Quicunque ejusdem capelle pres- 
biter fuerit, conventui 40 solidos monete publice his quatuor ter- 
minis, 10 scilicet in natali Do mi ni, 10 in pascha, 10 in pentecosten, 
10 in festo omnium sanctorum annuatim solvet, quosidem conven- 
ais ita distribuet : in anniversario patris mei Conrardi ducis Zeringin 
6° idus Januarii decem ; In anniversario matris mei Clementie sexto 
çalendas Januarii decem, et in anniversario fratris mei Ducis Ber- 
tholdi 6° idus septembris decem ad refectionem fratrum expenden- 
tur. Decem autem custodi ecclesie S. Jacobi ad supplementum mi- 
nisterii dabuntur. Hoc ergo sciendum quod ejusdem capelle Sancti 
Remigii presbiter diebus, id est, in Natali Domini, in circumcisione, 
in epiphania, in purificatione, in quadragesima, in palmis, in Pascha, 
in ascensione, in pentecoste, in assumptione b. Marie, in festivitate 
omnium Sanctorum, in festo S. Jacobi et dedicatione ecclesie et in 
anniversario d. Balderici episcopi et quibuscumque diebus abbati 
obsequium in sacris exhibuerit, in refectorio eandam quam fratres 
prebendam habebit in prandio, et abbate defuncto per annum inte- 
grum prebendam refectorii quotidianam, defuncto autem monacho 
eamdem similiter prebendam 3o diebus accipiet. Hujus itaque ordi- 
nationis paginam immutare vel in posterum ,violare ne quis présu- 
mât, sigillo eam proprio corroborari et testibus subscriptis premu- 
niri jussimus, d. Alberti majoris ecclesie prepositi et archidiaconi ; 
D. Bartholdi archidiaconi ; D. Pétri prepositi S. Pauli; D. Ebaldi 
decani, Azonis, Joannis, Pétri canonicorum S. Pauli; D. Juliani 
presbiteri S. Mariae et Joannis atque ceterorum conpresbiterorum 
parochialis capituli; D. Amelii prions, Bononis, Johannis, Lam- 
berti. Eurelini? itemque Lamberti et ceterorum fratrum ecclesie 
S. Jacobi. 

Actum anno ab Incarnatione Domini M C° octogesimo septimo, 
quo videlicet anno presbiter sepedictus capelle sancti Remigii in- 
vestituram de manu abbatis accepit et predicte ordinationis pactio- 
nem presenti scripto sibi confirmari petiit et obtinuit. (Registre de 
la fabrique de S. Jacques, à Liège. Manuscrit de Vandenbergh, 
n° 188, fol. 83, à la Bibliothèque de l'Université de Liège.) 



\ 



— 488 — 

84 1182-1187 

Raoul conseille au père de la B. Juette de se retirer 
dans le monastère de Neumoustier, à Huy. 

« Pater Beatae Juettae abrenuntiare seculo totaliter voluit, sed 
quia hoc sine episcopi licentiafieri tutum sibi fore non est arbitrâtes, 
utpote rerum suarum dispensator, Episcopum adivit, aperuitque 
ei intentionis suae propositum. Qui licet carere ipso difficile posset 
in suis negpciis, noluit bonum ejus propositum impedire, propter 
aliquod lucri emolumentum tfemporalis, licentiamque ei bénigne 
annuit. Attamen diligenter eum admonuit, ne districtioris vitae 
propositum assumeret tam praepopere, consuluitque ei ut se trans- 
ferre velletadNovum.monasterium, claustrum ordinis regularium, 
situm in suburbio oppidi (Hoyi),etin hoc saluti ejus consulens, quia 
bene noverat complexionem viri : timebat enim valde episcopus ne 
non pati diu deberet alicujus professionem ordinis. Annuit ille con- 
silio episcopi; assumptumque hominem secum Episcopus ipsemet 
ad cbenobium usque perduxit et cum summa diligentia eum Patri 
monasterii, necnon et Fratribus commendatum dimisit, rogans et 
praecipiens universis, ut tantum ei honoris et gratiae impendere 
singuli studerent, quantum suae ipsius personae. (Bolland. Acta 
Sanctorum ad 1 3 Januarii, n<* 39 et 40.) 

1188 

INDICTION VI. ANNÉE DE PONT. 21 ET 22 

85 Vers le 2 Mars. Liège 

Raoul reçoit la visite du légat du Pape, Henri d'Aï- 
bano ( a ), et procède avec lui à l'extirpation de la simonie. 

Eodem anno post dominicam Exurge, quare obdormis Domine 

(1) Le père de la B. Juette ne prit la résolution de se retirer des af- 
faires du monde qu'après que sa fille se fût mise au service des lépreux, 
en 1181. Après avoir séjourné pendant quelque temps à Neumoustier, il 
entreprit le pèlerinage de S. Jacques de Compostelle, se fit religieux à 
l'abbaye de Villers, et ce n'est qu après sa mort que sa fille embrassa la 
vie de recluse en 1191. 11 en résulte que les faits qui sont narrés ici se rap- 
portent aux années 1182-87. 

(2) 1186 Urbanus III mandat archiepiscopo Coloniensi quatenus quarta 



- 189 — 

ante Pascha (7 Février) Henricus Albanensis episcopus cardinalis et 
legatus (a Lovanio) Leodium, ubi simoniam inter cetera vitia vigere 
nimiam audivit, in ipsum episcopum Radulphum exacerbatus venit. 
Cornes autem, austeritatem nimiam domini sui et consobrini consi- 
derans, (timuit ne ipse praedicationem in populo illius vel décréta vel 
ordinationes circa ecclesiam sanctam sperneret) ipse Leodium ad 
dandum consilium et auxilium domino et consobrino suo venit. Cum 
autem ipse cardinalis multos in Leodio ad signum crucis convertis- 
set, de simonia predicare coepit et inde ordinare de consilio majo- 
rum Leodiensis ecclesie et totius episcopatus: Cui cum Dominus 
Radulphus leod. episcopus... contrarius esset quem ejus consobrinus 
et fidelis cornes hanoniensis ad voluntatem ipsius cardinalis prose- 
quendam induxit. Congregatis in palatio episcopi clericis, scilicet 
abbatibus, archidiaconis, praepositis, decanis et aliis ecclesiarum prae- 
latis, aliisque clericis circiter duobus millibus, praesente et cum 
Cardinali résidente. Leod. Episcopo et.... comité Hanoniensi,clerici 
tam majores quam minores circiter CCCC, bona sua, scilicet archi- 
diaconatus, abbatias, praeposituras, praebendas ecclesiasticas, paro- 
chias et alia quamplura bénéficia (1) in manum Cardinalis libère 
resigna verunt, quorum plures ista ab ipso episcopo Radulpho ibidem 
praesente emptione acquisierant . Dominus autem Cardinalis illos a pec- 
catoisto absolvens, et eis pœnitentiamihjungens, mutans personatus et 
alia bona ecclesiastica, quod unus possederat, aliis conferebat... His 

Dominica post festum resurrectionis Dominicae proxime venturum apud 
Leodium personaliter vel per spéciales et solennes nuntios adesse procuret, 
paratus Henricum Albanensem episcopum quem illuc commisso sibi ple- 
nae legationis officio dirigit, honorifice ac reverentur ibidem recipere, 
humiliter ipsius audire mandata et efficaciter adimplere. 

2i oct. 1187-17 déc. 1187. Gregorius VIII Henrico Albanensi cardinali, 
legato sedis apost significat ut accédât Leodium, celebraturus ibidem . 
concilium cum praelatis et ceteris magnatibus Allemaniae. (Hartzheim. 
Concilia Germaniae, III, 435 et 440; Wauters. Table chronologique, 
II, 65iet663.) 

(1) Ceci nous parait fort exagéré. 11 faut écarter : i° les doyens des col- 
légiales de Liège. Arnulphe reste doyen de S. Martin de 1171-1192 ; Jean 
de S. Pierre, 1187-1189 ; Ébahis de S. Paul, 1185-1191; Otton de S. Denis, 
1171-1189 ; Benoît de S. Jean, n63 et 1189. 2 Les abbés de S. Jacques , 
Herman (n85-fin de 1188); de S. Gilles, Brunon (1182-1195) ; de S. Lau- 
rent, Éverlin (1159-1189) ; de Floreffe, Herman (1161-1191) ; de S. Trond, 
Nicolas (1180-1193). 3° Le prévôt de Ste-Croix, Pierre,? 1185-1189 ; le 
grand-doyen de S. Lambert, Simon, 1171-1189 ; le grand-prévôt Albert 
de Retest, le grand-coste Berthold, 1185-1189, et les archidiacres Albert 
de Cuick et Albert de Louvain, etc., etc. 



— 190 — 

equidem bonorum restitutionibus manum apposuit ipse Radulphus 
leodiensis episcopus. (Chronica Gisleberti, i>« 220. Conf. iEgidium 
Aureaevallem apud Chapeaville, t. II, p. ï33.) 

Heinricus venerabilis cardinalis Romane ecclesie missus a Grego- 
rio Papa suscipitur honorifice a clero et populo Leodiensi et in ca- 
pite Jejunii Quadragesime multi tam clerici quam laici ab eocruci- 
zantur. (Lamb. parvi Annales ad annum 1188.) 

Henricus Albanensis Leodium venit Legatus, ubi receptus est 
cum magna devotione et veneratione. Ubi cum plures clericos si- 
moniacos invenisset per.episcopum cruce signavit et sexaginta sex 
clericos qui omnes in manu sua prebendas suas resigna verunt, et de 
una ecclesia in aliam commutavit per suam industriam, ut et simo- 
niam évadèrent et prebendas non amitterent, id est illos qui erant 
simoniaci in ecclesia S. Martini posuit in ecclesia S. Pauli in in- 
sula, et illos de ecclesia S. Pauli fecit venire ad ecclesiam S. Mar- 
tini et sic de aliis ecclesiis. (Albericus Trium Fontium, p. 392. 
Conf. Pertz. XXIII, 631-73.) 

gg 27 Mars. Mayence 

Raoul, convoqué par l'empereur et le légat du pape, 
se rend à la Diète de Mayence et y prend la croix. 

Fredericus imperator omnes praesules et principes per regnum 
Teutonicum constitutos convocat ad solemnem curiam apud Mo- 
guntiam, Dominica, qua cantatur Laetare Jérusalem, habendam 
ad deliberandum de bellis sacris adversus Saracenos. 

Henricus Albani episcopus et legatus apostolicus ex parte Dei et 
ea qua fungitur legationis auctoritate eosdem episcopos et principes 
ad eamdem curiam convocat. (Ludewig Reliquiae mss., t. II, p. 449. 
Migne. Patrologia, t. CCIV, col. 249-251.) 

Imperator Fredericus, Letare Jérusalem, cum Rodulpho Leo- 
diensi episcopo et optimatibus totius imperii expugnaturus inimi- 
cos crucis Christi, a Heinrico cardinali Romano cruce signatur. 
(Lamberti parvi Annales 1188.) 

g 7 Après le 2 Mars 

Raoul approuve certaines donations faites en faveur 
de l'abbaye de Floreffe. 

Radulphus leod. episcopus in capitulo majoris ecclesie in Léo- 



— 191 — 

dio, sub testimonio prepositi, decani, archidiaconorum et cetero- 
rum fratrum confirmât donationem ecclesie de Ablaen (Aublin 
olim factam ecclesie Floreffiensi a nobili femina, Herlendis no- 
mine. Testes sunt de majori ecclesia : Albertus prepositus ; Simon de- 
canus; archidiaconi Albertus, Everardus, Albertus, Henricus de 
Donglebert; Alardus cantor et alii. De Floreffiensi ecclesia : Her- 
mannusabbas, Renerus decanus de Covin; Simon deçà nus de Gi- 
véil ; Theodericus sacerdos de Vierve ; Gilbertus sacerdos de 
Hieme. Actum est hoc annoincarnationis Domini M C° LXXX VI 1 1°, 
indictione VI, epacta XX, régnante Frederico, Romanorum impe- 
ratore. 

Sub eodem tempore probavit donationem qua miles Godescalcus 
de Morealmeis, ligius homo suus, afflatus desiderio Iherosoly- 
mam profisciscendi cum cœtu fidelium ad liberandam terram pro- 
missionis de manibus impiorum patronatum ecclesie de Sature 
(Sautour) cum omnibus ad eamdem pertinentibus ecclesie B. Marie 
de Floreffia donavit. (Analectes pour servir à l'histoire ecclésias- 
tique, VIII, 364.) 

88 

Raoul approuve l'incorporation de l'église de Fize à 
1 église collégiale de Sainte-Croix, à Liège. 

In nomine sancte et individue Trinitatis. Rodulphus dei gratia 
leod. episcopus omnibus christi fidelibus in perpetuum. Si quid bo- 
norum virorum studio, domino coopérante, contrahitur, quo di- 
gnitentur pauperes ecclesie Christi vel ditentur, nullatenus sub silen- 
tio transeundum est, sed ut ad posteritatis transeat notitiam scriptis 
autenticis annotandum. Notum ergo esse volumus quod canonici 
S. Crucis in Leodio honestati et utilitati ecclesie sue sagaciter pro- 
videntes, cum ecclesiam de Fies, cujus ad eos spectat patronatus, 
vacantem in sua dispositione suscepissent, concanonicum suum 
Lambertum de cura tan tu m ejusdem ecclesie per manum dilecti 
filii nostri Everardi archidiaconi in concilio tungrensi investiri fece- 
runt, fructus vero ad personam pertinentes ad augmentum pré- 
bende sue, que nunc quoque non multum habundat, salvo jure 
cathedratico et synodali transtulerunt. Ut autem hujus institutio- 
nis innodatio pontificali auctoritate corroboraretur, ad nostram pre- 
sentiam convenerunt,nostrum super hac re privilegium prout di- 
gnum erat humiliter expetentes. Nos igitur ipsorum circa locum 
suum diligentiam et emolumentum pauperis ecclesie, sicut nostra 
refert perpensius attendentes, presentem paginam sigilli nostri attes- 
tatione roboratam in argumentum veritatis gratanter eis indulsimus. 
Statuentes ut deinceps unus de fratribus eorum qui jura illius eccle- 



— 192 — 

sie plenarie expleat, ab archidyacono loci illius investiatur ; ipsi vero 
fructibus prenominatis in omni specie potiantur. Si quis autem eos 
de cetero super hoc ausu temerario molestare presumpserit, excom- 
municationis incurrat sententiam et in extremo examine dyabolo et 
angelis ejus dampnatione perpétua sortiatur, nisi condigna satisfac- 
tione erratum suum correxerit. Hujus rei testes sunt : Everardus ar- 
chidyaconus, Symon decanus, idemque ecclesie sancte Crucis pre- 
positus, Heremannus Floreffiensis abbas, Goscuinus Comeliensis 
abbas, Bruno ecclesie S. Egidii que est in publico monte abbas, 
Arnulphus Tungrensis ecclesie prepositus. Ebalus ecclesie Sancti 
Pauli decanus, Jonas scolasticus et alii quamplures. Actum anno 
ab incarnatione domini millesimo centesimo octuagesimo octavo 
indictione sexta, régnante Frederico imperatore romanorum et sem- 

per augusto. 

(Grand Cartulaire de Sainte-Croix, fol. 1 14.) 

1189 

Indiction VIL année de pont. 22 et 23 

89 1" Janvier. Liège 

Raoul, évêque de Liège, approuve la donation que 
l'archidiacre, Albert de Louvain, avait faite de l'église 
et de la dîme de Tirlemont en faveur de l'église collé- 
giale de S. Jean, à Liège. 

Rodulphus episc. Leod. et Albertus archidiaconus et prepositus 
ecclesie Beati Johannis Evangeliste confirmant donationem eccle- 
sie et decimae Thenensis dicto collegio factam, salvo per omnia 
jure et episcopi canonica justitia. Testes : Albertus major preposi- 
tus et archidiaconus, Simon decanus, Galterus scolasticus, Arnul- 
phus Tungrensis prepositus, Petrus S. Pauli prepositus, Heinricus 
de Dunglebert, Daniel, Thomas, canonici majoris ecclesie ; Ebalus 
S. Pauli decanus, Heinricus S. Bartholomei decanus, Philippus 
Lovaniensis decanus, magister Reinerus, Godescalcus de Conteyo, 
Engelbertus de Orbeka, Engelbertus de Willemburgis. Renovatufh 
est hec Leodii publiée anno Inc. Dom. MCLXXXIX (1), indictione 

(1) L'indiction et la mention de la i re année de pontificat du pape 
Clément III (élu le 6 janvier 1188) nous prouvent que cette charte a été 
donnée en Tannée 1189 et non en 1190. 



— 193-^- 

VII, kal, Januarii, anno pontificatus domini démentis Pape primo^ 
(Miraeus, II, 190; Wauters. II, 684.) 

8 Février. Andernach 90 

Raoul assiste comme témoin à l'approbation que le 
roi des Romains, Henri VI, donne à un contrat conclu 
entre l'archevêque de Cologne, Philippe de Heinsberg 
et Henri de Burgesheim. 

Datum apud Andernacum anno Domini M.C.LXXXVIIII, in- 
dictione VII, VI idus Februarii. (Lacomblet. Urkundenbuch. I, 
362; Stumpf. n°4637; Wauters. II, 676.) 

Raoul approuve une donation faite par Henri de 
Senzelle en faveur de l'église d'Aine. 

In nomine Domini, ego Radulphus, Dei gratia leodiensis episco- 
pus omnibus tam futuris quam presentibus notum facio quod Hen- 
ricus de Senzelle donavit Alnensi ecclesie in elemosinam perpetuo 
possidendam ad censum duorum denariorum namucensium in festo 
sancti Johannis Baptiste solvendorum in omni nemore suo tam in 
haia quam in reliqua silva, omne lignum jacens et stans quod vi- 
ride folium non portât per manum Balduini haynoensis comitis, de 
quo illud tenebat in feodum, consensu fratris sui Symonis et libe- 
rorum suorum, nichil sibi inde retinens vel hominibus suis, quod 
ecclesia ad usus suos secundum placitum suum accipiet, vel utri- 
cumque voluerint, dabit vel vendet. Quando carpentarii ecclesie ibi 
laborabunt, domunculam ad habitandum sibi necessariam cons- 
truere poterunt et omnes aisentias terre tam inpasturis quam in ce- 
teris necessariis absque viridi ligno habebunt. Quod si ipse Henricus 
vel homines sui aliquam injuriam ex hoc ecclesie fecerint, infra xv 
dies dampna restituent, alioquin fratres ecclesiasticam justitiam inde 
requirent. Si autem fratres ultra suum jus aliquid usurpaverint, se- 
cundum estimationem duorum vel trium legitimorum hominum sa- 
tisfacient absque alia exactione. Garros et carpentarios ecclesie et 
omniaquead ipsos pertinent Henricus proposse suo per terram suam 
fideliter conducet. Et sciendum quod ligamina que vulgo appellan- 
tur hars et levamina carris honustandis necessaria de viridi ligno 
fratres accipient. Hoc ut ratum posterorum memorie mandetur, 
cartam hanc inde conscriptam sigilli mei auctoritate feci muniri et 

25 



— 194 — 

idoneorum testium subscriptionibus roborari. S. Alberti majoris ec- 
clesie Leodii prepositi et archidiaconi. S. Alardi de Caumont. 
S. magistri Gerardi. De liberis hominibus : S. Eustachii de Ruez. 
S. Ostonis de Trasegnies. S. Godescalci de Moriameis. S. Gisleni 
castellani de Bealmont. Recognitum est hoc et laudatum coram 
villico et scabinis de Senzelle, quorum nomina sunt hec : Johannes 
villicus ipsius ville. Alardus villicus Sancti Nichasii. Bernardus. 
Hugo. Obertus. Arnulphus. Godefridus. Stephanus, Item Stepha- 
nus, scabini. Actum anno Verbi Incarnati m c°. lxxxix , indic- 
tione vij a . 

Cartulaire d'Aine, fol. lv.. 

92 Fin ii88-23 Avril 1189 

Jean de Chimai demande à l'évêque de Liège la fa- 
culté de pouvoir résigner en faveur de 1 abbaye de Flo- 
reffe, un canonicat qu'il possède à l'église de S. Paul, à 
Liège. 

.Audivimus, domine, inspiratione divina dominica cruce vos si- 
gnatum, et jam in procinctu itineris constitutum velle vos ob amo- 
rem Dei Iherosolimam profisisci. (Analectes pour servir à Thist. 
ecclés., X, 286). 

93 Raoul, évêque de Liège, confirme la donation d une 
prébende de la collégiale de S. Paul faite par Jean de 
Chimai à l'abbaye de Florefle. 

Testes : Albertus major prepositus et archidiaconus ; Albertus 
archid. Everardus archid. ; Albertus archid. et ecclesiarum S. Pétri 
et S. Johannis prepositus; Simon archid. ; Henricus de Donglebert, 

. Alardus cantor ; Cellerarius; Daniel, Helyas, Sigerus ; Gozui- 

nus abbas S. Jacobi ; Balduinus abbas S. Laurentii ; Bruno abbas 
S. Egidii, Gozuinus abbas S. Apostolorum ; Johannes decanus 
S. Pétri ; Arnulphus decanus S. Martini ; Hermannus decanus 
S. Crucis ; Benedictus decanus S. Johannis ; Otto decanus S. Dio- 
nysii ; Henricus decanus S. Bartholomei. De ecclesia S. Pauli : 
Petrus prepositus, Ebalus decanus, Arnulphus, Azo, Fredericus ; 
Jonas magister et custos ; Rodulfus, Johannes, Johannes de 
Mosa, Petrus Tungrensis, Radulfus, Henricus, Otto cellerarius, 
Henricus cantor predicte ecclesie canonici, Acta sunt hec anno 



— 195 — 

Verbi Incarnati M° C<> L°-XXX° VIIH , indictione VII, feria 
IIII a . (Analectes, etc., X, 286 ; Cartulaire de l'église collégiale de 
S. Paul, p. 17.) 

Waulsort 94 

Raoul approuve la donation de la dîme d'Onhaye 
faite à l'abbaye de Waulsort par la noble dame Ma- 
thilde d'Onhaye. 

Rodulphus Leod. episc. significat quia Matillis nobilis mulier de 
Unhaia omne jus patronatus et décime quod nomine allodii ex 
antiqua et légitima antecessorum suorum possessione habebat... 
Walciodorensi ecclesie cum filiorum et filiarum suarum unanimi 
consensu légitime contulit. Actum est hoc publiée et solempniter 
in ecclesia Walciodorensi per manus Balduini, comitis Hainonensis 
et filiorum Henrici et Philippi, Dominice Incarnationis anno 
M C° XC° (1) indictione V a . Testes : Theodericus de Fain, Clare- 
baldus de Alta Ripa, Symon de Means, Alardus de Cymiaco, 
Walterus de Avenna, Gerardus dé Durine. (Analectes XVI, 42.) 

95 
Raoul approuve la donation de six bonniers que Go- 

defroid de Tine avait faite à l'église de Waulsort. 

Rodulfus notum facit quod Godefridus nobilis homo de Tine 
VI bonuaria allodii in èadem villa ecclesie Walciodorensi légi- 
time contulit eodefn anno et tempore. Testes : Walterus de Oria, 
Balduinus et Albertus, et Godefridus, et Fastradus de Seraing. 
(Analectes, XVI, 42.) 

Fin 1188-Avril 1189 96 

Raoul commet au bienheureux Iffrid, . évêque de 
Ratzbourg {Basse-Saxe) le pouvoir de réconcilier l'église 
de l'abbaye de Floreffe ( a ). 

(Boll. A. S. Junii II, 1089. Fisen. Flores eccles. Leod. 576.) 

(1) En 1190, Raoul était en Palestine. L'indiction cinquième est celle 
de Tannée 1187 et non pas de 1190. 

(2) L abbaye de Floreffe fut dévastée une première fois par le comte 
de Hainaut vers la fin de Tannée 1188. (Gisleberti chronicon. ad annum 
1188. Chron. rimée de Floreffe. Monuments du Hainaut, VIII.) 



t, 



— 196 — 

97 Raoul approuve les privilèges de la Léproserie de 
Cornillon. 

Rodulphus dei gracia leod. episcopus tam futuris quam presenti- 
bus in perpetuum. Quia secundum apostolum honor habundantior 
membris infirmioribus est deferendus, benignitas apostolica in vis- 
ceribus misericordie semper affluens leprosis sub communi vita con- 
• gregatis id christiane pietatis in Lateranensi Concilio induisit, ut 
proprias sibi ecclesias propria cimeteria propriumque sacerdotem, 
propriam unctionem ceterosque usus christiane saluti necessarios, si 
facultas suppetat, sine cont radie tione habeant, neede novalibus que 
propriis manibus vel sumptibus colunt, aut animalium suorum, or- 
torum vel pomorum fructibus décimas exsolvant. Hinc generali be- 
neficio Urbanus papa leprosis sub communi vita manentibus ad ra- 
dicem montis Cornelii Leod. supèraddidit specialiter, domum et 
personas cum omni familia eorum et cum omnibus que in presentia- 
rum possident vel in futurum justis modis deo propicio poterunt 
adipisci, sub beati Pétri et sua protectione suscipiens, ea maxime que 
ab episcopo Virdunensi sunt domui eorum concessa, duorum videli- 
cet onera asinorum diebus singulis de ipsius nemoribus deferenda, 
et trium similiter asinorrm onera in unoquoque die percipienda ex 
nemore de Claromonte, que nobiles viri, Cornes Egidius et fratres 
sui, et alii nobiles eidem domui in elemosynam assignarunt. Nos 
vero quia operibus misericordie etiam invigilare tenemur, id ipsum 
super eos ratum habemus, propriam ecclesiam, propriumeimeterium, 
proprium sacerdotem habere permittimus, qui tante libertatis sit ad 
eorum electionem, ut non decano, non Concilio, sed soli Episcopo 
obedientiam debeat, oleum infirmorum in parasceve, sicut ecclesie 
canonicales libère accipiant, decimam eorum que supradicta sunt, 
non exsolvant, non ipsi, non servientes eorum alteri ecclesie quam 
sue, alterive sfteerdoti quam suo respondeant. Si qui autem sepul- 
turam in eorum cimeterio ex devotione elegerint, sine contraditione 
liceat eos deferri, possessiones etiam eorum quas modo possident, 
vel in futurum poterint adipisci, cum domo personis et fomulis eo- 
rum sub Dei et nostra protectione suscipimus, et calumpniatores 
eorum auctoritatis nostre sententia innodamus. Testes sunt : Alber- 
tus major prepositus et archidiaconus, Symon decanus, Albertus 
archid., Evrardus archid., Henricus de Donglebert, Alardus cantor 
et alii canonici majoris ecclesie. Arnulphus sancti Martini decanus, 
Jonas sancti Pauli magister scolarum. De familia : Wedericus de 
Prato, Bodo de Hosemont, Thomas celerarius. Actum est anno 
Incarnationis Dominiez M C° LXXX VIIlI°indictione sexta. 



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— 497 — 

Vers 1189 9* 1 

Raoul donne en fief à Gérard comte de Looz le châ- 
teau de Duras et lavouerie de S. Trond, à Wildric de 
Walcourt les châteaux de Clermont et de Rochefort et 
Tavouerie de Dînant. 

Fratres Petrus et Cono de Duras quia pçoprii corporis haerede 
carebant, omnia bona sua, tam allodia quam feoda et familias 
S. Mariae et S. Lamberto Leodiensi dederunt, quod quidem factum 
nec ipsi observaverunt, nec Radulphus leod. episc. ad honorem et 
utilitatem ecclesiae suae ea retinuit, cum ipse super his a comité de 
Loz Gerardo pro Duras et a Wildrico de Wallecurt, qui illorum 
sororem habebat, argentum pro Claromonte et Rochefort et advo- 
catia de Dinant acceperit, ita quod post ipsorum fratrum decessum, 
Wildricus de Wallecort Qarum-Montem et Rochefort et advoca- 
tiam de Dinant et alia multa bona possedit, Cornes autem de Loz 
Gerardus Duras castrum et advocatiam in Sancto Trudone obtinuit. 
(Chronicon Gisleberti, n° 263.) 

• » 

1167-1189 99 

Raoul publie un décret contre les incendiaires et les 
usurpateurs dés biens de l'église, les violateurs de cime- 
tières et autres malfaiteurs. 

(Recueil des ordonnances de la province de Liège, i rc série, p.21. 
Martène et Durand. Anecdota, I, 492. Hartzheim. Conc. Germ., 
III, 422. L'empereur Frédéric publia une constitution contre les 
incendiaires le 3o décembre 1187. Pertz. Monum. Leges. II, i83.) 

1167-1189 100 

Raoul donne en gage à l'empereur le domaine de 
Berteheim. 

Villam Berteheim prope Wormatiam dominus Imperator in va- 
dio a Dom. Radulpho Leod. episc. accepit. (Chron. Gisleberti, 
n° 245.) 



— 198 — 

101 1167-1185-1189 

Raoul reconstruit le palais des princes-évêques et la 
cathédrale de S. Lambert ( x ). 

Radulphus magnum et décorum in Leodio construit palatium. 
(Chronicon Gisleb., n 94.) 

1189 

102 1" Avril-11 Mai 

Raoul confie l'administration du diocèse au grand- 
prévôt, Albert de Rethel. 

« Acta sunt hec anno Incarnationis dominice MCLXXXVIIII,-. 
Frederico contra Saladinum dimicante et Rodulfo per vice dominos 
pontificatum administrante. » 

(Notice d'un cartulaire de l'église de N.-D., à Huy, p. 42. Dans 
l'analyse des cartulaires de S. Lambert, par le chanoine Hinnisdael, 
m n° 45o,se rencontre une charte datée de 1190 et octroyée par Al- 
bertus dei gratta prepositus et vice episcopus.) 

103 Avril-11 Mai 

Raoul, accompagné de Théodore de Celles, se rend 
près de l'empereur pour prendre part à la croisade. 

Radulphus episc. proprii sceleris eum acriter perurgente cons- 
cientia, crucis caractère coram omnibus insignitus et ad partes Hie- 
rosolimitanas peregre profectus est. Profectus et in illo itinere est 
Romanorum imperator Fredericus magnus. Movit iter suum et cum 
eo Rodulphus episcopus Leodiensis et alii multi (iEgidii- aureae, 
n° 46. Theodori Cellensis vita apud Fizen : Flores eccl. Leod., 
p. 373). Tempore paschali 1 189 Fredericus imperator accepta apud 
Haghenau pera et baculo, iter Ierosolymitanum arrupuit. (GUI. 
chron.) 



(1) Le fait de la reconstruction de l'église de S. Lambert par Raoul, 
après l'incendie de n85, n'est pas mentionné expressément par les histo- 
riens, mais il est certain, puisque l'église put être reconsacrée le 7 no- 
vembre 1189. 



— 499 — 
11-29 Mai. Ratisbonne-Vlenne-Presbourg 104 

L'armée chrétienne, partie de Ratisbonne le n mai, 
passe par Vienne et arrive en Hongrie; dénombre- 
ment de l'armée près de Presbourg. 

Anno MCLXXXVIIII, indictione VII, V idus Mail, imper. Fre- 
dericus movit a Ratispona cum exercitu signatorum Christi et navi- 
gio secundo per Danubii alveum usque Wiennam est transvectus, 
parte maxima exercitus terrestri itinere illo usque premissa. 

... A Vienna profectus terrain Ungaricam IX kal. Junii cum exer- 
citu intravit et in planitie camporum qui vulgo Viervelt dicitur, juxta 
Bosonium urbem castramentati per quatuor dies ibi consederunt. In 
predicta camporum latissimorum mansione computati sunt in exer- 
citu Christi prioreset celebriores... episcopus Rudolfus Leodiensis, 
germanus ducis de Zaeringne. (Ystoria de Expedit. Frederici imp. 
édita a quodam austriensi clerico qui eidem interfuit, nomine Ans- 
bertus. Fontes rerum Austric. Script., V, i3.) 

4 Juln-2 Juillet. Gran-Brandls 105 

Les croisés passèrent à Gran (4 juin), à Sirmium 
(28 juin), à Belgrade, et s'arrêtèrent le 2 juillet à Bran- 
diz. L'empereur les répartit en quatre corps, et Raoul 
fut préposé au commandement du 3 e corps. 

' Quia necessarium erat tantam multitudinem, utpote per terram 
nemorosam et viam difficilem transituram, per agmina divisam in- 
cedere, in primo agmine instituti sunt Ungari et Boemi...; in se- 
cundo vero dux Sueviae et Ratisponensis episcopus cum suis ; in ter- 
tio très episcopi cum suis, Herbipolensis scilicet Leodiciensis, 
Basiliensis; in quarto et ultimo agmine Imperator et reliquum ro- 
bur exercitus. (Anonymus in Canisii lect. antiq., I, 507.) 

13 Août. Straiiz, en Bulgarie 106 

L'empereur fait une nouvelle répartition de l'armée 
en 5 corps : Raoul reste à la tête du 3 e corps. 

Idus Augusti ad Straiiz oppidum pervenimus. (Ibid. 27.) Impera- 
tor in exercitu quinque beilicas turmas instituit.... Tercia acies Ber- 



"T^l 



— 200 — 

tholdi ducis Dalmatiae sive Meraniae et quînque episcoporum Wir- 
ceburgensis, Leodicensis, etc. (Anonymus in Canisii lect. ant. I, 
509. Ansb. historia, p. 25.) 

107 24 Août. Philippopolis 

L armée des croisés arrive à Philippopolis le 24 août, 
et en sort le 3 novembre. La défense de la ville est con- 
fiée à Raoul. 

Nona kal. Septembres ad civitatem Philipopolim accedentes, inibi 
undecim ebdomedas prope transegimus. Delecti sunt de exercitu ad 
custodiendam civitatem (illam) quinque episcopi cum suis omni- 
bus, scilicet episcopus Leucorum, archiepiscopus Tarentasianus, 
episcopus Leodicensis, Pataviensis et Monasteriensis et alii egregii 
milites cum electa militia. His ita ordihatis nonis Novembris exivi- 
mus Philipopoli et versus Adrianopolim iter arripuimus. (Ibid., 
p. 39; Hist. deexped. Fred., p. 29-39.) 

108 Fin 1189 

Arnoul prend part à un combat livré dans les envi- 
rons de Philippopolis. 

Arnoldus de Hornberg nobilis génère, dum cum sedecim (centum) 
tantum armatis sociis egregiis, inter quos erat Leodicensis, germa- 
nus comitis de Clawien, vir mirae constantiae, comiti de Hollant 
praeparanti ad debellandas acies quorumdam Graecorum et Cuma- 
norum essent occursuri, subito ab iisdem hostibus plus quam tre- 
centibus equitibus circumvolati, dum nullum refugii locum vidè- 
rent, cohortatu Arnoldi, ut gloriosam mortem in praelio, quam 
turpem fugam eligerent sibi, crucis trophaeum invocantes, mirum 
dictu, septemdecim cum trecentis pêne hostibus accerrime con- 
gressi, et tribus eorum magnatibus occisis, tribus etiam ad terram 
prostratis et multis sauciatis et sex equis eorum ablatis, reliquos 
omnes in fugam converterunt. Et hec quidem circa Philippolim 
gerebantur. (Ibid., 43.) 

(1) D après le récit d'Ansbert cette nouvelle répartition se serait faite 
çivant de partir de Nysse (23 juillet). 



— 201 — 

n go 

Indiction VIII. année de pont. 23 et 24 

5 Février 109 

• Départ de Philippopolis. Arrivée à Andrinople. 

Agmina sociorum nostrorum a Philipopoli cum omnibus suis 
sarcinis jussu imperiali recedentes, civitatem ipsam in odium Grae- 
corum incendio penitus deleverunt... apud Constantiam die bus 
aliquot considerunt.Exinde universipromoventes versus Adrianopo- 
lim, et diverso quidem tempore ipsam intrantés, tandem in festo 
beatae virginis Agathae omnis insimul in ea exercitus Christi est 
adunatus. (Ibid., 47.) 

28 Mars-8 Octobre 110 

L'armée chrétienne ayant passé la Méditerranée, 
près de Galipoli (28 mars), et traversé l'Asie-Mineure, 
arriva le 10 juin 1 190 près de Céleucie. Après la mort 
de l'empereur, une partie des croisés se dirigea vers 
Antioche, sous la conduite du duc Frédéric de Souabe 
(21 juin) et de là se rendit au siège de Ptolémaïs (8 oc- 
tobre). Raoul était de ce nombre. 

IHIidus junii in campis Seleucii castrametatus est exercitus (p. 72). 
II II idus Junii circa vesperam Seleuciae subito Imperator obiit. 
(Tageno, p. 416.) Ibi exercitus domini divisus est/aliis versus Tri- 
polim, aliis versus Antiochiam ducem Sueviae sequentibus proces- 
serunt (Ansb. historia, p. y3). IX kal. Julii venerunt Antiochiam 
(p. 73). Reliqui cum sepe dicto duce Sueviae, navigantes Ptholemai- 
dam que et Acona dicta est, per venerunt (p. 74). 

1191 111 

Indiction IX. année de pont. 24 

Raoul revient du siège de Ptolémaïde (') dans son 
pays nataJ. 

(1) Avant de mourir, Raoul avait conféré un canonicat de S, Lambert 

à son fidèle compagnon de voyage, Théodore de Celles (Fizen. Flores, 

p. 374). 

26 



— 202 — 

Ipso anno (1191) Ruodolfus Leodiensis episcopus ab obsidione 
Acharon reversus in Brisaugia defunctus est. (Annales Marbacenses 
apud Pertz. Monum. Germ. hist. XVII, i65.) 

112 5 Août. Herderen 

Raoul devient malade et meurt à Herderen. 

1191. Obiit Rodulphus Leodiensis episcopus. (Lamb. parvi na- 
nales.) 1 191. Anno ipso Roduphus Iherosolymis rediens, et per Sue- 
viam terram nativitatis suae transiens, ibidem morari et requiescere 
cœpit; dum autem ibi moram faceret, infirmitate oppressus decessit. 
(Gisleb.). nonas Aug. Commemoratio episcopi Radulphi domini 
nostri ab Hierosolyma revertentis (obituaire de S. Lambert cité par 
M. de Theux. Chap. de S. Lamb. IL 174.) 1 kal. Aug. Comme- 
moratio d. Radulphi Leod. episcopi. (Nécrologe de l'abbaye de 
Floreffe. Analectes, XIII, 229.) 

Eodem anno 1 191. Episcopus Radulfus a sancta terra revertitur 
et antequam fines sui episcopatus attingeret in terra sua infirmitate 
gravi diem clausit extremum, sepultus in quadam ecclesia proprie- 
tatis sue. (Albericus monachus.) 

Noster Radulphus postmodum revertens ad propria cum jam quasi 
in januis soli natalis esset, vitiatum veneno ferculum sive poculum 
(utrum tamen hoc vel illud ambigimus) latenter sibi oblatum 
sumpsit, ut dicitur, sicque vitam finivit, sepultusque est in quadam 
proprietatis suae ecclesia anno Domini 1191. (iEgidius Aureae val- 
lis c. LVI.) 

Anno ipso Rodulphus Leodiensis episcopus de transmarinis parti- 
bus rediens, cum 23 annis praefuisset, veneni poculo interisse dici- 
tur. (Gest. abb. Trud. cont. III, pars IV. 3.) 

113 Raoul est enterré dans l'église du monastère de 
S. Pierre, dans la Forêt -Noire. 

Cum rediisset episcopus hue ad germanum, concepta aegritudine 
in pago Herdera (proxime Friburgum) diem obiit, cujus corpus in 
monasterium divo Petro consecratum in sylva Hercinia delatum 
est. (Divi Lamberti vita autore Philippo Engelbrechto Engentino 
Basilicae 1 5 19, praef., p. 3.) 

Rudolphus Episcopus Leodiensis, filius Conradi, Bertholdi IV 
frater, qui caput S. Lamperti E. et M. Friburgum Brïsg. transtulit 
çt ex Syriaca expeditione rçdux, Herderae prope Friburgum obiit 



< 



— 203 — 

sepultusque est ad S. Petrum non. aug. anno MCXC. Horum ossa 
Ulricus abbas hue transtulit pridie non. oct. anno MDCCXXVII, 
abbas vero Philippus Jacobus sepulcrum eorum novo hoc monu- 
mento grata mente condecoravit cal. aug. anno MDCCLXVIII. 
(Épitaphe de Raoul dans l'église de S. Pierre dans la Forêt-Noire, 
cité par de Ring. Messager des Sciences hist., 1841, p. 93.) 

Anno Domini MCXC non. aug. obiit Rudolphus dux Zaring. 
Episcopus Leodiensis. Requiescat in pace. (Inscription du monu- 
ment de Raoul dans la même église.) (Ibid., p. 84.) Rudolphus 
dux Zaeringius episcopus Leodiensis, dotator qui caput S.Lamberti 
E. et M. Friburg. Brisg. transtulit, hic sepultus MCXC. (Inscrip- 
tion d'une statue dans la même église.) (Ib., p. 84 et 94.) Rudol- 
phus Conrardi fil. Bertholdi IV fr. duc Zar. Episcop. Leod. Lip- 
sana S. Lamberti Frib. déportât. Ob. non. aug. M.C.X.C.I. 
(Inscription d'une statue de Raoul dans la cathédrale de Fri- 
bourg.) (Ibid., 86 et 94.) 



Majtre -Autel 
de Wals-Wezeren 




Firf.I 



Fifi. n 



Fio.III 



"~CN 



Fië.IV Fi£.V Fi« VI 



Lie M!aître--A.uteL 



de 



WALS-WEZEREN 

Wals-'NVezeren ( x ) est un riant village situé à un quart 
de lieue de Gingelom et à une grosse demi-lieue de 
Landen, à gauche de la route de Hannut. 

L'église paroissiale de cette localité* a pour centre de 
son sanctuaire un remarquable autel qui nous a été 
signalé par M. l'abbé Schoofs, curé de Tilleur, et dont 
nous allons donner la description. 

L'autel de Wals-Wezeren présente la forme rectan- 
gulaire, mesurant deux mètres de longueur sur 1 m. 04 
de largeur et 1 m. i5 de hauteur. 

Il est construit en pierre de grès quant à sa plinthe 
et à sa partie supérieure ornée ; les deux assises inter- 
médiaires de moyen appareil sont formées de pierres 
de sable. 

La table proprement dite est bordée d'une moulure 
ou corniche qui reproduit le profil des tailloirs bi- 
seautés de l'époque romane primitive. La surface de 

(1) La première partie du nom de cette localité flamande, Wals, 
c'est-à-dire des Wallons, ajoutée aussi aux dénominations de Betz et de 
H ou tain, villages voisins, indiquait simplement autrefois qu'ils faisaient 
partie de la principauté de Liège presqu exclusivement wallonne. 



— 206 — 

cette table assez rugueuse, ne porte ni inscription, ni 
croix de consécration. Elle n'est pas ornée non plus 
de ce bord ou encadrement saillant que Ton remarque 
dans plusieurs autels primitifs. La base de l'autel, 
profondément engagée dans le gradin moderne de bois, 
consiste en une plinthe à deux saillies, dont la supé- 
rieure est assez forte. Les trois quarts du pourtour de 
l'autel n'offrent aux yeux que l'appareil de la maçon- 
nerie ; mais, plus haut, s'ouvrent directement dans le 
massif, des espèces d'arcatures à plein-cintre légèrement 
surhaussé, assez semblables en petit à des entrées de 
fours et complètement indépendantes les unes des 
autres. Elles sont même séparées, jusqu'à un certain 
point, par des bandes verticales de pierre dressées dans 
la maçonnerie. Elles ont une profondeur de 10 centim. 
environ et présentent un fond plat. Le contour de 
quelques-unes est orné d'un chanfrein ; les autres sont 
à arêtes vives, sans la moindre moulure, comme si 
elles eussent été pratiquées dans le grès à l'emporte-pièce, 
Au nombre de quatre sur la face antérieure et de trois 
sur la face opposée, on les retrouve isolées à chacune 
des faces latérales. 

Le motif de leur ornementation surtout est caracté- 
ristique : il consiste, dans la plupart des cavités cin- 
trées, en des rosaces très bombées et couvertes de mou- 
lures en méplat. Leurs lobes creux sont tantôt arrondis 
fig. 1), tantôt lancéolés et cloisonnés (fig. s). La rosace 
qui orne l'épaisseur de l'autel, du côté de l'Épître, sorte 
de spirale circulaire, présente une forme torse et bom- 
bée ; on dirait le pied détaché d'un calice tors (fig. 3). 
La rosace du côté droit a disparu. A la face postérieure 
de l'autel, on trouve, au centre de l'arcade de gauche, 
une billette très forte, dont la demi-sphère s'allonge 
légèrement en cylindre (fig. 4 et 5). Dans l'arcade du 
centre, on remarque, non plus une rosace, mais un 
médaillon épais, encadrant une croix grecque très ar- 
chaïque : ses bras égaux se dilatent vers les extrémités 



— 207 — 

où ils sont faiblement échancrés(fig.ô). Un peu inclinée 
sur le côté, de manière à devenir presque une croix de 
S 1 André, elle se dessine entre des fossettes profondé- 
ment fouillées. La troisième arcade de derrière a perdu 
son ornement ('). 

La seule inspection de cet autel donne lieu à % de 
fortes présomptions en faveur de son origine très recu- 
lée : le caractère tout à fait unique de sa décoration, 
l'allure romaine peut-on dire, de ses arcades si simples 
que les rosaces centrales font ressembler à des caissons 
semi-circulaires, et, par dessus tout, les détails de ces 
mêmes rosaces semblent accuser clairement l'époque 
mérovéo-carlovingienne. 

A S 1 - 1 renée de Lyon, à S^Seurin de Bordeaux, à 
l'église de Bayon (Gironde) se trouvent des moulures 
analogues. Remarquer notamment les rosaces n os 2 et 
3 ; puis ouvrez l'abécédaire ou rudiment cf archéologie, 
par de Caumont, aux pages 25 et 29, vous retrouverez 
identiquement ces rosaces dans les dessins d'un frag- 
ment mérovingien du baptistère de S^Jean à Poitiers, 
et dans certaines moulures tirées à la très ancienne 
église S tc -Marie Transtevère à Rome. En outre qui ne 
sait que la croix grecque nimbée, décrite tout à l'heure, 
appartient aux origines du style roman ? Elle apparaît 
identique à la façade du susdit baptistère de Poitiers. 
(Voy. aussi de Caumont, op. cit., p. 71 et 101). 

Mais l'église de Wezeren datant du XII e siècle, comme 
nous le dirons plus loin, ne doit-on pas en conclure 

(1) La présence, à toutes les faces de l'autel, des motifs de décoration 
que nous venons de décrire, le nombre symbolique de la Ste Trinité 
dans les arcatures de la face postérieure et la croix qui occupe le centre 
de cette même face, enfin l'absence de haute-plinthe de ce côté indiquent, 
nous semble-t-il, assez clairement, que primitivement cet autel était isolé 
entre l'abside et la nef et que le prêtre y célébrait la figure tournée vers 
le peuple : disposition et rite qui n'ont plus été en usage dans nos régions 
après l'époque Carlovingienne. Des fouilles pratiquées derrière le chevet 
plat du chœur actuel mettraient probablement à nu les fondations de 
l'ancienne abside semi-circulaire. 



— 208 — 

que son maître-autel ne remonte qua ce siècle et qu'on 
lui a simplement donné la décoration d'une époque 
beaucoup antérieure ? Strictement parlant, c'est pos- 
sible, mais ce n'est nullement probable. On peut citer 
des exemples d'églises renouvelées ou profondément 
modifiées -et conservant leur autel primitif. A Berg, 
près de Tongres, on a ajouté à l'église romane du- 
rant l'époque ogivale, une abside polygonale derrière 
l'ancien autel respecté jusqu'en ces derniers temps. Du 
reste, dans la supposition ci-dessus, ce que l'on a fait 
à Wezeren, on aurait dû le faire ailleurs et, dès lors, 
on trouverait en certaines localités fort anciennes où 
une église romane a été substituée à une autre tout à 
fait primitive, des moulures mérovingiennes. Or qu'on 
veuille bien nous citer une de ces localités, qu'on ait la 
bonté de nous indiquer, en France ou en Belgique, un 
autel roman du genre de celui-ci. On en trouvera beau- 
coup de fort simples, aux parois sans saillies, n'ayant 
d'autre moulure que la corniche biseautée ; on en 
trouvera beaucoup moins d'autres décorés, mais à l'aide 
d'éléments très différents des rosaces géométriques, cloi- 
sonnées et en méplat de Wezeren ; c'est-à-dire à l'aide de 
feuillages gras perlés, entremêlés d'oiseaux chimériques 
et d'autres animaux fantastiques. A Pépoque du roman 
de transition, qui est celle de l'église de Wezeren, ces 
éléments étaient nombreux et variés en notre pays et l'on 
n'y devait pas éprouver le besoin d'emprunter excep- 
tionnellement les détails d'un style entièrement oublié. 
Je me résume en disant : tous doivent en convenir, 
l'autel de Wezeren porte tous les caractères de l'époque 
mérovéo-carlovingienne ; il est tout à fait unique en son 
genre en France et en Belgique ; il résulte de ce dernier 
fait que le style mérovéo-carlovingien a cessé de bonne 
heure d'être en usage, qu'il a été promptement oublié, 
n'étendant pas son influence au-delà des temps carlo- 
vingiens et qu'il n'est dès lors nullement probable qu'on 
ait songé à l'imiter à Wezeren au XII e siècle. 






j 



— 209 — 

On dira peut-être ici : « mais les autels primitifs sont 
cubiques et, dans l'autel en question vous avez le carré 
long adopté seulement plus tard. » Je répondrai que 
cette règle a souffert de nombreuses exceptions à l'é- 
poque primitive ; on peut le constater notamment dans 
la cathédrale de Rodez où Ton voit, transformée en 
retable, une table d'autel donnée par l'évêque Dieu- 
donné au VII e siècle et ayant 2 m. sur 1 , précisément 
comme l'autel de Wezeren. 

On dira encore : « comment un autel en grande 
partie de sable, matière éminemment friable, a-t-il pu 
résister à la dent du temps assez avantageusement pour 
se montrer à nous à fort peu de choses près intact ? » 
Nous rappelerons d'abord que les constructeurs ont eu 
soin d'employer la pierre de grès pour les parties de 
cet autel les plus exposées. Nous dirons ensuite que, jus- 
qu'à l'apparition des hauts retables, les autels souffraient 
fort peu de l'usage qu'on en faisait, pouvant être gar- 
nis, dégarnis et entretenus avec la plus grande facilité : 
à l'occasion des fêtes solennelles et des obsèques, on se 
bornait à tendre d'étoffes le pourtour de la table. A 
l'apparition des retables à colonnes et des autels en 
forme de sarcophages marbrés, notre précieux monu- 
ment a reçu une excellente enveloppe préservatrice, 
mais malheureusement trop complète. En effet un 
amateur, un archéologue peut visiter l'église de Wezeren 
sans se douter du curieux maître-autel qu'elle renferme. 
Scruter dans la mesure du possible les panneaux de bois 
de nos gigantesques autels modernes sera donc souvent 
chose très utile et féconde en remarquables découvertes. 

Aux preuves matérielles que nous venons de donner, 
on pourrait joindre un argument extrinsèque qui n'est 
pas sans valeur. 

Sans parler de la villa et du cimetière romains qui, 
tout proches de Wezeren, dénotent la haute ancienneté 
de cette localité, nous rappelerons que Pépin l'Ancien, 
mort en 640, avait, comme l'indique son autre surnom, 

«7 



— 210 — 

une résidence au hameau qui porte aujourd'hui le nom 
de S te -Gertrude et qui est attenant au gros village de 
Landen ; or cette dernière localité est à une grosse 
demi-lieue seulement de Wezeren. La tradition nous 
montre dans ce puissant maire du palais, digne souche 
de la pieuse dynastie carlovingienne, un prince très 
religieux, associant successivement à tous ses conseils 
et à toutes ses affaires les Bienheureux Arnulf, évêque 
de Metz et Chunibert, évêque de Cologne. Sa femme 
Itte et sa fille Gertrude sont du nombre des Saintes ; 
Pépin lui-même a reçu les honneurs d un culte public, 
comme l'assure son ancien biographe. Dans ces condi- 
tions, il est certain que ce prince a favorisé le culte 
divin et édifié des églises aux alentours de sa résidence 
de Landen, comme sa veuve, S te ltte a fondé plus tard 
le monastère de Nivelles. L'autel de Wezeren peut donc 
très bien être une preuve subsistante de la pieuse muni- 
ficence du prince de Landen, et ce qui nous porte à 
croire qu'il l'a réellement érigé, ce sont non seulement 
les détails certainement mérovingiens que nous avons 
remarqués dans ce monument,contemporain par consé- 
quent du puissant maire du palais des rois Dagobert I 
et Clovis II ; mais encore le type orne' de cet autel que 
l'on cherchera en vain, même plus tard, dans notre 
pays, où le style roman est généralement nu et sévère, 
type qui s'explique ici par les relations étendues et 
l'autorité quasi-souveraine du pieux constructeur. Les 
architectes les plus distingués de l'Austrie ont dû passer 
par Landen et les environs et y laisser des traces de leur 
talent ; or elles pourraient fort bien ne pas être entière- 
ment effacées à Wezeren. 

On nous fera peut-être ici une objection qui n'est pas 
sans valeur : l'église de Wezeren, comme celle de 
Jupille, localité où résidèrent les descendants de Pépin, 
est dédiée à S 1 Amand ; or S t Amand est mort en 65o, 
dix ans après Pépin l'Ancien ; par conséquent l'autel, 
objet de cette notice, n'a pu être érigé par ce prince. 



— 214 — 

Nous répondrons que l'église de Wezeren a été recons- 
truite vers la fin du XII e siècle et qua cette occasion, 
elle a pu, comme beaucoup d'autres églises dans le 
même cas, changer de titulaire. Toutefois l'absence 
complète de documents sur Wezeren, antérieurs au 
XIV e siècle nous empêche d'étayer cette conjecture. 
Mais admettons même que S* Amand ait été donné 
comme patron à l'église primitive de Wezeren ; qu'en 
résultera-t-il ? Simplement que nous devrons renoncer 
à voir dans le premier Pépin le fondateur de l'autel qui 
nous occupe. Etant donné d'une part qu'au VII e siècle, 
et même plus tard, le culte des SS. suivait immédiate- 
ment leur mort, et, d'autre part, que les descendants de 
Pépin séjournèrent à Landen assez souvent pour y 
exercer, ainsi que dans ses environs immédiats, une 
influence religieusement artistique ; on peut maintenir 
que dans l'église de Wezeren, dédiée à S 1 Amand, 
existe un autel de l'époque mérovingienne, érigé par la 
famille de Pépin de Landen. Ainsi l'essentiel de notre 
thèse reste parfaitement intact. 

. Nous avons donc très probablement dans ce modeste 
hameau une table de sacrifice du VII e siècle, le doyen 
d'âge par conséquent des autels du pays, pour ne pas 
dire davantage ; monument du plus haut intérêt histo- 
rique et archéologique ! Tout autel est vénérable ; mais 
celui-ci l'est doublement : outre la dédicace qui a pu 
en être faite par S 1 Amand, habitué du palais de Lan- 
den, ou par S 1 Remacle son successeur, il a reçu sura- 
bondamment la consécration du temps ; douze siècles 
ont passé sur cette pierre bénite ! S 1 Lambert, S 1 Hu- 
bert ont pu y célébrer les Saints Mystères ! Que de 
milliers de messes y ont été offertes au Très Haut ! que 
de générations de prêtres et de fidèles se sont succédées 
devant cette table de sacrifice ! Nous formons le vœu, 
opposé peut-être aux intérêts matériels de la fabrique 
de Wezeren, qu'elles continuent à s'y succéder jusqu'à 
la fin des temps, et si nous pouvions craindre que 



— 212 — 

notre modeste notice dût amener le déplacement et, 
partant, la profanation de ce tombeau mystique du 
Christ, nous préférerions garder le silence, pour laisser 
ce saint tombeau dans l'oubli et l'obscurité, mais con- 
servé à son sublime usage sous son enveloppe badi- 
geonnée. 

On a moulé, pour notre Musée diocésain, les rosaces 
de l'autel décrit, dont la devanture va être reconstituée 
en fac-similé. » 

• Nous lavons dit déjà, les murailles qui abritent. le 
monument mérovingien ne partagent pas sa vénérable 
antiquité * l'église de Wezeren, hormis la tour qui est 
d'un roman très accusé, paraît appartenir au roman de 
transition. C'est du moins ce que nous croyons pouvoir 
induire des traces d'une fenêtre murée, à large plein- 
cintre qui se dessine extérieurement au milieu du che- 
vet plat du chœur, et qui doit avoir été garnie de 
plusieurs ogives à lancette. Les bas-côtés ont disparu 
et les arcades à plein-cintre qui les réunissaient à la 
grande nef, apparaissent portées par des pilliers carrés 
aux angles munis de tores, mais noyées dans une ma- 
çonnerie moderne Actuellement le temple est éclairé 
par des fenêtres en arc surbaissé ; les frivoles moulures 
du style Louis XV couvrent le plafond de la nef et la 
voûte en berceau du sanctuaire. Le tableau du grand 
retable passe pour une excellente copie de Van Dyck. 
Dans un des angles inférieurs de la nef, on remarque 
des fonts-baptismaux en pierre, portant le caractère du 
style ogival tertiaire très avancé. On serait porté à 
prendre les colonnes chevronnées et perlées qui sou- 
tiennent le bassin pour des spécimens du style roman 
orné ; mais les motifs de leurs chapiteaux et la base 
commune sur laquelle elles reposent accusent le com- 
mencement du XVI e siècle. 



Chanoine DUBOIS. 



DEUX BIOGRAPHIES INÉDITES 



DE S. SERVAIS 



I 



La plus ancienne Biographie 

Lorsque vers la fin du X e siècle le premier historien 
liégeois, Heriger, composa son Gesta episcoporum 
Tungrensium, il existait divers écrits qui pouvaient 
lui fournir des renseignements sur S. Servais. S. 
Grégoire de Tours, au VI e siècle, avait raconté plu- 
sieurs traits mémorables de la carrière de cet illustre 
évêque. D'autre part, il circulait des récits légendaires 
qui avaient été fixés par écrit on ne sait au juste vers 
quelle époque, et qui donnaient à la biographie du 
saint un caractère merveilleux et extraordinaire : il 
n'aurait été rien moins qu'un parent de Notre Seigneur 
lui-même. Quelle que soit la provenance de ces lé- 
gendes, elles se trouvaient consignées dans une vie de 
S. Servais qui est déjà citée, vers le dernier quart du 
IX e siècle, par Berthaire de Verdun, et je me propose 
de consacrer prochainement un autre travail à cet écrit 
plein d'intérêt pour l'histoire de notre pays. 



— 214 — 

Heriger la connu, et il y fait allusion avec une bon- 
homie qui n'est pas exempte de quelque malice. Il 
attache bien plus de prix à une troisième source, qu'il 
appelle la plus ancienne vie du saint, et dont il extrait 
en passant la courte indication que voici : 

Hic sane vir, sicut in gestis ejus legitur antiquiori- 
bus, ex generosa magnorum virorum stirpe est editus, 
nobiliter natus, nobilius conversatus, etc. 

Les savants qui se sont occupés de la vie de S. Ser- 
vais déplorent la perte de ce Gesta Antiquiora. Hens- 
chen croit que c'est le principal document sur lequel 
Heriger s'est appuyé dans son récit, et il s'écrie : Quœ 
utinatn adhuc extaret ! ( x ) 

M. Koepke, qui a soigné l'édition d'Heriger pour les 
Monumenta Germaniœ historica, attribue également 
beaucoup d'importance à cette vie ; il suppose 
qu elle aura été composée tout au plus- deux siècles 
après la mort du saint, et il imagine quelle a été la 
source commune de Grégoire de Tours et d'Heriger. 

Je ne saurais partager cet avis. Selon moi, ce Gesta 
Antiquiora ne devait pas avoir une grande valeur 
historique, puisque Heriger qui l'a lu et qui en faisait 
du cas, n'a rien trouvé à lui emprunter que la phrase 
citée plus haut. Il ne nous apprend rien de plus, sur 
ce sujet, que ce qu'on pouvait déjà lire dans Grégoire 
de Tours et dans la biographie fabuleuse. Le Gesta 
Antiquiora ne paraît pas lui avoir fourni le moindre 
renseignement un peu précis sur les questions les plus 
intéressantes de la vie du saint. Heriger nous dit for- 
mellement, à l'endroit où il réfute les légendes sur l'ori- 
gine orientale et sur la parenté divine de son héros, 
qu'on ne connaît pas le lieu de sa naissance ni les causes 
qui l'auraient pu amener chez nous (*). Ainsi la biogra- 

(i) Comment, praev. in Vit. S. Servatii dans Acta Sanctor, t. III mai, 

p. 214. 

(2) Locum nativitatis ejus nequaquam accepimus, nec causas ejus 
aliunde adventus uspiam audivimus, 



— 215 — 

phie en question ne fournissait pas même le moyen de 
décider si S. Servais était belge ou arménien! Elle ne 
disait donc pas un mot de son origine et de sa patrie! 
Bien plus, elle ne permettait pas davantage de préciser 
1 époque où il vécut. En effet on voit en plusieurs pas- 
sages d'Heriger que, selon lui, S. Servais a dû vivre 
peu de temps avant l'invasion d'Attila en 45 1 , et qu'à 
ses yeux il est identique avec le pieux personnage qui, 
dans les manuscrits de S. Grégoire de Tours, est dési- 
gnésouslenom d'Aravatius. Or, quelle que soit d'ailleurs 
la vérité sur l'identité ou la non-identité de ces deux 
saints, il est évident, il est unanimement admis que S. 
Servais, qui, d'après des témoignages irrécusables, a 
assisté au concile de Sardique en 347 et à celui de 
Rimini en 359, ne peut pas avoir prolongé son existence 
jusqu'au milieu du V e siècle. Heriger se trompe 
donc manifestement ici, et si la source qu'il consultait 
ne l'a pas préservé de cette erreur, c'est quelle même le 
laissait dans la plus grande ignorance sur l'époque où 
avait vécu le saint. A moins de supposer que le Gesta 
Antiquiora lui-même le faisait vivre jusque vers 
45 1 ! Mais dans ce cas les conclusions devraient être 
encore plus sévères quant à sa valeur historique : car 
enfin, il est absolument impossible que l'existence de 
S. Servais se soit prolongée jusqu'à cette date, et dès 
lors, le récit qui contiendrait le premier cette erreur en 
pourrait être considéré ni comme bien antique ni 
comme bien digne de foi. 

Une chose pourtant que l'historien a trouvée dans le 
Gesta, c'est que S. Servais était d'origine noble. Voilà, 
dira-t-on, tout au moins quelque chose de positif. Je 
suis fâché de n'en rien croire. Il n'y a là qu'une formule 
banale, et rien de plus. Il suffit d'être un peu familiarisé 
avec la littérature hagiographique du Haut Moyen-Age 
pour savoir quel rôle jouent dans les vies de saints, les 
phrases toutes faites et les éloges stéréotypés. Ainsi, dire 
de quelqu'un qu'il était noble par sa naissance, mais 



— 216 — 

plus noble par ses vertus (nobilis natu, religione nobi- 
lior) c'était, si Ton me passe l'expression, un véritable 
cliché. Au VII e siècle, on ne pouvait presque plus écrire 
de vie de saint sans y glisser cette formule, à laquelle 
l'antithèse donnait un certain charme piquant, et que 
l'époque n'avait pas même le mérite d'avoir inventée, car 
on la trouve déjà chez des' écrivains ecclésiastiques du 
temps de l'Empire. Elle faisait partie, selon toute appa- 
rence, du maigre bagage littéraire que les apprentis 
écrivains du monde barbare avaient emprunté aux 
lettres anciennes, et qui se composait d'une provision 
de tournures usitées et d'un petit nombre de figures de 
rhétorique. 

Du moins je la trouve déjà, quoique en partie dissi- 
mulée sous la végétation touffue d'un langage encore 
florissant, dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe : Duœ 
vero aliae virgines in eadem urbe % divinae prorsus 
ac germanae per omnia sorores, splendore quidem 
natalium, opibus aetate et forma florentes, sed gravi- 
tate morum, mentis pietate studioque et industria 
clariores ('). 

Elle apparaît en même temps, mais plus simple et 
plus brève, dans les Actes des Martyrs : Donatianus 
clarus génère multo tamen clariorfide (*). 

Et au commencement du V e siècle, S. Euchère de 
Lyon, écrivant la Passion des martyrs de la légion thé- 
béenne, nous apprend qu'ils étaient viri virtute nobiles, 
sed nobiliores fide ( 3 ). Je ne doute pas, d'ailleurs, qu'il 
soit possible de la retrouver plus d'une fois encore dans 
les écrits de l'antiquité sacrée. 

(i) Apud Ruinait Acta Martyrum sincera, p. 326. Je cite en latin, 
parce que peu d* hagiographes ont dû connaître le texte grec d'Eusèbe : 
le cliquetis des antithèses produit bien plus d'effet encore dans celui-ci : 

ôfAiïjv fvvfljptôa ti xpBiwv rk itivra 6toitptn&* xxl £)>j0«ç àJt)<paâv, <xc£ô£»* ftk* to 
yi v °{> ï*finp&v ik rà* fiiov, viatv roù{ Xf°vov(, tif at'uv tb cm/asc, ic/tvâv rfc» ^>v]pAv, 
fU9t6ûv tov Tfénov, OatvjuaoTâv r*? aitovi*.*. (HistOI*. Eccl. 1. VIII, C. 12). 

(2) Acta Martyrr apud Ruinart, p. 296. 

(3) Ibid. p. 290. 



j 



— 217 — 

Pour le moment, il suffit à mon sujet de la montrer 
s'introduisant dans presque tous les monuments hagio- 
graphiques du Haut Moyen-Age. D'autres pourront 
prendre sur eux, s'ils le veulent, d'affirmer qu'elle ré- 
pond partout à une réalité historique. Voici un certain 
nombre de textes qui donneront une idée de la fré- 
quence de la formule dans l'hagiographie gallo-belge 
des premiers siècles. • 

La vie de S. Germain d'Auxerre, qui remonte au V e 
siècle, nous offre cette rédaction abrégée qu'on retrou- 
vera souvent encore : Erat illic presbyter Senator no- 
mine, natalibus nobilis, religione nobilior (*). 

Au VI e siècle, Fortunatus écrivant la vie de S te 
Radegonde dit : In quantum altitudo saeculi tangit, 
regio de germine or ta, celsâ licet origine, multo tamen 
celsior fuit actione ( 2 ). Baudonivia, nonne de la même 
époque, racontant aussi la vie de sa supérieure, traduit 
la même idée en ces termes : De regali progenie nobile 
germen erupit, et quod sumpsit ex génère plus ornavit 
exfide ( 3 ). Les termes employés par le biographe de S. 
Wandrille sont la reproduction presque identique de 
ceux que nous avons lus dans la vie de S . Germain : Wan- 
dregisilus . . . . natalibus nobilis sed religione nobilior ( 4 ). 
La vie de S. Attale dit, avec la même simplicité : Hic 
ex Burgundionum génère nobilis nationefuit, sed nobi- 
lior sanctitate ( 5 ). La vie de S. Fursy se contente égale- 
ment de l'antithèse sous sa forme la plus ordinaire : Vir 
venerabilis Furseus nobilis quidem génère sed nobilior 
fide ( 6 ). Le même éloge est fait de S. Gudwalus : Erat 

(i) ActaSS. VII jul, p.2i5. 

(2) Acta SS. t. III, aug. p. 68 c. 1. 

(3) Ibid. p. 7 5. 

(4) Vita Wandregisili dans Arndt Kleine Denkmaler aus der Merovin- 
gerzeit, p. 3i. 

(5) ActaSS. Ord. S. Bened, sœc. II, p. 115. 

(6) Ib. s. II, p. 287. 

28 



I 



— 218 — 

quippe beatus Gudwalus.... alla Britonum prosapid 
ortus : generis quidem titulo nobilis, sedvitâet moribus 
tnulto nobilior ('). Il n'en est pas autrement dans la vie de 
S . Wu If ram de Sens : Fuit en im carn is origine nobilis , sed 
culmine mentis nobilior ( a ). Dans la vie de S. Paterne 
d'Avranches, nobilis est remplacé par son synonyme 
gêner osus : Sacratissimus igitur Paternus gêner osis 
parentibus ortus..., génerosior moribus ( 3 ). La vie de S. 
Maclou semble faire écho à celle de S- Paterne : Glo- 
riosus Christi confessor Maclovius britannicâ prosapid 
generosus, génerosior sanctis exstitit moribus ( 4 ). 

C'est sur l'épithète de clarus que la vie de S. Martin 
de Vertou fait rouler l'amplification favorite : Hic cwis 
Namneticensis alto parentum claruit sanguine, sed 
clarior divinœ floruit virtute sanctitatis ac sapientice( 5 ). 
La vie de S. Paduinus du Mans contient cette rémi- 
niscence presque textuelle de Baudonivia : Paduinus 
non exiguis parentibus oriundus decus quod sumpsit ex 
génère felicis vitae meritis ampliapit. La vie de S. 
Richmir se contente de copier celle de S. Paduinus, 
et répète textuellement : Beatus Richmirus... non exi- 
guis parentibus procreatus . . . decus quod sumsit ex 
génère felicis vitae meritis ampliavit ( 6 ). Veut-on en- 
tendre des variations plus riches sur le même thème, 
qu'on écoute la vie de S. Arnulf de Metz : Beatus igi- 
tur Ar nul fus episcopus prosapid genitus Francorum 
altus satis et nobilis parentibus atque opulentissimus in 
rébus saeculi fuit, sed nobilior deinceps et sublimior in 
fide Christi permansit ( 7 ). La vie de S. Fidole de Troyes 

(i) Ib. Vit Bertulfi in s. II!, p. 5o. 

(2) Acta SS. Ord., S. Bened, s., III, pars 1, p. 341. 

(3) Ibid. s. I, p. 143. 

(4) lbid. s. I, p. 177. 

(5) Ibid. t f I, p. 35 4 . 

. (6) Ibid. s. III, pars, I, p. 225. 
(7) Acta SS. t. IV, jul., p. 435. 



. 



. 



v 



— 249 — 

ne veut pas se laisser enlever la palme du style fleuri, 
et elle trouve le moyen de rajeunir la formule comme 
suit : Vir igitur penerabilis Fidolus ex praeclarâ Arver- 
norum urbe progenitus traditur, ex illustri quâdam 
prosapiâ trahens originem : sed hanc Me pirtutum 
splendore cœlitus decoratus haud segniter studuit red- 
dere clariorem ( l ). J'entends d'ici le lecteur crier grâce, 
et très volontiers je lui "épargne la suite de mes cita- 
tions (*) ; celles qui précèdent suffisent, je pense, pour 
faire voir que la phrase extraite du Gesta Antiquiora ne 
constitue pas un renseignement si sûr qu'on pourrait le 
croire à première vue : la banalité même de la formule 
doit, dans plus d'un cas, faire douter de sa véracité. 
Dans tous les cas, ce n'est pas être trop exigeant que de 
réclamer des preuves plus convaincantes, avant d ad- 
mettre que le Gesta Antiquiora possédait une grande 
valeur historique. 

Or, ces preuves font absolument défaut. Je le répète, 
tout ce qu'en dehors de cette phrase Heriger rapporte 
sur S. Servais se trouvait déjà, ou bien dans S. Gré- 
goire de Tours, ou bien dans la vie fabuleuse. Nous 
sommes donc en droit, jusqu'à ce qu'on nous démontre 
le contraire, de considérer le Gesta Antiquiora comme 
un écrit de peu d'importance au point de vue histo- 
rique. 

(i) Act. SS. Ord. S. Bened. s. I, p. 189. 

(2) Qu'il me soit permis de faire remarquer encore combien fut long le 
règne de cette formule, puisque une époque relativement aussi lettrée que 
le XI e siècle, on la retrouve encore chez plusieurs écrivains; par 
exemple chez Anselme de Liège parlant de S. Lambert, (Monn. Germ. 
t. VII, p. 192), chez Adam de Brème, à propos de l'archevêque 
Adaldag (ibid.,), et dans la translatio S. Celsi au sujet de l'arche- 
vêque Ecbert de Trêves (Ibid., t. VIII. p. 2o5). Qu'on ne se hâte 
pas trop de rire de cette indigence littéraire de nos ancêtres : quelle opi- 
nion se ferait-on de nous-mêmes dans mille ans d'ici, si on devait nous 
juger d'après des oraisons funèbres, et compter le nombre de fois que 
reparaissent dans nos écrits des formules stéréotypées, telles que bon 
époux, bon père, bon citoyen, ou mille autres semblables. 



— 220 — 

Tel n'est pas, il s'en faut de beaucoup, lavis de M. 
Koepke. A deux reprises, il déplore la perte d'un docu- 
ment qui lui paraît si précieux : Duo enim saecula 
pôst Servatium videntur esse composita, quae dolemus 
deperdita, gesta sancti Servatii antiquissima, quae quo 
propiora erant viri sancti temporibus, in miraculis enar- 
randis erant eo modestiora ( x ). Et non seulement il sait 
que cet écrit date du milieu du VI e siècle, mais il 
paraît que Heriger en a copié presque littéralement 
une grande partie : Antiquissimae vitae S. Servatii ma- 
gnant partent ad perbum, ut videtur, servavit Herige- 
rus.quaeaut periisse aut adhuc in bibliothecarum umbrâ 
delitescere videtur ( 2 ). 

Un autre savant, Haupt, éditeur d'un poème alle- 
mand du XII e siècle sur la vie du saint, avait déjà 
émis la* supposition que le Gesta Antiquiora d'Heriger 
n'est autre que l'écrit dans lequel S. Grégoire de Tours 
aura puisé lui-même ce qu'il savait sur Tévêque de 
Tongres ( 3 ). 

Or, j'ai établi plus haut que le Gesta Antiquiora ne* 
connaît ni la patrie, ni même la date approximative de 
l'existence du saint, et qu'à part une formule insigni- 
fiante, Heriger ne lui a rien emprunté qu'il n'ait pu 
trouver dans le fameux passage de S. Grégoire de 
Tours. Dès lors, l'opinion de Haupt et de Koepke se 
présente comme une hypothèse dénuée de tout fonde- 
ment. Sinon, il faudrait admettre que Heriger et S. 
Grégoire de Tours ont copié l'un et l'autre, dans la 
biographie en question, absolument les mêmes faits, 
et que, dans cet antique monument, le chroniqueur 
liégeois n'a trouvé à glaner après le chroniqueur de 
Tours que ce maigre épi : Nobiliter natus, nobiltor 
conversatus. 

(t) Monn. Germ. Hist., t. XII, p. 85. 

(2) Ibid. t. Vil, p. 143, note. 

(3) Haupt Zeitschrift fur deutsches Alterthum V, p. 7$. 



— 221 — 

Ne vaudrait-il pas infiniment mieux, dès lors, plutôt 
que d'admettre une coïncidence aussi merveilleuse, de 
supposer que les deux auteurs ont reproduit l'un et 
l'autre la biographie toute entière ? Mais cette hypothèse 
est tout aussi gratuite, tout aussi peu admissible. En 
effet, dans S. Grégoire de Tours, ce qui est dit de S. 
Servais se fond très bien dans un texte suivi et a 
même avec ce qui précède des liaisons fort naturelles; 
l'histoire du saint y présente un caractère tout épiso- 
dique ; il n'apparaît qu'au moment où le sujet l'amène, 
pour redisparaître ensuite sans que l'historien ait à se 
préoccuper — comme devrait le faire le biographe — 
de sa carrière antérieure; les détails individuels sur lui 
manquent entièrement ; bref, il est impossible que ce 
qui figure dans le récit de S. Grégoire de Tours puisse 
être considéré comme une biographie complète : ce 
n'est qu'un fragment, et le chroniqueur n'avait à se 
préoccuper du saint que dans ses relations avec l'inva- 
sion des Huns. Tout cela est évident pour quiconque 
veut lire le récit de S. Grégoire de Tours dans son 
ensemble. Heriger se charge d'ailleurs lui-même de 
rendre impossible la supposition que la biographie pri- 
mitive aurait pu passer tout entière dans son texte et 
dans celui de S. Grégoire : en effet, le renseignement 
qu'il dit emprunter à cette source primitive, on le 
cherche en vain dans le chroniqueur de Tours. De 
toute manière donc, l'opinion de Haupt et de Koepke 
est insoutenable : il est absolument impossible que le 
Gesta Antiquiora dont s'est servi l'ami de Notger soit 
le même document dont l'évêque de Tours aura tiré ce 
qu'il dit de S. Servais. Si le père de l'histoire de France 
a eu sous les yeux une biographie du saint — ce qui 
est loin d'être prouvé — celle-ci est bien différente du 
document dont parle Heriger, et elle aura disparu dans 
une des nombreuses tourmentes qui passèrent sur nos 
pays au IX e et au X e siècle. 

Mais, dira-t-on, vous compliquez singulièrement la 



— 222 — 

difficulté. Car enfin, si, à une formule près, les ren- 
seignements d'Heriger coïncident point par point avec 
ceux de Grégoire de Tours, c'est donc que son Gesta 
Antiquiora n'est autre chose qu'une simple copie de 
ce dernier? Ni plus ni moins que cela, en effet ! Suppo- 
sez qu a une époque assez reculée pour que Heriger en 
ignore la date, un arrangeur se soit emparé des chap. 
IV et V du livre II, de YHistoria ecclesiastica Franco- 
rum, qu'il y ait proprement découpé l'épisode de S. Ser- 
vais, qu'il l'ait orné de quelques fleurs de rhétorique et 
présenté aux lecteurs comme la biographie qui man- 
quait jusqu'alors, cela n'expliquera-t-il pas tout? A une 
époque où Ton était si affamé de récits hagiographiques, 
cette idée dut se présenter tout naturellement à l'esprit 
du premier venu qui lisait la belle légende de S. Servais 
dans le chroniqueur de Tours ; l'extraire de ce volu- 
mineux recueil, peu accessible au gros public, et la 
mettre de la sorte en circulation, quoi de plus facile, 
quoi de plus tentant ! Cela s'était fait plus d'une fois, 
cela devait se faire plus dune fois encore : et à défaut 
d'une biographie complète, ne devait-on pas être char- 
mé d'avoir tout au moins ces détails aussi édifiants que 
pittoresques ? 

S'il en est ainsi, Heriger, en croyant reproduire un 
écrit original, n'a fait que copier indirectement S. Gré- 
goire de Tours. Je dis indirectement ; en effet, tout me 
porte à croire qu'il ne connaissait pas cet écrivain : 
dans tous les cas, il ne le cite ou ne l'utilise nulle part 
en dehors de cette vie, bien qu'il soit fort érudit et 
qu'on retrouve chez lui les traces de nombreuses lec- 
tures d'auteurs tant sacrés que profanes. 

Heureusement j'ai de quoi confirmer cet ensemble 
d'assertions qui pourraient bien paraître conjecturales 
à plus d'un lecteur. Il se trouve que le seul fait invoqué 
par Koepke à l'appui de son opinion sur l'antiquité 
présumée du Gesta Antiquiora, vient au contraire cor- 
roborer la mienne de la manière la plus éclatante, 



— 223 — 

et achever la démonstration que j'ai entreprise. Voici 
ce fait. 

Dom Ruinart, dans une note de son édition de Gré- 
goire de Tours, au passage que nous discutons (livre II, 
ch. V) ( x ) signale une vie de S. Servais qu'il a trouvée 
dans un très ancien manuscrit, et qui, selon lui, pour- 
rait bien être celle dont le chroniqueur de Tours aurait 
extrait ses renseignements : 

« Occurrit mihi inter alios codices corbeienses, qui 
» in nostram Sancti Germani bibliothecam advectï 
» sunt, unus merovingico charactere parti m et partim 
» Romano ab annis saltem 900 conscriptus, iri quo tota 
» haec Gregorii narratio, et quidem paullo prolixior, 
» continetur sub sancti Servatii vita titulo. » 

Voilà certes une annonce alléchante pour un cher- 
cheur, et il est facile de comprendre l'enthousiasme 
qu'inspire à M. Koepke la seule idée de ce trésor caché. 
Ainsi, il a réellement existé une antique biographie de 
S. Servais, contenant ce que «S. Grégoire de Tours ra- 
conte, et d'autres choses encore ; plus de doute : c'est ce 
fameux Gesta Antiquiora qui, écrit avant la fin du VI e 
siècle, lèverait toutes les difficultés chronologiques, 
nous ferait connaître enfin la vraie forme du nom de 
S. Servais, nous dirait si Servatius et Aravatius sont 
un seul personnage ou deux personnages différents, 
nous apprendrait ce qu'il faut penser des Huns dont il 
est question dans S. Grégoire, en un mot jetterait la 
plus vive lumière sur une époque pleine d'obscurité. 
Que n'aurait pas donné M. Koepke pour tenir dans ses 
mains ce précieux manuscrit, que Ruinart avait encore 
eu sous les yeux au XVII e siècle, et que malheureuse- 
ment il n'a pas pris la peine de décrire avec plus de 
soin ! 

Eh bien ! j'ai été plus heureux que Henschenius et 
que M. Koepke, et pendant plus d'un jour, j'ai eu de- 

(1) Paris, 1699, p. 52. 



— 224 — 

vant moi, sur ma table de travail, le mystérieux docu- 
ment qui devait nous livrer la clef de tant d'énigmes. 
Il est coté à la bibliothèque nationale de Paris sous le 
n° 12,598, S. Germain olitn 671. C'est un intéressant 
recueil de vies de saints, du VIII e siècle, comme le 
porte le catalogue de la bibliothèque nationale, et pré- 
sentant exactement tous les caractères paléographiques 
indiqués par Ruinart. Cest par l'entremise du gouverne- 
ment belge que j'ai pu en obtenir communication pour 
des recherches étrangères au sujet dont j'entretiens 
aujourd'hui le lecteur, mais une première inspection 
me convainquit bientôt que j'avais sous les yeux un des 
plus précieux recueils dont puisse se servir un hagio- 
graphe. En effet, outre les actes d'un certain nombre de 
martyrs des premiers siècles, il contient les plus anciens 
récits hagiographiques de la Gaule , généralement 
sous leur forme la plus primitive et la moins altérée. 
Il vaudrait la peine, pour la critique, de repasser l'un 
après l'autre les textes qu iLcontient de la vie de S. Mar- 
tin de Tours, de celles de S. Rémi, de S. Médard, de 
S. Védast, des SS. Victoric et Fuscien, et.de S. Germain 
d'Auxerre ( x ). Le plus récent de tous ces écrits est le Vita 
S. Lamberti episcopi Leodiensis, composé,comme je l'ai 
démontré ailleurs, entre 723 et 743 : c'est le plus an- 
cien et le plus sûr de tous les nombreux textes de la vie 

(1) Voici, en gardant l'ordre dans lequel ils se suivent, les titres de tous 
les écrits contenus dans ce codex : 
Vita S. Martini (pars posterior). 
Vita S. Remigii. 
Vita S. Medardi. 
Vita S. Vedasti. 

Passio SS. Victoricii et Fusciani. 
Inventio corporum eorumdem sanctorum. 
Passio S. Justi Martyris. 
Passio SS. Crispini et Crispiniani. 
Vita S. Methodi incompleta. 
Vita S. Servatii episcopi. 
Vita S. Lamberti episcopi leodiensis. 
Vita S. Cecilie virginis et martyris. 



— 225 — 

de ce saint, et c'est celui qu'il faudra prendre pour base 
d une édition définitive (■). 

La vie de S. Servais commence à la page 47 du re- 
cueil ; elle est intitulée : Incipit Vita sancti ac beatissi- 
mi Servatii episcopi et confessons, et répond trait pour 
trait à la description qu'en a donnée Ruinart ( a ). Hélas! 
Elle consiste purement et simplement dans le célèbre 
passage de l'Histoire ecclésiastique des Francs (1. II, c. 
IV-V) où S. Grégoire a raconté le voyage de l'évêque de 
Tongres à Rome, la vision qu'il y eut, son retour et sa 
mort à Maestricht. Ce n'est, comme la seule étude 
d'Heriger me l'avait déjà fait conjecturer, qu'une dé- 
coupure des plus rudimentaires, faite exclusivement, 
je suppose, dans le but de satisfaire le grand nombre 
de fidèles qui désiraient connaître la vie du. pasteur de 
l'église de Tongres. On n'a pas même pris la peine, en 
faisant cette opération, de retrancher la particule de 
liaison qui, dans le texte de S. Grégoire, rattachait cet 
épisode au reste du récit ; négligence très heureuse 
puisqu'elle constitue la-preuve la plus irrécusable de la 
provenance du texte. S. Grégoire de Tours, après avoir 
parlé des malheurs de l'époque développait ce thème 

Vita S. Eufemie. 

Vita S. Agnetis. 

Vita S. Agathe. 

Vita S. Lucie. 

Vita S. Columbe virginis martyris. 

Vita S. Germani episcopi antissiodorensis magna ex parte mutila. 

Passio S. Juliane. 

(1) V. mon Etude critique sur S. Lambert et son i er biographe, dans 
les Annales de 1* Académie d'archéologie de Belgique 1876. 

(2) En effet c'est un manuscrit du VI II e siècle, comme le disait Ruinart; 

il a appartenu à la bibliothèque de S. Germain des Prés ; il est écrit en 

caractères romains mélangés de mérovingiens ; la vie de S. Servais, qui 

y est contenue, reproduit intégralement le texte de S. Grégoire et, enfin, 

comme on le verra plus loin, elle est paulo prolixior. Il n'y a donc pas 

dé doute que le Manuscrit dont je parle ne soit celui que Ruinart a décrit 

dans la note citée plus haut. 

29 



— 226 — 

en disant : Multe enim hereses eo tempore quasdam 
ecclesias Dei impugnabant. Or le Vita commence 
imperturbablement : multe enim hereses eo tempore 
quasdam ecclesias Dei impugnabant. Et quelques 
lignes plus bas, à l'endroit où S. Grégoire de Tours 
termine sa digression sur l'arianisme par ces mots : 
Nunc vero ad superiora redeamus , l'extrait répète 
naïvement cette phrase après lui, oubliant qu'il n'a 
rien dit du tout plus haut. Ici encore on ne peut que 
se féliciter d'une négligence qui ne laisse pas subsister 
le moindre doute sur l'origine du document. 

Le découpeur aurait pu compléter cet extrait de 
l'Histoire ecclésiastique des Francs en y joignant un 
autre passage du même S. Grégoire, où il est également 
question de S. Servais. C'est le ch. LXXII du DeGloria 
Confessorum, où sont racontés les miracles qui se pas- 
saient sur sa tombe. Ce passage, très intéressant surtout 
à une époque où la plupart des biographies n'étaient 
que des récits de faits miraculeux, a été évidemment 
ignoré par le découpeur : autre circonstance qui sert à 
fixer le véritable caractère de son Vita Servatii. 

Il y a cependant quelque chose qui distingue cet écrit, 
et qui a fait dire à Ruinart, lorsqu'il le compara avec 
le récit de l'évêque de Tours, qu'il était paulo prolixior . 
C'est l'énorme développement de la scène où S. Servais 
apprend aux fidèles de Tongres qu'il doit les quitter à 
jamais. Dans S. Grégoire de Tours, cet épisode nous 
est raconté en quelques lignes : Veniensque ad urbem 
Tungrorum, quae erant necessaria sepulturae secum 
citius levât, valedicensque clericis ac reliquis civibus 
urbis, ad trejectinsem urbem accedens modica febre 
pulsatus recessit a corpore, ablatusque a ûdelibus juxta 
ipsum aggerem publicum est sepultus. 

Le découpeur a cru faire bonne besogne en interpo- 
lant au beau milieu de cette phrase (immédiatement 
après reliquis civibus urbis) une immense amplification 
de rhétorique dans laquelle il s'amuse à décrire la scène 



— 227 — 

du départ. Il y a assisté, s'il faut en croire les minutieux 
détails qu'il nous en donne ; il a vu les pleurs qui 
ont coulé ; il a entendu le discours d adieu du saint 
évêque, et nous le reproduit mot à mot comme pourrait 
faire un sténographe ; it a entendu également ce que 
criaient au milieu de leur désolation les chrétiens de 
Tongres qui escortaient le prélat jusqu'au-delà de la 
porte de Maestricht : parmi leurs sanglots il a distingué 
notamment ces paroles : Ne derelinquas nos, pater 
sancte ; ne obliviscaris nos, pastor bone ; nos autem 
populus tuus et oves gregis tut ; ne nos dimittas in fauce 
lupi. Dans un jour de si grand deuil, quoi d'étonnant 
que les moines et les religieuses, oubliant peut être les 
lois de la clôture monastique, aient suivi le saint en se 
frappant la poitrine, en baisant les traces de ses pieds, 
en cherchant à le retenir par des interpellations pathé- 
tiques dans le genre de celles-ci : Cur tam cito nos de- 
seris, vel quovadis nunc? etc., etc. Quid facturi sumus ? 
quid erit de nobis qui sine te vipère non possumus, etc. 
Les pauvres et les infirmes mêlaient leurs plaintes aux 
plaintes de la multitude : Quis nobis daturus est pictum f 

quis nobis tribuet pestitum Quis consolator noster 

erit ? Bref, c'était un concert de supplications dont notre 
auteur ne veut pas nous laisser échapper une seule 
note. Une fois la scène terminée, le narrateur qui s'est 
élevé à de telles hauteurs lyriques retombe tout à coup 
sur le texte de S. Grégoire, à l'endroit précis où il l'avait 
laissé, et termine brusquement comme un homme qui 
n'a plus de souffle. Il ne copie même pas la phrase 
finale qui termine l'épisode dans S. Grégoire de Tours : 
Cujus beatum corpus qualiter post multorum temporum 
spatia sit translatum in libro miraculorum scripsimus. 
Selon toute apparence, il ne connaissait pas le livre dont 
S. Grégoire parle ici, et que nous appelons générale- 
ment le De Gloria Confessorum ; de plus, il faut re- 
marquer que cette phrase aurait altéré le caractère qu'il 



— 228 — 

semble avoir voulu donner à son extrait, c'est-à-dire, 
celui d'une biographie ( r ). 

Je croirais faire injure au lecteur en entreprenant de 
lui prouver que c'est bien une interpolation que nous 
avons sous les yeux dans la scène dramatique du départ 
de S. Servais. L'auteur des développements que je viens 
d analyser a obéi à ce besoin d'amplification et de dé- 
clamation qui tourmente les lettrés dans l'enfance et 
dans la vieillesse d une littérature ; il est bien de son 
époque. Le Haut Moyen-Age en particulier avait la 
passion de remanier et de corriger les écrits hagiogra- 
phiques des siècles précédents, corrigeant les fautes de 
grammaire et de style, donnant plus d'ampleur aux 
phrases maigres et sèches des auteurs primitifs, sacri- 
fiant même plus d'une fois l'exactitude du récit à la 
rondeur de la période. L'auteur de l'amplification dont 
il s'agit n'appartient pas encore à la classe de ces rema- 
nieurs, qui n'apparaîtront qu'au IX e siècle, alors qu'on 
aura l'oreille plus délicate en fait de langue et de style ; 
il respecte son texte, et s'il se permet d'y ajouter quelque 
chose, c'est précisément là où ces amplifications offri- 
ront le moins de danger pour la véracité du récit. De 
tout temps, c'est dans les parties oratoires que les chro- 
niqueurs et même les historiens les plus sérieux ont 
donné libre carrière à leur imagination; ils se feraient 
scrupule d'attribuer à leur héros une action qu'il n'a 
pas faite, mais ils prennent leur revanche dès qu'il 
s'agit de mettre dans sa bouche des paroles qu'il n'a 
pas dites. Notre découpeur devait, du reste, éprouver 

(i) A la place de cette phrase, on lit dans le découpeur : Ubi multi 
egri et demoniosi curantur et mu l tas virtutes pullulant usque in hodier- 
num diem, adjuvante Domino nostro Ihu Christo qui cum pâtre et 
spiritu S. vivitet régnât in secula seculorum Amen. Je ne sais si je me 
trompe, mais il me semble que cette phrase jusqu'à adjuvante faisait elle- 
même partie du texte de S. Grégoire de Tours et qu'elle précédait immé- 
diatement celle qui commence par cujus beatum corpus» On sait que 
nous attendons toujours une édition critique de l'Histoire ecclésiastique, 
et que rien n'est moins certain que la constitution du texte actuel. 



I 

II 



— 229 — 

une tentation particulièrement forte une fois qu'il était 
arrivé, dans sa transcription, à la scène du départ. La 
scène du départ était un de ces thèmes hagiographiques 
que Ton traitait avec prédilection ; elle était devenue, 
sous la plume des écrivains des premiers siècles, l'oc- 
casion d'un cliché au moins aussi fréquent que le reli- 
gione nobilior. Qu'un saint abandonne le couvent ou la 
ville dans laquelle il a longtemps vécu, ou que la mort 
l'enlève à l'affection de ses disciples, ou encore qu'on 
procède à une translation de ses reliques, les hagio- 
graphes croiraient manquer à leur devoir si, à cette 
occasion, ils ne faisaient intervenir les moines du cou- 
vent ou le peuple de la ville pour crier en pleurant ces 
paroles traditionnelles : Cur nos pater sancte deseris ? 
Cui nos pastor bone relinquis? Ici, encore une fois, 
quelques exemples seront nécessaires pour faire péné- 
trer le lecteur dans la pleine connaissance d'un procédé 
littéraire aussi naïf, aussi archaïque. 

Sulpice Sévère est à ma connaissance, le plus ancien 
écrivain gaulois chez lequel on trouve la formule. Dans 
sa 3 e épitre sur la vie de S. Martin, racontant la mort 
de l'illustre confesseur, il dit : Tune vero moeror et 
luctus omnium, vox una plangentium : Cur nos pater 
deseris? aut cui nos desolatos relinquis ? Invadent enim 
gregem tuum lupi rapaces : et quis nos a morsibus 
eorum f percusso pastore, prohibebit ? etc. S. Grégoire 
de Tours a pour la formule une affection particulière ; 
il s'en sert à plusieurs reprises, et il n'aurait pas man- 
qué de la placer dans la bouche du peuple de Tongres, 
si son récit tout épisodique avait comporté quelque 
détail. Ici, ce sont les nonnes de S tc Radegonde qui 
pleurent avec les paroles consacrées sur la mort de 
leur vénérée supérieure ('). Là, c'est au lit de mort de 
S. Senoch que les moines soupirent : Cui nos pater 

(i) Il va de soi que Baudonivia, biographe de la sainte, n'a pas oublié 
de développer aussi ce thème ; v. Acta SS. Ord. S. Ben. I, p. 3i5, 



— 230 — 

sancte relinquis? ( l ) Les nonnes de S. Monegonde 
ne se montrent pas moins inconsolables : Et cui nos 
mater sancta relinquis, vel cui commendas filias quas 
in locum hune pro Dei intuitu congregasti ( 2 ). A 
Chelles, même affliction quand S tc Bertile rend le 
dernier soupir : Nutrix pia % mater optima, cur nos 
deseris, et cui nos relinquis, quas tanto tempore dulci 
et ma ter no affectu nutristi ? Cur or bat as moeren- 
tesque et dolentes nos derelinquis ? JEJodie in morte 
tua omnes nos constat mortuas ! S. Sidoine de Cler- 
mont, qui appartenait pourtant à une époque plus 
littéraire, n'entend pas moduler d'aussi ingénieux déve- 
loppements auprès de sa couche funèbre ; on se con- 
tente de lui répéter la formule ordinaire, sans plus : 
Cur nos deseris pastor bone ? vel cui nos quasi orphanos 
derelinquis ( 3 ). Par contre, on lira dans le récit des der- 
niers moments de S. Sulpice de Bourges une descrip- 
tion de nature à faire pâlir tous ceux qui devaient traiter 
encore le même sujet ; je ne puis résister au désir de 
faire apprécier ce long morceau par un trait ; il s'agit 
du bruit des sanglots qui retentissent dans la ville. 
Tantus enim vocum increpuit fragor, ut locus ille quasi 
a magno tonitruo concuti putaretur. Aussi ne faut-il 
pas setonner que les acteurs mis en scène par un si 
vigoureux écrivain trouvent des variations qui dis- 
putent la palme à celles des nonnes de S te Bertile : Heu 
grex desolate quid agis ? In amisso pastore dispergeris, 
et quis unquam te a luporum dentibus quiverit liberare ? 
In morte denique tua, o pastor bone, omnes nos inte- 
riisse quis ambigat ? ( 4 ) La mort de S te Austreberte 
arrache à ses nonnes des cris de douleur dont je note 
seulement les premiers mots : Cur nos, domina, cur 

(i) Vitt. PP. XV, 4. 

(2) ïd. ib. XIX, 4. 

(3) Grcg. Turon. Hist. ceci. Il, 23. 

(4) Acta SS. Ord. S. Ben. T. II, p. 168. 



— 231 — 

nos, mater sanctissima, tam cito déserts ? etc. (') Un 
départ inspire autant d'éloquence qu'un mort ; nous 
avons déjà entendu les fidèles du diocèse de Tongres 
pleurer S. Servais qui les quitte ; ils font preuve de la 
même désolation quand ils voient S. Remacle partir 
pour le couvent de Stavelot : Quid facturi sumus nos 
miseriqui talent amittimus pastorem ? unde recipiemus 
consolât ionem, cum ipse esset consolator et muninten ? 
unde nobis spes quum destituimur tanto pastore ? ( 2 ) 
Qu'on n'essaie pas davantage de consoler les gens de 
Metz, quand ils voient S. Trond regagner sa patrie : 
O quant felix patria ad quant paterproperas, et beatus 
populus inter quem habitabis ! Heu ! cur servos tuos 
derelinquis et fratres tuos déserts ? ( 3 ) Quand S. Arnulf 
de Metz se retire dans la solitude ( 4 ), quand S. Filibert 
quitte son couvent pour aller trouver S te Austreberte ( 5 ), 
les lamentations populaires s'exhalent dans les mêmes 
termes. Que dis-je ? une translation de reliques dé- 
chaîne de tout aussi grands cris de douleur ; qu'on 
entende les gémissements des gens de Maestricht quand 
on leur enlève celles de S. Lambert, et des habitants de 
Liège quand les restes mortels de S. Hubert sont trans- 
férés à Andain ! Les premiers s'écrient : Cui pastor 
bone servandam plebem committis ? Tu dulcedo paupe- 
rum, fortitudo debilium, illuminator gentium, noli 
deserere quos usque nunc consolatus est. Et quelques 
années après, les échos de la Meuse rediront les plaintes 
de leurs voisins : O pastor bone, tam cito dereliquisti 
quos nutristi ! O dulcis medicus noster, qui curabas 
infirmitates nostras ! Ve nobis miseros, etc. 
Je termine sur ce nobis miseros : il dit plus de choses 

(i) Acta Ord. S. Bened. III, p. 3i. 

(2) Ibid. T. II, p. 472. 

(3) Ibid. T. II, p. io3o. 

(4) Acta SS. T. IV, jul. p. 438. 

(5) Act. SS. Ord. S. Ben. III, p. 28/ 



— 232 — 

qu'il n'est gros ; il fera comprendre tout au moins, j'es- 
père, la raison de cette monotone et fatigante répétition de 
certains thèmes toujours traités d'une manière invariable. 

On se souviendra que la plupart des pauvres gens 
anonymes qui ont écrit nos premières vies de saints 
étaient des barbares qui, la veille encore, maniaient 
l'épée ou la francisque, et qui écrivaient dans une langue 
étrangère tombée en décadence. Du reste, ici encore, 
la persistance du règne de la formule doit être signalée ; 
elle a survécu à l'époque barbare, et au beau milieu du 
XIII e siècle on la retrouve s épanouissant, par exemple, 
dans le Chronicon Slavorum d'Arnold de Lubeck, qui 
fait dire aux prêtres rassemblés autour de la couche de 
l'évêque Henri : Cur nos pater deseris ? aut cur nos 
désolât os relinquis ? 

Telle est donc la plus ancienne biographie connue de 
S. Servais, celle que Ruinart a vue et signalée, celle 
dont Koepke regrette si amèrement la perte. Il se trouve 
qu'elle n'est qu'un excerptum de S. Grégoire de Tours, 
arrangé par un amplificateur. L'historien n'y rencontrera 
donc pas de renseignements nouveaux sur l'évêque de 
Tongres; en revanche, la découverte d'un texte si ancien 
de Grégoire de Tours servira peut-être à donner la solu- 
tion déplus d'un problème. Tout d'abord, il faut admettre 
qu'à l'époque où ce texte fut découpé dans l'histoire 
ecclésiastique pour devenir un Vita Servatii, il n'exis- 
tait pas, ou du moins on ne connaissait pas d'autre 
écrit de ce genre. Or, ce Vita est antérieur à notre 
manuscrit du VIII e siècle, car un codex dont je parle- 
rai plus loin en contient un texte remanié, et ce rema- 
niement a été fait d'après un manuscrit de la même 
origine que le nôtre (*). Le Vita existait donc et était 

(i) Voici la filiation : 

X. Manuscrit original. 

^ — >^ 

« . 

MS. S 1 Germain des Prés. MS. inconnu. 

I 
MS. de Namur. 



- 233 — 

déjà plus ou moins répandu avant que le MS. de S. 
Germain des Prés vît le jour, et ce ne sera pas être trop 
téméraire de supposer qu'il remonte au commence- 
ment du VIII e ou à la fin du VII e siècle. Mais pour 
qu'on ait pris la peine de le composer alors, il faut de 
toute nécessité qu'il n'ait pas existé d'autre Vie de S. 
Servais, et, partant, celle dont on veut que S. Gré- 
goire se soit servi, avait déjà disparu un siècle après sa 
mort. C'est lui seul qui, dès la fin du VII e siècle, se 
trouva êtrela source de tout ce que l'on savait sur le 
patron de Tongres; et voilà pourquoi, lorsqu'on voulut 
avoir une biographie de ce saint, on fut obligé d'aller 
découper dans l'histoire ecclésiastique la page si 
fameuse. 

Quant au texte lui-même que j'offre au lecteur, il est 
hautement instructif sous plus d'un rapport. Le con- 
tingent de variantes qu'il apporte pour une future édi- 
tion du Père de l'histoire de France atteste jusqu'à quel 
point le texte de cet auteur capital est encore négligé 
jusqu'à présent. Plus d'une de ces leçons est excel- 
lente, et celle dont je vais parler a même une haute im- 
portance historique. On sait que Ruinart, se conformant 
à la grande majorité des manuscrits qu'il avait sous la 
main, a introduit dans son texte la forme Aravatius, 
et que la plupart des savants étrangers, depuis le XVI I e 
siècle, se sont ralliés à la supposition que cet Aravatius 
est un personnage différent de S. Servais. Ce dernier, 
selon eux, n'est pas mentionné par S.Grégoire de Tours; 
on le connaît par Sulpice Sévère et par d'autres écri- 
vains qui racontent sa belle conduite au concile de Rimi- 
ni; il ne peut pas avoir prolongé son existence au-delà 
du IV e siècle, puisqu'on le voit déjà revêtu de la dignité 
d'évêque en 347. Quant au saint dont parle Grégoire 
de Tours, et qu'il appelle Aravatius, il est cité comme 
ayant eu une vision prophétique de la destruction de 
Tongres par les Huns, et comme s'étant retiré peu 

30 



— 234 — 

avant sa mort à Maestricht où il mourut. La raison 
pour laquelle la critique a refusé d'identifier cet Arava- 
tius avec S. Servais,c est précisément, outre des difficul- 
tés chronologiques dont il me serait facile de démontrer 
l'inanité, cette différence de noms que Ton trouve à la 
fois dans l'histoire ecclésiastique et dans le Gloria con- 
fessorum. 

L'église de Tongres- Liège, cependant, avait toujours 
cru à un seul S. Servais; le nom d'Aravatius n'a jamais 
figuré sur ses diptyques, et, avant comme après les cri- 
tiques du XVII e siècle, sa tradition n'a pas varié à cet 
égard. De leur côté, les savants belges ont toujours été 
unanimes à défendre la tradition locale contre les 
attaques de la critique étrangère, et de la sorte, On s'est 
partagé en deux camps : dans l'un, Adrien de Valois, 
Lecointe, Ruinart, suivis encore de nos jours par Rett- 
berg ; dans l'autre, Henschen, Bûcher, Molanus, René 
Sluze. Jecroisquece long débat sur l'identité ou la non- 
identité de Servais et d'Aravatius ne pourra être ter- 
miné que par une étude minutieuse des divers manus- 
crits de S. Grégoire de Tours ; en attendant, quil me 
soit permis de faire remarquer que dans celui dont je 
m'occupe la forme Servatius apparaît partout. Cela est 
d'autant plus important que le découpeur a dû lui-même 
lire Servatius dans le texte qu'il a employé, et comme il 
a travaillé vers la fin du VII e siècle, il aura eu sous les 
yeux un manuscrit presque contemporain de S. Gré- 
goire de Tours lui-même. On était donc persuadé, dans 
la génération à laquelle avait appartenu le célèbre chro- 
niqueur, que l'évêque de Tongres dont il parlait n'était 
autre que S. Servais. S'il en est ainsi, n'est-il pas clair 
que la forme Aravatius n'est que le résultat d'une faute 
de copiste, et qu'à une époque où Ton était à même de 
connaître le vrai texte de l'histoire ecclésiastique on 
ignorait les difficultés soulevées depuis ? Je me persuade, 
dans tous les cas, que les savants étrangers qui veulent 
absolument couper en deux notre saint national ne 



— 235 — 

1 auraient pas fait avec tant d'assurance, s'ils avaient 
connu les particularités que je viens d'indiquer. 

Il est temps de conclure. S. Grégoire de Tours nous 
fournit les renseignements les plus anciens sur la per- 
sonne deS. Servais. Qu'il les ait puisés dans la tradition 
orale ou dans une biographie antérieure, on ne saurait 
le dire; ce qui est certain, c'est qu'un siècle environ 
après sa mort on ne possédait plus d'autres notions sur 
le saint que celles qu'il donnait dans son Histoire ecclé- 
siastique. Ce fut donc à lui qu'il fallait recourir pour 
écrire sa bibliographie, et on le fit en extrayant simple- 
ment son chapitre auquel on ajouta un long appendice 
oratoire. Telle fut l'origine de la première vie de 
S. Servais, que j'exhume aujourd'hui de la poussière où 
elle a dormi onze siècles, et qu'on pourra lire à la fin 
de ce travail. 



II 



Le Gesta Antiquiora (THeriger. 

Cette vie du VIII e siècle est-elle le Gesta Antiquiora 
dont parle Heriger? Non, car le détail que celui-ci 
en a extrait, le fameux motif religione nobilior, ne se 
rencontre pas ici. Nous sommes amenés par cette cir- 
constance, à deux conclusions intéressantes : la pre- 
mière, c'est que la vie du VIII e siècle avait à peu près 
disparu au X e , puisqu'un aussi zélé chercheur que 
Heriger, aidé par un évêque aussi lettré que Notger, 
disposant des bibliothèques de tant d'abbayes et écrivant 
dans le pays où elle devait être le. plus répandue, ne la 
connaissait déjà plus. La seconde conclusion, c'est 
qu'elle avait été remplacée par un autre écrit, et cela 
d'une manière si complète que le savant Heriger pouvait 
donner à ce dernier le nom de Gesta Antiquiora. La 
date de la composition de celui-ci se trouve donc res- 



— 236 — 

serrée entre le VIII e et le X e siècle, mais doit être plus 
voisine du premier que du dernier, puisqu'il avait été 
lui-même suivi d une troisième biographie en partie 
fabuleuse, qu'Heriger a connue également. 

Je ne me figurais nullement que je retrouverais un 
jour ce Gesta Antiquiora, lorsqu'il y a quelques années 
je visitai pour la première fois les manuscrits du grand 
séminaire de Namur. Mon savant ami, M. le chanoine 
Henry, bibliothécaire et professeur à cet établissement, 
les mit à ma disposition avec une obligeance dont je me 
plais à le remercier ici, et bientôt je fis la connaissance 
d'un beau passionnaire du commencement du XI e 
siècle, provenant de l'abbaye de S. Gérard de Brogne. 
Ce recueil contient plus d'un texte rare ou curieux; 
récemment le R. P. Desmedt en a extrait la rédaction 
primitive du Vita Huberti, qui n'était connu jusqu'à 
présent que par l'édition donnée par Arndt d'après un 
manuscrit de Valenciennes ('). 

Le manuscrit de Namur, contemporain à peu près 
d'Heriger, contient au folio 220 un Vita Sancti Servatii 
episcopi et confessons. M'étant aperçu des nombreuses 
analogies qu'à première vue il offrait avec le texte du 
MS. de S. Germain des Prés, je le collationnai avec 
ce dernier, et ce travail de comparaison produisit les 
résultats suivants. Le texte du XI e siècle n'était autre 
chose que celui du VIII e amplifié et complété par des 
additions de provenance diverse ; c'était une nouvelle 
tentative, et cette fois plus heureuse, pour donner à la 
biographie du saint une forme littéraire et un aspect 
indépendant. Dans ce but, on avait commencé par 
l'orner d'un début plus sortable que ce malencontreux 
multae enim, qui trahissait sa provenance d'une ma- 
nière si naïve, et une phrase parfaitement dans le ton 
du sujet introduisait de la sorte le récit : Ad illuminant 

(1) Je renvoie le lecteur à l'excellente notice que le savant bollandiste a 
donnée du MS. de Namur, dans les Bulletins de la Commission Royale 
d'Histoire. 



— 237 — 

dum humanum genus tnultas in hoc tnundo spirituelles 
lucernas dignatus est Dominus deus noster illurninare ; 
ex quitus bonae memoriae sanctissimum Servatium 
urbi trejectensi sua pietate concessi t. Puis venait l'habile 
transition qui devait remplacer Venim de Yexcerptum, 
et rattacher directement la suite à la première phrase du 
début. Qu'on en juge ! Eo igitur tempore quo idem 
beatus Servatius regimen tenebat cathedrae sanctae 
Mariae matris domini nostri semper virginis in urbe 
tungrensi diebus episcopatus sui multae quidem hereses 
ecclesias Dei impugnabant . La phrase était bien quel- 
que peu haletante et trahissait un certain effort de la 
part de l'auteur, mais enfin, la transition était faite, la 
suture dissimulée aussi bien que possible, et désormais 
on n'avait plus qua continuer en reproduisant intégra- 
lement le texte primitif. C'est ce que fait le manuscrit 
de Namur. Il continue parallèlement à celui de S. Ger- 
main des Prés jusqu'à la fin, et offre un certain nombre 
de variantes fort utiles attestant que l'un et l'autre dé- 
rivent d'un manuscrit commun. La différence ne recom- 
mence qu'à la dernière phrase du texte primitif. 

On sait que celle qui termine l'épisode de S. Servais 
dans l'Histoire ecclésiastique des Francs est remplacée, 
dans le MS. de S. Germain des Prés, par quelques 
lignes qu'on ne lit pas dans le texte reçu de S. Grégoire 
de Tours. 

Le codex de Namur ne donne pas non plus ces quel- 
ques lignes ; seulement, au lieu de passer directement 
de l'avant-dernière phrase à la dernière, il intercale 
entre les deux un assez long passage de sa façon, dans 
lequel il fait un brillant éloge du saint, puis il continue 
avec S. Grégoire de Tours : 

Cujus beatum corpus [qualiter] post multorum tem- 
porum [spatia] sit translatum (tr. fuit Nam.) in libro 
miraculorum scripsimus ( x ). 

(1) Les mots entre crochets manquent dans le M S. de Namur. 



— 238 — 

Et, entraîné sans doute par l'intérêt du sujet, il ajoute 
encore à son extrait tout le chapitre suivant de S. Gré- 
goire de Tours, dans lequel celui-ci raconte les dévas- 
tations auxquelles se livrèrent les Huns, notamment à 
Metz, la destruction de cette ville, et la préservation mi- 
raculeuse de l'église St-Etienne. Il rapporte même une 
vision dans laquelle un fidèle aurait vu ce saint en con- 
férence avec les apôtres SS. Pierre et Paul, pour obtenir 
que par leur intercession la ville fût épargnée ; mais les 
deux apôtres lui auraient répondu que la sentence de 
Dieu était déjà* prononcée contre Metz, et que l'oratoire 
où l'on gardait ces reliques serait seul épargné. Tout ce 
passage, fort intéressant par lui-même, mais plus ou 
moins étranger à la biographie de S. Servais, est entré, 
avec des variantes qui devront faire l'objet d'un examen 
ultérieur, dans le centon que nous étudions ici : le re- 
manieur, si soigneux d'autre part de donner à sa com- 
position les caractères d'un écrit indépendant, s'est 
oublié jusqu'à laisser son auteur parler à la première 
personne, et faire allusion à ses autres ouvrages : « In 
libro miraculorum scripsimus, » ces seules paroles de S. 
Grégoire, que nous lisons aussi dans le centon, sont 
comme la signature du morceau emprunté. 

Mais ce n'est pas tout. Les paroles mêmes que je viens 
de citer rappelaient au remanieur qu'il existait autre 
part dans S. Grégoire une précieuse source d'informa- 
tions sur notre saint, et il s'est bien gardé de la négli- 
ger. Ouvrant donc le De Gloria Conf essor um, il en 
extrait tout le chapitre 72, relatif aux miracles qui se 
passent sur la tombe du saint et à la translation que S. 
Monulfe fit de ses restes, et il se contente de le coudre 
à la suite de son récit par cette transition banale : Sed 
de istis satis est : ad ante dicta redeamus. Cela fait, son 
écrit prenait déjà quelque consistance ; il avait poussé 
son récit jusqu'à la mort et même jusqu'à la première 
translation, il pouvait s'arrêter. Mais, pour en augmen- 
ter la valeur, il se livre encore en finissant à différentes 



— 239 — 

considérations morales et religieuses qui étaient en 
quelque sorte de rigueur, et développe plusieurs lieux 
communs hagiographiques n'exigeant pas un grand 
effort d'imagination. Puis, dans la dernière phrase, il 
amène la finale : Dei* et Salvatoris qui cum filio et 
Spiritu sanclo vivit et régnât, etc., et donne ainsi à son 
laborieux centon la parfaite apparence d'un tout com- 
plet, indépendant et original. C'est désormais une vraie 
vie de S. Servais que l'on possédera, à la place de l'ex- 
trait amplifié que nous avons étudié plus haut. Rédigée 
tout à fait dans le goût du temps, offrant tous les déve- 
loppements qui étaient alors à la mode, et de plus 
présentait sur la carrière du saint des renseignements 
aussi completsque les fournissaient les documents écrits, 
on comprend qu'elle ait dû être bien accueillie dès son 
origine, et qu'elle ait bientôt remplacé l'ancienne. Aussi 
eut-elle ses jours de vogue dans les bibliothèques mo- 
nastiques, et quoiqu'elle-même ait dû céder de bonne 
heure devant un troisième écrit d'une richesse de détails 
et d'une pompe de style bien supérieures, elle a cepen- 
dant, durant cet intervalle, joui de quelque diffusion 
au X e et au XI e siècle. 

Le procédé de composition employé par Tauteurdu re- 
maniement est trop caractéristique pour que je n'insiste 
pas sur quelques points particulièrement instructifs pour 
l'histoire de l'hagiographie au Haut Moyen-Age. Il 
s'agit de savoir quelle est la valeur propre des morceaux 
qui, dans le centon, servent à relier entre eux les divers 
passages de S. Grégoire de Tours. Cette valeur, au 
point de vue historique, est tout à fait nulle. Ils ne 
contiennent rien que des généralités banales ; ils ne 
rapportent aucun fait précis, ils se tiennent sur le ter- 
rain des formules, et pourraient figurer tout aussi bien 
dans n'importe quelle autre biographie. C'est ainsi que 
le premier consiste pour la plus grande partie dans le 
développement d'un thème hagiographique favori, à 
savoir, le portrait ou plutôt l'éloge d'un saint. Aucune 



— 240 — 

vie de saint, pour ainsi dire, ne voudrait se passer de ce 
morceau de choix dans lequel, en membres de phrases 
courts et incisifs, agrémentés d'antithèses, on fait rénu- 
mération des principales vertus du héros. Si je ne crai- 
gnais d'allonger indéfiniment ce travail, j'aurais l'occa- 
sion de donner ici une longue série de ces portraits, 
dont un petit nombre seulement est tracé d'après 
nature. Ce premier morceau , de plus , n'est lui- 
même qu'un centon composé de fragments d'hexa- 
mètre et d'hexamètres entiers empruntés je ne sais 
où, et d'extraits bibliques puisés dans l'office d'un 
Confesseur pontife : S. Servais étant rangé dans cette 
dernière catégorie de saints, on lui a appliqué, par 
exemple, les paroles suivantes de l'Ecriture qu'on lit 
dans l'Épitre de cet office : Vir magnus meritis sum- 
musque sacerdos qui in diebus suisplacuit Deo et inven- 
tus est justus (Eccli. 44). Je ne sais, par contre, d'où sont 
tirés des passages métriques comme ceux-ci : 
Corpus honorifice sarcophago positum. 
Spiritus aetherea coeli concessit in au la. 
Hic pausant membra clari doctoris in antro. 

Et ces fragments dont les désinences rappellent aussi 
le rythme poétique : virtutum lumine clarus, totojam 
corpore pulcher , etc. 

L'autre morceau, celui qui suit le dernier extrait de 
S. Grégoire de Tours, présente à peu près les mêmes 
caractères. On y rencontre moins de fragments mé- 
triques, mais on y trouve les mêmes emprunts faits aux 
offices de l'église, par exemple les paroles suivantes 
extraites d'Eccli. i5, et qui se lisent dans l'Introït du 
Commun des Docteurs: isti certe in medio ecclesiae 
aperuit os ejus et implevit illum Dominus spiritu sa- 
pientiae et intellectus ; stola[m] gloriae induit eum. 
L'Évangile de l'office (S. Math. 25) a été également mis 
à contribution pour ces mots : Serpe bone et fidelis, 
quia in pauca fuisti fidelis, super multa te constituam 
intra in gaudium Domini tui. Et l'on s'est inspiré de la 






— 241 — 

Communion du même office (Luc. 12) pour louer le 
saint de son zèle : Quia bene ministrasti in tempore 
tritici mensuram. 

Ce second morceau n est donc, comme le premier, 
qu'un mélange de textes sacrés joints à des dévelop- 
pements de thèmes hagiographiques, et à des sentences 
devenues banales à force de figurer dans tous les écrits 
de ce genre.Je citerai notamment la suivante : Quia etsi 
in tempore transitus ejus per martyrium non mi gra- 
vit de mundo, gloria tamen martyrii non dejuit. On 
ne croirait pas jusqu'à quel point les hagiographes se 
sont montrés préoccupés de revendiquer pour leurs 
héros la gloire du martyre, même quand ceux-ci sont 
morts dans leur lit et comblés de jours. Cela se com- 
prend. Leurs écrits ayant avant tout le caractère de pa- 
négyriques, et la qualité de martyr étant d'autre part la 
plus glorieuse et la plus admirée, ils devaient ou la 
relever dans leurs saints, ou montrer que ceux-ci en 
avaient une équivalente : et de là tant de vies où on 
s'évertue à prouver que si le héros n'a pas été martyr 
en réalité, c'est que l'occasion a manqué à sa volonté, 
mais que son mérite n'en est pas diminué. Le plus grand 
et le plus populaire des saints de la Gaule, S. Martin, 
était mort de mort naturelle , et Sulpice-Sévère a 
bien soin de nous prévenir que cela n'enlève rien à sa 
gloire : Licet ei ratio temporum non potuerit praestare 
martyrium, gloria tamen martyris non carebit, quia 
voto atque virtute et potuit esse martyr et voluit : je 
laisse de côté le reste de ces considérations ( x ). Pareille- 
ment la vie de S te Austreberte émet à ce sujet de longues 
réflexions dont je citerai seulement cette phrase qu'un 
rhéteur ne désavouerait pas : Non illa martyrio sed ei 
martyrium defuisse probatur ( 2 ). Fortunatus, écrivant 
la vie de S. Remy, se console de la même manière : 

(1) Sulp. Sever. ep. II. 

(2) Acta SS. Ord. S. Ben. III, p. 28. 

31 



— 842 — 

cui veropoena dignoscitur de fuisse martyrii, non devo- 
tio confessons ('). On lit dans la vie de S te Bertile : 
Magno praeterea desiderio colla supposuisset martyrio* 
si non defuisset dexterapercussoris, sed credimus illam 
non impleta passione mortificatis membris proprii san- 
guinis complesse martyrium ( a ). La vie de S te Ode s'ex- 
prime comme suit : Considerandum est ipsam Christi 
ancillam non longe a martyrii dignitate laudandam 
esse, quia etsi ei deerat persécutons gladius, non tamen 
defuerunt ei mérita passionis, etc. Entendons encore 
le biographe des SS te8 Harlinde et Renile : Cum constet 
magnificas Virgines Harlindem et Reinilam absque 
violenlia persécutons in pace de mundo migrasse, ni- 
mirum non ipsis deerit corona martyrii nec martyrum 
palma, quae quotidiana instantiajugique refraenatione 
corporis ultro sibimet exaggeraveranl insignia tormen- 
ta(>). 

Je crois en avoir dit assez pour faire apprécier défini- 
tivement la valeur de cette seconde biographie de S. 
Servais. Historiquement, elle n'en a pas d'autre que 
celle des matériaux mis en œuvre, c'est-à-dire des 
deux passages déjà connus de S. Grégoire de Tours ; 
elle n'y a ajouté qu'un certain nombre de lieux com- 
muns hagiographiques et d'ornements littéraires, tels 
qu'on les réclamait à cette époque. Elle mérite cepen- 
dant des éloges pour la bonne foi entière avec laquelle 
elle est conçue, pour la sévérité avec laquelle elle se 
tient sur le terrain historique, ne racontant que d'après 
des sources et refusant tout accès aux fables. Sous ce 
rapport, elle apparaît comme l'œuvre d'un érudit cons- 
ciencieux et intègre, qui a voulu combler une lacune 
dans l'hagiographie, sans devoir son succès à l'attrait du 
merveilleux. 

(i) Ghesq. Act. SS. Belg. I. p. 640. 

(2) Acta SS. Ord. S. Bened. III. p. 21. 

(3) Acta SS. t. III, mart. p. 388. D. 



— 243 — 

Où peut avoir vu pour la première fois le jour ce 
remaniement du Vita primitif ? Tout d'abord, on 
est autorisé à supposer que c'aura été dans le pays de 
Tongres, aucun diocèse n'ayant comme celui-ci intérêt 
à posséder une biographie complète de l'illustre confes- 
seur. Un examen attentif de l'écrit donne à cette con- 
jecture la valeur d'une certitude, et autorise même à la 
préciser davantage. Ce n'est pas seulement dans lediocèse 
de Tongres, c'est dans la ville de Maestricht, gardienne 
des reliques du saint et longtemps séjour des évêques, 
que le remaniement aura eu lieu, probablement par les 
mains d'un des chanoines de S. Servais. C'est ce qu'il 
est permis de conclure de deux passages, dans l'un des- 
quels l'auteur se félicite avec ses compatriotes d'avoir 
un tel patron, (de hoc possumus nos magnum habere 
gaudium, quod digni sumus talem habere patronum) 
et dont l'autre, plus explicite encore, désigne la ville de 
Maestricht comme le lieu où s'écrivait la vie : in hac 
urbe trejectensi cum summo honore sepultus. 

Nous tenons maintenant leGesta Antiquiora d'Heri- 
ger. Une rapide comparaison de notre texte avec celui 
du chroniqueur liégeois en convaincra le plus incré- 
dule. Remarquons d'abord que le seul trait par lequel' 
Heriger désigne directement cet écrit se retrouve ici : 
en effet, dans le premier des morceaux intercalés, on lit 
que S. Servais était ortus de generosâ stirpe . Mais cette 
preuve n'est ni la seule ni la plus éclatante, et l'on verra 
par le tableau ci-dessous qu'Heriger, au moment où il 
écrivait les pages consacrées à S. Servais, a eu cet ouvrage 
sous les yeux, en extrayant constamment, et d'ordinaire 
par voie de citations textuelles, le plus qu'il pouvait. 



_ 244 — 



Heriger 

C.XX. Ea tempestate S.Ser- 
vatius Tungrensi decimus 
praesidebat cathedrae vir vultu 
angelicus alloquio facundissi- 
mus et omni morum honestate 
praeclarus. 

C.XXI. Hic sane vir, sicut 
in gestis ejus legitur antiquio- 
ribus, ex generosâ magnorum 
virorum stirpe est editus, nobi- 
liter natus, nobilius conversa- 
tus, pontificale çex&him gessit , 
oves dominicas ab insidiatore 
lupo etrugiente leone protexit. 

In diebus plane sui sacerdo- 
tii placens Deo probatus inven- 
tus estjustus. 

Ejusmodi enim multas ea 
tempestate Dominus accende- 
rat lucernas qui et erroris 
mundani pellere possent tene- 
bras et sequentis in tanto tur- 
bine tribulationis sedarentpro- 
cellas. 

Nec solum nostri.... sunt 
multati. . . . sed etiam Gothi. . . . 
Et Athanaricus eorum rex pro 
eo quod multorum sanguinem 
innoxium catholicorum non 
timuerat effundere, pulsus a 
regno meruit exulare. 



C.XXI I.Quorum(Hunorum) 
adventum S. Servatius Tun- 
grensis aecclesiae episcopus 
audiens,simulque deirruptione 
et perditione suae civitatis, ti- 



Gesta Antiquiora 

Angelico vultu splendebat 
fulgidus auctor nobilis, virtu- 
tum lumine clarus. 



Ortus de generosâ stirpe, 
pontificali decus gessit et ex- 
stitit pastor ovium ex cujus 
ovili latrones non sunt gavisi 
de spolia. 



Vir magnus meritis sum- 
musque sacerdos qui in diebus 
suis placuit Deo et inventus est 
justus. 

Adilluminandum humanum 
genus multas in hoc mundo 
spirituales lucernas dignatus 
est Dominus Deus noster illu- 
minare. 



Ultio divina data est. Nam 
et Athanaricus Gothorum rex 
magnam gessit pulsationem qui 
multoschristianos diversis poe- 
nis affectos gladio detruncabat 
unde factum est ut imminente 
judicio Dei pro effusione san- 
guinis christiani juste depelle- 
retur et esset exul in patria qui 
Dei aecclesias impugnabat. 

Igitur rumor erat Hunos in 
Galliam velle prorumpere. Erat 
autem tune temporis apud 
Tungros Servatius summae 
sanctitatis eps qui vigiliis ac je- 



— 245 — 



mens, vigiliis multiset jejuniis 
corpus affiigebat, sequei crebris 
lacrimis profundens, miseri- 
cordiam Dei postulabat, ne 
unquatn hanc gentem incre- 
dulam, seque semper indignam 
Gallias intrare permitteret , 
nationemque suo cuit ui dicatam 
contaminari quodam modo si- 
neret. Sed sentiens per spiri- 
tum sanctum peccatis populi 
interpellantibus id sibi nullo 
modo concedi, induxit ani- 
mum adiré liminaapostolorum 
Pétri et Pauli ut saltem super 
salvatione suae urbis per inter- 
cessionem eorum mereretur 
audiri. 



juniisvacanscrebrolacrimarum 
imbre perfusus Dei misericor- 
diam precabatur ne unquam 
gentem hanc ferocem sibique 
semper incredulam in Gallias 
venire permitteret. 



Sed sentiens per spiritum 
sanctum pro delictis populi sibi 
hoc non fuisse concessum, 
concilium habuitexpetendiUr- 
bem Romam, nam hoc cte- 
debat ut adjuncto sibi aposto- 
licae virtutis patrocinio quae 
humiliter a Dei misericordiâ 
flagitabat mereretur facilius ob- 
tinere. 



Ici apparaît dans le récit d'Heriger un épisode qui 
est emprunté ailleurs : la visite de S. Servais à Metz 
chez S. Auctor f qui approuve son voyage et le charge 
de prier également pour la ville des Médiomatriques. 
Nous savons d'où provient cet extrait : notre auteur Ta 
puisé dans la biographie fabuleuse, qu'il avait sous 
les yeux en même temps que le Gesta Antiquiora. 
Nous le surprenons donc ici au beau milieu de son 
plan de composition : il a le Gesta Antiquiora à 
sa droite, la vie fabuleuse à sa gauche ; quand il 
trouve dans celle-ci un détail qui ne lui paraît pas 
absolument invraisemblable, il le lui emprunte, et 
l'insère dans son extrait du Gesta Antiquiora ; hors de 
là, il se laisse guider parce dernier, qui est sa source 
principale. Ce procédé, sans doute, n'est pas de ceux 
qu'un critique du XIX e siècle trouverait absolument 
irréprochables, mais il montre dans tous les cas com- 
ment cet érudit sincère et consciencieux se comportait 
vis-à-vis de ses sources, et, sous ce rapport, l'étude que 



— 246 — 

nous en faisons ici ne laisse pas d être instructive. Con- 
tinuons-la donc. 

Lepisode du passage de S. Servais à Metz terminé, 
notre bon chroniqueur revient au Gesta. Antiquiora, et 
reprend à l'endroit même où il l'avait laissé : 



Heriger 

Accedens ergo ad beati Pétri 
tumulum, depraecabatur ejus 
intercessionis auxilium , ut 
quia suo apostolatu insignierat 
Omnipotens orbem occiduum, 
arceret saltem a Tungrensi et 
Metensiurbe infandam gentem 
Hunorum. In hac desiduus 
persistens oratione , macerabat 
se multâ affiictione, maximâ 
inediâ corpus consumens, ita 
ut in tridui biduique interdum 
currîculo absque edulio potuque 
maneret, nec esset interstitium 
quo ab oratione vacaret. 



Gesta Antiquiora 

Accedens ergo ad beati Pétri 
apostoli tumulum, deprecaba- 
tur auxilium bonitatis ejus, in 
multâ abstinentia maximeque 
inediâ se consumens, ita ut bi- 
duo triduoque sine ullo cibo 
potuque maneret, nec esset in- 
tervallum aliquod in quo ab 
oratione cessaret. 



Le récit delà vision que S. Servais eut à Rome n'oc- 
cupe, dans le Gesta Antiquiora comme dans Grégoire de 
Tours, qu'un certain nombre de lignes pittoresques et 
dramatiques; il est beaucoup plus long dans Heriger. 
C'est qu'ici encore, notre chroniqueur a laissé de côté 
la source de droite, trop sobre de détails, pour la 
source de gauche qui a la prétention de tracer un 
tableau beaucoup plus complet. Mais lorsqu'il s'agit de 
dépeindre la scène des adieux de S. Servais au peuple 
de Tongres, il s'aperçoit que la source de drqite est ici 
d'une ampleur extraordinaire, et qu'elle l'emporte même 
par la richesse des détails sur celle de gauche; de là, 
nouveau mouvement de conversion vers le Gesta Anti- 
quiora, et nouvel emprunt à celui-ci, comme on le voit 
par la confrontation suivante : 



— 247 — 



Heriger 

Jam collegio vestrae frater- 
nitatis nequeo celare quod per 
triduum dissimulans, tandem 
compellor dicere. Ab hodiernâ 
diefaciem meam non videbi- 
tis,nec ultra me in hâcurbe vo- 
biscummorantem conspicietis, 
quia viam totius terrae sum itu- 
ruSy et hue ultra non reversu- 
rus.Supcr vestra salute pridem 
beati Pétri sepulchmm adii,etc. 



Gesta Antiquiera 

Jam adhuc non celare pos- 
sum quod dicturus sum vobis, 
ab hodiernâ die ultra faciem 
meam non videbitis, nec am- 
plius me in hâc urbe vivum 
conspicietis in carne, quia ego 
jam iturus sum viam totius... 
terrae et hune locum ultra non 
reversurusjam. Fui ad sacra se- 
pulchra Sancti Pétri apostoli, 
etc. 



Ici," effrayé par la longueur du dialogue, notre chro- 
niqueur prend le parti d'abréger, et, sautant un ou deux 
feuillets, il arrive à la péroraison qu'il copie d'une ma- 
nière à peu près textuelle. 



Heriger 

Et has, inquit, oves, quas, 
Domine, praecioso sanguine re- 
demisti, hune inquam gregem, 
quia tuus est, tibi hodie dedo, 
meque totum tibicomendo.De- 
precor te, judex aequissime, 
humili etflebiliprece, ne ovile 
tuum lupi rapaces gregi non 
parcentes subruant, neve car- 
nes ovium tuarum deglutien- 
tes consumant. Tu Domine 
Jesu qui animam tuam pro eis 
posuisti in morte animas eo- 
rum a luporum voracitate eripe 
et a rugiente leone, ut possim 
ad te aliquos manipulos repor- 
tare. 

His ergo a beato Servatio 
peroratis,moj? uni versus astans 
populus clamore magno irru- 
giit, luctus et ejulatio ab u troque 
sexu increvit. 



Gesta Antiquiora 

Et has oves, Domine, quas 
redemisti et mihi in manus 
credidisti et me et has hodie in 
manus tuas reddo et me et eas 
tibi commendo.Sed deprecor te 
aime judex humili et flebili 
prece : exaudi me ad te voce 
clamantem, ut si gregem tuum 
lupi rapido ore dilaniant, glu- 
cientes carnes earum, tu Domi- 
ne Ihu Christe qui animam 
tuam pro ovibus posuisti teoro 
ut animas eorum ab ore leonis 
eripias ut possim de eis tecum 
portare manipulos. 



Etiam his dictis mox irruit 
magnus clamor et luctus in 
turba et excrevit gemitus valde 
et nimis in viris et ploratus 
multus in feminis 



— 248 — 



At vir Domini necessariis 
sepulturae secum levatis, pro- 
gressif ad orientaient plagam 
pedesterporta. Tungrensieriïf, 
pergens viam quae ad oppidum 
trajectensium mittit. Tune 
universi cum vociferatione et 
lacrimis vestigia illius perse- 
quuti, prodeunt a civitate do- 
lentes, supplici hac voce sub- 
jungentes: Nederelinquasnos, 
pater sancte, ne obliviscaris 
nostri , pater vigilantissime , 
nos populus tuus et ovesgre- 
gis tui,ne nos dimittas in ser- 
vientis faucibus inimici. 



At vir Dei sanctissimus Ser- 
vatius exiit ab urbe Tungris 
extra portam civitatis progres- 
sif ad orientalem plagam pe- 
dester pergens viam quae respi- 
cit.ad oppidum trejectensium. 
At illi cum ejulatu et ullulatu 
magno et lacrimis omnisque po- 
pulus persequens eum forascivi- 
tatem post eum clamosa voce 
dolentes supplicabant humili 
voce dicentes : Ne derelinquas 
nos, pater sancte, ne oblivisca- 
ris nos, pastor bone, nosautem 
populus tuus etovesgregis tui, 
ne nos dimittas in fauce lupi. 



Cette scène plaît tellement au bon Heriger que, non 
content de la reproduire tout entière, il y ajoute, et de 
son crû à ce qu'il me paraît, quelques accents destinés 
à la rendre plus pathétique encore, tout en gardant le 
plan et la marche des idées de l'original. Et, comme 
celui-ci, il conclut de la sorte cet épisode, qui forme, 
des deux côtés, la fin du récit : 



Heriger 

< 

Sed cum hisjletibusnonpos- 
set revocari,dat& eis pontificali 
benedictione, osculatus eos et 
confortans coegit redire. Et 
ad trajectensem accedens vi- 
cum, modicâ pulsatus febre, 
fragili absolutus corpore, pu- 
blico elatus funere, et a vins 
fidelibus juxta aggerempubli- 
cum III idus maias sepultus. 



Gesta Antjquiora 

Sed cum eum fletibus revo- 
care non possent,accepta bene- 
dictione cum osculis redierunt. 
Hic vero adtrejectensem urbem 
accedens modicâ febre pulsatus 
recessit a corpore ablatusque a 
fidelibus juxta ipsum aggerem 
publicum est sepultus. 



Telle est au demeurant la fidélité d'Heriger à soq 
Gesta Antiquiora, telle est la préférence qu'il lui donne 
sur toutes ses autres sources, qu'il termine son récit là 




— 240 — 

où le Gesta termine le sien, et qu'il laisse de côté, sans 
même daigner en faire mention, les nombreux épi- 
sodes qu'il trouvait dans la vie fabuleuse, bien que ceux- 
ci fussent et fort attrayants et parfois assez vraisem- 
blables. S'il emploie de temps en temps cette dernière, c'est 
simplement pour ajouter ça et là un détail insignifiant sur 
des faits dont l'authenticité lui est garantie par le Gesta ; 
voilà comment il a admis la tradition qui fait passer 
S. Servais par Metz en se rendant à Rome, voilà aussi 
comment il a complété le récit de la mort du saint en y 
ajoutant l'indication de la date. On ne peut que louer 
hautement, dans le vieil érudit liégeois, cette prudente 
réserve, et ce calme d'esprit avec lequel il a su voir, 
dans la splendide floraison de la légende de S. Servais,, 
les créations de la fantaisie poétique et non les souve- 
nirs de l'austère histoire. 

Il ne me reste plus qu'un mot à dire sur l'époque vers 
laquelle dut être rédigé le Gesta Antiquiora. Ce ne 
fut pas avant la fin du VII e siècle, puisque le texte 
primitif dont il est le remaniement n'est pas antérieur à 
cette époque ; de plus, la latinité en est trop correcte 
pour qu'on puisse supposer qu'il aurait vu le jour 
pendant cette période, barbare entre toutes, où l'on 
composa les vies de S. Lambert et de S.Hubert. D'autre 
part, \\ devait être antérieur à la fin du X e siècle, puis- 
que Heriger; qui écrivait sa chronique vers 979, lui 
attribuait déjà à cette date une certaine antiquité. D'après 
ces données, on serait assez porté à supposer qu'il dut 
être écrit à Maestricht sous le règne de Charlemagne, 
c'est-à-dire à une époque où le goût littéraire reparais- 
sait avec l'activité intellectuelle, et où l'on commençait 
à ne plus se contenter des barbares écrits des deux 
siècles précédents. C'est alors que l'on voit Alcuin rema- 
nier la vie de S. Willibrord ; c'est alors qu'Agilfrid, 
évêquede Liège, fait réviser par le diacre Godescalc celle 
de S. Lambert; c'est peu de temps après que celle de 
S. Hubert est l'objet d'un travail analogue de la part 

32 



S" 



— 250 — 

de Jonas d'Orléans. L'érudition avait fait des progrès 
comme le style, et permettait au remanieur de profiter 
des indications du De Gloria Confessorum f que le décou- 
peur primitif avait entièrement ignorées. On avait été 
formé à l'école d'un prince qui détestait le mauvais 
langage, et qui, à l'occasion, reprenait avec sévérité les 
moines ignorants. Ce ne serait donc pas s'exposer à se 
tromper considérablement, que de voir dans le Gesta 
Antiquiora un produit de cette renaissance littéraire 
dont le signal fut donné par l'avènement de Charle- 
magne. 



APPENDICE 



Je donne ci-dessous, en regard l'un de l'autre, les 
deux textes du Vita Servatii. D'un coté, on lira celui 
du VIII e siècle, tel que je lai extrait du MS. de S. Ger- 
main des Prés ; de l'autre côté, le Gesta Antiquiora 
d' H ériger, que je reproduis d'après le MS. du Séminaire 
de Namur. Le premier figurera ici avec toute sa naïveté 
barbare, et son incorrection qui lui donne comme un 
cachet d'antiquité. Ayant eu, depuis que ce mémoire 
est écrit, la bonne fortune de retrouver le même texte 
dans un Manuscrit du XII e siècle au British Muséum 
(Harley, 624) je donne en note les variantes de ce MS., 
ainsi que celles qu'offre le texte actuel de S. Grégoire de 
Tours tel que Ruinart la constitué. 

Pour le Gesta Antiquiora, j'ai pu disposer également 
de deux Manuscrits : celui du Séminaire de Namur, 
dont il est question dans le mémoire, et un autre con- 
tenu dans un passionnaire du XIII e siècle au British 
Muséum (Harl. 2800-2802, fol. LXXX, moderne 168). 
Ne pouvant pas établir un texte critique à laide de ces 
deux seuls codex, je me suis contenté de rejeter en 
note les variantes du dernier ( x ). 

(i) Je désignerai par H le MS. Harl. 624, par ffb le MS. Harl. 2800- 
2802, et par R l'édition de Ruinart. 



— 252 — 



Vie primitive 

Incipit Vita sancti âc beatis- 
simi Servatii episcopi et confes- 
sons (i). 

Multe enhereses eo tempore 
quasdam (2) aeclesias di im- 
pugnabant plerumque (3) ulcio 
diviha data est nam et Athari- 
cus(4) Gothoru rex magna ges- 
sit pulsacione (5) qui multos (6) 
christianorum diversis poenis 
adflictos (7) gladio (8) detrunca- 
bat (9) unde factum est ùt immi- 
nente (10) judiciodi p (11) effu- 
sione sanguinis justicie (12) a 
regno(i3) depelleretur_(i4) et 
esset exul a patria qui di aecle- 

(1) Incipit Vita S.Seryatii epi H. 

(2) corr. de quidam. Manque R. 

(3) De quibus pi., R. (4) Atha- 
naricus.fi. (5) magnam excitavit 
persecutionem R. (6) corr. pour 
multis. (7) afFectos R. (8) Cor- 
rigé pour Gladium. (9) A u lieu de 
ce commencement on lit dans H.: 
Eo tempore Atharicus Gothoru 
rex multos christianorum diversis 
poenis afflictos crudeli examinatio- 
ne interficiebat. (10) corr. pour 
eminente (11) propter H. (12) 
Justi jR.sanctorum H. (i3) Corr. 
pour regnum. (14) expell. R. 



Gesta Ântiquiora 

Adilluminandam humanum 
genus multas in hoc mundo 
spirituales lucernas dignatus 
est Dominus Deus noster (1) 
illuminare ; ex quibus bonae 
memoriae sanctissimum Serva- 
tium urbitrejectensi sua pietate 

(2) concessit. Eo igitur (3) tem- 
pore quo idem beatus Servatius 
regimen tenebat cathedrae 
sanctae Mariae matris Domini 
nostri semper virginis (4) in (5) 
urbe tungrensi (6), diebus (7) 
episcopatus sui multae quidem 
hereses ecclesias (8) Dei impu- 
gnabant. Pro quibus plerum- 
que (9) ultio divina data est ( 10). 
Nam et Alaricus (11) rex Go 
thorum magnam gessit puisa- 
tionem qui multos christianos 
(12) diversis poenis affectos (i3) 
gladio detruncabat. Unde fac- 
tum est ut imminente judi- 
cio Dei, pro effusione sanguinis 
christiani (14) juste a regno de- 
pelleretur et esset exul a patria 

(1) Dominus noster dignatus 
est H**. (2) Pietas divina ff 1 *. 

(3) Manque H*. (4) S. M. sem- 
per virginis Di H*. (5) Manque 
H h . (6) urbis Tungrensis # b . 
(7) in tempore H* 3 . (8)aeccle- 
siam 2£*\ (9) i. sed plerumque 
H h . (10) ultio data est divina ÈP. 
(11) Athanaricus H*. (12) chris- 
tianorum W>. (i3) afflictos H*. 
(14) Manque H h . 



\ 



- 253 — 



sias impugnabat. Sed (i) ad 
superiora redeamus. 

Igitur romor erat Hunnos 
in Galleas ( i b ) velle prorumpere. 
Erat autem tune temporis 
apud Tungros opidum Serva- 
cius (2) eximie sanctitatis eps 
qui vigiliis ac jejuniis vacans 
crebro lacrimarum imbre per- 
fusus di (3) misericordiam 
deprecabatur (4) ne unquam 
gentem hanc incredulam sibi- 
que (5) semper indigna in 
Galleas (5 b ) venire permitteret. 
Sed senciens perspiritum sanc- 
tum (6) pro delictis populi sibi 
hoc non fuisse concessum con- 
siliumhabuit expetendi urbem 
Romam nam (7) scilicet ut ad- 
juncta (8) sibi apostolice virtu- 
tis patrocinia que humiliter a 
di misericordia (9) flagitabat 
mereretur facilius obtenere ac- 
cedensergo ad beati Pétri (10) 
apostoli tumulum deprecaba- 
tur auxiliu bonitatis ejus in 
multa abstinentia maxima (u) 
inèdia seque ( 1 2) consumens ( 1 3) 



qui Dei ecclesias impugnabat. 
Sed ad superiora redeamus. 

Igitur (1) rumor erat Hunos 
in Galliam velle prorumpere. 
Erat autem tune temporis apud 
Tungros (2) Servatius sum- 
mae (3) sanctitatis episcopus 
qui vigiliis ac jejuniis vacans 
crebro lacrimarum ymbre per- 
fusus Dei misericordiam pre- 
cabatur(4), ne unquam gentem 
hanc ferocem sibique semper 
incredulam (5) in Gallias venire 
permitteret. Sed sentiens perspi- 
ritum sanctum pro delictis po- 
puli sibi (6) hoc non fuisse con- 
cessum consilium habuit expe- 
tendi urbem Romam. Nam 
hoc credebat (7) ut adjuncto 
apostolicae virtutis patrocinio 
qui (8) humiliter a Dei miseri- 
cordia (9) flagitabat mereretur 
facilius optinere. Accedens ergo 
ad beati Pétri apostoli tumulum 
deprecabatur auxilium bonita- 
tis ejus in multa abstinentia 
maximeque inediâ se consu- 
mens ( 1 o) ita ut biduo triduoque 



(1) Nunc vero R. f Sed.... apud 
Tungros est remplacé dans H, 
par : Rumore autem volante erat 
apud Tungros. (i b ) corr. pour 
Galleis. (2) Aravatius R. (3) Do- 
mini R. (4) precabatur^. (5) 
seque.fi. (5 b ) corr. pour Galleis. 
(6» Manque R. (7) Romanam R. 

Romam H. (8)adjunctis pa- 

trociniis Z£. adjuncto... patrocinio 
H. (9) Ad Dominum R apud D. 
misericordiam H. (10) Manque 
R. (11) maximâque inediâ corpo- 
ris H. (12) se R. manque H. (i3) 
manque H. 



ti) Igitur.... prorumpere man- 
que H*. (2) Tungros oppidum 
ifb. (3) S. nomine eximiae Hb. 
(4) deprecabatur H*>. (5) g. in- 
credulam seque semper indignam 
H*. (6) sui H*. (7) Romam 
eâ scilicet causa Hb. (8ï quod. 
/f 6 . (9) h. Dei misericordiam 
H*>. (10) affligens Hb. 



— 254 — 



ita ut biduo triduoque (i) sine 
ullo cybo potoque maneret nec 
esset intervallum aliquid (2) in 
quo ab oratione cessaret eu ni- 
que ibidem (3) per multorum 
dierum spacia in taliadflictione 
moraretur, fertur (4) a beato 
Petro (5) apostolo accepisse res- 
ponsum : Quid me sanctissime 
vir inquiétas ? Ecce enim apud 
Dominum deliberatione(6)pror- 
sus sanecitum est Hunnos in 
Galeas (6 b ) advenire easque ma- 
xima tempestate debere depopu- 
lari (7)nuncigitur (j b ) sumecon- 
silium meum adeelere (8) velo- 
citer ordina domum tuam se- 
pultura(9) compone quere (10) 
lenteamina munda ecce enim 
migra veris ( 1 1 ) a corpore nec vi- 
debunt oculi tui mala que fac- 
turi sunt H uni in Galleis sicut 
locutus est Dns Ds noster 
dicens (12) hoc a sancto Pe- 
tro (1 3) non (14) remansura(i5) 
esse in Galleis urbem inlesam 
prêter oratorium unum in me- 
tinsus (?) (16) urbem propter pi- 

(1) Corr. pour bidue tridueque. 
(2) aliquod R nec intervallum es- 
set e liquod H, (3) ibi R. (4) f. 
hoc R. f .taie H. ( 5 ) Manque R. 
(6) Domini délibéra tionem R. 
(6 b ) Corrjtour Galeis. (7) Corr. 
pour depopulari. (7) Non R. 
(8) Accéléra R.etff. (9) sepul- 
turamque H. (10) require R. 
quœre vel H. (n) migrabis R et 
H. (12) manque R. (i3) hoc a 
sancto apostolo R. mihi Petro ap. 

suo H. (14) non primi mar- 

tyris manque R. (i5) Corr. pour 
remansuras. remansuram H. 
(16) metensium H. 



sine ullo cybo potuque man- 
sisset (1) nec esset intervallum 
aliquod (2) in quo ab oratione 
cessaret. Cumque ibidem per 
multorum dierum spatia in tali 
afflictione moraretur, fertur hoc 
a beato Petro apostolo acce- 
pisse responsum : quid me sanc- 
tissime vir inquiétas ? Ecce 
enim (3) apud Dominum deli- 
beratione prorsus sancitum est 
Hunos in Gallias advenire eas- 
que maximâ tempestate (4) de- 
bere depopulari nuncautem (5) 
sume consilium meum accele- 
rare (6) velociter ordina domum 
tuam sepulturam compone 
quaere linteamina munda ecce 
enim migrabis a corpore nec 
videbunt oculi tui mala quae 
facturi $unt Huni in Galliam 
sicut (7) locutus est Dominus 
Deus noster. Addens (8) hoc 
sanctus Petrus non remansu- 
ram esse in Galliis urbem inle- 
sam (9; praeter oratorium unum 
in mettensium urbe propter pi- 
gnora beati Stefani primi mar- 

(1) maneret H b . (2) aliquid 
//b. (3) manque H h . (4) leme- 
ritate H b . (5) igitur H*. (6) 
accéléra H h . (7) Galliis et sicut 
H h . (8) dicens H b . (9) urbem 
inG.illesam H h . 



— 255 — 



gnora beati Stefaniprimi marty- 
ris. Pontifex (i- vir (2) sanctus 
Servatius responso suscepto iter 
ad celerat Galliasque velociter 
repetit veniensque ad urbem 
Tungrorum que erant necessa- 
ria (3) secum citius levabat (3 b ) 
valedicens(4) (rasure de 3 ou 4 
lettres) ... sacerdotibus et levi- 
tis hac cleiicis (5) et oscolans (6) 
cum lacrimis et salutem predi- 
cando ac docendo et commo- 
nendo (7) in omnibus ut parati 
essent in eorum animarum sa- 
lute (S) hac tota civitate et plè- 
be (9) sibi adgregata in ecclesia 
(çb) sancta catholica béate Ma- 
rie virginis semper in urbe ea- 
dem (10) ipso tempore quo 
regressus e ab urbe Roma mul- 
ta docendo (11) ut in precep- 
tis Dnï sine intermissione 
perseverarent semper (12). Ecia 
(i3) cum magno fletu (i3 b ) 
et multa lamentacione de- 
nunciavit (14) dicens jam (i5) 

(1) P.autem H. (2) Vir... Ser- 
vatius manque R. (3) n. sépul- 
ture R. (3 b ) corr. pour levât. 
(4) Valedicensque R. (S) A la 
place de sacerdotibus.... clericis 
R. lit : clericis ac reliquis civibus 
urbis. Tout ce qui suit jusqu'à 
hic vero ad trejectinsem urbem 
manque dans R. (6) o. eos 77. 
(7) praedicans et docens et com- 
monens H. (8) suarum a. s-m 
H. (9) hac igitur omni plèbe 
H. (9 b ) corr. pour eclesia. (10) 
sancta? virginis quae erat in urbe 
eadem H. (n) docuit eos H. 
(12) Manque H. (i3) ad ultimum 
H. (i3*>) corr. pour fleto. (14) 
d. eis H. (15) jam filioli H. 



tyris. Hic Pontifex autem (1) 
vir sanctus Servatius hoc res- 
ponso suscepto (2) iter accélérât 
Galliasque velociter repetit ve- 
niensque ad urbem Tongren- 
sium (3) quae necessaria erant (4) 
secum citius levât valedicens- 
que fratribus (5) sacerdotibus 
et levitis ac clericis et osculans 
cum lacrimis et salutem prae- 
dicando et (6) docendo et com- 
monendo in omnibus ut parati 
essent in suarum animarum 
salutem (7) hac tota civitate et 
plèbe (8) in ecclesia sancta ca- 
tholica beatae (9) Mariae semper 
virginis aggregata (10) eodem 
(11 )ipso tempore quo regressus 
(12) est a Roma (i3) mult^ do- 
cendo ut (14) in praeceptis Do- 
mini sine intermissione perse- 
verarent semper. Etiam cum 
magno fletu et (i5) multâ la- 
menta tione denuntiat (16) di- 
cens : Jam adhuc hoc celare 
non (17) possum qùod dicturus 

(1) vero H h . (2) accepto //*>. 
(3) Tungrorum B*. (4) er. nec. 
H>. (5) manque B>. (6)ac2Z»>. 
(7) sal. a. suar.fi 1 ». (8) ac totam 
civitatem et plebem sibi aggre- 
gatam H*. (9) sanctae H b . (10) 
manque J5P\ (11) in urbe eâdem 
H h . (12) egressus BP. (i3> ab 
urbe R. H h . (14) multa eis do- 
cendo prœdicabat ut IP>. (i5) 
Post hœc cœpit vir Domini ma- 
gno cum fletu et cum B?. (16) 
denuntiare S 6 . (17) Jam hoc 
vobis celare non H h . 



— 256 — 



adhuc non celare possum quod 
dicturus sum vobis; ab hodier- 
na die ultra faciem meam non 
videbitis nec amplius me in hac 
urbevivumconspicietis in car- 
ne quia ego jam iturus sum 

viam totius (i) (rasure) 

et (2) hune locum ultra non (3) 
reversurus. Jam fui ad sacrum 
sepulchra (4) sancti Pétri ap'os- 
toli et multum ei (5) flagitavi 
ut bonitate suâ esset mihi in 
auxilium et (6) Dnm simul 
pro vobis (7) et pro his provin- 
ciis (7 b )precacione missa ut (7 e ) 
piis petitionibus ad Dm (8) im- 
petrare(9) meruissimus qui (10) 
jejunando et flendo urbem Ro- 
mam circuivi et provolutis ge- 
nibus meis orando ad sancti 
Pétri tumulum diucius (11) 
ihcumbendoinorationibus(i i b ) 
meis responsum audire merui 
et duc mihi : Quid me inquié- 
tas sanctissime vir quia apud 
Dnm destinatum (12) est ut 
cunctaGallia ( 1 2 b ) destruaturet 



sum vobis. Ab hodierna die (1) 
faciem meam ultra (2) non 
videbitis nec amplius me in hâc 
urbe vivum conspicietis in 
carne quia ego jam (3) fui ad 
sacrum sepulchrum sancti Pé- 
tri apostoli (4) et multum ab 
eo (5) flagitavi ut bonitate suâ 
(6) esset mibi in auxilium et 
Dnm simul pro vobis et pro 
his provinciis precatione missa 
ut piis petitionibus (7) ad De- 
um impetrare meruissemus (8) 
qui (9) jejunando et flendo ur- 
bem Romam (10) circuivi et 
pfovolutis genibus meis orando 

(11) ad sancti Pétri tumulum 

(12) diu incumbendoin oratio- 
nibus meis responsum hoc (i3) 
audire (14) merui. Et dixit (i5): 
Quid me inquiétas sanctissime 
vir quia (16) apud Dm diffini- 
tum (17) est ut cuncta Gallia 
destruatur et in manus Hu- 
norum tradenda hostili exer- 
citu vastabitur(i8) et universae 
civitates Europae et castella 



(1) terrae H- (2) et in H. 
(3) non sum H, (4) sacram se- 
pulturam H. (5) eum H. (6) 
et ad H. (7) nobis H. (7 b ) 
corr. pour has provincias. (7c) 
corr. pour et. (8) a Domino H. 
(9) imp. veniam H. (10) Ego 27. 
(11) diutiusque H. (n b j corr 
pour orationebus, (i2)definitum 
27. (i2 b ) corr. pour Galea. 



(1) denique die 2ZT>. (2) u. f. 
m. IP>. (3) iturus sum viam 
totius terrae et in hune locum 
nunquam reversurus. Jam enim 
IP>. (4) P.principis apostolorum 
J5T». (5) eum H 6 . (6) bonitatis 
sus causa ID>. (7) prov. preca- 
retur et ut piis precationibus H*. 
(8) possem fl*. (9) manque H h . 
(10) fl. sanctorum corpora fl*. 
(u) meis orando manque HP, 
(12) ante sepulchrum sancti Pétri 
J5P>. (i3) diu — hoc manque 
H\>. (14) aud. taliai^. (15) 
manque H*>. (16) manque 27b. 
(i7)jamdiff.iïb. (iSJvasteturJîb. 



— 257 — 



inmanus Chunorum tradenda 
hostile exercitu vastetur et 
uni verse civita tes eorope (i) et 
castella igni cremenda (2) exu- 
rentur et cuncta sanctuaria 
erunt combusta (3) excepto ai- 
tare sancti Stefani urbis met- 
tensium ubisanguis ejus pullu- 
lât. Ideo J4) non possumus 
rogare Dnm ut ista nobis 
orando concédât sed tu vir 
sanctissime et béate Servaci 
audi consilivm (5) Velociter 
perge ad domum tua et ad 
populum tuu et jubé parare 
sepulturam tuam et quere tibi 
pura et munda linteamina (6) 
ad tegendum corpusculu tuu 
et cito migrabis 1 7) a corpore 
cum pauco (8) dolore, et oculi 
tuinonvidebunt mala que sunt 
facturi Chuni in Gallea sicut 
locutus est Dns Ds noster ad 
me. Ideo tam cito egressus (9) 
ab urbe (10) Roma et nunc ad 
vos (u)_ festinanter adveni ut 
nunciare omnia ista que Ven- 
tura sunt in Gallia ( 1 2). Ob hoc 
notum vobis (i3)facio, si vivus 
in carne precando pro vobis 
ista obtinere non potui, credo 
quod jam defunctus in spiritu 
proanimabusvestrisapud altis- 

(1) corr. pour eorupe. (i)cre- 
manda H. (3) cuncta secum 
areant combusta H. (4) ideo- 
que JET. (5) meum H. (6) corr. 
pour lent. (7) corr. pour migra- 
veris. (8) corr. pour pauca. (9) 
egressus sum H. (10) corr. pour 
urbem. (11) corr. pour vobis. 
(12) corr. pour Gallea. (i3) vobis 
hoc jff. 



igni cremanda exurentur (1) et 
cuncta sanctuaria erunt com- 
busta excepto altari Sancti Ste- 
phani urbis mettensium ubi 
sanguis ejus pullulât. Ideo (2) 
non possumus rogare Dnm 
ut ista nobis orando concédât 
sed tu vir sanctissime et bea- 
tissime (3) Servati audi consi- 
lium meum et velociter perge 
ad domum tuam et ad popu- 
lum tuum et jubé parari se- 
pulturam tuam et quaere tibi (4) 
pura et munda (5) linteamina 
ad tegendum corpusculum 
tuum et cito migrabis a corpore 
cum pauca dolore et oculi tui 
non videbunt mala quae sunt 
facturi (6) H uni in Gallia sicut 
locutus est Dns Ds noster ad 
me. Ideo tam cito egressus ab 
urbe Roma et tune (7) ad vos 
festinanter (8) adveni ut nun- 
tiarem omnia ista (9) quae ven- 
tura sunt in Gallia. Ob (10) 
hoc notum vobis facio si (11) 
vivus in carne precando pro 
vobis ista obtinere non potui 
credo quod jam defunctus in 
spiritu pro animabus vestris 
apud altissimum qui me ad 
regendum (12) animas vestras 
pastorem instituit et qui ( 1 3) me 

(1) manque W>. (2) et ideo JEP>. 
(3) béate Hb. (4) manque Hk 
(5) et munda manque Hb. <6) 
facturi sunt ffc (7) nunc H b . 
(8) cito ab urbe R. egressus fes- 
tinanter Hb. (9) manque Hb. 
(10) et ob Hb. (11) quod si Hb. 
(12) regendas ÏÏ*. (i3) pastorem 
esse instituit interveniam et his 

qui JETb. 

33 



— 258 — 



simum (i ) qui me ad regendum 
animarum vestrarum pastorem 
esse institua ut (2) qui me mo- 
nente ejus mandata complevit 
requiem sempiternam posseden- 
dam promitto. Deinde secutus 
adjuncxit : Et has oves Domi- 
ne quas redemisti et mihi in 
manus credidisti et me et has 
oves tuas hodie in manus tuas 
(3) reddo (4) et me et eas tibi 

(5) commendo. Sed deprecor te 

(6) al tus (7) judex humili et flebili 
prece, exaudi me ad te voce (8) 
clamantem ut si gregem tuum 
lupi rapidoore dilaniant (9) ,glu- 
ciente$(io)carnes eorum,tu Dm 
Jhu Xpe qui anima tua pro. 
ovibus posuisti, te oro ut ani- 
mas eorum ac ovium mearum 
ab ôre leoniseripias,* ut possim 
deeisfi 1) tecum portare mani- 
pulos,ut sint mecum in ovili ( 1 2) 
sancto tuo gaudentes sicut 
promisisti ut ubi sum ego ibi 
et minister meus erit d3) me- 
cum. Eciam (14) his dictis om- 
nibus, mox inruit magnus cla- 
mor et luctus in turbâ et excre- 
vit gemitus valde et nimis in 
vins (i5) et ploratus multus in 
feminis (16) omnes vociferan- 

(1) a. id potero H. (2) corr. 
pour et. (3) in manibus H. 
(4) eas effacé après reddo. (5) 
Ainsi après correction. (6) in 
effacé avant altus (7) te altus 
H. (8) manque H. (9) corr. 
pour delaniant. (10) corr, pour 
glucientes (n) corr. pour eas. 
(12) corr. pour ovjje. (i3) sit H. 
(14) Et H. (15) corr. pour viros. 
valde in viris H. (16) corr. pour 
feminas et. 



moriente ejus mandata com- 
plevit (1) requiem sempiternam 
possidendo (2) promitto. Dein- 
de simul (3) adjunxit : Et has 
oves Domine quas redemisti et 
mihi manu propria (4) credi- 
disti, et me et has hodie in 
manus tuas reddo eas (5) et 
mihi (6) commendo. Sed de- 
precor (7) te, aime (8) judex 
humili et flebili prece, exaudi 
me ad te voce (9) clamantem 
ut si gregem tuum lupi rapido 
ore dilaniant glutientes carnes 
eorum, tu Dne Jhu qui animam 
tuam pro ovibus (10) posuisti te 
oramus (n) ut animas earum 
( 1 2) ab ore leonis eripias ut pos- 
sim de eis tecum (i3) portare 
manipulos, ut sint mecum in 
ovili sancto tuo (14) gaudentes 
sicut promisisti ut ubi ego 
sum (i5) ibi et minister meus 
erit. Etiam (16) his dictis mox 
irruit magnus clamor et luctus 
in turbâ et excrevit gemitus 
valde et nimis in 117) viros et 
ploratus multus in feminis et 
omnes vociférantes (18) ïri 
planctum (19I. At vir Dei (20) 
sanctissimus Servatius exiit ab 
urbeTongros (21) extra portam 

(i)complevt. (2) manque Hb. 
(3) manque H h . (4) et in manus 
mihi te W>. (S) manque H b . (6) 
tibijB*. (7) precor JEft. (8) al- 
tissimeZZ"b. (9) manque H h . (10) 
o. tuis 2Z b . (n) oro H 1 *. (12) an. 
ovium mearum Hb. (i3) tibi Jïb. 
(14) o. tuo sancto Hb. (i5) sum 
ego Jffb. (iG) Manque Hb. (17) 
g. nimius in JET b . (18) vociféra- 
banturlï b . (19) planctu IF>. (20) 
Domini 2Z b . (21) Tungrosl^. 



— 259 — 



tes(i)in planctum.Ad(2)vir di 
sanctijssimus Servacius exiit ( 2 b ) 
ab urbe Tungris (2 c )extra (3) por- 
tam civitatis progressus, ad ori- 
entalem plagam (3 b ) pedester 
pergens '4) v i am querespicitad 
(5) oppidum (5 b ) trejectinsium. 
Ad (6) illi (7) cum ejulatu et ullu- 
latu (7 b ) magnoet lacrimis om- 
nis (que effacé) populus prose- 
quens eum (correction) foras 
chritatenx(7 c Jpost eum clamosa 
voce (8)dolens(8 b )subplicabant 
(8 e ) humili voce dicentes (9). Ne 
derelinquas nos pater sce, ne 
obliviscaris nos pastor bone.Nos ' 
quidem ( 1 o) populus tuus ( 1 o b ) et 
oves gregis tui ne nos dimittas 
( 1 o c ) in fauce lupi. Alii vero mo- 
nachi et puelleexeuntes de mo- 
nasteriis (io d ) et percucientes 
pectora post eum (n) sequentes 
et osculantes vestigiapedum il- 
lius clamabant dicentes : Cur 
( 1 1 b ) tam cito nos deseris, vel quo 
vadisnunc? (12) Educnos te- 

(1) Omnesque vociferati sunt, 
H. (2) At H. (2 b ) corr.pour exit. 
(2 e ) corr.pour Tungros. (3) Tun- 
gris et extra U. (3 b ) ici un mot 
rasé comm . par/. (4) pergit H. 
(5) manque H. (5 b ) corr. pour 
opidum. (6) manque 2£. (7) il- 
lico H. (7 b ) corr. pour ejulato 
et ullolato. (7 e ) corr. pour cive- 
tatem. (8) ibat voce nimisque 
H. (8 b ) corr. pour dolentes. (8 e ) 
corr. pour subplicabant. 1 9) do- 
lens supplicabat... dicens H. (10) 
enim H. (io b ) corr. pour tuos. 
(10 e ) eorr. pour demittas. (io d ) 
corr. pour monasteria. (11) pec- 
tora sua eumque H. (n b ) corr. 
pour Quur. (12) vadis pater ? H 



civitatis progressus ad orienta- 
lem plagam ferens pedester 
pergens (1) viam quae respicit 
ad oppidum trajectensium. At 
ille cum hejulatu (2) et ullula- 
tu magno (3) et (4) lacrimis 
omnisque populus persequens 
foras civitate et post eum cla- 
mosa voce nimis dolentis sup- 
plicabant (5) humili voce di- 
centes (6). Ne derelinquas nos, 
pater sancte, ne obliviscaris 
nos (7), pastor bone. Nos au- 
tem (8) populus tuus et oves 
gregis tui ne nos dimittas in 
fauce (9) lupi. Monachi( 10) vero 
et puellae exeuntes de monas- 
terio ( 1 1 ) et percutien tes pectora 
post eum sequentes et osculan- 
tes vestigia pedum illius cla- 
mabant dicentes : Cur tam 
cito deseris (12), vel quo vadis 
nunc? Educ nostecum.Adven- 
tu tuo gaudentes (i3) quod ad 
nos reversus es de tam longa 
peregrinatione etiam speraba- 

(1) orientaient partem pergens 
pedester ad H h . (2) traj. cum 
ejul. magno H h . (3) manque 
H b . (4) ac H>. (5) supplicat 
H b . (6) dicens Hb. (7) nostri 
H b . (8) bone quia nos sumus 
populus IP>. (9) faucibus IP>. 
(10) alii vero m. If 3 . (11) mo- 
nasteriis IP*. (12) d. pater H 1 *. 
(i3) tecum quia ad te gaudentes 
venimus H h . 



— 260 - 



cum.Adventum tuum (i)gau- 
dentes (2) quod ad nos re versus 
es de tamlonga peregrinatione, 
etiam sperabamus quod apud 
nos esse digneris et nunc nec 
très dies vis bis tus (3) manere 
nobiscum. Die nobis miseris 
quid facturi sumus quid(3 b )e r ~ 
go erit de nobis qui sine te vi- 
vere non possumus sed (3 e ) in 
pessima morte tradendi sumus 
te obsecramus vel (4)uno men- 
se aut una hebdomada aut 
etiam hac nocte nobiscum man- 
sisses. Ad illi senes (5) et cludi (5 b ) 
seu et pauperes et peregrini 
super murum flentes (6) et lu- 
gentes post eum (7) dicentes : 
Quis nobis daturus est victum? 
quis nobis tribuet vestitum? 
nudi sumus et orphani et vidue ; 
quis consolator noster erit ? 
Sed cum eum fletibus revo- 
care non possent, accepta bene- 
dictione cum osculis redierunt. 
Hic vero ad trejectinsem ur- 
bem accedens modica (8) febre 
pulsatus (9) recessit a corpore 
ablatusque(io)a fidelibus juxta 
ipsum agerem publicum est se- 



mus quod apud nos esse di- 
gnareris et nunc nec très dies 
vis manere nobiscum. Die no- 
bis miseris quid facturi su- 
mus (1). Quid ergo erit de 
nobis qui sine te vivere non 
possumus, sed in pessima morte 
(2) tradendi sumus. Te obse- 
cramus vel (3) uno mense aut 
una ebdomada aut etiam (4) 
hac nocte nobiscum maneas 
(5). At illi senes (6) et claudi 
seu et (7) pauperes et peregrini 
supervenerunt (8) fientes et lu- 
gentes post eum dicentes (9) : 
quis nobis daturus est victum? 
Quis (10) nobis tribuet vesti- 
tum ? Nudi sumus et orphani 
et viduae. Quis consolator erit ? 
Sed cum eum fletibus revocare 
non possunt, accepta benedic- 
tione cum osculis redierunt. 

Sanctus (11) vero ad trajecten- 
sium urbem accedens modica 
febre pulsatus est et recessit a 
corpore ablatusque a fideli- 
bus (12) juxta ipsum aggerem 
publicum est sepultus. 

Cujus sancta anima choris 
angelorum est (i3) conjuncta 



(1) In adventu tuo 27. (2) g. 
fuimus H. (3) Le texte portait: 
nec très dies non jubes.il/a15 non 
et ju sont pointillés, bes est cor- 
rigé en bis, et on a écrit vis au- 
dessus de non et tus à la suite de 
jubés. (3 b ) corr. pour quod. 
(3 e ) manque H. (4) ut vel H. 
(5) maneas porro senes H. (5 b ) 
corr. pour clodi. (6) fl. erant 
H. (7) eum et H. (8) modica- 
que H. (9) mod. puis. febr. R. 
(10) ablutus R, 



(1) simus 2/b. (2) pessimam 
mortem W>. (3) ut vel fl*. (4) 
hebd. vel IP>. (S) maneas nobis- 
cum H b . (6) Et senes J3*. (7) 
manque H b . (8) super murum 
H 5 . (9)dicebant Jï*. (10) vel 
quis H*. \ii) Ipse 2Z b . (12) fra- 
tribus iîb. (i3) manque H b . 



— 261 — 



pultus. Ubi multi egri et de- 
moniosi curantur et multe(i) 
virtutes pullulant usque in ho- 
diernum diem, adjuvante Do- 
mino nostro Ihu Christo qui 
cum pâtre et spiritu sancto 
vivit et régnât in secula secu- 
lorum Amen (2). 



et (1) sine fine laetatur. Cor- 
pus honorifice sarcofago posi- 
tum (2), spiritus aetherea coeli 
concessit inaula (3) ; de lapide 
marmoreo membra teguntur 
(4) et cum justis surget sine fine 
in gloria (5). Cujus sanctum 
corpus et (6) renovandum est, 
ut binas (7) stolas in judicio 
recipiat. Iste (8) sanctus Ser- 
vatius verbis (9) impiorum non 
timuit, fundatus enim erat su- 
pra (10)' petram. Ortus de ge- 
nerosa stirpe pontificali decus 
gessit(i i)etextititpastorovium. 
Ex cujus ovili latronesnonsunt 
gavisi (12) de spolia (i3), nunc 
miris (14) Domini gratia deco- 
ratur (i5) donis. Deposito cor- 
pore, spiritus ejus excelsa prae- 
mia recepit. Vir magnus meri- 
tis(i6)summusque sacerdos qui 
in diebus suis placuit Deo et 
inventus est justus. 

Hic pausant membra clari 
doctoris in antro, quem Deus 
pro mentis sanctorum angelo- 
rum suffragiis suSultum (17) ad 
aulam coeli perduxit, ut inae- 
terno (18) cum Christo regnans 



(1) corr. pour multas.__ (2) Ex- 
plicit vita sci Servatii epi H. 



(1) manque H*. (2) c. autem 
h. in s. p. est H*. (3) aetheream 

c. conscendit in aulam H b . (4) 
conteguntur H*. (5) in gl. sine 
fineHb. (6) manque H 1 *. (7) 
dignas If*. (8) ipse H*. (9) a 
verbis H*>. (10) super Jî 6 , (u) 

d. g. p. H 13 . (12) gaudebant fl*. 
(i3) spoliis H*. (14) m. illum 
H b . (i5) decoravit H h . (16) 
manque IF>. (17) merito in ulnis 
sanctorum angelicis suffragiissuf- 
fiiltum H b . (18) «ternum HP. 



— 262 — 



beatasorte (i) pérpetuo fruatur 
gaudio, qui ut credo Deo dante 
in aetheris arce protinus intra- 
vit in domum omnipotentis 
cunctorumque bonorum sine 
fine fruitur. Vivax custos ec- 
clesiae, amator pietatis, ange- 
lico vultu splendebat fulgidus ; 
auctor nobilis, virtutum lumi- 
ne clarus (2) ; vir venerandus, 
totojamcorpore pulchersecun- 
dum apostoli (3) dictum ; so- 
brius etcastusverbumDeimul- 
to (4) studio fundebat, relictis 
terrenis aculmina coeli ascen- 
dens (5). Cujus beatum corpus 
post multorum temporum (6) 
translatum fuit (7) Deo révé- 
lante in libro miraculorum 
scripsimus. 

Igitur (8) post transitum 
sancti Servatii episcopi vastave- 
runt Huni civitatem (9) Tun- 
grensium (10), reversique inde 
egressi sunt ad urbem meten- 
sem in sancta vigilia pasche, 
tfadentes (n) omnem civita- 
tem (12) incendie Ipsos sacer- 
dotes Dei (i3) ante sancta alta- 
ria trucidabant gladio, et non 
remansit ullus locus inustus 
nisitantum sancti Stephanipri- 

(1) beatœ sortis ID>. (2) fulgi- 
dus — clarus manque H*. (3) 
apostolicum IP>. (4) multum 
HP, (5) rel. terris conscendit 
culmina coeli H h . (6) tempo- 
rum spatia H h . (7) fuit quod 
J5P\ (8) Igitur Huni iïb. (9) 
vastav. civit. H*. (10) Tungren- 
sem H h . (u) tradentesque 2Z b . 
(12) urbem H b . (i3) Dei sacer- 
dotes jff b . 



— 263 — 



mi martyris et levitae. De ipso 
(i) oratorio quod audivi (3) 
non celabo. Dixerunt (3) enim 
antequam hostis de urbe tun- 
grensi metensemcivitatem per- 
venisset vidisse se virum fide- 
lem quasi cum sanctis apostolis 
loquentem Petro et Paulo (4) 
dicentemque ad illos : Oro 
Domini mei, ut non permitta- 
tis vestro auxilio urbem me- 
tensem ab inimicis Dei exuri. 
Quia locus est consecratus (5) 
in civitate ista de meis parvis 
pignoribus, ut certe cognoscat 
populus iste aliquid mecum 
Deo (6) posse impetrare. Sed 
tamen si taie pondus est de 
peccatis populi quod non pos- 
sit nisi civitas ista exuri (7), 
deprecor vos ut hoc oratorium 
de incendio liberetur. Cui illi 
dixerunt : Dilectissime frater, 
vade in pace. De civitate ista 
non possumus Deum impe- 
trare (8), quia judicium Dei 
est super eam. Jam enim prae- 
cessit (9) sententia Dei de civi- 
tate ista, invaluit enim pecca- 
tum populi, et clamor mali- 
tiae eorumascendit coram Deo. 
Ideo (10) civitas ista incendio 
tradetur. Sed (11) oratorium 



(1) ipso autem ID>. ( 2 ) aud. 
ab his qui viderunt H*. (3) di- 
cebant 2Z b . (4) Petro et Paulo 
loquentem ID>. (5) consecratus 
manque 27b. (6) me a Deo 2ï b . 
(7) non possit deleri nisi c. i. 
exuratur EP. (8) Apud Deum 
optinere W>. (9) processit JBT b . 
(10) ideoque EP. (11) sed et IP>. 



— 264 — 



tuum salvum permanebit (i). 
Unde sine dubio per auxilium 
sancti Pétri oratorium sancti 
Stephani inlaesum permansit. 
Sed de istis satis est (2). Ad ante 
dicta redeamus. 

Beatissimus (3) igitur Serva- 
tius bonaememoriae episcopus 
sicut praediximus in hâc urbe 
trajectense cum summe honore 
sepultus (4) juxta ipsum pon- 
tem ageris publici. Circa cujus 
sepulcrum quamlibet nix de- 
fluxisset nunquam tamen mar- 
mor quod supererat positum 
corpus sancti Servatii episcepi 
(5) ulla tempestas humectabat. 
Et cum loca illa nimii frigoris 
gelu detinentur,etcum legatur 
quod glacies (6) et nix usque 
in trium et (7) quatuor pedum 
crassitudine (8) terram operiat 
(9), sepulcrum Sancti (10) Ser- 
vatii episcopi nullatenus attin- 

git- 

Possumus enim(i 1) intelligi 
hune esse verum Israhelitam 
in quo dolus non fuit, cujus 
oculi regem in décore vide- 
bunt. Nam illi inter muros 
aquae non sunt perniciei sed 
salutis,et circa (12) hujussancti 
tumulum nix cadens de coelo 



(1) permanet HP. (2) est dic- 
tum H b . (3) beatus H>. (4) est 
sepultus HP. (5) super corpus 
S. S. erat positum HP. (6) deti- 
nentur tamen glacies H b . (7) aut 
HP. (8) crassitudinem JEP>. (9) 
operit et J3" b . (10) sancti viri 
jff b . (11) Possumus certe HP. (12) 
illi — circa manque H b . 



— 265 — 



(i) non est causa humons sed 
salutis, quia magnus honor 
apparet super tumulum ejus. 
Et quod dictu mirabile est 
videas in circuitu montis nim- 
bum elevari (2), sed tamen non 
possunt ad terminum sancti 
sepulchri adtingere (3). Et 
non miramur, fratres dilectis- 
simi, si terra nive operiatur 
(4), sed hoc multum mirabile 
est (5), quod adtingere ausa non 
est ad sepulchrum sum sancti 
Pontificis (6). Nam plerumque 
devocione et studio (7) fidelium 
fratrum super sancti pontificis 
(8) oratorium construebatur (9) 
de lignis levigatis, tabulisque 
pictis impositis. Sed citius aut 
rapiebantur vento aut sponte 
ruebant in terram (10). Et 
certe (11) credo ista fieri quia 
digna tecta ista non erant (12) 
ad memoriam sancti Servatii 
donec veniret missus a Deo qui 
dignam fabricam in honore 
antistitis gloriosi erexisset (i3). 

Procedente vero tempore 
adveniens inhancurbem (14) 
sanctus Munulphus episcopus 

(1) e cœlo 2Z b . (2) circuitu 
montes elevari niveos H h . (3) 
non possunt adtingere ad- termi- 
num sancti sepulchri H h . (4) 
operitur^T b . (5) multum est mi- 
rabile JT 1 ». (6) summi pontificis 
IP*. (7) nam saepe devotio et 
studium IP*. (8) pont, corpus 
H h . (9) construebat 1P>. (10) 
ad terram S b . (11) et ideo 2ir b . 
(12) digna tecta non fuerunt ista 
H h . (i3) gloriosi antistitis erexit 
Jî 5 . (14) hac urbe .H*. 

34 



— 266 — 



templum magnum in ej us cons- 
truit honore composuitque et 
ornavit (i) : in quo cum 
multo studio et summâ vene- 
ratione sanctum corpus trans- 
latum est. Ibi nunc magnis 
virtutibus pollet ; ibi XPC 
conditor noster (2) persesuos- 
que signa multa facit, et mira- 
cula majestatis suae (3). Ecce 
exurbibus in civitates (4) pere- 
grini et pauperes per catervas 
concurrunt pia mente precantes 
a sancto pontifice sanitatem. 
Peracta célébra tione missarum- 
que solempnitate (5) omnes 
gaudentes redeunt in sua sani, 
gratiarum actiones Deo do- 
nantes (6) quia talem merue- 
runt patronum habere apud 
Deum. Isti (7) certe in medio 
ecclesiae aperuit os ejus et im- 
plevit illum Pominus spiritu 
sapientiae et intellectus,stolam 
gloriae induit eum (8). Jocun- 
ditatem et exultationem the- 
saurizavit super illum (9) et 
nomine aeterno honorificavit 
(10) illum. Iste certe meruit 
vocem Domini sui audire di- 
centem : Serve (11) bone et 

(1) composuit — ornavit man- 
que H b . (2) Christus ibi condi- 
tor Deus H b . (3) suosque multa 
facit miracula majestatis suae H?. 
(4) ad hanc civitatem IP. (5) 
peracta autem solempnitate mis- 
sarumque celebratione H*. (6) 
persolventes JH*. (7) Iste R h . 
(8) os suum et intellectus stolâ 
glorise induit eum 27*. (9) eum 
fi 6 . (10) hereditabit E b . (n) 
meruit audire vocem Domini Dei 
sui Serve «H*. 



— 267 — 



fidelis , quia in pauca fuisti 
fidelis, supra multa te consti- 
tuam. Intra in gaudium Do- 
mini tui, quia bene ministrasti 
in tempore tritici mensuram. 

Iste (i) beato Servatio post 
mundum triumphatum (2) 
nunc demum reddita est co- 
rona justitiae et de hoc (3) 
possumus nos magnum habere 
gaudium (4) quod digni sumus 
talem habere patronum, qui 
conjunctus (5) est apostolis et 
prophetis (6), et quod nos cre- 
dimus omnium sanctorum (7) 
paci in illo grege justorum et 
junctus est illis qui stolas suas 
laverunt in sanguine ab omni 
labe agno duce comitatus (8). 

Quia et si in tempore tran- 
situs ejus (9) per martyrium 
(10) nonmigravit(u) de mun- 
do, gloria tamen martyrii non 
defuit (12). Sed nobis fratres 
dilectissimi (i3), magna spes 
exinde (14), quod nostra fragi- 
litas obtinere non potest,saltim 
pro nobis intercedente beatis- 
simo (i5) antistite Servatio, 

(1) Huic igitur H b . (2) post 
devictum triumphatumque mun- 
dum H*. (3) et inde H?. (4) 
magnum gaudium habere 2f b . 
(5) consors fT 6 . (6) angelis et 
prophetis et apostolis EP. (7) 
omnibus sanetis H*. (8) in san- 
guine agni H b . (9) Nam licet 
ipse tempore transitus sui 27*. 

(10) per martyrii palmam W>. 

(11) migraverit H b . (12) t. m. gl. 
non carebit jff 6 . (i3) dil. fr. H b . 
(14) est m. spes inde 2P. (15) 
int. p. n. beato H* 9 



— 268 — 

mereatur (i) Deo donante par- 
» tem aliquam cum electis Dei 
habere et videre claritatem 
gloriae illius (2) veri (3) Dei et 
Salvatoris (4) qui cum pâtre et 
spiritu vivit et régnât insaecula 
saeculorum. Amen (5). 

(1) mereamur H b . (2) illius 
gloriae H*. (3) vere H b . (4) 
Salvatoris nostri Jesu Christi. 
Finita est vita sancti Servatii 
episcopi. (5) qui — amen man- 
que jBT b . 

Note. En comparant les deux textes ci-dessus avec 
les passages correspondants de XHistoria Ecclesiastica 
Francorum et du De Gloria Confessorum , on peut se 
convaincre des altérations qu a subies le texte de S.Gré- 
goire de Tours sous la plume de ses nombreux copistes, 
et du peu de certitude que présente aujourd'hui celui de 
Dom Ruinart. Quand donc aurons-nous enfin une 
édition critique du père de l'histoire de France ? Elle 
tranchera sans doute, d'une manière définitive, la ques- 
tion de savoir si le chroniqueur de Tours a connu une 
biographie de S. Servais existant déjà de son temps, ou 
s'il n'a parlé que d'après la tradition orale. 

S'il fallait en croire le manuscrit de Namur, c'est la 
première alternative qui serait vraie, car il fait dire à 
son auteur, dans le fragment du De Gloria Confesso- 
rum qu'il lui emprunte : cum legatur quod glacies et 
ma: etc. Mais le texte de Ruinart et le manuscrit H h 
contredisent cette version, qui ne semble provenir 
que du ligentur des autres MSS. D'ailleurs , le 
même manuscrit de Namur fait dire plus haut à 
S. Grégoire de Tours : De ipso oratorio quod audivi 
non celabo, ce qui fait bien allusion à une tradition 
orale sur des faits relatifs à la vie du même saint. Quoi 
qu'il en soit, ce qui reste établi, c'est que cette biographie 






— 269 — 

problématique était entièrement ignorée de ceux qui, 
un siècle après la mort de S.Grégoire de Tours, s'occu- 
pèrent d'écrire la vie de S. Servais : c'est tout ce que 
j'ai besoin de démontrer pour le moment. 

Godefroid KURTH. 



1 



DÉCOUVERTE D'UN TOMBEAU CHRÉTIEN 

ù Coniiixheim-lez-Tongres 

La Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège 
était déjà heureuse de pouvoir, dès la première année 
de son existence, appeler l'attention du monde savant 
sur un monument épigraphique aussi important que 
le diplôme militaire de Flémalle et nous-même nous 
fûmes très-honoré d'être chargé d'en faire le commen- 
taire. Et voilà qu'au moment où allait paraître le pre- 
mier volume des Bulletins, M. le chanoine Dubois, 
conservateur du Musée, nous annonce qu'on venait de 
découvrira Tongres dans la campagne de Coninxheim, 
une tombe ornée de fresques qui semblaient indiquer 
une origine chrétienne. Il fut décidé qu'on irait l'exa- 
miner le jeudi 24 novembre : huit d'entre les membres 
se rendirent à Tongres et ils purent étudier le précieux 
monument dans tous ses détails. M. le chanoine Reu- 
sens, dont la réputation scientifique en fait d'archéologie 
chrétienne n'est plus à faire, ainsi que deux de ses 
élèves voulurent bien se joindre à nous ; et les observa- 
tions du savant professeur ne contribuèrent pas peu à 
rendre l'excursion intéressante ( x ). 

Il est impossible de faire dès maintenant une étude 
approfondie de cette nouvelle découverte : un des 
membres en sera chargé pour le prochain bulletin ; 
nous croyons cependant qu'il n'est pas inutile d'en dire 

(1) De même que pour le diplôme de Flémalle, la Gajette de Liège 
fut encore cette fois-ci la première à informer le public de l'heureuse 
découverte. Dans le numéro du 25 novembre M. Joseph De.^arteali a 
publié de l'excursion un compte-rendu aussi clair que précis. 



— 272 - . 

déjà quelques mots et d'indiquer les hypothèses que 
l'inspection de la tombe nous a suggérées. 

La découverte se fit au nois de janvier dernier dans 
la briqueterie de M. ChrL tiaens-Vanderryst, située à 
une centaine de pas de l'ancienne enceinte de Tongres, 
non loin et à gauche de la voie romaine. Tout nous 
prouve que la briqueterie se trouve sur l'emplacement 
d'un ancien cimetière : la proximité des murs de l'en- 
ceinte romaine et de l'ancienne grand'route ; le voisi- 
nage des tumuli et enfin le grand nombre d'ossements, 
de débris de tuiles, de briques et de verreries romaines. 
On y avait du reste déjà relevé un grand sarcophage 
vide et un plus petit renfermant le squelette d'un enfant. 

La dernière découverte consiste en une tombe gémi- 
née, construite en briques, revêtue de struc à l'intérieur 
et parfaitement orientée. Une partie était couverte de 
tuiles, l'autre de grandes dalles de pierre ayant dix cen- 
timètres d'épaisseur. Le pavement est en briques. Les 
deux tombes ne constituent qu'une seule construction 
séparée par un mur de 0,43 d'épaisseur. Le milieu de 
ce mur, de même que les deux extrémités de chaque 
tombe offrent une petite cavité de o,25 de largeur sur 
o,3o de profondeur. Chaque tombe mesure à l'intérieur 
2 m. o5 de long sur o,65 de large et 0,45 de haut. 

La tombe présente ainsi la forme suivante : 





eo 

o 




r 




— 273 - 

On y a trouvé quelques ossements, quatre clous, des 
perles d or et de verre vert, restes d'un collier, une pe- 
tite agrafe et une fiole de verre renfermant une matière 
rouge qu'on pourrait prendre pour du sang ou du vin, 
mais dont, dans tous les cas, la nature serait difficile à 
déterminer comme l'a prouvé l'analyse qui en a été 
faite. La fiole se trouvait dans le coin A, à côté de la tête 
du défunt ; les clous dans le même compartiment, vers 
les pieds. Le collier, placé dans l'autre compartiment, 
semble indiquer la sépulture d'une femme ; ce qui du 
reste est confirmé par quelques ossements et par les 
colombes affrontées dont nous parlerons ci-dessous. 
Il nous est donc permis de supposer que cette tombe 
géminée renferma les restes mortels de deux époux. 

Le plus grand intérêt de cette découverte réside dans 
les traces de quatre lettres et dans les peintures à 
fresque, assez bien conservées, qui ornent les parois. 
Dans chacune des tombes elles sont respectivement divi- 
sées en quatre et six compartiments rectangulaires indi- 
qués par de grosses lignes noires. Chaque compartiment 
est orné alternativement de cercles enroulés en forme 
de guirlande de fleurs, peints en bleu mêlé d'un peu de 
rouge sur fond blanc et de colombes peintes. en noir. 
La peinture est d'une exécution primitive, je dirai 
même qu'elle est assez grossière; mais la simplicité de 
l'ensemble ne manque pas d'une certaine grâce, rappe- 
lant les bonnes traditions du second siècle de notre ère. 
Bon nombre de peintures des catacombes romaines 
ne sont pas d'une exécution supérieure ; c'est le cas 
pour une peinture d'un arcosolium du cimetière de Pré- 
textât ; et l'on y constate aussi bien souvent cette divi- 
sion en compartiments rectangulaires. Elles ne sont pas 
d'un dessin plus précis que celles de Tongres et le motif 
de la guirlande s'y rencontre bien des fois ( l ). 

Cette ressemblance est si grande que M. le chanoine 

(i) Cf. de Rossi, Roma sotteranea, II, pi. 22 ; III, pi. i3. 

35 



— 274 — 

Reusens nous disait : je suis porté à croire que ces 
fresques ont été exécutées par un artiste chrétien qui 
avait visité les catacombes. Il me semble assez probable 
qu'un évêque ou un prêtre missionnaire, arrivé de Rome 
à Tongres pour y prêcher l'Evangile, a fait exécuter 
ces peintures sur ses ordres et sous sa direction ou bien 
par quelqu'un de sa suite tant le style et la technique 
sont semblablçs et même identiques à ce que l'on voit 
dans les catacombes romaines. 

Dans chaque tombe les colombes se présentent de la 
manière suivante : sur une paroi on les a peintes affron- 
tées ce qui, dans les peintures des catacombes, indique 
souvent la sépulture de deux époux ; sur l'autre, elles 
portent dans le bec un rameau, symbole du spiritus in 
pace( l ) ou sont placées devant un arbre qui ne peut être 
que l'olivier. Ce sont là des représentations fort com- 
munes dans les catacombes romaines et Ton en ren- 
contre plusieurs qui sont tout à fait identiques à celles 
que je viens d'indiquer ; nous trouvons même sur une 
pierre sépulcrale de Cherchel une colombe placée 
devant un arbre tout comme à Tongres ( a ). La seule 
différence que l'on constate, c'est que la colombe est 
quelquefois assise sur l'arbre tout en tenant un rameau 
d'olivier dans le bec ( J ). La colombe est, avec le pois- 
son .et l'ancre un des symboles chrétiens les plus 
anciens. Clément d'Alexandrie en recommandait déjà 
l'usage pour s'en servir comme sceau à la place de 
représentations de divinités païennes : sint autem nobis 
signacula, Columba, vel piscis, vel lyra musica, vel 
anchora nautica ( 4 ). De Rossi la signale déjà dans les 
parties les plus anciennes du cimetière de S. Callixte. 

La présence de ces colombes est une preuve indis- 
cutable que ces tombes sont chrétiennes. 

(i) Voir surtout Marini, Fratr. arvali, p. 266. 

(2) Martigny, Dict., p. 40. 

(3) Voyez ces représentations dans de Rossi, II, pi. 49, n 0- 9 et 29 ; 
pi. 55, n° 15 ; pi. 57, n 08 9 et 17. — Bottari, tav. 38. 

(4) Clem. Alex. Paedag. III, 11. p. 106, 



— 275 — 

La grande difficulté consiste à déterminer 1 époque 
de cette construction. 

Nous ne possédons à ce sujet que fort peu d'éléments. 
J'avais cru d'abord voir dans le coin C le mono- 
gramme du Christ. Plusieurs membres ne furent point 
de mon avis, un examen ultérieur pourra dire si mon 
appréciation était exacte ou non. Les lignes visibles 
affectaient la forme suivante : 




Si la barre horizontale peut être considérée comme 
une partie du P, mon interprétation serait exacte. Il 
est bien vrai que le P est d ordinaire tourné à droite 
alors qu'ici il le serait à gauche. On connaît cependant 
des exemples de cette dernière forme. Je ne citerai 
qu'une lajnpe chrétienne reproduite par M. Reusens 
dans ses Eléments d archéologie {% et un monogramme 
tout à fait identique à celui que je propose, publié par 
M. de Rossi ( a ). Nous la rencontrons aussi sur la 
fresque de la célèbre Vierge du cimetière de Sainte- 
Agnès. 

Sur les inscriptions le monogramme ne paraît pour 
la première fois à Rome qu'en 268, encore cette date 
est-elle incertaine; et en Gaule en 347 ( 3 ). 

Les colombes se rencontrent vers la même époque 
sur les inscriptions. M. Le Blant admet 268 pour 
Rome et 378 pour la Gaule. Du reste si la colombe ne 
se rencontre qu'à cette époque sur des inscriptions 
datées, elle peut parfaitement bien se trouver sur des 
monuments plus anciens dont la date nous est restée 
inconnue. Les inscriptions datées sont extrêmement 

(1) I, p. l32. 

(2) Roma 50/f., x II, pi. 33, n° 4. 

(3) Le Blant, Manuel, p. 29 et étude sur les sarcophages chrétiens 
antiques de la ville d'Arles, p. v. 



— 276 — 

rares, pendant les trois premiers siècles. A cette époque 
on se contentait souvent d'inscrire sur la tombe le nom 
du défunt. 

11 est à remarquer cependant que les colombes ap- 
paraissent bien plus souvent sur les inscriptions que 
dans les peintures. On n'a qu'à parcourir les planches 
du grand ouvrage de M. de Rossi pour se convaincre 
que près de la moitié des inscriptions chrétiennes 
portent la représentation de la colombe tandis que, 
dans les peintures, elle se remarque plus rarement. 
Seulement si les inscriptions sont datées, les peintures 
bien souvent ne le sont pas et dans tous les cas les 
dates établies par M. Le Blant ne sauraient constituer 
qu'une limite relative. Ce qui le prouve, c'est que M. 
Le Blant lui-même signale, dans son récent et bel 
ouvrage sur les sarcophages d'Arles (p. IV, pi. 34), le 
sarcophage de la Gayole sur lequel se trouvent sculptées 
des colombes et qu'il considère comme une œuvre du 
milieu du troisième siècle. 

La comparaison attentive des peintures de Tongres 
avec celles des catacombes, l'examen des faits histo- 
riques relatifs à cette partie de la Belgique, pourront 
peut-être fournir à celui qui étudiera le monument, 
des preuves décisives. 

Contentons-nous de rappeler que S. Materne était 
évêque de Cologne en 314 et qu'il vint à Tongres vers 
cette époque. Mais rien ne nous prouve qu'avant cette 
époque aucun chrétien ne vécut à Tongres. Certes, 
on peut contester qu'au troisième siècle de notre ère 
une véritable communauté chrétienne ait existé dans 
cette ville ; attendons pour donner une solution à ce 
problème que de nouvelles fouilles pratiquées sur 
l'emplacement de l'ancien cimetière — et il est à es- 
pérer que ces fouilles seront faites le plus tôt possible 
— nous aient révélé l'existence d'un certain nombre de 
tombes chrétiennes ; mais rien ne nous empêche d'ad- 
mettre qu'avant l'arrivée de S. Materne, la ville de 



— 277 — 

Tongres ait possédé quelques familles chrétiennes. 
Nous savons que des Tongrois en grand nombre dé- 
fendaient la puissance romaine dans les légions ou 
dans les cohortes auxiliaires. Nous les trouvons à 
Rome, sur le Danube et surtout en Bretagne. Nous 
savons aussi que bien souvent les apôtres de la foi 
gagnaient à la cause du Christ les soldats de l'empire. 
Ceux-ci, rentrés dans leur patrie, y constituaient des 
familles chrétiennes. Il est du reste évident que des cas 
isolés de christianisme ont dû se présenter dans les 
provinces les plus éloignées de Rome, même dès le 
deuxième siècle. Nous savons aussi que, d'après une 
tradition respectable, dès Tan 182 le pape Eleuthère 
envoya Fugatius et Damianus évangéliser la Bre- 
tagne ( x ). 

Tous ces faits sont des éléments qui pourront peut- 
être servir à résoudre la question. L'inspection seule 
des .peintures indiquerait à Rome une époque se rap- 
prochant du second siècle : c'était là l'opinion de la 
plupart des membres qui examinèrent le tombeau. Je 
ne crois donc pas m'éloigner de ce qui sera peut-être 
la vérité demain, et ce qui aujourd'hui n'est encore 
qu'une hypothèse, en disant que ce tombeau paraît 
appartenir au quatrième siècle de notre ère. Dans tous 
les cas il me semble devoir être antérieur à 1 époque 
des invasions, c'est-à-dire à la fin du quatrième siècle. 

La date ne peut pas être précisée davantage par les 
quatre lettres en graffito qui se trouvent dans le coin 
B. Tâchons cependant de les interpréter. Leur forme 
est irrégulière et ce n'est qu'après un long examen que 
je crois être parvenu à les distinguer. La première est 
un P, la troisième est un n ; la seconde ne peut se 
prendre que pour une ligature. A première vue on 
reconnaît un o uni à une barre verticale. Si l'on ex- 
plique la ligature en prenant la barre horizontale 

(1) Beda, Hist. f 1, 4. Cf. mon Essai sur Septime Sévère, p. 206. 



— 278 — 

qui forme la partie supérieure de l'o comme apparte- 
nant à la barre verticale unie à l'o on en arrive à 
avoir VA et l'ensemble forme : P. V. AN, sigle que 
je ne puis traduire autrement que par pius vixit annos 
ou pie vixit ou vixerunt. L'avenir m'apprendra si je 
me suis trompé dans mon interprétation. 

Nous possédons des sigles analogues. Ainsi une 
inscription trouvée à Tubursicum en Numidie par M. 
Léon Renier ( x ), porte Q. JEleius Fortunatus. p. v. a. 
N'ayant pas vu l'original moi-même j'ignore s'il reste 
de la place sur la pierre pour indiquer le nombre d'an- 
nées que vécut le défunt. Il arrivait en effet, bien sou- 
vent que celui-ci construisait son tombeau de son 
vivant et que ses héritiers négligeaient de compléter 
l'inscription faite d'avance pour indiquer l'âge auquel 
il mourut. Nous connaissons même des inscriptions 
sur lesquelles le défunt charge ses héritiers d'indiquer 
cet âge et malgré cette stipulation ceux-ci négligent de 
le faire. Je ne citerai qu'une inscription de l'Algérie qui 
porte : hères annos annotabit. Vixit annos ( a ). Je rap- 
pellerai aussi le célèbre testament du Lingon dans 
lequel celui-ci ordonne : sçribanturque in œdificio 
extrinsecus quot annis vixero ( 3 ). 

Ici sur la tombe je n'ai trouvé nulle trace de chiffres. 
Faut-il donc admettre que les héritiers ont oublié 
d'inscrire l'âge du défunt et que celui-ci avait construit 
sa tombe de son vivant — cette dernière hypothèse 
n'aurait rien que de très-vraisemblable pour un chré- 
tien de cette époque — ou bien, n'est-il pas préférable 
de donner à ces sigles une signification plus simple et 
plus chrétienne, que semble venir corroborer l'absence 
même du nom du défunt, et traduire pius vixit annos 
par : il vécut pieusement toutes les années de sa vie ? 

(i) 1. A. 2949. C. I. L. VI)I, 4899. 

(2) Renier, I. A. 1760. 

(3) Wilmanns, 315, ligne 21, 



— 279 — 

Des études ultérieures pourront peut-être résoudre 
cette difficulté. 

Quoi qu'il en soit, nous pouvons dire avec certitude 
que la tombe de Coninxheim est le plus ancien mo- 
nument chrétien de notre pays, car je ne saurais 
admettre que l'inscription de Juslenville soit chré- 
tienne ; et à ce point de vue la découverte est d'une 
valeur inappréciable. Nous ne voulons pas en exagé- 
rer la portée et induire de cette découverte que vers 
la fin du troisième ou au commencement du quatrième 
siècle, une grande communauté chrétienne florissait à 
Tongres ; mais ce qui est prouvé par la tombe de 
Coninxheim c'est que des chrétiens vivaient à Tongres 
à cette époque. 

M. Christîaens qui nous avait donné avec la plus 
grande affabilité tous les renseignements sur la décou- 
verte faite dans son exploitation voulut bien nous 
montrer avant notre départ les nombreuses antiquités 
qu'il possède et qui toutes ont été trouvées à Tongres. 
Elles sont assez importantes pour souhaiter qu'un jour 
quelque archéologue en fasse le sujet d'une étude spé- 
ciale. Ayant été toutes trouvées à Tongres même, leur 
étude pourrait nous donner une idée assez exacte de 
l'état de civilisation de cette ville à l'époque romaine. 

Je signalerai dès maintenant un joli petit vase portant 
l'inscription VIVAS et surtout un petit bronze ayant 
servi de campana représentant un buste de femme qui 
semble sortir d'un calice de fleurs tout comme la Clytia 
du Musée britannique. Je considère cet objet comme 
une des antiquités les plus intéressantes qu'on ait trou- 
vées dans notre pays. 

La collection de monnaies est aussi des plus cu- 
rieuses. J'ai remarqué surtout un magnifique Trajan. 
Plusieurs poteries portent des sigles figulins ; et il se- 
rait intéressant de rechercher si sur les briques qui 
constituent le tombeau, on ne rencontre pas des noms 
de potiers identiques à ceux déjà connus. Ce serait là 



— 280 — 

encore un élément qui pourrait nous permettre de fixer 
l'époque de la construction de la tombe chrétienne avec 
quelque certitude. Une dernière observation. Nous 
n avons parié que des catacombes romaines. Avant de 
décider la question de la date du tombeau, il convien- 
drait aussi de comparer cette découverte avec les nom- 
breuses antiquités chrétiennes trouvées à Trêves et dans 
les environs ; et au sujet desquelles les Jahrbùcher de 
Bonn nous ont donné des notices bien précieuses. Une 
dernière preuve de la haute antiquité des tombes de 
Coninxheim est l'absence complète de tout objet franc. 
Les rares tombeaux païens ou chrétiens de l'époque 
franque découverts en Belgique rie présentent aucune 
ressemblance avec ceux de Tongres, si ce n'est l'ab- 
sence d'incinération. M. Schuermans veut bien à ce 
sujet appeler mon attention sur les tombes du sixième 
siècle de Vedrin (Namur) et de Marilles (Brabant). 
Celles de Marilles présentent cette particularité qu'à 
côté d'une tombe païenne il en existe une autre chré- 
tienne, dans laquelle on a trouvé deux croix ; mais 
dans toutes les deux il n'y avait pas la moindre trace 
de peintures ( x ). Cette différence même nous semble une 
preuve nouvelle que les tombes de Coninxheim sont 
antérieures à l'invasion des barbares. 

(i) Del Marmol. Description des tombeaux de Vedrin. (Ann. de la 
Soc. arch. de Namur. III, p. 205). — Piot. Découverte de deux tom- 
beaux francs à Marilles. (Rev. d'hist. et d'arch. II/p. 296). 



Ad. DE CEULENEER. 



Liège, 27 Novembre 1881. 



TABLE DES MATIERES 



Règlement de la Société. x 

Tableau des membres. 

Joseph DEMARTEAU. — Rapport présenté à l'assemblée 

générale du 7 juin 1881 1 

Jules Helbig. — Les papiers de famille d'Englebert 

Fisen 17 

Ad. DE CEULENEER. -^ Notice sur un diplôme mili- 
taire de Trajan, trouvé aux environs de Liège. 67 

Emile SCHOOLMEESTERS. — Les Regesta de Raoul de 

Zaehringen, prince-évêque de Liège (1167-1191). 129 

Chanoine DUBOIS. — Le maître-autel de Wals-Wezeren. 2o5 

Godefroid KURTH. Deux biographies inédites de S. Ser- 
vais 21 3 

Ad. DE CEULENEER. — Découverte d'un tombeau chrétien 

à Coninxheim-lez-Tongres 271 



36 



OUVRAGES D'ART ET D'HISTOIRE 



DES 



MEMBRES ACTIFS DE LA SOCIÉTÉ 



Chev. O. de Borznan. 

Chronique de l'abbaye de Saint-Trond. 
2 vol. in-8* ; Liège, 1877. 

Le livre des (lefa du comté de Loos, août 
Jean d'Arckel. 1 voL iu-8" ; Bruxelles, 
1875. 

Histoire do château de Colmont. Liège, 
1862. 

Le château de Curauge. Liège, 1863. 

Notice sur an cartulaire du chapitre de 
S. Servais a Maastricht, dans les Bulle- 
tins de la Commission royale d'histoire, 
3' série, t. IX. 

Notice historique sur la seigneurie de 
Heers, dans le Beffroi, 1. 1, Bruges, 1 863. 

Articles dans le Bulletin de la Société 
scientifique et littéraire du Limbourg, 
le Bulletin de l'Institut archéologique 
liégeois, les Annales de l'Académie d'ar- 
chéologie de Belgique, l'Annuaire de la 
noblesse de Belgique, ete. 

Stanislas Bornions. 

Notice sur les manuscrits dn château de 
Betho. Bruxelles, 1850, in-8*. 

Notice d'un manuscrit liégeois intitulé : 
Cartnlaire de Van den Berck. Bruxelles, 
1860 ; in-8*. 

Tables des manuscrits généalogiques de 
Le Fort, héraut d'armes du pays de 
Liège. Liège, 1860-1862 ; in-8*. 

Analecta Leodiensia. Une lettre inédite de 
Grétry. — Résignation de l'évéché de 
Liège, par Roberg de Berg, en 150*. — 



Règlement pour les écoles de obarité à 
Liège, en 1776. — Influence de la poli- 
tique française à Liège, vers 1640. — 
Privilèges des Liégeois en 1175, ou 
charte de Brusthem. — Liste de docu- 
ments pour St-Hubert et Stavelot.— 
Privilèges des marchands lombards à 
Liège, en 1458. — Serment de Marc de 
Bade, marabour du pays de Liège, en 
1465. — Testaments des bourgmestres 
La Ruelle et de Bex. — Testament de 
Tilman Waldorenl. — Tableaux enlevés 
de Liège par les Français, en 1794. — 
Seigneuries du pays de Liège donnant 
entrée A l'Etat noble. — La plaine de 
Steppes. — Evaluation des pèlerinages 
judiciaires, en 1605. — Fragment d'un 
obitnaire du XII' siècle. — Cloches lié- 
geoises dans la cathédrale de Rouen. — 
Les testes et jours aue l'on observe à la 
chambre des e»chevins de Liège. — Droits 
de réception d'un mayenr, d'nn échevin 
et d'un greffier de Liège. — Mena obli- 
gatoire pour le dtner de réception d'un 
échevin. — La corporation dea maîtres 
d'écoles à Liège, en 1627. — Consécra- 
tion d'un maître de Cornillon, en 1587. 
— La statue du bourgmestre Beeckman 
à Dinant, 1683. — L'évêque Robert de 
Berg, roi de l'arbalète, en 1558. — Ex- 
traits de testaments enrieux. — Instruc- 
tions pour Jean Ooffin, maître mon- 
nayeur de S. A., en 1650. Liège, 1860- 
1838 ; in-8*. 
Traduction romane du XII' siècle, d'une 
homélie et d'une épltre de St-Orégoire 
le Grand. Liège, 1862 ; in-8*. 



Fragment d'une chronique liégeoise inédite 
du XIIl a siècle. Liège, 1862 ; in-8*. 

Rapport fait au collège des bourgmestre 
et échevins de la ville de Liège par la 
Commission spéciale chargée de recher- 
cher les documents historiques dans les 
archives commun ales.Liége, 1862 ; in-8". 

Un opuscule inédit d'AuWt le Mire. 
Bruxelles, 1862 ; in-8*. 

Le bon métier de» tanneurs de l'ancienne 
cité de Liège. Liège, 1863 ; in-8*. {Mé- 
moire couronné.) 

Lettres inédites de René Sluse. Liège, 
1868 ; in-8*. 

Bulle du pape Innocent XI approuvant 
l'érection d'une confrérie de notaires et 
d'avocats à Liège, eu 1689. Liège, 1868; 
in-8*. 

Précis de l'histoire de Liège, par Warn- 
kônîg, traduit de l'allemand par S. Bor- 
mans. Liège, 1864 ; in-12. 

Chronique des évêqueB de Liège d'après un 
manuscrit de la Bibliothèque nationale 
de Paris. Liège, 1864 ; in-8*. 

Vocabulaire des houilleurs liégeois. Liège, 
1874» j in-8". (Mémoire couronné.) 

Matthias de Leewis chronicon leodiense. 
Liège, 1864 ; in-8*. 

Inventaire analytique des rendages et oc- 
trois de la Chambre des finances des 
princes-évêques de Liège. Liège, 1865 ; 
in-8*. 

Inventaire analytique des comptes du ma- 
gistrat de Liège. Liège, 1865 ; in -S". 

Rapports présentés à l'Institut archéolo- 
gique liégeois sur les travaux de la So- 
ciété pendant les années 1865-187*2. 
Liège ; in-8*. 

Le bon métier des drapiers de la cité de 
Liège. Liège. 1866 ; in-f\ (Mémoire 
couronné.) 

La librairie de la collégiale St-Paul, à 
Liège, au XV siècle. Bruxelles, 1866 ; 
in-8*. 

Le recueil héraldique des bourgmestres do 
la cité de Liège. Bruxelles 1866 ; in-8*. 

Les premiers imprimeurs liégeois , Bru- 
xelles, 1867; in-8*. 

Recherches sur les rue* de l'ancienne pa- 
roisse St-André, à Liège. Liège, 1867 ; 
in-8*. (Mémoire couronné.) 

Notices sur les matériaux destinés a former 
un recueil de chroniques liégeoises iné- 
dites. Bruxelles, 1867 et 1881 ; in-8*. 

Notes de Dartoi» sur quelques artistes lié- 
geois. Liège, 1867 ; in-8". 

Revue de Liège en 1700, par L. Abry. 
Liège, 1867 ; in-8*. 

Liste des objets enlevés de Liège par les 
soldats de Charles le Téméraire. Liège, 
1867 ; in-8".- 

Les seigneuries allodialcs du paysde Liège. 
Liège, 1867; in-8*. 

Les hommes illustres de la nation lié- 
geoise, par Abry, éditèspar H.Helbig et 
S. Bormans. Liège, 1867 ; in-8*. 

Glossaire technologique du métier des dra- 
piers. Liège, 1867; in-8*. (Mémoire 
couronné.} 

Les calendriers de la cathédrale St-Lam- 
bert, à Liège. Bruxelles, 1S68 ; in-8". 



Rapport sur les fouilles archéologiques de 
Juslenville. Liège, 1869-1871 ; in-8*. 

Les maisons nobles du pays de Liège, par 
de Rye, éditées par S. Bormans et 
E. Poswick. Liège, 1870 j in-8*. 

Notice d'un cartuiaire de l'abbaye du Val- 
St- Lambert, du XIII* siècle. Bruxelles, 
1870 ; in-4*. (Anonyme.) 

Inventaire analytique des cris du perron 
de Liège. Tongres, 1870 ; in-8". (Ano- 
nyme ) 

Inventaire analytique des conclusions ca- 
pitulaires du chapitre St-Lambert, à 
Liège, 1. 1. Louvain, 1870-1874; in-8*. 

Les seigneuries féodales du pays de Liège. 
Liège, 1871 ; in-8*. 

Table des registres aux recès de la cité de 
Liège. Tongres, 1871 -1876; in-S*. (Ano- 
nyme.) 

Recueil des ordonnances de la principauté 
de Liège. 2* série, t. III. commencé par 
M. L. Polain, achevé par S. Bormans. 
Bruxelles, 1871 ; in- fol. 

Inventaire chronologique des document* 
contenus daus les paweilhars liégeois. 
Bruxelles. 1872 ; in-8*. 

Glossaire roman -liégeois, par S. Bormans 
et A. Body. Mémoire couronné. Liège, 
1872. (La lettre A seule a paru.) 

Notice des cartulaires de la collégiale St- 
Oenis. A Liège. Bruxelles, 1872 ; in-8*. 

Notice d'un cartuiaire du clergé secondaire 
de Liège. Bruxelles, 1872; in-8*. 

Notice d'un cartuiaire de l'ancienne église 
collégiale et archidiaconale de N.-D. à 
lluy, par £. Schoolmeesters et S. Bor- 
mans. Bruxelles, 1873. 

Coutumes du pays de Liège, t. II, par 
J. Raikem, M.L. Polain et S. Bormans. 
Bruxelles, 1873 ; in 4*. 

Liste chronologique des édils et ordon- 
nances de la principauté de Liège, de 
974 à 1505. Bruxelles, 1873; in-8". 
(Anonyme.) 

Dépôt de l'ftge du bronze à Jemeppe-sur- 
Sambre. Namnr, 1874 ; in-8*. 

Doon de Mayence. Deux fragments manus- 
crits de la fin du XIII' siècle. Bruxelles, 
1874 ; in-8*. 

Le nécrologe de l'abbaye de Munsterbil- 
sen, publié par J. Weale, C. de Norman 
et S. Bormans. Liège, 1874 ; in-8*. 

Maximilien- Emmanuel de Bavière, comte 
do Namur. Bruxelles, 1875 ; in-8*. 

Cartuiaire de la commune de Cou fin. 
Namur, 1875 ; in-8". 

Les fiefs du comté de Namur. Namur, 
1875-1880 ; 2 vol. in-8". 

Cartuiaire de la commune de Namur. Na- 
mur, 1873-1876; 3 vol. in-8*. (Les deux 
Premiers volumes publiés avec la colla- 
oration de J. Borgne t.) 

Loni6 de Geer et la colouisation en Suède 
au XVII" siècle, par le D' Ch.-F. Wi- 
berg, avec introduction par S. Bormans. 
Liège, 1876 ; in-8*. 

La noblesse hesbignonno au XIV* siècle. 
(Anonyme). Bruxelles, 1876 ; in-4". 

La commune de Namur au XJ V" et au XV" 
siècle, par J. Borgnet et S. Bormans, 
Namur, 1876 ; in-8*. 



La continuation du Recueil héraldique des 
bourgmestres de la cité de Liège. Bru- 
xelles, 1877 ; in-S*. 

Ly rayreur des histors. Chronique de Jean 
des Prés dit d'Outreraeute, t. IV et VI , 
Bruxelles, 1877, 1880 ; in-*'. 

La famille d'Harscamp. Généalogie histo- 
rique. Namur, 1877 ;iu -8". 

Recueil des ordonnances de la principauté 
de Liège, 1" série (974 à 1506). Bru- 
xelles, 1878 ; in-folio. 

Cartulaire des petites communes de la pro- 
vince de Namur. Analyses des pièces. 
Namur, 1878 ; in-8*. 

La geste de Guillaume. d'Orange : frag- 
ments inédits du Xlll'siècle. Bruxelles, 
3878 ; in-8'. 

Une fausse bulle du pape Etienne VIII à 
l'abbaye de Brogne (913). Bruxelles, 
1879 ; in-8*. 

Rapport fait a l'Académie royale de Bel- 
gique sur un travail présenté par M. 
Potvin intitulé : Une énigme littéraire. 
Quel est l'auteur de li Ars d'amour, de 
vertu et de boneurté. Bruxelles, 1879 ; 
in-8*. 

Rapport fait à l'Académie royale de Bel- 
gique sur un travail prétenté par leP.F. 
Brabant intitulé : Régnier au long col 
et son époque. Bruxelles, 1879 ; in-8*. 

Le magistrat de Namur. Liste des maieurs , 
des échevins, des greffiers, des jurés et 
des élus delà ville. Namur, 1879 ; in-8*. 

Cartulaire de la commune de Oinant, t. I, 
2* Uvr., et t. II. Namur, 1880-1881 ; 
in-8*. 

Statuts criminels pour la ville de 11 uy (28 
avril 1477). Huy, 1880 ; in-8*. 

Grès namurois. J.-B. Chabotteau. Bru- 
xelles, 1890; in-8*. 

Coutume de la ville et comté de La Roche 
(7 août 1580). Arlon, 1880 ; in-8*. 

La fabrication du verre en table a Namur. 
Bruxelles, 1881 ; in S*. 

La fabrication du verre de cristal A Namur. 
Bruxelles, 1881 ; in-8*. 

La verrerie et la cristallerie de Vonéche. 
Bruxelles, 1881 ; in-8*. 

Liégeois et Bourguignons en 1468. Etude 
historique du D* Est m p. Traduction du 
danois publiée, avec une introduction, 
par S. Bormans. Liège, 1881 ; in-8*. 

Rapport à la Commission royale pour la 
publication des anciennes lois et ordon- 
nances de la Belgique sur la formation 
d'un recueil de traités conclus entre la 
Belgique et les pays étrangers. Bru- 
xelles, 1881 ; in-8*. 

Les combats judiciaires, A propos d'un 
appel en* champ clos, à Namur, en 1418. 
Bruxelles, 1881 ; in-8*. 

Rapport à l'Académie royale de Belgique 
sur un travail présenté par M. Pirenne, 
intitulé : Stdulinê de Liège. Bruxelles, 
1881 ;in-8\ 

Collaboration a lu Biographie nationale, a 
l'Athenœum belge, à VAdler de Vienne, 
etc. 



Ad. De Ceuleneer. 

Recherches sur l'origine des communes 

belges. Bruxelles, 1871 ; in-8*. 
Ypres et ses monuments. Bruges, 1872 ; 

in-4* avec 1 pi. 
Eenige woorden over het schoone in de 

kunst. Leuven. 1874 ; in-8*. 
Marina, la favorite de Commode. Paris. 

1878 ; in-8*. 
De la nécessité des études d'archéologie 

classique. Gand, 1877 ; in-8*. 
Notice sur une inscription d'un proconsul 

de la Narbonnaise. Bruxelles, 1878 ; 

in-8* avec 1 pi. 
Notice sur deux vases archaïaues d'Agri- 

gente. Bruxelles, 1879 ; in-8* avec 2 pi. 
Découverte d'un tombeau pélasgique en 

Attique. Bruxelles, 1879 ; in-8*. 
Lettre à M. le prof. Willems sur le cours 

de l'Ilissus. Bruxelles, 1879. 
L'Ecole française d'Athènes. Gand, 1880. 
1 ettres archéologiques de Grèce, d'Orient 

et d'Espagne publiées dans l'Athenœum 

belge, 1880 et 1 881. 
Essai sur la vie et le règne de Septime 

Sévère (Mémoire couronné.) Bruxelles, 

1880 ; in-4* 

L'Afrique romaine. Quelques remarques à 
propos d'un ouvrage de M. G. Boissière. 
Paris, 1881 ; in-8*. 

Congrès international d'anthropologie et 
d'archéologie préhistoriques. Session de 
Lisbonne. Notes archéologiques sur le 
Portugal. Anvers, 1881 ; in-8*. 

Fouilles faites par M. Sarmentos dans la 
province du Miuho (Portugal). Anvers, 

1881 ; in-8*. 



L. Crahay. 

Coutumes du comté de Looz, de la Soiçneu- 
rie de St-Trond et du comté impérial de 
Reckheim, publiées par la Commission 
royale des ancienne* lois et ordonnances. 
2 vol. in-4*. XL1V, 774, 628. — Bru- 
xelles, Gobbaerts, 1871-1872. 

Coutumes de la ville de Maestricht, pu- 
bliées par la même Commission.— 1 vol. 
in-4", XCV, 527.— Bruxelles, 1876. etc. 



Jos. Daris. 

Histoire du diocèse et de la principauté de 
Liège pendant le XVII* siècle. Liège, 
1877 ; 2 vol. in-8*. 

Histoire du diocèse et de la principauté de 
Liège, de 1724 A 1852. Liège, 1868- 
1873; 4 vol. in-8*. 

Histoire de la bonne ville, de l'église et 
des comtes de Looz, suivie de biographies 
lossainea et de documents historique». 
Liège, 1864; 2 vol. in-S*. 

Notices sur les églises du diocèse de Liège. 
Liège, 1867-1881; t. 1"; 11' ; IIP; IV*; 
V* ; VI'; VII* ; VIII* ; IX' ; X*... in 8* 

Articles divers dans le Bulletin de l'Ins- 
titut archéologique liégeois, le Bulletin 



de la Société scientifique et littéraire do 
Limbourg, le Mémorial, etc. 
Prnlectiones canonicse habit» in seminario 
Leodiensi. Leodii, 1863-1881 ; vol. I ; 
11; III; IV; V. etc. 



Joa. Demarteau. 

Quelques chapitre» d'une Histoire du pays 

de Liège de Ferdinand Henaux.— Notes 

etvérfaation*, 187S ; in-8\ 
Liège il y a cent ans, 1874 ; in-12. 
Notre-Dame de Chef remont. 1874 • id. 
Le chroniqueur Reiner, moine de Saint- 
Jacques à Liège, 1874 ;id. 
Saint Hubert, aa légende et son histoire 

(2 a édition) 1877; id. 
Vie de Saint Lambert, écrite en vers par 

Huobald. et autres documents du X" 

siècle, 1878 ; in-S*. 
Note sur l'histoire de l'instruction primaire 

à Liège, 1879 ; in-folio. 
Les Liégeoises du moyen-ftge,1879 ; in-12. 
L'Œuvre de la Révolution française au 

pays de Liège, d'après le Mémoire de 

F. L. Thomauin, 1880 ; id. 
Introdvction kiMorique du Catalogue de 

l'Exposition de 1 art ancien au pays de 

Liège en 1881. 
A travers l'Exposition de l'art ancien an 

pays de Liège, 1881 ; fort vol. in-12. 
Le vieux château de Stavelot,broch.in-12. 
Articles d'histoire dans la Gazette de Liège. 

1872-1881, etc. 



Henri Franootte. 

La Propagande des Encyclopédistes fran- 
çais au pays de Liège (1750-1790). Mé- 
moire couronné par l'Académie royale 
de Belgique. 1 vol. in-8* de 235 p. 
Bruxelles, Ilayez, 1880. 

Eugène Fromentin : Dominique (Revue gé- 
nérale, août 1878.) 

La Révolution de 1789 et l'Esprit révolu- 
tionnaire. (Ibidem, janvier et février, 
1881.) 

Jules Helblff. 

Histoire de la Peinture au Pays de Liège, 
depuis l'introduction du Christianisme, 
jusqu'à la réunion de la principauté de 
Liège à la France. Liège, 1873; in-8*. 

Monographie de l'église paroissiale de St 
Christophe à Liège. 10 planches, mus la 
direction d'An g. van A sache. Texte ex- 
plicatif par Jules Helbiç, in-folio. 

Les châsses de Saint Do m i tien et de Saint 
Mengold de l'ancienne collégiale de 
11 uy. Le reliquaire offert eu don expia- 
toire a la Cathédrale Saint- Lambert de 
Liège. Les auteurs et l'histoire de ces 
reliquaires. {Bulletin de l'Institut ar- 
chéologique liégeois, t. XIII.) 

Rapport sur une découverte de monnaies 
faite au village de Grand- Axhe, au mois 
de mars 1878. (Ibid.) 



Quelques travaux de Lambert Lombard. 
(Annuaire de la Société d'Emulation, 
1867.) 

Notice nécrologique de Monseigneur Voi- 
sin, président de la Gilde de Saint Tho- 
mas et de Saint Luc. (Bulletin de cette 
Société, 1874.) 

Une ancienne sculpture liégeoise. (Bulle- 
tin de l'Institut archéologique liégeois, 
t. X.) 

La Sainte Vierge et l'Enfant Jeans, les 
groupes sculptés des anciens sanctuaires 
de Liège. (Bulletin de la Gilde de Saint 
Thomas et de Saint Luc, 1878.) 

Etude sur les Maîtres liégeois dana les mu- 
sées de l'Allemagne. 1854. 

Les Reliques et les Reliquaires* donnés par 
le roi Saint Louis aux Frères Prêcheurs 
de Liège. 1880. 

L'Eglise de Notre-Dame à Saint-Trond. 
Description des peintures murales et des 
objets d'art qui s'y trouvent, précédée 
d'une notice historique. 1864. 

Quelques monuments épigraphiquea de 
l'ancien pays de Liège. 1878. 

Les vitraux de l'ancienne abbatiale des 
Dames nobles de Herckenrode. 

Fragments de peinture, trouvés à l'église 
de Waleourt. 



Grod. Knrtxi. 

De l'enseignement de l'histoire en Alle- 
magne. (Revue de l'Instruction publique 
en Belgique. 1876.) 

Les Sources de la Biographie de Caton 
l'Ancien par Flotarqne. (Ibid. 1871 .) 

Caton l'Ancien, étude biographique. Un 
vol. grand in-8* ; Liège, 1872. 

S. Grégoire de Tours et les Etudes clas- 
siques au VI' siècle. (Revue des ques- 
tions historiques, octobre 1878.) 

Notice sur un manuscrit d'ileriger et d'An- 
selme, conservé à l'abbaye d'Averbode. 
(Bulletin de la Commission royale d'his- 
toire, 4* série, t. II. 

Notice sur la plus ancienne biographie de 
Saint Remacle. (Ibid. 4* série, t. III. 

Etnde critique sur Saint Lambert et son 
premier biographe. (Annales de l'Aca- 
démie d'archéologie d'Anvers, 1876.) 

Du caractère légendaire de l'histoire lié- 
geoise jusqu'au XIII* siècle. (Revue de 
l'Instruction publique en Belgique , 
1874.) 

Du râle politique de la maison de Bour- 
gogne en Belgique. (Ibid. 1872.) 

Philippe II, roi d'Espagne. Traduit de 
l'allemand de Bannit ta rk. 1 vol. in-12 ; 
Liège, 1877. 

La procession dansante d'Echternach (Re- 
vue générale, 1876.) Traduit en anglais 
dans le Monfh et en allemand dans 
YEehfemaeier anseiaer. 

Le tombeau d'Ermesmde (Revue générale, 
février 1876.) 2* édition. Un vol. grand 
in-8' aveo planches et gravures; Liège, 
1880. 

Le Cartnlaire Nothomb. (Annalea de l'Ins- 
titut archéologique d'Arlon, 1878.) 



Analectes pour servir a l'histoire d'Arlon. 

(Ibid. 1880.} 
Lu Charte d affranchissement de Saint 

Léger (Bulletin de la Commission royale 

d'histoire, IV série, t. V.) 
La loi de Beanmont en Belgique (Mémoires 

de l'Académie royale de Belgique , 

t. XXXI.) 
Sitting Bull, ou l'agonie de la race rouge, 

Stbid. septembre, octobre, novembre, 
écembre 1878 ; janvier, mars, avril 
1879.) 

Léon Lahaye. 

L'inquisition espagnole. Etude historique. 

Liège, 1875; in- 12. 
Les Normands au diocèse de Liège. Oand, 

1877 ; in-8\ 
Courrier belge de la Revue des Questions 

historiques; collaboration an PolybibUon, 

etc. 



M. Ratten. 

Cours élémentaire d'apologétique chré- 
tienne. 516 p. in-12, 1879. 



lm. 8choolmee8ters. 

Notice historique sur la seigneurie de 
Marchin et son église.(Bnlletin de l'Ins- 
titut archéologique liégeois 1873.) 

Notice d'un cartulaire de l'ancienne collé- 
giale et archidiaconale de Notre-Dame, 
à Huy, publié en collaboration avec 
M. S. Bormans, 1878. 



Levenschets der H. H. Maagden en abdissen 
Harlindisen Remidi*, 1871. 

Dap Lûiticher Sfift St- Martin und desser 
uûter und Einkûnfte am RAein dans les 
Annale* de V Institut historique du Bat- 
Rhin, 1880. 

Recueil de lettres adressées pendant le 
XIV* siècle aux Panes et aui Cardinaux 
pour les affaires de la principanté de 
Liège et Document* concernant VigUse 
et le village fOuffet — dans les Analectes 
de Louvain. 

Traité de paix entre le pays de Liège et le 
comté de Namur des SS juillet 1869, 
22 février 1860. (Dans le Bulletin de 
l'Institut.) 

Les terreurs del 'an Mil .dans le Mémorial ; 
187*. 

Le premier catéchisme imprimé du diocèse 
de Liège. (Mémorial, 1875.) 



O. J. Tnimiater. 



Essai historique sur l'église Saint-Paul, 
ci-devant collégiale, aujourd'hui cathé- 
drale de Liège, orné de 22 gravures, 
1867. 

Cartulaire ou Recueil de chartes et docu- 
ments inédits de l'église collégiale de 
Saint-Paul, aujourd nui cathédrale de 
Liège, orné de planches, fac-similé d'é- 
criture, sceaux, etc. 1878. 

La Bibliothèque de FégCse collégiale de 
SaintPaul, à Liège, en 1460. 

Fundatio collegii S. Pauli Leodiensis cum 
Decanorum illias compendiosa succes- 
sione : Poème continué de 1627 a 1793. 

Notice sur deux pièces d'étoffes renfermant 
le corps de Saint Lambert. 



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qui forme la partie supérieure de l'o comme apparte- 
nant à la barre verticale unie à l'o on en arrive à 
avoir VA et l'ensemble forme : P. V. AN, sigle que 
je ne puis traduire autrement que par pius vixit annos 
ou pie vixit ou vixerunt. L'avenir m apprendra si je 
me suis trompé dans mon interprétation. 

Nous possédons des sigles analogues. Ainsi une 
inscription trouvée à Tubursicum en Numidie par M. 
Léon Renier ( x ), porte Q. Mleius Fortunatus. p. v. a. 
N'ayant pas vu l'original moi-même j'ignore s'il reste 
de la place sur la pierre pour indiquer le nombre d an- 
nées que vécut le défunt. Il arrivait en effet, bien sou- 
vent que celui-ci construisait son tombeau de son 
vivant et que ses héritiers négligeaient de compléter 
l'inscription faite d'avance pour indiquer l'âge auquel 
il mourut. Nous connaissons même des inscriptions 
sur lesquelles le défunt charge ses héritiers d'indiquer 
cet âge et malgré cette stipulation ceux-ci négligent de 
le faire. Je ne citerai qu'une inscription de l'Algérie qui 
porte : hères annos annotabit. Vixit annos ( 2 ). Je rap- 
pellerai aussi le célèbre testament du Lingon dans 
lequel celui-ci ordonne : sçribanturque in œdificio 
extrinsecus quotannis vixero ( 3 ). 

Ici sur la tombe je n'ai trouvé nulle trace de chiffres. 
Faut-il donc admettre que les héritiers ont oublié 
d'inscrire l'âge du défunt et que celui-ci avait construit 
sa tombe de son vivant — cette dernière hypothèse 
n'aurait rien que de très-vraisemblable pour un chré- 
tien de cette époque — ou bien, n est-il pas préférable 
de donner à ces sigles une signification plus simple et 
plus chrétienne, que semble venir corroborer l'absence 
même du nom du défunt, et traduire pius vixit annos 
par : il vécut pieusement toutes les années de sa vie ? 

(i) 1. A. 2949. C. I. L. VIII, 4899. 

(2) Renier, I. A. 1760. 

(3) Wilmanns, 315, ligne 21,